Chlorpyrifos : des dangers connus depuis 2012…

En 2012, le chlorpyriphos-éthyl est encore un pesticide largement utilisé dans les champs et les parcs. Les conclusions scientifiques d’une étude américaine, parue en 2012  dans lesProceedings of the National Academy of Sciences , montraient que ce pesticide est susceptible d’entraîner chez les mères enceintes qui y sont exposées des anomalies foetales plus ou moins importantes. Depuis, les usages ont été restreints, mais perdurent.

Celui que Le Monde semble découvrir le 17 juin dernier est  loin d’être un inconnu : il préoccupe même l’EFSA (l’agence européenne chargée de la sécurité des consommateurs) au point qu’elle a adopté  en mai 2018 une modification du réglement portant sur les limites résiduelles autorisées dans les aliments  de chlorpyriphos-éthyl et d’une substance qui lui est très proche, le chlorpyriphos-méthyle.

Si l’article du Monde évoque une utilisation dans les seuls épinards, (la base écophyto le référence d’ailleurs bien comme chorpyrifos (pyrinax) dans cette seule utilisation) ,   la substance qui lui est proche,  le chlorpyriphos-méthyle, est utilisée en revanche partout…

En cherchant dans la base ecophyto du ministère de l’agriculture, on voit que le chlorpyriphos-méthyle est utilisé sur les mandarines, les clémentines, le cassis, le colza, le kiwi, les pêches, la lavande et le lavandin, le pavot, les pommes de terres, les tomates, les aubergines, les céréales à pailles, l’orge, le riz, l’ avoine…et la vigne.

Pesticides et  bébés : un lien connu depuis longtemps

Une femme enceinte exposée à des molécules chimiques risque fort de mettre au monde un bébé anormal. L’exposition périnatale à de nombreuses molécules chimiques a été incriminée dans le développement anormal du système reproducteur des bébés : ces molécules sont considérées comme des perturbateurs endocriniens, responsables de pubertés précoces chez les petites filles et de malformations génitales chez les petits garçons.
Des effets neurotoxiques étaient aussi suspectés, ils sont aujourd’hui confirmés ; il a été en effet constaté que ces substances altéraient  les capacités intellectuelles et comportementales des bébés.

Pour l’association ORAGE, qui regroupe des familles dont les enfants, nés après exposition de leurs mères à des cocktails hormonaux prescrits par gynécologues (à l’instar du tristement célèbre Distilbène supposé donner naissance à de beaux bébés) , souffrent de troubles psychologiques depuis leurs naissances, cela ne faisait aucun doute, et depuis longtemps (l’association existe depuis les années 1970) que ces substances peuvent agir sur le développement des tissus nerveux, et générer des troubles cognitifs et comportementaux.

Une possibilité que ne fait que confirmer la récente étude du PNAS… Celle-ci a été menée sur des enfants de New-Yorkaises exposées au chlorpyriphos-éthyl : l’imagerie  à résonances magnétiques (IRM)  a permis de localiser chez les enfants les zones du cerveau  moins développées que la normale en raison du pesticide. Quarante enfants âgés de cinq à onze ans dont les mères avaient été exposées au chlorpyriphos-éthyl, à plus ou moins fortes doses, présentaient des anomalies, d’autant plus importantes que l’exposition aura été forte.

Une  table ronde organisée par Michèle Rivasi, le 10 avril 2012   à l’Assemblée Nationale visait à  alerter les politiques et l’opinion publique sur la nécessité de prendre des mesures pour interdire les produits mettant en péril le développement des enfants. La cryptorchidie, anomalie du développement testiculaire a été reconnue comme progressant de façon alarmante par les autorités sanitaires françaises elles-même : Joelle Le Moal, de lInVS (Institut National de Veille sanitaire),a cité les données nationales : 2,5% par an (soit 20% sur 10 ans) parues dans le Bulletin Epidémiologique hebdomadaire de Février 2012.
L’italien Ernesto Burgio a expliqué alors que ces « perturbateurs endocriniens » agissaient sur bien d’autres systèmes, étant des molécules « mimétiques ». Selon lui, l’épidémie de maladies chroniques que nous connaissons actuellement (obésité, diabète) pourrait être complètement lié à l’exposition à ces produits. Avec les dernières connaissances acquises de l’épigénétique, les pistes se précisent; on sait aujourd’hui que le développement d’un foetus résulte de 4 millions d’évolution planétaire et de de 9 mois de programmation et d’adaptation . on sait aussi que des xénobiotiques peuvent entrâiner des modification s de l’ADN, alors que l’on a longtemps pensé que c’était impossible…

En France, le chlorpyrifos( chlorpyriphos-éthyl) fait effectivement toujours partie des substances approuvées par le ministère de l’agriculture.