Dimanche 13 décembre 2009
Aujourd’hui, jour de manif. Je suis au Klimaforum dès 9h, histoire de voire l’ambiance. J’écoute les confs du matin, Vandana Shiva par exemple , qui rassemble toujours des foules autour d’elle. Et puis je pars à la manif, tranquille.
Facile de trouver son chemin, il n’y a qu’à suivre la foule. Effectivement, ça grouille . Je me fais coller un autocollant 350 façon poisson d’avril (350 , c’est pour les 350ppm auquel il faudrait qu’on arrive à limiter la concentration du dioxyde de carbone dans l’atmosphère). Je dis rien, je suis plutôt d’accord, et puis on va pas m’attaquer pour ça, c’est pas trop provoc, non ? Là encore, ça sert d’avoir une accréditation, sur la place du parlement, pile devant le podium, une plateforme de presse m’ouvre tout grand son plateau . J’entre. Je fais des photos plateformiennes (à défaut d’aériennes). Les pancartes portent de jolis slogans à lire. Tout est très bon enfant. tktktktk rappelle les fondements de l’ultimatum climatique. C’est très coloré, il y a de petits hommes bleus et de petits hommes verts. Et des pancartes jaunes et noires plus qu’il n’en faut. Mais faut vraiment être engagé pour porter des pancartes, non ? C’est pas léger et en plus c’est un brin encombrant.
Certains ont fait leurs propres banderoles avec des slogans ,
en français comme : « décolonisons l’imaginaire » , « la planète, tu la respectes ou tu la quittes »
en anglais, comme « don’t nuke the climate » ou « fuck me ! not the planet! ».
Les discours de tous à la tribune appellent à un changement profond du système, une nouvelle façon de penser le monde…ah si tous les gars du monde pouvaient s’donner la main comme il écrivait l’autre… On entend entre autre Rahul Bose, encore Vandana Shiva, Mr Green…
Franchement, ça va changer quoi ? Pessimiste, moi ? allons donc ! L’endroit est sympathique, on y autorise l’expression spontanée dans le cadre bien délimité des banderoles, les velléités de déplacement sont vertement réprimandées par des policiers qui tout de suite vous poussent sans aucune douceur.
Des brutes quoi. Faut dire qu’il y a de quoi s’affoler dans l’instant. 100 000 personnes voire plus , selon tktktktk… Et parmi eux, je vois débouler au départ de la manif une bonne centaine de « djeun’s », tout de noir vêtus, cagoulés avec un foulard devant la bouche. À les écouter parler, ils semblent plutôt germanophones. Ils ont l’air de défiler sous une énigmatique banderole affichant l’inscription » GOP = » suivie d’un dessin de « tête de mort » …ils s’énervent déjà après une petite japonaise très chiquement habillée qui tente de les prendre en photo avec son téléphone portable (mais faut dire qu’elle le leur colle presque sous le pif!). Bon, moi je les ai pris, mais j’étais plus loin et plus discrète.
Ce qu’il y a d’étonnant ,c’est que quand je demande aux organisateurs qui c’est, ils me répondent qu’ils n’en savent rien ! Je continue : « mais ce n’est pas interdit de défiler masqué ? j’ai lu les consignes de la police !» Ils reconnaissent que oui, sourient presque en coin sans rien dire. Ces petits hommes noirs ne sont pas du tout bon enfant, ils ont l’air plutôt méchants .
Le cortège met un temps fou avant de démarrer, ce qui me laisse tout loisir de ballade. Je suis de loin ces types cagoulés qu’on laisse défiler sans rien dire. Très vite, à un croisement, alors que je les voie en train de passer devant les forces de l’ordre, ils semblent jeter dessus des sortes de gros pétard qui font détaler les flics dans les allées. Je vois un peu de fumée même. À la deuxième sérénade de ce genre, on est en train de passer le pont, près du quartier de Christiana . C’est alors que je vois trois types en noir débouler de la foule des hommes noirs, passer sur le quai, et vêtir des doudounes, qu’ils avaient planquées au pied d’un réverbère, puis deux d’entre eux encadrent le troisième , avec des matraques qu’ils ont attrapées au passage, comme s’ils venaient de l’arrêter. La scène me laisse un étrange goût de comédie. Bien sûr qu’il peut s’agir de policiers en civil, qui interpellent un épiphénomène (j’ai de ces mots qui me viennent à cette heure…) , mais ça avait l’air d’être tellement joué que moi j’émets quelques doutes. D’autant que les hommes noirs, de toute la manif …je ne les ai jamais revus. C’était peut-être un exemple à l’adresse des manifestants pour leur montrer que la police contrôlait même ceux qui avaient l’air le plus méchant ! En chemin, les politi (policiers) sont d’ailleurs omniprésents, parfois ils déboulent en cordon au pas de charge en bordure de la manifestation, d’autres fois ,c’est juste les camions de police bleus (avec les gyrophares allumés pour faire impression). Une organisation du tonnerre, quand même. Y compris aux abords du Bella Center, sécurisé sur un périmètre d’au moins 500 m par des « deltabloks » des gros blocs en plastique surmontés de grillages inescaladables. Avant le Bella Center, la ligne de metro en trompe plus d’un, et il y a un essaimage naturel qui s’opère, une dispersion qui quand même si je peux me risquer une analyse de mon ressenti et de mon ressenti tout seul évidemment, et bien c’est un peu comme si chacun avait défilé dans son coin, on pourrait presque dire chacun dans son monde . Pas de cohésion réelle… trop cosmopolite… Il y a eu une initiative jolie d’un indianiste allemand, organiser une sweat-lodge à l’abord de trois sculptures géantes qui semblent regarder le Bella Center sans grand espoir qu’il s’y passe quelque chose… J’y pause quelques instants chanter avec eux, mais malgré les tambours, ça fait vraiment trop chant de Noël – et j’aime pas ça- , et puis il fait si froid ! et puis, il reste encore de la route jusqu’au centre même si tout le monde est en train de se barrer…
En arrivant, des cordons de flics derrière la scène, et même de l’autre côté de la petite rivière qui résolument protège encore un peu plus l’accès à cet endroit. Sur l’autre rive, les politi brillent comme des lucioles dans la nuit avec leur gilet jaune réflecteur. Je trouve ça plutôt drôle…
Mais eux ils rigolent pas du tout : je voulais suivre les représentants des peuples autochtones comme le Creel Tom Goldtooth qui avaient entrepris d’aller porter à Yvo de Boer himself, les grandes banderoles sur lesquelles les manifestants avaient laissé un message d’espoir sur l’issue du sommet… Rien à faire, au début les flics me laissent passer, avec mon accréditation pour le Bella Center, mais finalement écoutent une des chefs de tktktkt qui, elle, ne veut pas parce qu’ elle ne m’y a pas autorisée. Quelle conne !Plus flicarde que les flics! Faut le faire! Je fais tout le tour à pied. Et quand j’arrive au bella center, j’ai les pieds froids et les lèvres bleues….Je croise Tom Goldtooth au vestiaire, il est en train de discuter, je n’ose pas demander comment leur manif a été reçu…
Je reste au Bella Center, je pense que je suis increvable…ou que j’ai trop froid et que je ne repartirai qu’une fois un peu réchauffée. Il se passe des choses très drôle du côté des stands, comme la remise des Fossiles of the day… Après cette intense cérémonie, je me dirige vers une session plénière, enfin je vais voir ce qui s’y déroule. On négocie? Pff! Rien du tout! D’abord ça commence avec 3/4 d’heures de retard… Et puis ensuite, c’est juste la lecture des points du texte. En gros « qui ne dit mot consent »… Et les présidents des différents groupes de travail brossent tout le monde dans le sens du poil.
Après je rentre, et c’est très très cool, pas d’émeutes, un calme incroyable. Vraiment je crois que ces journalistes, là , ils racontent n’importe quoi. Je loge en plein centre, je suis passée dans la rue la plus commerçante de la ville (c’est à côté) et franchement, je n’ai pas vu une vitrine cassée, je n’ai rien entendu cette nuit , à croire que les journalistes racontent…vraiment n’importe quoi!!!
Tiens au fait, Tktktkk. C’est loin d’être une association de bricoleurs, ils ont des fonds considérables, à Copenhague un lieu entier leur est dédié, avec beaucoup de matériel technologique, des écrans plats, etc.. D’ailleurs, c’est de là que je blogue… Enfin, moi , ça pose une question qui fait un peu tâche tant dans le sommet des Nations-Unies que pour tktktkt : au fait, combien ça coûte tout ça ? Tout ça pour dire aussi que la nuit d’avant ils ont fait une nouba (on dort juste à côté) avec du bon vieux rock un peu trop fort quand même pour mes oreilles qui les ont entendus entre deux réveils…jusqu’à 4h du mat tout de même !