Mon actu

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Premier billet!

Après avoir enfin trouvé un hébergeur qui m’autorise à utiliser toutes les fonctionnalités de WordPress, me voilà avec un site à peu près opérationnel.

Vous n’y trouverez pas le contenu intégral de mes articles. En effet, 10 ans durant, je mettais tout en ligne, un peu bêtement, pensant ainsi faire oeuvre d’humanisme et contribuer au « bien commun »… Un sacerdoce wikipedia-esque m’avait lavé le cerveau qui pulsait, dans une transe hypnotique, au rythme de la vieille rengaine anarchiste : « la propriété c’est le vol ».

Errare humanum est.  Je suis journaliste et écrivain. Et ce qui me fait vivre, c’est ma plume. Dans un monde où le respect serait la norme, je ferais preuve de plus d’altruisme. Mais, à l’heure où les journaux sont écrits par des robots-« suceurs d’infos » ou de vulgaires plagiaires, où le copier-coller sans citation de sources est devenu la norme, plus question de donner mes articles en pâture sur le web. Internet s’est malheureusement fait rattraper par les grandes oeuvres du capitalisme 2.0 , vous savez, celui qui tente de se parer des habits des biens communs , voire même qui voudrait se faire passer pour un bien commun!

Vous trouverez les magazines pour lesquels j’écris, ainsi que mes livres dans n’importe quelle bonne bibliothèque municipale. Ou, pour les articles, si vous vous donnez la peine de m’envoyer un petit mot par courrier électronique, via un lien secret avec mot de passe.

Ici, ce sera autre chose. Comme j’aime à enquêter sur la crédulité des gogos que nous sommes devant certains produits naturels miracles, à réfléchir  sur la stupidité du monde, le dévoiement des bonnes intentions de l’open source ou l’imposture de certaines structures associatives ou  start-ups soi-disant progressistes de l’économie sociale et solidaire qui font de l’exploitation consentie de bénévoles fanatisés  un véritable modèle d’innovation, je me suis dit qu’il était temps de passer à des réalisations plus personnelles, à type de chroniques multimedia, de recettes de cuisine, de contes ou de billets d’humeur.

Le tout avec un peu de hauteur. D’où la photo d’ailleurs…Pour info, il s’agit du Cerro Chacaltaya , dans la cordillère des Andes. Son glacier a aujourd’hui disparu mais il culmine toujours à l’arrière plan de ce beau lac bleu, à 5 395 mètres d’altitude. (Crédits photo : Clara Delpas, 2009)

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Quand les sciences sociales planchaient sur Fukushima…

Le 7 décembre 2012, un colloque au CNRS rassemblait économistes, sociologues et autres spécialistes ès sciences humaines aux côtés des chercheurs du nucléaire, dans une volonté de pluridisciplinarité, avec des sciences sociales qui entendaient bien tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima…Sauf que depuis, le programme a été « recadré » si l’on peut dire, sous le pilotage bienveillant de l’IRSN. Certaines voix qui criaient à raison un peu plus fort que les autres ont été priées de se taire.

Un recensement alarmant


Depuis plus d’un an, des observateurs du monde entier (OMS, IRSN, organismes indépendants tels que la Criirad ou l’Acro) se rendent à Fukushima afin d’y étudier la radioactivité et son impact sanitaire et environnemental. Mais aussi ses impacts sociaux, économiques et politiques, notamment au travers de programmes de recherche impliquant des chercheurs français. Déjà les 17 et 18 septembre dernier, une conférence internationale « Risk after Fukushima : Crisis, disaster and governance » s’était déroulée au CERI-Sciences Po (Paris) pour présenter les premiers résultats du projet DEVAST. Le colloque NEEDS vient compléter le bilan situationnel de l’après-Fukushima.

Fukushima, un an après
Le colloque du CNRS faisait le bilan d’un an de recherches menées en toute indépendance par des chercheurs en sciences humaines. Un bilan, qui un an et demi après la catastrophe, reste lourd : la contamination des sols, étendue bien au-delà du site de l’accident, a conduit à l’exil des centaines de milliers de personnes ; les installations endommagées de la centrale, dont une piscine de refroidissement emplie de barres de combustible, restent à sécuriser, le risque de catastrophe nucléaire étant toujours élevé pour peu que survienne un nouveau séisme d’envergure, comme celui du 7 décembre dernier, par exemple, au Nord-Est du Japon qui a atteint 7.4 degrés sur l’échelle de Richter ; les denrées alimentaires sont pour une bonne part contaminées ; et le pays a subi une crise politique majeure, le gouvernement s’avérant incapable de gérer pleinement les suites de la catastrophe. Vivre dans le Japon de l’après-Fukushima s’avère, pour les populations des territoires contaminés, être toujours quelque peu chaotique…


Une société chamboulée
Déjà à l’ automne 2012, le projet DEVAST qui rassemble des chercheurs japonais et français autour de l’étude de l’évolution de la perception du risque dans la démocratie rendait son premier bilan : à l’occasion d’une réunion informelle avec la presse le 17 septembre, les chercheurs japonais du projet ont souligné la difficulté des autorités à faire face à la désorganisation de la société qui a suivi la catastrophe. En effet, quelques 340 000 personnes (sur les 128 millions d’habitants du pays) ont quitté leur logement pour cause de contamination radioactive. Certains sur ordre du gouvernement, d’autres (40% d’entre eux), de leur propre initiative au fur et à mesure que les informations sur les radiations arrivaient (en particulier grâce aux initiatives citoyennes de Crowd sourcing répercutant sur internet les mesures réalisées selon un quadrillage GPS très précis…)
Ces mouvements de population n’ont pas été sans traumatisme, les gens ayant été obligés du jour au lendemain de quitter maison et travail pour occuper des logements provisoires, aménagés à la hâte par une politique de logement complètement chaotique. Chômage, suicide, dépression et exclusion (les gens de la zone interdite autour de Fukushima sont par exemple interdits de bains publics) font désormais partie de leur quotidien. Et le nombre de divorces a augmenté.
En mars 2012, des indemnisations ont enfin été décidées par le gouvernement pour les populations évacuées, fonction du taux d’irradiation de leur zone de provenance (voir encadré 1) . Elles n’ont pour beaucoup d’entre elles pas encore été versées. « Quant aux personnes qui sont parties de leur plein gré, elles ne perçoivent, elles, aucune indemnité. » résume l’un des responsables du projet DEVAST, le Pr. Noiyuki Ueda, anthropologue à l’Institut de Technologie de Tokyo. Pourtant les zones d’où elles proviennent sont parfois fortement exposées à la radioactivité ! Comme celles de la ville de Fukushima, pourtant située à 70km de la centrale…

Comment le gouvernement gère-t-il les populations concernées ? Thierry Ribault, chercheur au CNRS, à Fukushima


Des chiffres et des mesures
« La gestion de la catastrophe de Fukushima par les autorités est une réussite extraordinaire », note amèrement Thierry Ribault, chercheur CNRS en économie en poste à la Maison franco-japonaise au Japon et responsable d’un projet de recherche au sein du programme NEEDS. Elle a permis de ne pas faire bouger la masse de gens qu’il aurait été nécessaire de déplacer ! La contamination a voyagé avec le vent, s’éloignant de la centrale pour atteindre des zones à densité de population élevée. Comme le rappelle le chercheur, « Le panache de Cesium 134 et 137 émis lors de l’accident a arrosé très loin.  Ainsi, à Fukushima, des mesures indépendantes menées par la CRMS montrent une irradiation 3 à 4 fois supérieure à celle que l’on relève près de la centrale, à 70km de là ! ». Mais pourquoi ces chiffres ne sont-ils pas pris en compte par les autorités ? C’est que la densité de population est beaucoup plus élevée en ville qu’en zone agricole, donc beaucoup plus difficile à déplacer !

Quelle est la situation de la ville Fukushima ? Thierry Ribault est chercheur en économie au CNRS, en poste à la Maison franco-japonaise à Tokyo.


Dans la ville de Fukushima, l’organisation non gouvernementale Greenpeace a mené une campagne de mesures au mois d’octobre 2012, confirmant la contamination élevée de la ville de Fukushima (tout comme celle d’Iitate, reclassée en partie en « aire 2 » depuis le mois de juillet). Et a voulu éprouver la volonté de transparence des autorités en matière d’informations aux citoyens. Les autorités ont en effet installé de nombreux appareils de mesure dans la ville de Fukushima, qui affichent les doses d’exposition à la radioactivité. Greenpeace a donc testé 40 de ces appareils et constaté que les résultats étaient bien en deçà de la réalité, puisque, selon l’organisation, « dans 75% des cas, les mesures relevées à 25 m de l’appareil affichaient des doses 6 fois plus élevées ! ».
Outre les mesures de radiation, des programmes de surveillance sanitaire se sont aussi mis en place, dont un programme de contrôle de la thyroïde chez les enfants de moins de 18 ans. Les premiers résultats, présentés le 11 septembre dernier à Tokyo, se veulent aussi très rassurants, n’annonçant qu’un cas de cancer de la thyroïde diagnostiqué sur 80 174 enfants. En fait, «ce cas de cancer ne peut être ramené qu’à une population de 14 enfants ayant effectivement subi tous les examens nécessaires », dénonce Thierry Ribault dans une analyse plus poussée. Or sur ces 80 174 enfants ayant subi une première échographie de dépistage, 387 sont toujours en attente d’examens complémentaires.


Vers l’arrêt du nucléaire au Japon? 
Avant Fukushima, le nucléaire représentait un moins du tiers (28%) de la production d’énergie du pays et il était envisagé de le développer pour qu’il en produise un peu plus de la moitié (53%) d’ici 2030. La catastrophe du 11 mars a soulevé des mouvements citoyens qui avaient conduit le gouvernement à annoncer, le 14 septembre 2012, l’arrêt total de la production d’électricité par l’énergie nucléaire d’ici 2039. Un arrêt ne signifiait pas alors pour autant l’arrêt de l’industrie japonaise du nucléaire. Le Japon exporte en effet ses centrales à des pays en voie de développement (comme l’Indonésie par exemple, dans des zones à risque sismique élevé), intégrant désormais, fort de son expérience, un plan de gestion des catastrophes . Et avait annoncé en juin 2012 vouloir relancer sa production de plutonium, ce que certaines analyses ont attribué à une volonté, nouvelle, de se lancer dans la fabrication d’armes nucléaires. Le résultat des dernières élections législatives, le 16 décembre 2012, montre à quel point cette décision d’arrêter les centrales était une manœuvre électorale visant à la simple récupération des voix chez les citoyens anti-nucléaires. Car le parti nouvellement élu, le PLD (Parti des Libéraux-Démocrates), programme de relancer le nucléaire à tout va, après avoir durant plus de 30 ans contribué à son essor !

Une inversion paradoxale du désastre
Depuis plus d’un an, les informations scientifiques sur l’impact humain de la catastrophe de Fukushima sont contradictoires, souvent tues ou minimisées par les autorités, rappelant à quel point le nucléaire est, au Japon comme ailleurs, politiquement lié à l’industrie qui le développe. Néanmoins, fait nouveau, la catastrophe a replacé dans le monde entier la question nucléaire au centre des débats publics. Même si son incidence sur les décisions politiques en matière d’orientation nucléaire aura été faible, ont rappelé les chercheurs du programme SHS de NEEDS. « La catastrophe de Fukushima a conduit le CNRS à repenser le rôle des sciences humaines et sociales dans la recherche sur le nucléaire, et sur les choix en matière d’énergies », précise Sandra Laugier, philosophe, directrice adjointe scientifique de l’Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS, qui pilote depuis un an le défi SHS NEEDS. « Notre but en lançant ce programme était de soutenir des recherches scientifiques indépendantes, sur les conséquences immédiates et à long terme de la catastrophe japonaise, mais aussi sur la société nucléaire en général, sur ce qu’elle implique pour les humains. » De fait, il est probable que ces travaux bénéficient à l’élaboration des lignes de conduite des prochains débats publics sur la transition énergétique et le nucléaire.
Restera à savoir pourquoi, deux ans bientôt après Fukushima, rien n’a vraiment changé dans les politiques publiques de l’énergie en France et au Japon quant à la place du nucléaire… « comme si la catastrophe avait renforcé le nucléaire, en dépit du choc et de la révolte induits chez les populations » note Sandra Laugier. Cette paradoxale inversion du désastre, et les stratégies et argumentations politiques qui l’ont soutenue, sera certainement l’objet des réflexions des chercheurs du CNRS et des universités dans la suite du programme lancé en 2012.


Pour en savoir plus :
Fukushima, un an après Premières analyses de l’accident et de ses conséquences Rapport IRSN de mars 2012


Rapport sur les doses reçues par les populations japonaises au cours de la première année suivant l’accident de Fukushima. Rapport OMS de mai 2012

 Des risques environnementaux toujours à l’étude
Cet été, l’accent a été mis sur le risque d’effondrement de la piscine remplie de barres de combustible de la centrale de Fukushima. Ce risque est bien réel, mais loin d’être un scoop, est connu depuis le début .
Le danger de la piscine de Fukushima est connu de puis longtemps !

 En revanche, les travaux scientifiques portant sur l’évaluation scientifique  des conséquences de la catastrophe nucléaire sur l’environnement commencent à  paraître  : le 9 août 2012 dernier, un article de la revue Nature  a ainsi établi  des anomalies de développement morphologique dans  une espèce de papillon bleu, « Zizeeria maha », très commune au Japon : apparaissant dès la première génération   après l’accident, ces mutations  seraient en outre héritables (affectant les cellules germinales), se retrouvant à la 3ème génération (1) . Des travaux, menés par une équipe japonaise, que l’IRSN a estimé sérieux et originaux, même si ils ne tiennent pas compte de la contamination interne liée à l’absorption des végétaux. Le 26 octobre 2012, au tour de la revue Science  de publier un article rapportant que 40% des poissons pêchés au large de Fukushima présentent des doses de césium les rendant non consommables. Ce qui fait dire à son auteur, Ken Buesseler, chimiste américain, que la centrale de Fukushima continue à fuir ou que les fonds marins sont contaminés.  

(1) Hiyama et al. « The biological impacts of the Fukushima nuclear accident  on the pale grass blue butterfly » , Scientific Reports, 2 :   DOI: 10.1038/srep00570 1

(2)  Buesseler K « Fishing for answers off Fukushima » Science 26 October 2012:  Vol. 338 no. 6106 pp. 480-482 DOI: 10.1126/science.1228250

EN SAVOIR PLUS

Synthèse des informations disponibles concernant la contamination des denrées alimentaires à la suite de l’accident de Fukushima, IRSN, juillet 2012

Etat des lieux de l’avancement des travaux de decontamination dans la Préfecture de Fukushima, juillet 2012 .

Rapport sur l’exposition des travailleurs les plus exposés au cours de la phase d’urgence radiologique. Rapport de l’Investigation Committee on the Accident at Nuclear Power Stations of Tokyo Electric Power Company de décembre 2011

Rapport de la commission d’enquête indépendante commanditée par le Parlement japonais sur l’analyse du traitement de la situation par l’opérateur et le gouvernement. juillet 2012

Cancer de la Thyroïde, des chiffres manipulés , Rue 89 2012



Sigles utilisés

  • OMS Organisation Mondiale de la Santé
  • IRSN Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire
  • Criirad Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité 
  • Acro Association pour le Contrôle de la radioactivité dans l’Ouest
  • DEVAST (Disaster Evacuation and Risk Percepetion in Democracies) est un programme soutenu par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) et la JSTA (Japan Science and Technological Agency). Il porte sur l’évolution de la perception du risque dans la démocratie.
  • NEEDS (Nucléaire : Énergie, Environnement, Déchets et Société) est un programme interdisciplinaire lancé par le CNRS début 2012, pour une période renouvelable de cinq ans. Un programme  spécifique,« Fukushima : un an après » , y a été développé, entièrement financé par le CNRS.
  • L’indemnisation est calquée sur le zonage défini depuis avril 2012 . Pour les ex- habitants de l’area 3, elle s’élève à 60 000 euros, soit le montant compensatoire de leur maison,
  • CRMS : Citizen Radiation Measure Station, homologue japonais de la CRIIRAD





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Chlorpyrifos : des dangers connus depuis 2012…

En 2012, le chlorpyriphos-éthyl est encore un pesticide largement utilisé dans les champs et les parcs. Les conclusions scientifiques d’une étude américaine, parue en 2012  dans lesProceedings of the National Academy of Sciences , montraient que ce pesticide est susceptible d’entraîner chez les mères enceintes qui y sont exposées des anomalies foetales plus ou moins importantes. Depuis, les usages ont été restreints, mais perdurent.

Celui que Le Monde semble découvrir le 17 juin dernier est  loin d’être un inconnu : il préoccupe même l’EFSA (l’agence européenne chargée de la sécurité des consommateurs) au point qu’elle a adopté  en mai 2018 une modification du réglement portant sur les limites résiduelles autorisées dans les aliments  de chlorpyriphos-éthyl et d’une substance qui lui est très proche, le chlorpyriphos-méthyle.

Si l’article du Monde évoque une utilisation dans les seuls épinards, (la base écophyto le référence d’ailleurs bien comme chorpyrifos (pyrinax) dans cette seule utilisation) ,   la substance qui lui est proche,  le chlorpyriphos-méthyle, est utilisée en revanche partout…

En cherchant dans la base ecophyto du ministère de l’agriculture, on voit que le chlorpyriphos-méthyle est utilisé sur les mandarines, les clémentines, le cassis, le colza, le kiwi, les pêches, la lavande et le lavandin, le pavot, les pommes de terres, les tomates, les aubergines, les céréales à pailles, l’orge, le riz, l’ avoine…et la vigne.

Pesticides et  bébés : un lien connu depuis longtemps

Une femme enceinte exposée à des molécules chimiques risque fort de mettre au monde un bébé anormal. L’exposition périnatale à de nombreuses molécules chimiques a été incriminée dans le développement anormal du système reproducteur des bébés : ces molécules sont considérées comme des perturbateurs endocriniens, responsables de pubertés précoces chez les petites filles et de malformations génitales chez les petits garçons.
Des effets neurotoxiques étaient aussi suspectés, ils sont aujourd’hui confirmés ; il a été en effet constaté que ces substances altéraient  les capacités intellectuelles et comportementales des bébés.

Pour l’association ORAGE, qui regroupe des familles dont les enfants, nés après exposition de leurs mères à des cocktails hormonaux prescrits par gynécologues (à l’instar du tristement célèbre Distilbène supposé donner naissance à de beaux bébés) , souffrent de troubles psychologiques depuis leurs naissances, cela ne faisait aucun doute, et depuis longtemps (l’association existe depuis les années 1970) que ces substances peuvent agir sur le développement des tissus nerveux, et générer des troubles cognitifs et comportementaux.

Une possibilité que ne fait que confirmer la récente étude du PNAS… Celle-ci a été menée sur des enfants de New-Yorkaises exposées au chlorpyriphos-éthyl : l’imagerie  à résonances magnétiques (IRM)  a permis de localiser chez les enfants les zones du cerveau  moins développées que la normale en raison du pesticide. Quarante enfants âgés de cinq à onze ans dont les mères avaient été exposées au chlorpyriphos-éthyl, à plus ou moins fortes doses, présentaient des anomalies, d’autant plus importantes que l’exposition aura été forte.

Une  table ronde organisée par Michèle Rivasi, le 10 avril 2012   à l’Assemblée Nationale visait à  alerter les politiques et l’opinion publique sur la nécessité de prendre des mesures pour interdire les produits mettant en péril le développement des enfants. La cryptorchidie, anomalie du développement testiculaire a été reconnue comme progressant de façon alarmante par les autorités sanitaires françaises elles-même : Joelle Le Moal, de lInVS (Institut National de Veille sanitaire),a cité les données nationales : 2,5% par an (soit 20% sur 10 ans) parues dans le Bulletin Epidémiologique hebdomadaire de Février 2012.
L’italien Ernesto Burgio a expliqué alors que ces « perturbateurs endocriniens » agissaient sur bien d’autres systèmes, étant des molécules « mimétiques ». Selon lui, l’épidémie de maladies chroniques que nous connaissons actuellement (obésité, diabète) pourrait être complètement lié à l’exposition à ces produits. Avec les dernières connaissances acquises de l’épigénétique, les pistes se précisent; on sait aujourd’hui que le développement d’un foetus résulte de 4 millions d’évolution planétaire et de de 9 mois de programmation et d’adaptation . on sait aussi que des xénobiotiques peuvent entrâiner des modification s de l’ADN, alors que l’on a longtemps pensé que c’était impossible…

En France, le chlorpyrifos( chlorpyriphos-éthyl) fait effectivement toujours partie des substances approuvées par le ministère de l’agriculture.

 
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Le lithium, l’or gris des Andes , se fait…

Paru sur le site de Science Actualités en janvier 2011

A l’heure où le pétrole se raréfie, le lithium, matière première des batteries des voitures électriques, apparaît comme une ressource prometteuse. Reportage en Bolivie où se trouve la majeure partie des réserves…

En plein Altiplano bolivien, bordés par la cordillère des Andes, le Salar de Uyuni, et son prolongement, le Salar de Coipasa ressemblent à de vastes étendues neigeuses. Visible depuis les satellites, leur blancheur envoûtante n’est pourtant pas liée à la présence de neige, bien que l’on soit ici à plus de 3500m d’altitude : comme leur nom le suggère, ces déserts blancs sont des déserts de « sels »… Et, plus qu’une curiosité géologique ou une attraction touristique, ils sont une richesse potentielle pour la Bolivie. En effet, ces salars sont riches en divers minéraux tels que le chlorure de sodium (sel de table) ou le borax qui y sont exploités depuis longtemps, simplement par ramassage de surface. Dans les années 1970, des sondages réalisés par ce qui s’appelait l’ORSTOM (aujourd’hui l’IRD), ont révélé qu’à quelques mètres de profondeur à peine, le salar recelait des saumures particulièrement riches en lithium.

(à visionner en mode plein écran – cliquer sur le carré de petites flèches puis sur légendes)

Les enjeux du lithium
Le lithium, ce métal mou présent ici sous forme de sels, offre une capacité d’accumulation des charges électriques telle qu’il entre aujourd’hui dans la composition des batteries de la plupart des appareils modernes. Saviez-vous par exemple que la batterie de votre ordinateur portable en contient probablement l’équivalent d’une huitaine de grammes ? Téléphones portables, lecteurs de MP3 ou appareils photographiques numériques ne seraient pas non plus qu’ils sont aujourd’hui sans l’autonomie énergétique que leur confère les batteries au lithium… Rien d’étonnant à ce que le lithium ait conquis depuis le début les développeurs des véhicules électriques : il suffit de 2,7kg de lithium pour fabriquer une batterie de 24kWH permettant de faire rouler une voiture pendant 5 ans, à raison de 160km entre deux recharges …En ces temps de pénurie de pétrole, le lithium andin a de quoi attirer toutes les convoitises. Car il « suffit » de forer quelques mètres sous le salar et de faire sécher les saumures pour obtenir des sels riches en carbonate de lithium.

Les ressources boliviennes
Le lithium bolivien représenterait plus de 70% des réserves mondiales. Représenterait ? Le conditionnel reste de mise car on ne sait déjà pas combien il y a de lithium en Bolivie… Comment savoir combien il y en a à l’échelle de la planète ? Faute d’une évaluation précise des ressources géologiques et minières de la planète en général, et en Bolivie en particulier, les réserves de lithium fluctuent du simple au décuple selon les différents géologues : le Service géologique américain, l’USGS (United States Geological Service) (=>http://www.usgs.gov/) les a estimées à 9 millions de tonnes en 2006. Les experts du gouvernement bolivien (l=>http://www.evaporiticosbolivia.org) à plus de 100 millions de tonnes, selon les derniers forages réalisés à 300 mètres de profondeur fin 2009. Mais comment évaluer précisément une ressource …avant qu’elle ne soit exploitée… et surtout, sans consensus scientifique en la matière ! La question reste entière !

Point de repère: des réserves difficiles à quantifierSelon Jacques Varet, conseiller du président du Bureau de Recherche Géologique et Minier (BRGM) et ancien directeur de la prospective et d'évaluation, il est pour l’instant impossible d’évaluer précisément les réserves de la planète. Il faudrait pour ce faire mettre en place « un GIER, Groupe Indépendant d’Experts sur les Ressources, sur le même modèle que le GIEC pour le climat ».
 Le lithium n’est pas une ressource fossile, ni un métal rare : il est associé à l’activité volcanique, et l’on peut l’extraire par exemple depuis les puits géothermiques. Il existe d’autres salars dans la cordillère des Andes ( notamment au Chili et en Argentine) , le long de la faille de San Andrea ( en Californie), dans la zone de collision de l'Asie centrale ( au Tibet et en Afghanistan) et dans certaines zones désertiques ( en Afrique de l'Est et en Australie) . D’autres gisements riches en sels de lithium que les salars existent, mais ils sont plus difficiles d’accès : le lithium est présent par exemple dans les gisements de mica, que l’on peut trouver un peu partout sur la planète, y compris en France  ou bien encore…dans l’eau de mer dont la teneur en lithium, estimée à 0,17g/m3, en fait une réserve de 240 000 milliards de tonnes !
Comme pour le pétrole, les expertises des géologues confortent les stratégies politiques de gestion des ressources, en influant sur les cours des minéraux. En juin 2010, l’annonce par l’USGS (financé par le gouvernement américain) de gisements importants de lithium en Afghanistan n’avait rien d’un scoop scientifique, puisque connu par le BRGM depuis la présence russe! Il s’agissait plutôt d’attirer de nouveaux marchés économiques avec des industriels étrangers, en montrant qu’il y avait là d’autres marchés que la drogue, et peut-être de faire pression indirectement sur le gouvernement bolivien pour qu’il négocie à la baisse l’exploitation de son lithium par les entreprises étrangères.
 Illustration audio: Y a-t-il du lithium en France ? (Interview audio de Jacques Varet, conseiller du président du Bureau de Recherche Géologique et Minier (BRGM) et ancien directeur de la prospective et d'évaluation)
Y-a-t-il du lithium en France? La réponse de Jacques Varet

[audio:ressourcesenfrance%3F.mp3]

« Le BRGM n'a pas été sollicité pour évaluer les ressources de lithium en France. Néanmoins, on sait qu'on a des ressources de lithium. Dans les formations plutoniques (granit) par exemple, comme le granit des Chassières, et plusieurs sites de granit dans le massif central où l'on sait que l'on peut produire du lithium, à partir de tous ces micas riches en lithium. Plus intéressant à regarder, le lithium que l'on peut produire à partir de fluides géothermaux contenus dans des roches dans des réservoirs profonds, en particulier le Trias, la couche sédimentaire la plus profonde, en Alsace, a des teneurs en lithium relativement élevées. Sans être aussi élevées que celles que l'on trouve dans les salars, ces teneurs peuvent permettre d'envisager des exploitations combinées de géothermie et de lithium. Une perspective considérée dans différents pays du monde, notamment aux Etats-Unis, à Salton Sea, en Californie, où une exploitation de géothermie permet de produire du lithium de cette manière là. »

Une exploitation en solo ?
Le 27 octobre 2010, la Bolivie a annoncé vouloir procéder seule à l’industrialisation de son lithium, pour « ne pas répéter la mise à sac des richesses » historiques de la Bolivie comme cela avait été le cas pour ses ressources en argent et en étain et a le même jour annoncé un investissement de 902 millions de dollars d’ici 2014 pour le faire.
Si l’annonce a, dans un premier temps, jeté un froid chez les industriels, tout le monde se doute bien que l’Etat bolivien ne possède pas cet argent … à commencer par le gouvernement lui-même, qui n’en est pas à un paradoxe près ! L’annonce, sans être une mise à pied définitive des étrangers, visait donc plus probablement à conformer les intentions du gouvernement à la nouvelle constitution adoptée par référendum début 2009, qui lui donne la pleine propriété de ses ressources minérales…
Un colloque international s’est d’ailleurs tenu peu après dans la capitale bolivienne. À La Paz, le 10 décembre dernier, les industriels du monde entier, dont ceux du groupe Bolloré, ont été invités par le gouvernement bolivien à engager rapidement des partenariats technologiques. Ils ont pu visiter l’usine pilote, initiée en 2007, pour un coût de près de 7 millions de dollars, qui vient tout juste d’entrer en service, révélant à quel point la production de batteries électriques boliviennes est encore une perspective lointaine…Gageons donc que les perspectives des industriels sur le lithium bolivien sont loin d’être bouchées !

10 ans de retard!

Paru dans Novethic en décembre 2010

La Bolivie a annoncé pouvoir approvisionner le monde en lithium pendant au moins 5000 ans. Et vouloir exploiter son précieux minerai seule. Le pays, qui accuse 10 ans de retard, aura du mal à se passer des industriels étrangers.

Les industriels japonais Mitsubishi et Sumitomo, coréens Kores, Hyundai et LG, finlandais European Batteries et français Bolloré et Eramet convoitaient depuis une bonne décennie le lithium bolivien. Et ils ont à première vue de quoi être déçus : fin octobre 2010, ils ont été renvoyés par l’État plurinational de Bolivie à l’horizon 2014-2015 pour d’éventuels partenariats ! D’ici là, la Bolivie a déclaré vouloir gérer seule l’exploitation de son précieux minerai. L’enjeu va plus loin que le seul marché de la fabrication des batteries au lithium, celles-là même que l’on trouve déjà partout, dans les téléphones portables, les ipods, les ordinateurs… mais qui devraient être amenées à se développer avec les voitures électriques. Pour la Bolivie, rester maître de ses ressources, c’est un défi à relever : sortir le pays de la « malédiction des matières premières » qu’il connaît depuis les Espagnols. Car malgré ses richesses minières considérables (argent, or, étain), la Bolivie reste l’un des pays les plus pauvres du monde.

10 ans de retard

Le lithium fera-t-il sa richesse ? Rien n’est moins sûr, car sur ce marché mondial qui a le vent en poupe, la Bolivie est loin d’être opérationnelle. Tout d’abord, parce que ce n’est qu’en 2008 qu’elle a commencé à vouloir exploiter ce métal léger et mou qui abonde juste sous la surface des lacs salés des Andes (les « Salar »). 10 ans après que le Chili voisin a commencé à le faire. Ce dernier en est d’ailleurs aujourd’hui le premier producteur mondial. Pour l’instant, la Bolivie ne dispose que d’une usine pilote, dont la mise en service était annoncée à la fin 2010, mais qui, en mai dernier, était encore en travaux ! Si Evo Moralès pronostique « une révolution de la matrice énergétique mondiale » avec le développement du lithium bolivien, il a aussi annoncé dans le même temps que la phase industrielle du projet n’était pas prévue pas avant 2014-2015. À terme, la Bolivie veut rattraper le Chili en produisant autant de carbonate de lithium, soit 40 000 tonnes. Près de dix fois plus que la capacité de l’usine pilote actuelle. L’État devra investir 900 millions de dollars pour développer une industrie compétitive en la matière. Or le financement de l’usine pilote, a déjà peiné à rassembler les quelques 7 millions de dollars nécessaires à sa mise en service… et il reste huit autres usines à construire pour l’extraction du carbonate de lithium et des autres composés minéraux susceptibles d’intéresser l’industrie chimique ou phytosanitaire (fertilisants) (acide borique, chlorure et sulfate de potassium).

À quel prix social et environnemental ?

Les ressources boliviennes en lithium ont beau être considérables (elles sont aujourd’hui estimées de 24 millions de tonnes par les géologues américains, à 100 millions de tonnes par les experts boliviens, soit 3 à 33 fois plus que les réserves chiliennes), l’exploitation du lithium n’est pas sans inquiéter les populations locales qui n’en retirent pour l’instant aucun bénéfice (1). L’activité minière de l’usine pilote ne génère pas en effet les emplois attendus, la petite centaine de mineurs employés étant des salariés délocalisés de la corporation minière de Bolivie (COMIBOL). Elle n’améliore pas non plus les infrastructures. L’électricité, acheminée à grands frais pour l’usine, se fait toujours désirer dans les villages alentour. Quant à son impact environnemental, habitants et ONG s’inquiètent des menaces qui pèsent sur la ressource en eau de la région, le Salar de Uyuni.
Dans cette zone déjà très désertique [le Salar est le plus grand désert de sel de la planète], on vit principalement de la culture du quinoa et du tourisme. De plus, l’usine pilote de lithium se situe non loin du fleuve Rio Grande, une proximité qui fait craindre une atteinte à la qualité de l’eau. En effet, pour l’instant, la seule solution envisagée par la COMIBOL pour le traitement des déchets miniers de l’extraction du lithium est de les déposer dans le lit du fleuve asséché lors de la saison sèche, en espérant qu’à la saison des pluies ils seront réabsorbés par les sols et réalimenteront le salar !

Comme le rappelle le vice-président de Chemetall, Tim McKenna, la compagnie américaine qui se partage, avec la compagnie nationalisée chilienne SQM, 70 % du lithium du salar de l’Atacama : « Au Chili, on a mis 15 ans pour atteindre des niveaux conséquents de production ! Et sans avoir les obstacles géographiques et logistiques que connaît la Bolivie ! » Car le pays n’a pas d’infrastructures adaptées ni d’accès à la mer. Vue sous cet angle, l’échéance 2014 paraît bien irréaliste. À moins que le pays ne décide de s’allier, finalement, l’aide conséquente d’industriels étrangers. Ils sont d’ailleurs déjà invités à La Paz le 10 décembre prochain, où un colloque sur l’industrialisation du lithium est organisé !

(1) Rebecca Hollender Jim Shultz « Bolivia and its Lithium » – Can the “Gold of the 21st Century” Help Lift a Nation out of Poverty? À Democracy Center Special Report [mai 2010]

(2) http://www.litiobolivia.org/en.html

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Le Gange : en attente d’un miracle ?

Le professeur Mishra, Mahant du Sankat Mochan Mandir, ne se consacre plus qu'aux enseignements spirituels. Le programme de dépollution du Gange qu'il a mis en place? Il n'en parle même plus!

Une femme rend hommage au Shiva lingam qui surplombe le Gange, elle tient à la main un petit sac empli d’eau du Gange…

Le 31 mai 2011, la Banque Mondiale annonçait le versement d’un milliard de dollars pour la dépollution du Gange. Cette somme, promise depuis fin 2009, est une ultime chance pour tenter de sauver un fleuve en voie d’asphyxie.

 

Le Gange est pollué. Le problème n’est pas neuf, certes. Il revient, régulièrement, à la une des actualités, à la faveur des promesses gouvernementales, des aides internationales et des actions des ONG. Mais il est de plus en plus gros. Le fleuve sacré fait aujourd’hui face à une pollution extrême, qui met en péril la biodiversité et la durabilité de son environnement. Le Gange représente 25% de toutes les réserves en eau de l’Inde, qu’il sillonne sur 2525 kilomètres. 400 millions de personnes vivent sur ses rives. Il charrie depuis sa source, au nord-ouest de l’Himalaya, jusqu’au golfe du Bengale, près de 2 milliards de litres d’eaux usées. Nul besoin de grandes études ès microbiologie : eaux souillées rime avec risque pour la santé ! D’autant que le fleuve charrie aussi  carcasses d’animaux et  dépouilles humaines, qui en se décomposant relarguent les bactéries pathogènes contenues dans leurs intestins (des colibacilles fécaux).   Rien d’étonnant à ce que son delta, le plus grand du monde, soit aussi le réservoir mondial historique du choléra. Même si pour la plupart des indiens, le Gange continue d’être sacré, donc propre. Dans ce pays où  « tout est possible » (comme le dit le diction populaire « Sab Kuch Milega »), la foi l’emporte sur la science, et il est bien difficile d’agir. A moins d’être un Mahant (grand prêtre) comme Veer Badhra Mishra, du Sankat Mochan Mandir, le grand temple d’Hanuman à Vanarasi. Lui qui fait ses ablutions rituelles tous les matins dans le Gange depuis  plus de 72 ans, refuse publiquement de boire la traditionnelle gorgée d’eau. «  Il faudrait être aveugle ! » ironise-t-il…en connaissance de cause.

Entre corruption et incompétence

Car en plus d’être prêtre, Veer Badhra Mishra est ingénieur du génie civil et a longtemps été professeur d’hydrologie  à l’Université de Bénarès. Au début des années 1980,  avec des amis, et bien avant que l’on ne parle de programmes gouvernementaux de dépollution, il a monté un laboratoire d’analyse, puis une ONG,  la Sankat Mochan Foundation (SMF) en 1982, afin d’ informer les gens de la réalité de la pollution du fleuve. Il a ainsi montré que la teneur en colibacilles fécaux explosait toutes les normes de salubrité, avec des records prévisibles aux drains de déversement des égoûts de la ville.  Et démarré un  combat pour la réhabilitation du Gange qui a probablement contribué au lancement du  programme gouvernemental de dépollution du fleuve : le GAP (Ganga  Action Plan)  initié en 1986.  Cet ambitieux programme de dépollution, déjà soutenu en son temps par la Banque Mondiale,  intégrait la mise  en place de pompes à déchets aux points de relargage des ordures, des centrales de retraitement des eaux usées, ainsi que l’installation de toilettes publiques et de crematorium électriques. Dans les faits, il semble avoir surtout existé sur papier et servi  à emplir les poches des responsables politiques  chargés de sa mise en œuvre.  De plus, le peu de choses réalisées   ne tenait   même pas compte de deux problèmes majeurs en Inde dans le bassin gangique : la mousson et les coupures électriques. Une solution intelligente, proposée par la SMF et l’Université de Berkeley (USA) consistait-elle par exemple à utiliser la gravité plutôt que l’électricité pour acheminer les eaux usées de Vanarasi à la centrale de retraitement via un ingénieux système de bassins communiquants?  Le gouvernement a préféré financer des modèles tout prêts de centrales fonctionnant  à l’électricité, inopérantes en cas de coupures électriques, et refluant leur contenu directement dans le fleuve en cas d’inondations… ou aux capacités bien trop limitées, à l’exemple de l’usine de retraitement de Kampur, ville réputée pour ses 400 tanneries et le chrome hexavalent qu’elles rejettent, qui n’a qu’une capacité de traitement de 9 millions de litres par jour,  alors qu’un responsable de la centrale lui-même estime le volume d’eau à traiter à 40 millions de litres par jour ! Autre exemple, la création très médiatisée, à Vanarasi,  d’un sanctuaire de tortues entre Raj Ghat et Ramnagar Stretch : les tortues supposées dévorer les restes des cadavres du fleuve ont bien vite été, comme cela pouvait être prévisibles, braconnées par ceux qui sur les rives meurent de faim ! Peu à peu, le GAP s’est délité dans l’absence de fonds pour poursuivre le programme. Tout comme la motivation du Pr. Mishra, ovationné à Rio en 1992, élu homme de la planète par   Time Magazine en 1999, et aujourd’hui quelque peu désabusé : depuis 2003, le site de sa fondation n’est plus tenu à jour ; le tableau  noir accroché à la porte de son laboratoire sur le Tulsi Ghat et censé relayer à la craie les résultats d’analyse de potabilité de l’eau du Gange n’a pas servi depuis longtemps. Parler de pollution du Gange, même, semble l’ennuyer profondément tant il élude poliment les questions. Difficile pour un saint homme de râler contre la bureaucratie indienne ?

La science à l’épreuve de la foi

Sous l’égide de la NGRBA (National Ganga River Bassin Authority) spécialement créé fin 2009, le milliard de dollars promis par la Banque Mondiale pour ce nouveau programme sera-t-il mieux géré ? Dans les faits, cette somme, qu’il aura fallu un an et demi pour débloquer, se répartit entre les deux instances constitutives de la Banque Mondiale :  un don de 200 millions de dollars de l’Association Internationale pour le Développement (IDA)  et un prêt à faible taux d’intérêt  de 800 millions de dollars de la Banque Internationale pour la reconstruction et le développement (IBRD). Un « Centre de Connaissances du Gange » a par ailleurs été créé pour établir un état des lieux, et probablement  aider à constater l’avancement effectif des travaux … Au programme, nettoyage du fleuve et mise en place de programmes de conservation. Comme à Patna par exemple, l’une des villes les plus polluées du fleuve, où un projet de promenade  plantée de 6km de long, vient d’être agréé par la NGRBA. Il n’est pas sûr que ces ambitions largement médiatisées déjoue le « à quoi bon » de tous ceux qui continuent de croire que le Gange est un fleuve sacré que purifie  Shiva  et/ou ne se sentent pas impliqué dans les programmes gouvernementaux  (au cours d’une réunion publique menée fin septembre 2011 à Vanarasi, l’activiste écolo Rajendra Singh  a d’ailleurs dénoncé l’échec de la NGRBA à impliquer la société civile dans les programmes de dépollution   ( article du Times of India du 22/09/2011 ) : tout ici est si fortement empreint  de religieux que le gouvernement n’ose même pas prononcer les mesures élémentaires  de protection des populations … Déclarer l’eau du Gange non potable, voire même interdire aux hindous de s’y baigner ? Impensable au risque de déclencher des émeutes dignes des guerres de religion ! De même, la régulation des crémations qui continuent de se dérouler comme le veut la tradition, à l’air libre… ou de toute autre pratique religieuse telle celle qui consiste à jeter dans le fleuve des couronnes de fleurs bénies par les brahmanes des temples ou   d’y faire flotter de petites bougies  en paraffine (dérivé d’hydrocabures ) …   Sans parler bien sûr du trafic fluvial des bateaux à moteur ! Si l’on peut concevoir que Shiva soit capable de « retraiter » les pêchés des fidèles qui s’y baignent, il est difficile d’admettre qu’il élimine aussi les microbes, les  effluents toxiques des industries pharmaceutiques de Hrishikesh ou des tanneries de Kampur, la dioxine des cendres de tous les bûchers de crémation de Vanarasi, et les divers plastiques, résidus de lessive, et autres détritus qui y plongent. Mark Twain au siècle dernier disait qu’aucun microbe digne de ce nom ne pourrait survivre dans les eaux du Gange : on ne peut pour l’heure que s’étonner de ce qu’il n’y ait pas plus d’épidémies de choléra ! C’est peut-être bien là que l’on  pourrait parler des miracles du Dieu Shiva !

 

Clara DELPAS

 

Paru dans Novethic le 30/11/2011

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Mars 2012 : une contribution française importante

Le robot Curiosity est la grande vedette de la mission Mars Science Laboratory (MSL) orchestrée par la NASA qui devrait être lancée depuis Cap Canaveral (Floride) le 25 novembre prochain. À son bord, l’échantillon de macusanite P1891 quitte pour toujours, la collection minéralogique du muséum national d’histoire naturelle !

La grande question « Y a-t-il eu de la vie sur Mars ? » se pose pour les chimistes sous cette forme : « Existe-t-il sur Mars des composés carbonés ? » Pour y répondre, la NASA n’a pas lésiné sur les moyens : elle ambitionne d’envoyer sur place, et plus précisément dans le cratère GALE (un cratère de 154 kilomètres de diamètre au centre duquel culmine une montagne de plus de 5000m) [->http://www.universcience.fr/fr/science-actualites/articleas/wl/1248123976290/un-cratere-pour-curiosity/], « Curiosity », un véritable laboratoire technologique robotisé. Le décollage est prévu le 25 novembre prochain… et l’arrivée sur Mars le 6 août 2012

Une mission surpuissante

Ce « rover » de près de 1 tonne et de 2 mètres de long, qui a coûté la bagatelle de 2,5 milliards de dollars, recèle à son bord pas moins de 10 instruments scientifiques ultrasophistiqués. Deux d’entre eux ont été conçus par des équipes françaises (1) : essentiels, ils sont en quelque sorte « les yeux » et le « cerveau » du robot chargé d’étudier les traces de vie martienne, mais aussi les processus physico-chimiques d’évolution de la planète :

  • Le ChemCam (Chemistry Camera), le premier laser jamais envoyé dans l’espace, contribue à déterminer à distance la composition chimique des roches martiennes. Perché en haut d’un mât, il constitue « les yeux » du robot. Capable de tirer jusqu’à 7 mètres, il permet dans un premier temps de sélectionner les roches les plus pertinentes à analyser : la lumière émise par le plasma gazeux qui résulte du tir laser est en effet  analysée par le spectromètre auquel est couplé le laser, ce qui permet de caractériser les divers éléments chimiques qui composent la roche. Avant tout déplacement du robot pour aller éventuellement les prélever pour un second tour d’analyses.
    
  • Le SAM (Sample Analysis at Mars), un laboratoire portatif capable d’analyser en chromatographie en phase gazeuse les échantillons du sol et du proche sous-sol de Mars.
    

Une pierre du muséum sur le robot

Parmi les cibles utilisées pour étalonner le laser se trouve une roche naturelle la macusanite P1891, choisie dans les collections minéralogiques du Museum National d’Histoire Naturelle de Paris. Suffisamment compacte pour supporter les vibrations d’un voyage dans l’espace, cette roche volcanique originaire du Pérou a dû, compte tenu de l’inaliénabilité des collections, faire l’objet d’un don du muséum et d’une autorisation de sortie de territoire ! Pour un voyage sans retour…

Clara DELPAS

(1) Au premier rang desquelles des équipes du CNRS, ainsi que du pôle de planétologie de l’Observatoire Midi-Pyrénées, du CNES (Centre National d’Études Spatiales), du Latmos, du LISA (Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques), et du MNHN (Museum National d’Histoire Naturelle)

macusanite en bas à droite du porte échantillon embarqué sur le Robot
macusanite en bas à droite du porte échantillon embarqué sur le Robot

Roche P1891 (macusanite) ds la collection du Museum National d’Histoire Naturelle
Roche P1891 (macusanite) ds la collection du Museum National d'Histoire Naturelle

(1) Au premier rang desquelles des équipes du CNRS, ainsi que du pôle de planétologie de l’Observatoire Midi-Pyrénées, du Cnes (Centre National d’Etudes Spatiales) , du Latmos, du LISA (Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques) et du MNHN (Museum National d’Histoire Naturelle)

Pourquoi a-t-on choisi une macusanite?
Violaine Sautter, Directeur de Recherches au CNRS travaillant au sein du Mnhn

Et pourquoi plus particulièrement l’avoir choisie dans les collections du muséum? Celles-ci ne sont-elles pas inaliénables?
Violaine Sautter, Directeur de Recherches au CNRS travaillant au sein du Mnhn

Publié sur le site de Science Actualités le 28/11/2011

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Ondes électromagnétiques : vers une harmonisation européenne des normes…

Le 10 octobre dernier, à Bruxelles, un atelier de travail au Parlement Européen a invité la Commission Européenne à réviser ses recommandations en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques. Des recommandations qui datent de 1999.

La Commission Européenne a une nouvelle fois été très critiquée : « non-application du principe de précaution, recommandations obsolètes et ségrégation scientifique… » Telles sont les trois critiques majeures qui ont émergé de l’atelier organisé par les parlementaires Michèle Rivasi, Kriton Arsenis et Frédérique Ries, un atelier qui réunissait scientifiques, politiques, acteurs associatifs et citoyens  autour de la question de la téléphonie mobile. Avec l’appui des scientifiques présents, l’atelier -« Early warnings The case of Mobile phone & Head Tumors » (Signauxd’alerte précoces : le cas du téléphone mobile et des tumeurs cérébrales)- était d’abord l’occasion de rappeler, que   la nocivité des ondes de la téléphonie mobile, mais aussi des téléphones  sans fil , et du wifi, ne fait aujourd’hui plus de doute.

Un risque bien établi

Ainsi, le Dr. David Gee, de l’Agence Européenne pour l’Environnement, s’est étonné qu’à l’instar de ce qui s’est passé  pour l’amiante,  et alors qu’aucun scientifique ne conteste plus que l’ exposition  aux ondes électromagnétiques a des effets délétères sur les tissus du corps humain , la société semble toujours incapable de prendre les mesures adéquates pour protéger le public. Il a notamment rappelé que le délai d’apparition d’un cancer à la suite d’ une exposition à des radiations ionisantes, telles que les bombes nucléaires japonaises, s’étendait de 15 à 50 ans. Et qu’ainsi, même si les conclusions de l’étude Interphone pouvaient sembler rassurantes, pondérées qu’elles sont par une grande  prudence scientifique, personne ne pouvait affirmer aujourd’hui qu’il n’y avait aucun  risque.
Le Dr. Lennart Hardell, Professeur au Département d’oncologie de l’hôpital Örebro en Suède, a présenté les résultats de ses études, qui portent sur plus de 4000 individus : le risque de tumeurs cérébrales malignes et de neuromes acoustiques liés à l’usage des mobiles ou téléphones sans fil DECT, augmente avec le temps de latence et le nombre d’heures de téléphonie cumulées. L’élu socialiste grec, Kriton Arsenis, a présenté pour sa part deux études scientifiques indépendantes sur les effets cancérigènes avérés de l’utilisation de téléphones mobiles chez des enfants et des femmes enceintes.
Quant à l’eurodéputée verte française Michèle Rivasi, également fondatrice du CRIIREM, elle a précisé qu’outre le cancer ou la leucémie infantile, l’exposition aux ondes électromagnétiques était aussi désormais évoquée dans bien d’autres  pathologies comme la maladie d’Alzheimer, les  troubles du sommeil et certains  problèmes psychologiques.

 

« Inexcusable silence »

 

« Nous sommes au-delà de la phase d’alerte concernant l’utilisation abusive de la téléphonie mobile », a-elle affirmé. »  Il serait donc grand temps selon elle que  la commission  informe le public et révise enfin les limites d’exposition qu’elle a fixées… en 1999 ! « A cette époque, de nombreux appareils sans fil (GSM, téléphone DECT ou wifi n’existaient pas encore », a renchéri l’eurodéputée libérale belge Frédérique Ries, elle-même auteur d’un rapport adopté à la quasi unanimité par le Parlement Européen en 2009 et visant à une reconnaissance officielle du risque sanitaire généré par une exposition chronique aux champs électromagnétiques.
D’autant  que l’OMS reconnaît aujourd’hui que les ondes électromagnétiques de la téléphonie peuvent être cancérigènes. Au mois de juin dernier, en effet, le CIRC (le Centre International de Recherche sur le Cancer), a ainsi révisé sa classification : à la suite d’une réunion d’experts, le risque de cancer lié à l’exposition à des ondes électromagnétiques de la téléphonie mobile est passé  dans la catégorie 2A, qui signifie « peut être cancérigène » (voir article lié). Pourtant, depuis, aucune nouvelle recommandation n’a été formulée au niveau des institutions européennes.
Pourquoi ce risque avéré tarde-t-il tant à être pris en compte ? D’un point de vue scientifique, il faudrait certes des études complémentaires pour lever toutes les ambiguités. Et personne n’ignore que cela prend du temps…et que les fonds manquent pour financer de telles études indépendantes (au rang des mesures simples à mettre en œuvre, a été évoquée d’ailleurs l’instauration d’une taxe reversée par les fabricants sur les téléphones vendus à un fond spécifique).

Le député belge Paul Lannoye a dénoncé ce retard qui  selon lui « ne rend guère service qu’à l’industrie de la téléphonie mobile ». Tandis que le Dr. David Gee a rappelé une étude de la revue  Environmental Health Perspectives montrant que les études financées par la téléphonie mobile tendent majoritairement, comme par hasard,  à établir qu’il n’y avait pas d’effet…
Les fameuses limites de 1999 ? Elles ont été fixées  par le comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (SCENIHR), une instance de la commission européenne, dont le représentant à l’atelier, Matts-Olof Mattson, a rappelé le fonctionnement. Ces normes devraient être revues prochainement, à la faveur d’un colloque international organisé les 16 et 17 novembre prochains…mais auquel, bizarrement, aucun des scientifiques indépendants à l’origine d’études établissant des dangers des champs électromagnétiques n’a été invité ! Ce que dénoncent les trois eurodéputés qui ont émis le souhait, avec la DGSanCo, que le comité revoie les modalités de recrutement des participants à ce colloque…. Affaire à suivre le mois prochain, donc.

Clara Delpas

Paru dans Novethic du 13-10-2011

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Faut-il avoir peur de la bactérie tueuse ?

Une épidémie de gastro-entérites hémorragiques a frappé l’Allemagne au mois de mai dernier. En cause, une contamination bactérienne par voie alimentaire. Et un problème de taille : impossible de trouver l’aliment responsable ! Une histoire pareille peut-elle arriver en France ?

Le 19 mai dernier, à Hambourg, dans le Nord de l’Allemagne, l’alerte était lancée au centre médical universitaire du centre de contrôle des maladies de l’Institut Robert Koch. Des centaines de personnes se présentaient depuis début mai aux urgences des hôpitaux de tout le Nord de l’Allemagne, avec des gastro-entérites sévères doublées de syndrome hémolytique urémique (SHU) hémorragique. En clair, des diarrhées aigues, avec du sang dedans, et une infection urinaire hémorragique entraînant des complications rénales pouvant être fatales. La bactérie responsable ? Escherichia Coli   (E.coli), une bactérie habituellement commune de notre tube digestif. Les patients ayant déclaré avoir mangé des tomates crues, des concombres et des laitues, les soupçons se sont aussitôt portés sur les légumes… Concombres espagnols, puis graines germées de Basse-Saxe, se sont retrouvés sur la sellette : en vain, l’aliment coupable, restait inconnu à la mi-juin. La bactérie avait déjà fait alors plus de 20 morts et plus de 2000 malades.

Des épidémies assez fréquentes

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’une épidémie à E.Coli et en particulier à E. coli entérohémorragique, par voie alimentaire, survient, loin s’en faut. En 1982, aux États-Unis, des hamburgers insuffisamment cuits provenant d’une chaîne de restauration rapide avaient fait des centaines de victimes. Et, régulièrement, des épidémies sont recensées, de diverses causes alimentaires…: à Washington en 1993, liée à la consommation de hamburgers : 501 malades, 45 SHU et 3 décès ; au Japon en 1996, liée à des radis blancs : 9451 malades et 12 décès ; en Écosse en 1996 : liées à de la viande de bœuf avec 137 malades et 10 décès. En 2006, des épinards contaminés ont infecté 199 personnes aux États-Unis, causant des infections des reins.     Et en mars 2008,  près de 2,5 tonnes de viande potentiellement contaminée par une souche d’Escherichia Coli entérohémorragiques (EHEC) avaient  été mis en vente ! L’épidémie allemande, en revanche, est particulière : il s’agit d’une souche d’E.Coli  très virulente et  encore jamais rencontrée, la souche O104: H4, une bactérie entérohémorragique à Escherichia Coli   (EHEC).

Mécanisme de contamination

E.Coli est une bactérie commune, habituellement très minoritaire dans la flore intestinale du tube digestif de tous les êtres vivants (voir précédent numéro), mais qui peut devenir extrêmement virulente.   Elle peut se transmettre par voie alimentaire, contaminant aussitôt le système digestif. Et, sachant que les bactéries peuvent se reproduire toutes les 30mn, les dégâts arrivent vite. D’où vient-elle ? Du tube digestif des animaux et de leurs excréments. Ce qui explique que les deux principales catégories contaminées sont les steaks hachés et les végétaux. Les premiers, parce qu’il arrive, dans les abattoirs, que lors de l’abattage de la bête, les bactéries de son tube digestif en viennent à contaminer la viande… Les seconds, parce que les déjections animales sont souvent épanchées sur les champs, en guise d’engrais. Et pourquoi est-elle si virulente ? En cause, probablement, l’usage immodéré des antibiotiques dans les élevages (voir Alternative Santé n °362  ), qui permet aux souches bactériennes les plus résistantes aux antibiotiques d’être sélectionnées…

Une menace européenne ?

Les consommateurs européens se sont mis à craindre les légumes, entraînant partout une baisse des ventes et des destructions de stock par les producteurs eux-mêmes (comme à Nantes, le 6 juin par exemple). La recherche infructueuse de l’agent alimentaire responsable pose question, car son identification reste la seule façon d’enrayer l’épidémie. Et les erreurs sont lourdes de conséquences…L’Espagne, dont les concombres étaient dans un premier temps boycottés, a porté plainte auprès de la Commission Européenne pour le préjudice subi.  Posant question également, la surveillance et le système d’alerte en cas d’épidémie.  En France, la surveillance de telles infections est réalisée par un dispositif spécifique coordonné par des organismes comme l’Institut Pasteur ou  l’InVs… Mais les délais restent trop longs : 10 jours par exemple en France, lors de l’épidémie de steaks contaminés en mars 2008, entre le moment où la bactérie a été identifiée à l’abattoir et celui où les stocks contaminés ont pu être saisis.   Pour Pierre Franchomme, aromathérapeute,  c’est évident : « On aurait pu faire quelque chose en Allemagne en milieu hospitalier. Donner par exemple des doses massives d’aromanutriments comme le 801, un puissant bactéricide, testé cliniquement sur les cystites colibacillaires, et qui associe  des huiles essentielles de Curcuma de Java (Curcuma xanthorrhiza), de Thym (Thymus vulgaris), Origan vulgaire à carvacrol (Origanum vulgare) et Cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum, cortex). »  Jean-Michel Morel, phytothérapeute (1), précise : « Le traitement préventif ou curatif des gastro-entérites à E.Coli passe par la restauration d’une flore intestinale de qualité, avec les probiotiques ; l’activation des défenses immunitaires, avec les polysaccharides que contiennent des plantes comme l’échinacée, certains lichens ou les champignons comme le shitake ;  la restauration de l’intégrité de la muqueuse intestinale (avec la canneberge ou plus généralement tout fruit rouge ou noir riche en anthocyanes) ; la lutte contre l’infection, avec les huiles essentielles, principalement à thymol et à carvacol ». Il préconise  « une formule à base de thym à thymol, de sarriette, de palmarosa et d’arbre à thé (20 mg de chacune de ces huiles essentielles, dans une gélule gastro-résistante ). Et rappelle, en cas de diarrhées aigües, toutes les vertus du jus de myrtilles, à prendre à raison d’un verre toutes les deux heures.

Il est peut-être aussi possible d’empêcher les contaminations en éliminant les bactéries directement des fruits et légumes. Le professeur Bill Keevil, Chef de service microbiologie et directeur de l’unité Soins de santé environnementale de l’Université de Southampton, a étudié l’effet bactéricide du cuivre sur les bactéries. Le 2 juin dernier, il affirmait que les souches  O104: H4  responsables de l’épidémie allemande  ne survivent pas à une exposition de 45 minutes sur une surface de cuivre humide ! Une propriété qui serait propre au cuivre et à certains alliages à base de laiton et de bronze, également testés…

(1)         Jean Michel Morel – « Traité pratique de phytothérapie » Editions Grancher

(2) Pierre Franchomme-  Daniel Pénoël – « L’aromathérapie exactement » Editions Roger Jollois

 

 Comment éviter la contamination ?

-Lavez bien les légumes, les fruits, les herbes… d’autant plus qu’ils doivent être consommés crus.

-Séparez les aliments crus des aliments cuits ou prêts à être consommés pour éviter les contaminations croisées.

  • Isolez la viande crue.
    -Revenez à une hygiène élémentaire de base (bien se laver les mains)

 

Conserver ses aliments au réfrigérateur  …

Pour éviter les contaminations bactériennes liées à la conservation des aliments, rangez bien vos aliments au réfrigérateur car la température n’y est pas la même partout à l’intérieur.

 

Sur les planches du milieu (4-5°C) et la planche du dessus (8°C), on placera les œufs,   produits laitiers,   charcuterie,   restes,   gâteaux et  produits « à conserver au frais une fois ouvert »

Sur la planche du dessous,   la partie la plus froide du réfrigérateur (2°C) : c’est l’endroit où il faut placer la viande et le poisson frais. Les placer en bas les empêche également de couler sur les autres aliments.

Le bac tout en bas,  est utilisé pour les légumes : sa température peut monter jusqu’à 10°C. Pour les légumes et les fruits qui peuvent être abîmés par des températures plus basses.

Les compartiments ou planches dans la porte qui sont les endroits les plus chauds du réfrigérateur (10-15°C)   sont prévus pour les produits qui ne nécessitent qu’une légère réfrigération (boissons,   sauces et beurre)

 

  • Ne mettez pas trop de nourriture dans votre réfrigérateur : l’air ne peut plus circuler et les températures montent.

  • Dégivrez-le régulièrement  : si vous laissez le givre s’accumuler, le réfrigérateur ne fonctionnera plus efficacement.   Dégivrez votre réfrigérateur   en utilisant de l’eau chaude et un détergent.

  • Ne mettez pas tout au réfrigérateur ! Certains aliments comme les fruits exotiques, les tomates, les haricots verts, les concombres ou les aubergines peuvent être stockés à température ambiante. De même que tous les fruits et   légumes qui ont besoin de mûrir …

  • Vérifiez toujours que la porte est bien fermée.

  • N’ouvrez les portes que lorsque c’est nécessaire et fermez-les dés que possible.

  • Gardez à l’esprit qu’un aliment n’est sûr au réfrigérateur que si c’est conseillé sur l’étiquette.

 

 

 

 

 

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Les matrices périnatales de Stanislas Grof

Stanislas Grof est l’un des pères de la psychologie transpersonnelle. Dans les années 60, riches en expérimentation en tout genre, il fût le pionnier de l’utilisation du LSD dans le traitement des patients schizophrènes.  Puis, à la recherche de thérapies plus « naturelles »,  sans recours à des drogues, du développement de la respiration holotropique. Avec le soutien indéfectible de sa femme, Cristina, professeur de yoga. Pour Grof, les dimensions de la psyché humaine sont « infiniment plus vastes que ne le décrivent les manuels de psychologie et de psychiatrie classiques ». Pour bien les comprendre,  doivent être intégrés, outre le modèle classique du psychisme, limité à la biographie postnatale et à l’inconscient individuel au sens freudien, deux autres niveaux « transbiographiques » (et accessibles par la respiration holotropique) : le domaine transpersonnel qui concerne notamment l’identification expérientielle à d’autres personnes et animaux, les expériences karmiques ou l’identification au vide supracosmique… et le domaine périnatal lié au traumatisme de la naissance biologique.

La naissance est, pour chacun,  un événement déterminant   qui va modeler et organiser toutes ses expériences ultérieures.  « Notre manière de nous sentir et de percevoir le monde, ultérieurement dans la vie, est lourdement teintée de ce rappel constant de la vulnérabilité et du sentiment d’inadaptation et de faiblesse que nous avons connus à notre naissance » explique Stanislas Grof. Alors que la psychiatrie classique nie en général la possibilité que la naissance biologique puisse avoir un impact traumatisant sur le psychisme, (à moins bien sûr d’un traumatisme physique réel mettant en souffrance par exemple des cellules cérébrales), l’approche holotropique permet, en s’identifiant au nouveau-né confronté à l’épreuve de sa naissance,  de se connecter à l’universelle lutte de la venue au monde. Tout ce qui survient lors de cet événement, nous l’avons, certes, complètement oubliés. Néanmoins chacune des 4 étapes majeures qui le composent, est associée à des émotions, à des sensations physiques et à des images symboliques bien distinctes… formant des « constellations dynamiques de l’inconscient profond » que Grof désigne sous le nom de Matrices Périnatales Fondamentales (MPF). Ces matrices se comportent aussi comme des principes organisateurs pour des expériences relevant d’autres niveaux de l’inconscient.  L’intérêt de s’y reconnecter ? « À mesure que nous purgeons ces vieux programmes en les laissant émerger à la conscience, ils perdent toute pertinence et d’une certaine manière, meurent » explique-t-il.

MPF1 (union originelle avec la mère)

Correspond à l’univers amniotique, avant l’accouchement

Emotions & sensations physiques : sentiment d’être dans de vastes régions sans frontières ni limites ou (ventre inhospitalier) menace sombre, sentiment d’être empoisonné, sentiment apocalyptique

images symboliques : galaxies, espaces interstellaires, cosmos, océan, animaux aquatiques ou (si perturbé) eaux polluées, décharges toxiques..

 

MPF II (engloutissement cosmique, sans issue – enfer)

Correspond au déclenchement de la naissance biologique (déclenchement)

Emotions & sensations physiques : sentiment d’être menacé d’engloutissement, claustrophobe, anxiété et paranoïa,   pour toujours sans aucun moyen d’en sortir

Identification : prisonniers dans un donjon ou dans un camp de concentration, animal pris au piège

 

MPFIII (la lutte mort-renaissance)

Correspond au passage au travers du canal vaginal

On se sent suffoquer, en danger, menacé..

Emotions & sensations physiques : scènes sataniques et sexuelles, rencontres avec le feu…

Idenitification :  personnages héroïques et divinités représentant mort et renaissance…

 

MPFIV (expérience de mort-renaissance)

Naissance et coupure du cordon ombilical

Emotions & sensations physiques : libération explosive, entrer dans la lumière

Identification : souvenirs très concrets et réalistes (anesthésie, forceps, etc…)

 

 

 

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Le microbiote : des microbes qui nous veulent du…

Aujourd’hui plus que jamais, la recherche s’intéresse à la population si particulière que représentent les bactéries contenues dans notre tube digestif. Ses mystères commencent à être décryptés. Petit tour d’horizon…

On les regroupait si poétiquement sous l’appellation de flore intestinale. Aujourd’hui, sous la pression des scientifiques américains, c’est désormais de microbiote que l’on parle pour évoquer ces bactéries qui colonisent nos organismes. Ce n’est pas une découverte, cela fait des années qu’elles sont étudiées et que l’on sait à quel point qu’elles participent à notre bon équilibre. Déjà dans les années 1920, on vendait des yaourts en pharmacie pour soigner les diarrhées des bébés ! L’affaire n’est donc pas neuve. Mais les connaissances s’étendent, découvrant le rôle de ce microbiote dans de nombreuses maladies, voire même dans nos comportements psychiques !

Ce microbiote qui nous est propre…

Si le fœtus en est dépourvu, dès sa naissance, le nouveau-né est exposé à toutes les bactéries de son environnement : celles des voies naturelles par lesquelles il doit passer pour venir au monde (s’il naît par césarienne, ou trop prématuré, les choses seront différentes), celles qui se trouvent sur les mains des infirmières, etc. Peu à peu, jusque vers l’âge de 2 ans, les bactéries avec lesquelles le nourrisson est en contact et qui entrent peu à peu dans toutes les cavités de son organisme vont constituer son microbiote personnel, sa carte d’identité bactérienne en quelque sorte. Cette colonisation se fait selon un ordre précis, certains types de bactéries venant en premier, d’autres s’installant bien plus tard. Elle dépend aussi de l’environnement, différent par exemple selon que l’enfant est allaité ou pas. Le microbiote petit à petit devient un monde à part entière et même… 90 % de notre constitution. En effet, des cellules qui nous composent, seules 10 % peuvent être considérées comme d’origine « humaine », les 90 % restants sont des cellules « étrangères », des bactéries plus précisément, auxquelles nous offrons le gite et le couvert. En échange, « nos » bactéries nous aident à digérer les aliments, produisent des vitamines (K, B12, B8), mais aussi combattent les infections (70 % de notre système immunitaire étant associé au tube digestif, le microbiote collabore sans doute grandement avec lui…). Certains chercheurs sont d’ailleurs convaincus que les allergies des enfants sont dues au fait qu’ils n’ont pas été mis en contact avec les bonnes bactéries : selon cette théorie dite « théorie eugéniste » », ils doivent être envoyés en séjour à la ferme pour être exposés aux « bonnes » bactéries, animales et autres, qui sauront les immuniser.   Sans microbiote, nous ne pourrions pas vivre. Impossible ne serait-ce que d’assimiler les végétaux, si nous n’avions pas dans le microbiote des bactéries capables de casser la cellulose, l’amidon et autres polysaccharides qui les constituent ? Mais, alors que l’on pourrait penser que cette flore microbienne est propre à chacun, et qu’il en existe donc autant que d’individus, une chose étonnante vient d’être confirmée par une équipe internationale de chercheurs[1] : le microbiote serait un peu comme le groupe sanguin. Il n’y en aurait en fait qu’un nombre très limité : tout comme il n’y a que 4 types de groupe sanguin, il n’y aurait que 3 types de microbiotes, caractérisés du nom des populations majoritaires de bactéries qui s’y trouvent, à bactéroidètes, à prévotelles ou à ruminocoques… Ces chercheurs ont ainsi, après avoir étudié des microbiotes très similaires, d’une trentaine de Japonais, Français, Espagnols, Danois et Américains, constaté qu’il existait de grandes similitudes entre les flores intestinales des Français et des Japonais par exemple, pourtant soumis à des régimes alimentaires et des environnements très différents. Des résultats dont on ne connaît pas encore bien les implications, car ils doivent être confirmés par l’étude plus large des selles de 250 personnes américaines et danoises.

Microbiote sous influence

Quand bien même on ne discerne que trois types de microbiotes dans le monde, ceux-ci restent influençables. Premier facteur : l’environnement, et plus exactement les bactéries qu’il contient. Grâce à elles, nos microbiotes acquièrent les capacités nécessaires pour mieux digérer. C’est ainsi que l’on explique par exemple pourquoi les japonais digèrent mieux les makis que les Occidentaux : habitués depuis plus longtemps à en manger, ils ont dans leur flore acquis de quoi les digérer. Ainsi, rapporte une étude parue en 2010, la flore intestinale des Japonais contient une bactérie spécifiquement dotée des  gènes permettant de digérer les fibres des algues alimentaires. Comme la « porphyra » (ou « nori ») par exemple qui entre justement dans la composition des makis. Ces gènes, dont sont dépourvues les bactéries des Occidentaux, auraient été transmis aux bactéries intestinales des Japonais par des bactéries marines qui les contenaient naturellement. Hypothèse évoquée : voici mille ans environ, et probablement avec l’introduction du nori dans l’alimentation, les gènes seraient passés, des bactéries marines aux bactéries humaines. Bien d’autres facteurs existent, parmi lesquels on peut citer  le stress : il vient d’être démontré que les patients soumis à un stress présentaient dans leur flore un plus grand nombre de bactéries pathogènes. Ce qui offre quelques nouvelles pistes d’explications au fait que certaines maladies comme le syndrome du côlon irritable ou l’asthme soient particulièrement renforcées  en période de stress. [2]

 

Des maladies expliquées

En étudiant le microbiote (ce qui est possible par l’analyse des  bactéries qui sont contenues dans les selles), les chercheurs ont confirmé que de nombreuses maladies étaient effectivement liées à une dysbiose, autrement dit à un déséquilibre  des populations bactériennes de la flore intestinale. Ainsi, des maladies digestives comme la maladie de Crohn, le syndrome du côlon irritable, les troubles fonctionnels intestinaux ou les maladies inflammatoires de l’intestin ont trouvé un nouvel éclairage. Mais la « dysbiose » serait aussi impliquée dans des pathologies plus inattendues comme dans l’obésité. En cause, un déséquilibre de répartition entre deux grandes populations bactériennes : les obèses ont ainsi plus de firmicutes que de bactéroidètes. « Des études ont montré que lorsqu’une personne obèse maigrit, son microbiote se met à ressembler à celui d’une personne mince ! » poursuit Gérard Corthier, ancien directeur de l’unité Inra d’Écologie et de Physiologie digestive [3]. Leur population de bactéroidètes se met à augmenter. Autre implication possible du microbiote : les maladies auto-immunes telles que le diabète de type I.  Et même certains troubles du comportement alimentaire. « Si l’on prend des souris sans microbiote (sous bulle) et que l’on rajoute diverses microflores humaines, on observe que sur des tests de comportement (test de peur dans un labyrinthe par exemple), elles n’ont pas le même comportement en fonction de leur microbiote », poursuit-il. En extrapolant, et « même si cela n’excusera pas les grands criminels, est-ce qu’une partie de notre comportement ne pourrait pas être liée aux bactéries qui nous habitent ? » s’interroge Gérard Corthier. Certaines formes d’autisme semblent d’ailleurs déjà pouvoir être grandement améliorées… par la prise d’antibiotiques !

 

Pré et Probiotiques….

Toutes ces découvertes confortent l’idée qu’en agissant sur la flore intestinale, on agit aussi sur la santé. Depuis longtemps, les autorités sanitaires reconnaissent d’ailleurs l’intérêt des prébiotiques, des ingrédients alimentaires non digestibles qui stimulent la multiplication et l’activité de certaines bactéries intestinales, les bifides (effet « bifidogène »), tels que les Fructo-Oligo-Saccharides (FOS) ou l’Inuline, extraite de la chicorée, ainsi que celui des probiotiques, des bactéries d’origine naturelle, comme les lactobacilles par exemple, que l’on trouve dans la choucroute, les laits fermentés… et bien sûr dans les yaourts ! Dans un monde où les allégations de santé sont soumises à l’exigence des preuves, et sont sous le feu des législateurs, il n’est pas étonnant que la plupart des recherches menées dans ce domaine intéressent avant tout…les grandes industries de produits laitiers comme Danone ou Nestlé, par exemple, qui, avec leur « bifidus actif », participe au financement, de programmes menés à l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) par exemple. Heureusement, la question des conflits d’intérêts se trouve atténuée par le fait qu’il n’y a pas de dangers à taire, les bactéries sont ici là pour nous servir : plus belle peau, meilleure immunité, et amélioration des troubles fonctionnels intestinaux en sont ainsi les principaux bénéfices revendiqués ! À noter enfin qu’il existe aussi des symbiotiques, qui allient à des souches probiotiques à une matrice prébiotique pour une action plus totale.

 

Vous avez dit dysbiose ?

La flore intestinale peut être momentanément perturbée, on le sait depuis longtemps, par la prise d’antibiotiques par exemple. Ou par le lavage au PEG (polyéthylèneglycol) précédant une coloscopie. Ou bien encore par le lavement à l’eau lors d’une hydrothérapie du côlon. Mais elle finit toujours par se reconstituer, au bout d’un certain temps plus ou moins long. En cas de dysbiose avérée, la recherche d’intolérances alimentaires, suivie des corrections diététiques qui s’imposent est une première étape. Elle peut être complétée par la prescription de traitements naturels à base d’huile essentielle de cannelle (qui assainit la lumière intestinale), de curcuma (qui apaise l’inflammation de la muqueuse intestinale), de chlorophylle magnésienne pure (qui cicatrise la muqueuse altérée) et de divers nutriments spécifiques (comme la L-glutamine) [4].…. En attendant que l’on puisse agir directement sur la flore intestinale, ce qui pourra sans doute être possible un jour, avec des bactéries soigneusement choisies. Mais pour l’instant, les chercheurs sont encore en phase d’exploration et n’ambitionnent apparemment pas du tout de jouer aux apprentis sorciers. L’un d’entre eux, Jeffrey Gordon, celui-là même qui a mis en évidence les différences de microbiotes entre personnes obèses et saines a même déclaré : « il est urgent d’attendre ! »   Une prudence d’autant plus salutaire que si l’on s’intéresse aux bactéries d’origine naturelle, il est désormais aussi possible de créer des bactéries de toutes pièces et avec tous les gènes que l’on veut, de nouveaux OGM en somme !

 Les antibiotiques diminuent-ils notre immununité ? Les antibiotiques ne perturbent  pas seulement notre flore en y semant la diarrhée : une expérience menée chez les souris a montré que celles qui prenaient des antibiotiques se défendaient moins bien contre le virus de la grippe que celles qui n’en prennent pas. Comme si les antibiotiques « tuaient » aussi les bactéries qui permettent notre immunité….[5]

Des microbes dans tout le corps !

Le microbiote ne se limite pas à notre tube digestif : toutes les cavités du corps (bouche, vagin, système urinaire) sont colonisées par les bactéries et des pathologies sont directement liées à la multiplication incontrôlée de certaines d’entre elles : Escherischia Coli, responsable des gastro-entérites mais aussi des cystites, d’un streptocoque qui dans la cavité buccale favorise l’apparition des caries ou d’autres micro-organismes comme Candida Albicans, une levure ayant évolué en moisissure, capable de coloniser tout le tube digestif et même plus, puisqu’elle est impliquée dans des mycoses vaginales ou le muguet du nouveau-né. (voir le numéro d’Alternative Santé de février 2010)

 

 Intolérance alimentaire et réaction inflammatoire de l’intestin

L’intolérance digestive au blé et à ses protéines entraîne des fermentations et des putréfactions intestinales qui modifient la perméabilité intestinale. Déréglée, la muqueuse intestinale s’inflamme, et laisse passer les grosses molécules comme le gluten, qui se transforme en glutéomorphine, interagissant avec les récepteurs morphiniques du système nerveux central. D’où, chez les intolérants au gluten, des troubles du comportement qui viennent se surajouter aux symptômes intestinaux…. Si l’intolérance au gluten est bien définie, la plupart des intolérances alimentaires semblent en revanche loin d’être réductibles à une simple analyse sanguine visant à rechercher les différents types d’immunoglobulines (IgG , IgE, etc…) : les personnes allergiques au lait de vache peuvent avoir des IgG positifs, des IgE positifs ou rien du tout ! rappelle le docteur Éric Ménat. Les tests, disponibles sur internet, sont onéreux (jusqu’à 400 euros) et d’efficacité douteuse, comme envisage de le dénoncer prochainement la SFA (société française d’allergologie).

 

 



[1] Manimozhiyan A et al – « Enterotypes of the human gut microbiome »  Nature, 472 (7343) (21 avril 2011)

 

 

[2] Bailey MT « Exposure to  a social stressor alters the structure of the intestinal microbiota : implication for stressor-induced immunomodulation » Brain, Behavior and Immunity 25 (3), (03/2011)

 

[3] Gérard Corthier – « Bonnes bactéries et bonne santé », 128 pages, éditions Quae, 2011 (disponible auprès de Editions Quae, c/o Inra, RD 10, 78026 Versailles Cedex, France)

[4] Communication du Dr Eric Ménat lors des 27èmes Rencontres des Médecines Alternatives et Complémentaires à l’hôpital Tenon en 2010, dont le thème était  « L’intestin, carrefour stratégique de la santé »

[5] Cité dans Science 179(8) du 09/04/2011