Corée du Sud : non, le robot de la mairie de Gumi ne s’est pas suicidé!

L’intelligence artificielle explose… mais est-ce une excuse suffisante pour que les journalistes se laissent aller à la bêtise naturelle? À l’heure où l’on combat de manière si véhémente les fake news, ils ont, et dans le monde entier, rivalisé de débilité en évoquant l’histoire de ce « robot fonctionnaire municipal modèle à la mairie de Gumi, qui se serait suicidé, en se jetant dans les escaliers, victime de harcèlement au travail ou de Burn-out… »

Le 20 juin 2024, aux alentours de 16h, le robot de la mairie de Gumi a été retrouvé en pièces détachées au pied des escaliers allant du deuxième au premier étage (et réciproquement). Peu avant, les employés l’auraient vu « tourner en rond près de l’escalier, comme s’il y avait quelque chose »…. Le robot était en service depuis le mois d’août 2023. Mis au point par la société californienne Beat Robotics, il avait été construit dans l’ usine, Inbots, située à Gumi, ville industrielle du centre de la Corée du Sud qui aimerait devenir le fleuron de la robotique, prochain moteur de croissance économique du pays. Rapportée par le Daegu Ilbo le 23 juin, cette histoire a été reprise dans la presse mondiale, et notamment en France, où du tout premier article paru - celui du Parisien, au Figaro en passant par Libération … on a pu y lire une accumulation de conneries monumentales.

Un employé à part entière?
Première idiotie, les coréens considéraient le robot comme leur semblable, comme un employé municipal. Voici ce qu’écrit l’article du Parisien : « le robot avait tout d’un employé comme les autres depuis sa nomination août 2023. Il travaillait de 9 heures à 18 heures et possédait même sa propre carte d’agent de la fonction publique. À la différence d’autres androïdes cantonnés à un seul niveau, il pouvait appeler l’ascenseur et passer d’un étage à un autre. »
Notons l’utilisation du terme « androïde », qui désigne un robot d’ apparence humaine. Une simple photo  aurait levé l’ambiguïté, car ce robot n’a rien d’humain, et a fortiori ne saurait être confondu avec un employé municipal.

[Image générée par l'IA de Leonardo] La vraie image du robot est ici ( site du Daegu Ilbo)

C’était juste une machine achetée par la mairie, pour faire la navette entre les quatre étages de la mairie afin de distribuer courrier et documents administratifs entre les services , tout en diffusant sur son écran LCD les informations municipales. Si la machine était dotée d’un badge , comme les employés de la mairie, c’était - suffit de réfléchir un peu à comment marchent les ascenseurs dans les administrations ! - pour lui permettre de prendre l’ascenseur de manière autonome . D’ailleurs, comment peut-on écrire, s’agissant d’une machine, qu’il « travaillait » de 9 heures à 18 heures? En omettant de parler des vrais fonctionnaires ou techniciens humains qui devaient appuyer sur son bouton marche le matin, et le mettre en charge la nuit …

Une machine douée de « raison »?
Deuxième bêtise, il s’agirait d’un suicide, le premier suicide de robot recensé, et l’affaire ferait la une de tous les journaux en Corée. L’officielle et fiable (?) France Info n’hésite pas à nourrir le mensonge en concluant ainsi sa chronique : « la presse se demande très sérieusement et en première page : "pourquoi ce fonctionnaire assidu a agi de la sorte", ou encore "le travail était-il trop dur pour le robot ? ».  Que nenni si ce n’est à vouloir vraiment faire passer les coréens pour des idiots! Ou à confondre tout simplement «  une de journal » et « commentaire d’article » !
Car une chose est vraie : les internautes coréens se sont bel et bien déchaînés au bas de l’ article du Daegu Ilbo ! Grâce à DeepL, merveilleux logiciel de traduction, on peut saisir l’essence de ces commentaires défouloirs : « le robot s’est sûrement tué parce qu’il en avait eu marre d’avoir trop de travail » ; « l’enquête devra vérifier qu’il ne s’agit pas d’un cas de harcèlement » ; « C’est moi qui l’ai poussé par derrière »; «  Et voilà où passent nos impôts » ; « Il dort dans les escaliers, c’est logique, c’est le chef» ; « C’est sûrement un meurtre » ; « Que la ferraille repose en paix »

 [Image générée par l'IA de Leonardo] Le robot de la mairie de Gumi n'était pas un androïde. Et il ne s'est pas suicidé! La vraie image du robot après sa chute est ici  (site du Daegu Ilbo)

Je me souviens quand j’étais petite, ma mère avait une coccinelle rouge. Et je l’adorais, cette voiture (oui, c’était la voiture , pas l’insecte) . J’étais persuadée qu’elle était vivante… tout comme la Choupette d’un amour de coccinelle, le film produit par les studios Disney, l’un des premiers films que j’ai vu au cinéma. Un jour, j’avais 4- 5 ans, le moteur de la coccinelle rouge a lâché. Maman est venue me voir, et le monde s’est écroulé . J’ai tellement pleuré, elle était partie à la casse , on ne la reverrait jamais. Mais depuis, j’ai grandi. Et j’ai compris que les voitures n’ont rien de vivant, même s’il nous arrive de leur parler et même de les supplier pour qu’elles avancent. Et il en est a priori de même de toutes les machines…À ceux que le bon sens ne suffit pas à faire revenir sur terre, demandez donc à Chat GPT. Il vous confirmera qu’ un robot n’a pas de sentiments humains. Selon l’intelligence artificielle [que les journalistes feraient donc bien parfois de consulter! ], le fait que des employés aient vu le robot tourner sur lui-même est plutôt évocateur d’un bug ou d’une panne dans ses capteurs de géolocalisation que d’un questionnement existentiel ou d’une envie de se suicider. Et cela semble aussi exclure tout acte de sabotage, les employés n’ayant vu personne pousser la machine dans les escaliers…
Pourtant, le respectable (?) Figaro , sort ici grand gagnant entre tous des titres foireux, avec : «Il était l'un des nôtres» : en Corée du Sud, un robot fonctionnaire municipal se jette du haut d'un escalier» . Libération n’est pas en reste, misant de la même manière sur la dramaturgie putaclic, « En Corée du Sud, une enquête ouverte après la mystérieuse chute d’un robot "employé municipal"».

Accidentologie robotique
La chute de ce robot pourrait donc être assez aisément expliquée grâce à l’«  enquête menée pour connaître les causes exactes de la défaillance » . Mais ce qu’omettent tous les articles, c’est de dire que l’histoire a surtout conduit les employés de la mairie à exiger des mesures de sécurité plus grandes pour les protéger d’ accidents éventuels avec les robots. [On rappellera qu’il y a quelque temps, un travailleur est mort dans une usine de conserves, écrasé par un robot….]
En Corée du Sud, les robots semblent amenés à se déployer dans l’espace public : le maire de Gumi, Kim Jang-ho, avait d’ailleurs déclaré au Daegu Ilbo en août 2023 acquérir le « robot  » pour la municipalité en soutien à l’industrie locale pour encourager «  son extension du secteur privé (où elle est déjà très développée) au secteur de l'administration publique ».
La municipalité de Gumi a précisé suite à l'accident  qu’elle n’envisageait pas pour l’instant d’ acquérir d’ autre robot pour compenser la perte. Passée l’excitation première, liée au sentiment glorieux d’être partie prenante de la modernité, la mairie aurait déchanté assez vite : le robot s’est avéré plutôt décevant, étant en particulier trop lent à accomplir les tâches qu’on lui demandait…Alors, pour les 40 millions de wons que ça lui avait coûté (associé à un entretien technique de 20 millions de wons par an), la mairie préfère probablement revenir, finalement , à des ressources humaines plutôt que robotiques ! Reste à savoir qui peut bien vouloir faire à ce point passer les coréens pour des idiots…ou à comprendre pourquoi, à la banale vérité technologique, les sites de presse cherchent à ce point à faire du putaclic, avec un exotisme, certes difficilement vérifiable, qui ne fait que conforter ce vieux proverbe : "A beau mentir qui vient de loin "...

Le 14/07/2024 , Clara Delpas

On aurait pu rappeler à l'occasion

 

 Les 3 (+1) lois de la robotique d’Asimov
Ces lois , formulées par Isaac Asimov, auteur américain de science-fiction, dans le roman Cercle vicieux ( Runaround, 1942) et complétées dans Fondation ( Foundation and Earth, 1986) d’une quatrième loi, désignée comme Loi Zéro, fondent la charte éthique adoptée en 2007 par le gouvernement sud coréen pour le développement des robots.
1) Un robot ne peut pas nuire à un être humain. Ni, restant passif, le laisser exposé au danger.
2) Un robot doit obéir aux ordres de l’être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première Loi.
3) Un robot doit protéger sa propre existence tant que ça n’entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième Loi.
4) (loi Zéro) Un robot ne peut nuire à l’humanité ni laisser sans assistance l’humanité en danger.
Ces lois ne s’appliquent évidemment ni aux robots militaires, ni aux drones robotisés tueurs dirigeables à distance. Elles n’intègrent pas non plus le fait qu’un robot puisse défaillir et dérailler. Ni qu’on puisse le saboter.

Ou encore la difficile situation des travailleurs en Corée...

 

En 2023, le gouvernement sud-coréen a réduit la durée maximale légale du travail de 68 à 52 heures par semaine et mené une campagne visant à promouvoir l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Mais les habitudes culturelles et sociétales ont la vie dure. Le coût de la vie et les attentes des entreprises continuent à mettre le travail aux premières lignes, dans un environnement hautement compétitif. La pression que subissent les employés au travail pour atteindre leurs objectifs est énorme, entraînant des niveaux de stress élevés et un épuisement professionnel. La Corée du Sud a le taux de suicide le plus élevé des pays de l'OCDE.
Depuis juillet 2024, les travailleurs de Samsung, l'une des entreprises les plus importantes du pays, se sont mis en grève pour réclamer de meilleurs salaires et conditions de travail. Une grève qui serait apparemment historique…

 

 

 

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Taï Chi : efficace contre la maladie de Parkinson

Le Taï Chi peut freiner les symptômes et les complications de la maladie de Parkinson pendant plusieurs années, révèle une étude publiée en ligne dans le Journal of Neurology Neurosurgery & Psychiatry, revue affiliée au BMJ (British Medical Journal).

Selon les résultats de l’étude, cette pratique est associée à une progression plus lente de la maladie et à une diminution des doses de médicaments nécessaires au fil du temps.
Deux groupes de patients atteints de la maladie de Parkinson ont été suivis pendant plus de 5 ans, de janvier 2016 à juin 2021 : le premier, de 147 patients, pratiquait le tai-chi deux fois par semaine pendant une heure, en suivant des cours pour améliorer leur technique. L’autre, de 187 patients, continuait de recevoir les soins habituels, mais ne pratiquait pas le tai-chi. Dans le groupe qui pratiquait le Tai chi, la progression de la maladie a été plus lente , la fonction cognitive s’est moins vite détériorée, le sommeil et la qualité de vie se sont continuellement améliorés, il y avait aussi moins de complications (dyskinésie, dystonie,hallucinations, troubles cognitifs légers,syndrome des jambes sans repos) , mais aussi de chutes,   vertiges et   douleurs dorsales.
Il ne s’agit certes que d’une étude d’observation (elle ne permet pas de déduire de liens de cause à effet) mais elle suggère que le Täi chi pourrait être associé à une progression plus lente de la maladie, et même conduire à l’administration de doses plus faibles de médicament…

Source :

Li G, Huang P, Cui S, et al Effect of long-term Tai Chi training on Parkinson’s disease: a 3.5-year follow-up cohort study

La petite histoire du Paxlovid, remède miracle de la Covid-19…et son flop

Covid oblige, les médicaments battent tous les records de vitesse dans leur mise au point. Ainsi du Paxlovid de Pfizer, développé en 12 mois. Mais, présenté comme un remède miracle contre les formes graves, (et aujourd’hui le seul, les anticorps monoclonaux ayant été abandonnés) il a fait un flop en Europe et aux États unis. On vous raconte son histoire.  

 L’histoire de la découverte étonnante du Paxlovid démarre le vendredi 13 mars 2020. Ce jour-là, les laboratoires Pfizer de Cambridge dans le Massachusetts ferment pour cause de pandémie, et ils renvoient leurs salariés chez eux. Parmi eux, le directeur du département de chimie médicale, Dafydd Owen, est invité à réfléchir aux ressources dont il aurait besoin pour diriger un programme de développement d’un médicament oral pour lutter contre la pandémie émergente. Depuis 20 ans qu’il est chez Pfizer, d’abord sur le site de Sandwich, en Angleterre, puis depuis 2011, aux États-Unis, Dafydd Owen n’a encore jamais travaillé sur un tel médicament — il n’a pour l’heure exercé ses talents de chimiste que dans des programmes menés en oncologie, gestion de la douleur et maladies cardiovasculaires. Mais il se sent prêt à relever ce défi, d’autant que le terrain a déjà été défriché par d’autres chercheurs, et pas qu’un peu : en 2003, ils ont mis au point un antiviral, le PF-00835231, capable de bloquer la réplication d’un autre coronavirus, le SARS-Cov1, alors responsable d’une épidémie de SRAS. Le développement du médicament avait été stoppé net, n’ayant pu être testé sur les patients puisque l’épidémie s’était alors arrêtée aussi vite qu’elle était apparue ! L’épidémie de Covid-19 due au SARS-Cov2 était une bonne occasion de ressortir la molécule du placard… et de l’améliorer. Car le PF-00835231 ne peut être administré que par voie intraveineuse, à l’hôpital donc. Le laboratoire ambitionne de mettre au point un traitement par voie orale. Mais il faut résoudre un problème majeur de chimie car    le PF-00835231 est dégradé dans l’intestin. Dafydd Owen modifie sa formule, lui ajoutant du trifluoroacétamide pour l’empêcher de se dégrader dans l’intestin, ainsi qu’une molécule de nitrile, très facile à fabriquer et permettant de garantir la biodisponibilité orale du médicament.

Un développement record

C’est ainsi que le 22 juillet 2020, les chimistes de Pfizer synthétisent pour la première fois le PF-07321332 ou  nirmatrelvir. Après avoir montré sa bonne activité antivirale contre le SRAS-CoV-2 in vitro, ils le testent chez le rat : le 1er septembre 2020, les résultats de l’étude pharmacocinétique montrent qu’ils sont sur la bonne voie. Pour fabriquer leur candidat antiviral, l’équipe combine alors le PF-07321332 avec le ritonavir, un antiviral utilisé pour traiter le VIH et l’hépatite C. Ce dernier n’a aucune action contre le SRAS-CoV-2, mais en se liant aux enzymes métaboliques de l’intestin, il les empêche de dégrader le PF-07321332, lui permettant de franchir la barrière intestinale et d’aller bloquer le virus partout où il se trouve, en se liant à la protéase qui lui permet de se répliquer. Le Paxlovid, combinaison de nirmatrelvir et de ritonavir, est né. Début novembre 2020, les études toxicologiques démarrent, avec 1,4 kg du médicament, fabriqué par les chimistes. Et en à peine un an, le développement du médicament est achevé, essais cliniques sur l’homme compris : un temps record ! Dès novembre 2021, Pfizer annonce que le Paxlovid réduit le risque d’hospitalisation et de décès de 88 % chez les adultes à risque. C’est bien plus que son concurrent de chez Merck, le Molnupiravir, en attente alors d’être mis sur le marché. Lui ne réduit a priori ce risque que de 50 % (et en réalité, comme le montrèrent peu après les études, plutôt de 30 %…). Il sera d’ailleurs dès le 9 décembre 2021 recalé en France par la haute autorité de santé, malgré l’avis favorable des autorités européennes. La précommande de 50 000 doses qui avait été faite par Véran fin novembre s’est  d’ailleurs trouvée peu après annulée !

Le Paxlovid est promis à un meilleur avenir : la FDA émet une autorisation d’utilisation d’urgence et dès le mois de janvier 2022, le gouvernement américain commande de quoi traiter 20 millions de personnes. L’Europe suit peu après, et avec elle la France, qui en commande quelque 500 000 doses (soit 10 fois plus que de Molnupiravir !).

… mais des espoirs vite déçus

Le médicament miracle est surtout une manne pour le Laboratoire Pfizer : sa vente lui permet d’engranger 19 milliards de dollars en 2022, avec quelques 27 millions de doses de vendues…   En France,  500 000 doses sont précommandées pour un coût de près de 250 millions d’euros… Pour les pays qui en ont acheté, c’est vite la désillusion : la prescription est terriblement compliquée, devant se faire dans les cinq jours qui suivent les premiers symptômes — ce qui impose un système de tests efficace et opérationnel.   La liste des interactions médicamenteuses est considérable, par exemple avec les statines. Les effets secondaires imposent souvent l’arrêt prématuré du traitement. Son efficacité laisse à désirer : Joe Biden contractant le Covid au début de l’été lui fait une très mauvaise publicité ; traité par le Paxlovid, voilà qu’il est testé quelques jours plus tard à nouveau positif au Covid ! Un « effet rebond » fréquent mais quelque peu problématique… Les spécialistes ont beau s’empresser de relativiser la chose en disant que c’est toujours moins grave que de se retrouver à l’hôpital ou de mourir, on se méfie de cette « pilule miracle » qui donne en plus mauvais goût à la nourriture et n’empêche pas la transmission de la maladie… mais surtout, fin août 2022, une étude israélienne menée sur 109 000 patients montre que le traitement ne réduit les hospitalisations que chez les plus de 65 ans (et de 75 %, pas de 88 %…). Chez les plus jeunes, âgés de 40 à 65 ans, son administration n’est d’aucun bénéfice ! Malgré ces éléments, les autorités sanitaires françaises ont décidé d’encourager la prescription de ce médicament auprès des personnes à risque ayant contracté le Covid, âgées de plus de 65 ans ou, plus jeunes mais présentant des facteurs de risque.

Il faut dire que selon l’enquête Epi-Phare parue fin octobre, seules 54 181 doses ont été écoulées… Fin novembre, le Pr Brigitte Autran, l’immunologiste à la tête du comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars) pour encourager les médecins à le prescrire fait la promotion du médicament   sur France 2  En décembre, les modalités de délivrance du Paxlovid sont même facilitées,  les pharmacies d’officine  étant autorisées à « disposer d’un stock d’avance d’une ou deux boîtes de Paxlovid issues du stock État » (DGS-Urgent 22 décembre).  Les près de 1300 personnes qui sont toujours en réanimation ou en soins critiques dans l’Hexagone en raison du Covid au 11 janvier auraient-elles pu éviter de se retrouver là si  elles avaient pu recevoir du Paxlovid ? Nul ne le sait, mais il est sûr que l’ accès facilité et toutes ces doses disponibles ont  attiré de nombreuses convoitises, épidémie en Chine oblige !  Car c’est un trafic inédit qui se déroule désormais, par l’entremise d’ordonnances étrangères mais aussi parait-il de fausses prescriptions de médecins généralistes français, notamment en Île-de-France, dans le Grand Est ou encore en région PACA, selon les informations du syndicat des pharmaciens d’officine. Certaines pharmacies  écouleraient ainsi  chaque semaine des centaines de boîtes de Paxlovid.  L’Allemagne et les pays asiatiques seraient les destinations de ces produits que les trafiquants n’hésiteraient pas à monnayer 200 euros la boîte sur place, alors qu’elles sont vendues  dans les  pharmacies françaises à moins de 4 euros remboursables par la Sécurité sociale aux patients…Voici comment un traitement miracle que l’on voudrait donner chez nous  à ceux qui sont pourtant normalement déjà   protégés par la vaccination devrait finir au bout du compte   dans des pays comme la Chine où les vaccins se sont révélés au mieux inefficaces au pire inexistants…  

Contraception masculine : c’est pour quand?

paru le 21/11 /2022 dans  Chemical & Engineering News 

La contraception est une question qui touche les personnes de tous les genres. Bien que la plupart des personnes susceptibles de tomber enceintes soient des femmes cisgenres, de nombreux hommes transgenres et des personnes non binaires et intersexes le peuvent également. De même, la « contraception masculine » profiterait non seulement aux hommes cisgenres, mais aussi à de nombreuses femmes transgenres et personnes non binaires et intersexuées. Historiquement, la diversité des genres n’a pas été prise en compte dans le développement ou la recherche sur la contraception, l’ article qui va suivre est limité par cette tendance.

Alex Springer, 28 ans, travaille dans une entreprise de biotechnologie dans la région de Seattle. Chaque matin, il se réveille, prend une douche et met du déodorant. Ensuite, il verse un peu de gel dans ses mains et le frotte sur ses deux épaules. Le gel sèche en 30 secondes environ, après quoi il s’habille et commence sa journée. Et c’est ainsi que Springer et son partenaire sont protégés de la grossesse. « Cela fait partie de la routine », explique-t-il. M. Springer et sa compagne, Mel Hopkins, ont l’intention d’avoir des enfants un jour, mais pas maintenant. Mel Hopkins souffre de diabète de type 1 et les méthodes de contraception hormonale interfèrent avec sa capacité à gérer sa glycémie. Ils voulaient une option contraceptive pour Alex – et pour l’instant, ils en ont une. Springer et Hopkins font partie des milliers de couples du monde entier qui participent à un essai de phase 2 sur le gel NES/T, un contraceptif local qui combine nestorone – un progestatif synthétique – et testostérone. Ensembles, ces hormones suppriment la production de spermatozoïdes. L’efficacité a été beaucoup plus élevée que prévu, déclare Stephanie Page, investigatrice principale du site de Seattle de l’étude NES/T et professeur à la faculté de médecine de l’université de Washington. Selon elle, le gel pourrait avoir un taux d’échec plus faible que celui des pilules contraceptives classiques. Mais ce n’est pas un scoop : les contraceptifs hormonaux qui ciblent les spermatozoïdes ont déjà fait l’objet d’essais de phase 2 auparavant. Or, en dépit de décennies de recherche, aucune méthode n’est parvenue jusqu’au stade de la commercialisation. Car jusqu’alors, les principaux obstacles limitant les essais sont l’existence d’ effets secondaires importants et une efficacité qui laisse à désirer.

L’essai NES/T est  diffèrent : le contraceptif n’est pas injecté, et il est auto-administré. Et l’essai prévoit également de suivre attentivement  la santé mentale des participants. Jusqu’à présent, les effets secondaires ont été minimes. Que le gel NES/T réussisse à être commercialisé ou non, il devient très clair que les gens veulent des options de contraception bloquant les spermatozoïdes autres que les préservatifs et les vasectomies. La récente décision de la Cour suprême des États-Unis sur le droit à l’avortement,  qui n’est pas garanti par la Constitution américaine   a ravivé cette demande.« À la lumière de l’évolution du paysage législatif et de l’accès à l’avortement et à d’autres méthodes contraceptives féminines…. Je pense qu’il incombe aux hommes de commencer à assumer un peu plus de responsabilités en matière de planification familiale et d’utilisation des contraceptifs », déclare M. Springer.

Le NES/T est pour l’instant le contraceptif masculin le plus avancé et il pourrait entrer dans les essais de phase 3 d’ici un à deux ans. C’est cependant un médicament à base d’hormones, quand la plupart des hommes préféreraient des options non hormonales. En agissant sur une cible spécifique du cycle du sperme, les méthodes non hormonales pourraient éviter les effets secondaires souvent associés aux médicaments hormonaux. Elles pourraient également être plus efficaces. – En effet, dans la plupart des études, chez 10 à 15 % des utilisateurs, les hormones ne suppriment pas suffisamment la production de spermatozoïdes pour garantir des niveaux contraceptifs suffisants.  Ceci pourrait être dû à des différences génétiques ou environnementales ou à une non-compliance au traitement, selon le Dr Page.

Néanmoins, aucun des contraceptifs non hormonaux susceptibles d’agir sur les spermatozoïdes n’a encore été testé chez l’homme. Mais on se rapproche de plus en plus des essais cliniques, qui pourraient commencer dès l’année prochaine.

Désir d’options

Quand la « pilule »,   médicament hormonal de contrôle des naissances destiné aux femmes, a été approuvée aux États-Unis en 1960, le sujet de la contraception était tabou. Le contrôle des naissances était illégal dans au moins un État. Peu après l’introduction de la pilule, la loi fédérale a été modifiée afin d’accroître de manière significative la surveillance des approbations de médicaments par la Food and Drug Administration américaine. Certaines recherches sur le contrôle des naissances ciblant les spermatozoïdes avaient été effectuées au cours des années précédentes, et elles ont repris peu de temps après l’approbation de la pilule. Les tentatives ont toujours échoué, mais avec le temps, la demande semble s’être renforcée. « Nous savons que les hommes qui se font vasectomiser ont parfois des regrets de l’avoir fait. Nous savons que si les hommes n’aiment pas les préservatifs, les partenaires féminines ne les aiment pas non plus », explique Brian T. Nguyen, professeur adjoint d’obstétrique et de gynécologie clinique à l’université de Californie du Sud. M. Nguyen a également fondé le laboratoire EMERGE (Expanding Male Engagement in Reproductive and Gender Equity). « Donc, on peut dire que d’un côté comme de l’autre, hommes et femmes attendent avec impatience la contraception masculine ». Une étude réalisée en 2000 dans quatre villes de trois pays a montré que 44 à 83 % des hommes utiliseraient certainement ou probablement une pilule contraceptive hormonale. (Hum. Reprod., DOI: 10.1093/humrep/15.3.637). La même année, une enquête internationale menée auprès de près de 2 000 femmes révélait que seules 2 % d’entre elles ne feraient pas confiance à un partenaire masculin pour utiliser une contraception hormonale. (Hum. Reprod., DOI: 10.1093/humrep/15.3.646). Selon Steve Kretschmer, l’un des fondateurs du groupe de consultants Outsight 4 Development, qui mène l’étude, une étude en cours portant sur plus de 13 000 hommes de six pays a révélé que 39 % des hommes aux États-Unis et jusqu’à 76 % des hommes au Nigeria et au Bangladesh seraient prêts à utiliser une nouvelle technologie de contraception masculine au cours de l’année à venir. L’étude est financée par la Fondation Bill et Melinda Gates et la Male Contraceptive Initiative, une organisation de défense et de financement des contraceptifs réversibles non hormonaux qui peuvent être commercialisés auprès des hommes.

Le contrôle des naissances au-delà des hormones

La contraception hormonale comme le gel NES/T agit en empêchant la création de spermatozoïdes. La testostérone contenue dans le médicament, seule ou en combinaison avec d’autres hormones comme le progestatif, supprime les autres hormones qui stimulent la production de sperme. Mais les hormones agissent dans tout le corps. Pour certaines personnes, cela peut rendre les méthodes hormonales difficiles, voire impossibles à tolérer. « Lorsque vous donnez une hormone exogène à quelqu’un, vous changez l’expression ou influencez l’expression de centaines et potentiellement de milliers de gènes », explique Daniel S. Johnston, chef de la branche de recherche sur la contraception à l’Institut national Eunice Kennedy Shriver de la santé infantile et du développement humain (NICHD), qui fait partie des Instituts nationaux américains de la santé. « S’il y a 20 000 gènes, et je fais une estimation approximative, vous modifiez potentiellement l’expression de 5 % d’entre eux. » L’un des obstacles au développement d’une contraception hormonale bloquant les spermatozoïdes réside dans ses effets secondaires. En 2016, un vaste essai de phase 2 d’une injection hormonale, financé par d’importants bailleurs de fonds, dont les Nations unies et l’Organisation mondiale de la santé, a été interrompu prématurément. (J. Clin. Endocrinol. Metab. 2016, DOI: 10.1210/jc.2016-2141). Les auteurs de l’étude notent dans leur publication que  » la fréquence des troubles de l’humeur légers à modérés était relativement élevée. « 

Certaines femmes prenant la pilule ou utilisant d’autres contraceptifs hormonaux ont eu les mêmes effets secondaires que certains hommes dans les études. Mais les normes réglementaires ont changé depuis 1960, date à laquelle la pilule a été approuvée. Et compte tenu des risques pour la santé qui accompagnent la grossesse, les organismes de réglementation peuvent considérer que davantage d’effets secondaires potentiels sont acceptables pour une personne qui peut tomber enceinte que pour une personne qui ne le peut pas. « Il est absolument vrai que les effets secondaires sont similaires. Et de la même manière, tout le monde n’a pas d’effets secondaires avec les méthodes hormonales, tant pour les femmes que pour les hommes – beaucoup de gens les prennent sans aucun problème », dit M. Page. « Je pense donc qu’il y a deux poids, deux mesures en ce qui concerne ce que recherchent les organismes de réglementation. »

Un autre problème des méthodes hormonales est qu’elles ne sont pas suffisamment efficaces pour bloquer la production de sperme chez certaines personnes. Et il y a beaucoup de spermatozoïdes à supprimer : 1 000 spermatozoïdes sont produits à chaque battement de cœur, explique Gunda Georg, chimiste médicale à l’université du Minnesota Twin Cities. Comparé à un seul ovule libéré par mois, c’est un sacré problème!

Et si les données indiquent que les hommes sont largement disposés et intéressés à prendre une contraception, les méthodes hormonales rendent certains hommes méfiants.

« Ce que j’ai appris au cours de quelques  conversations avec des hommes, c’est qu’ils sont vraiment très, très, très sensibles , ils disent « Ooh, est-ce que cela affecte mes niveaux de testostérone ? » », dit Nadja Mannowetz, cofondatrice et directrice scientifique de YourChoice Therapeutics, qui développe un contraceptif ciblant le sperme.  » C’est vraiment la première question – pas nécessairement ‘Est-ce que c’est efficace’ ou quelque chose comme ça. La question est plutôt : « Oh, est-ce que je serai toujours un homme ? ».  »

Les chercheurs voient une opportunité de créer un contrôle des naissances qui utilise des méthodes non hormonales pour cibler les molécules impliquées dans la production ou la fonction des spermatozoïdes. Certains candidats ciblent les protéines qui jouent un rôle clé dans la production des spermatozoïdes. D’autres ciblent des protéines qui sont importantes plus tard dans le parcours du sperme, comme celles qui permettent aux spermatozoïdes de nager correctement. Le principal candidat de YourChoice cible une protéine appelée récepteur de l’acide rétinoïque (RAR-α), qui intervient dans la production des spermatozoïdes. RAR-α fait partie de la voie de la vitamine A. Certaines cellules de l’organisme convertissent la vitamine A (également connue sous le nom de rétinol) provenant de l’alimentation en acide rétinoïque, qui intervient dans la croissance et la différenciation des cellules, entre autres. Normalement, l’acide rétinoïque se lie à RAR-α, ce qui entraîne l’expression de certains gènes liés à la production de sperme. Le médicament de YourChoice, YCT-529, se lie au RAR-α, ce qui empêche l’acide rétinoïque de le faire. En conséquence, certains gènes nécessaires à la production de spermatozoïdes ne s’expriment pas.

Jean-Ju Chung, biologiste cellulaire à la Yale School of Medicine, qui travaille sur les canaux ioniques des spermatozoïdes, adopte une autre approche en se concentrant sur une cible qui affecte la façon dont les spermatozoïdes nagent. Pour que les spermatozoïdes puissent accomplir le long voyage jusqu’à l’ovule, ils doivent déplacer leurs flagelles – leurs queues – avec vigueur et de manière asymétrique. Les spermatozoïdes acquièrent cette qualité, appelée motilité hyperactivée, après l’éjaculation, alors qu’ils progressent vers l’ovule. « Si les spermatozoïdes sont capables de nager uniquement en ligne droite, ils vont s’arrêter », explique Chung.

Chung cible une protéine appelée CatSper, un canal ionique calcique situé dans le flagelle du spermatozoïde et qui joue un rôle clé dans cette motilité hyperactivée. Chez les modèles animaux, comme les souris, l’élimination du gène qui code  CatSper empêche les spermatozoïdes d’atteindre une motilité hyperactivée, de sorte qu’ils ne nagent que de manière symétrique, explique Chung. Même si les spermatozoïdes parvenaient à atteindre un ovule avec leur nage défectueuse, CatSper est également important pour d’autres processus essentiels à la conception, comme la réaction qui permet aux spermatozoïdes de pénétrer dans l’enveloppe de l’ovule. Sans CatSper, cette étape est bloquée.

Eppin Pharma travaille également sur un médicament qui interfère avec la fonction des spermatozoïdes. La petite molécule, EP055, se lie à l’EPPIN (inhibiteur de protéase épididymaire), une protéine présente à la surface des spermatozoïdes. En se liant, elle empêche les étapes qui rendent les spermatozoïdes fonctionnels, comme l’augmentation du pH, l’afflux d’ions calcium dans le spermatozoïde et l’hyperactivation de la motilité des spermatozoïdes.

Le fait de cibler la motilité des spermatozoïdes a un avantage potentiel : de tels médicaments agiraient plus rapidement que ceux qui bloquent la production de sperme à la base et qui mettent plusieurs semaines à agir pour atteindre le résultat contraceptif escompté.

Jochen Buck et Lonny Levin, de l’université Cornell, travaillent sur un contraceptif qui pourrait être pris à la demande et stopper la fertilité presque immédiatement. Leur composé ciblerait une enzyme appelée adénylyl cyclase soluble (sAC), qui catalyse la création de l’adénosine monophosphate cyclique (AMPc), une molécule messagère nécessaire à la motilité des spermatozoïdes. Leur médicament candidat est destiné à inhiber la sAC, empêchant ainsi la production d’AMPc et stopper net la nage des spermatozoïdes.

Ils envisagent que les hommes prennent le composé selon leurs besoins, comme le Viagra, médicament contre les troubles de l’érection. Il pourrait être pris environ 30 minutes avant un rapport sexuel, et son effet pourrait durer quelques heures, une journée, voire un week-end. Mais les utilisateurs n’auraient pas besoin de le prendre tous les jours. Il n’y aurait pas de risques d’effets chroniques à long terme. De plus, cette catégorie de médicament n’interfére  pas avec la production de sperme, de sorte que le nombre de spermatozoïdes reste normal ; seule la fonction est altérée.

« Bien sûr, si l’on peut contrôler à la fois le nombre et la motilité des spermatozoïdes, ce sera probablement plus complet », dit Mme Chung. Mais elle ajoute que si elle devait choisir entre les deux options, elle opterait pour la seconde (contrôler leur motilité) plutôt que pour le première (réduire leur nombre) : même un faible nombre de spermatozoïdes peut entraîner une grossesse, or un médicament visant à bloquer totalement leur production met nécessairement plus de temps à agir.

Un parcours semé d’embûches

Il semble, d’après les données précliniques, qu’il existe des candidats médicaments efficaces qui ciblent certaines parties du cycle du sperme. Mais jusqu’à présent, chacun a ses avantages et ses inconvénients. « Si le problème des contraceptifs hormonaux est qu’ils ne fonctionnent pas chez tout le monde, le problème des contraceptifs non hormonaux reste leur toxicité », déclare John Amory, interniste et chercheur en contraception à l’université de Washington. Il travaille également sur un médicament non hormonal impliqué dans la voie de la vitamine A. « Beaucoup de choses qui vont tuer les gens sont en train de se produire. « Ce qui tue  les spermatozoïdes est aussi susceptible de nuire à d’autres choses », dit-il. Les cibles contraceptives multiples que les chercheurs étudient, comme sAC et RAR-α, se trouvent à plusieurs endroits dans l’organisme. Si un médicament cible une protéine dans les testicules qui existe aussi, par exemple, dans le cerveau, des effets secondaires néfastes sont possibles. CatSper, la cible visée par le laboratoire de Chung, semble être complètement spécifique au sperme. Ce qui le freine, c’est qu’il ne peut pas encore être exprimé seul dans un système modèle – comme une lignée de cellules humaines cultivées – qui permettrait de tester des médicaments conçus pour le bloquer avant les études humaines. Johnston, du NICHD, émet quelques réserves quant au ciblage de RAR-α. RAR-α est exprimé dans d’autres parties du corps que les testicules, et il est possible qu’un médicament ciblant cette protéine l’affecte à plusieurs endroits. Certains articles publiés ont suggéré que le ciblage de RAR-α pourrait provoquer des changements indésirables dans le système immunitaire et peut-être dans d’autres parties du corps, comme le cœur et les yeux, explique Johnston.

Georg, qui a mis au point le YCT-529, note que dans les études animales, les niveaux du composé en dehors des testicules sont faibles, ce qui suggère qu’il reste dans la cible.

Johnston dit qu’il espère que le médicament candidat de YourChoice fonctionne – et plus largement que tous les candidats contraceptifs testiculaires fonctionnent. « Mais il y a des articles qui suscitent quelques inquiétudes sur RAR-α », dit Johnston. « Il y a très peu de produits pour lesquels je n’ai aucune inquiétude ». Il n’y aura pas de candidat parfait, dit-il.

Si certains effets secondaires peuvent être mesurés chez les animaux, il en est un qu’il est difficile de prévoir tant qu’un médicament n’est pas testé chez l’homme : l’action sur la santé mentale. Les changements d’humeur sont un effet secondaire notable des contraceptifs hormonaux actuellement commercialisés pour les femmes. Les chercheurs espèrent que les médicaments   ciblant des protéines spécifiques du sperme éviteront les effets sur l’humeur, car ils n’ont pas une action aussi large que les hormones.

Obstacles à l’approbation

Le paysage est truffé de questions qui ne trouveront pas de réponse avant les essais cliniques. Mais même avec des réponses, les contraceptifs qui peuvent être commercialisés pour les hommes sont confrontés à un chemin plus difficile vers l’approbation que de nombreux autres types de médicaments. « Être fertile n’est pas une maladie », dit M. Georg.

Il existe une analyse risques-avantages pour chaque médicament. Dans le cas de maladies comme le cancer, la maladie d’Alzheimer ou le diabète – dont les effets sur la santé de la personne traitée sont clairs -, un médicament a juste besoin d’atténuer les symptômes pour pouvoir justifier le risque d’effets secondaires. Pour le contrôle des naissances, le calcul est différent. « S’il s’agit d’un médicament de chimiothérapie, 80 %, c’est génial, non ? dit Logan Nickels, directeur de recherche à la Male Contraceptive Initiative. « S’il s’agit d’un contraceptif, 80%, c’est moins que le préservatif. C’est à proscrire. »

Ce calcul est également différent pour les personnes qui peuvent tomber enceintes. La fertilité n’est peut-être pas une maladie, mais la grossesse est toujours potentiellement une menace pour la vie. En 2017, près de 300 000 personnes sont mortes de causes liées à la grossesse et à l’accouchement, selon l’Organisation mondiale de la santé ( World Health Organization). Par ailleurs, « La pilule contraceptive que les femmes prennent tue en fait un petit nombre de femmes », dit Amory. « Et cela a toujours été justifié parce que le risque de grossesse non désirée est en fait plus élevé que le risque du contraceptif ».

Convaincre les entreprises pharmaceutiques qu’il y a, en plus du risque, un bénéfice substantiel à faire avancer les candidats médicaments ciblant les spermatozoïdes est un obstacle. Mais il faut savoir que les grossesses non désirées peuvent avoir des conséquences négatives pour les deux partenaires. Selon M. Nguyen, les jeunes hommes dont la partenaire met fin à une grossesse non désirée par un avortement ont plus de chances de terminer leurs études que ceux dont la partenaire continue de porter la grossesse. « Une partie du problème réside dans le fait que les décideurs politiques et les entreprises pharmaceutiques ne reconnaissent pas que les hommes ressentent un impact sur eux lorsque leur partenaire tombe enceinte, en particulier lorsque leur partenaire tombe enceinte alors qu’ils ne le souhaitent pas. »

Selon une école de pensée, soutenue par de nombreux acteurs du secteur, les organismes de réglementation devraient tenir compte de la santé du couple en plus de celle de l’individu. L’analyse risques-avantages devrait tenir compte des deux parties impliquées dans la grossesse. En outre, M. Page, de l’essai NES/T, soutient qu’il existe déjà un précédent pour un individu risquant sa santé pour améliorer celle d’un autre. « Il existe le concept de don d’organe vivant, dans lequel la personne qui donne un organe prend certainement un risque pour sa santé au profit d’une autre personne », explique-t-elle. « Il y a des situations où nous trouvons cela acceptable ».

En plus du risque potentiel pour les consommateurs de médicaments, les entreprises pharmaceutiques sont également confrontées à des risques. Les contraceptifs sont souvent la cible de litiges. Un exemple bien connu est celui des pilules contraceptives Yaz et Yasmin, qui bloquent l’ovulation et pour lesquelles Bayer a dû faire face à plus de 18 000 poursuites pour des effets secondaires graves présumés, comme des caillots sanguins et des crises cardiaques. Les implants, dont le NuvaRing, le dispositif intra-utérin Mirena et Essure, ont également fait l’objet de poursuites.

« Les sociétés pharmaceutiques sont de plus en plus réticentes à prendre des risques », explique M. Nickels, de l’Initiative pour la contraception masculine, qui note qu’elles comptent sur les jeunes entreprises pour prendre les premiers risques et acheter les médicaments candidats une fois qu’ils sont prometteurs. « Et je pense que c’est une mauvaise chose pour la contraception masculine, un domaine qui, historiquement, a eu beaucoup de mal à s’adresser aux gens, et encore moins à prouver qu’il allait réussir », explique M. Nickels. Mais, ajoute-t-il, il y a aussi de l’argent à gagner. « Nous parlons de 4 milliards d’hommes. Les hommes ne sont pas un ensemble monolithique. Si vous pouvez capter 1 %, 10 % ou 8 % de ce marché, cela représente beaucoup de monde », explique M. Nickels. « Je pense donc que les gens comprennent qu’il y a aussi un argument commercial à faire valoir. Et cette fenêtre pour savoir combien cette opportunité vaut, en termes de risque, se rapproche de plus en plus. Et nous arrivons à un point d’inflexion. »

Une marée montante ?

Dans un article de 2012 de C&EN, Amory a déclaré qu’un délai de 10 ans semblait à peu près correct pour qu’un contraceptif masculin soit approuvé (C&EN, 24 septembre 2012, page 35). Il a également raconté une blague courante dans le domaine – que les gens disent qu’un tel médicament sortira d’ici 5 à 10 ans… depuis des décennies. Et il a répété cette blague à nouveau cette année. Plus optimiste, M. Nickels avance prudemment que cette blague est peut-être en train d’atteindre la fin de sa vie. Lui ne voit pas l’échéance si lointaine. « J’ai parlé à un certain nombre de personnes qui sont ici depuis 10, 15 ou 20 ans. Et ils disent que ça y est – c’est le moment ». Reste à savoir quel type de produit arrivera le premier sur le marché.

Les approches hormonales ont ici une bonne longueur d’avance. Et elles ont un avantage en termes de familiarité. « Nous sommes très, très à l’aise avec les hormones », dit Amory.  » Elles sont un diable que nous connaissons « . Dans le meilleur des cas, le gel NES/T pourrait être approuvé dans 5 ans, selon M. Page, mais 7 ou 8 ans sont plus probables, soit à l’écheance 2030.  Les médicaments non-hormonaux sont assez loin derrière en terme de développement, mais ils gagnent du terrain. YourChoice est sur le point de commencer les essais sur l’homme de son principal candidat en 2023, ce qui serait la première fois que des contraceptifs non hormonaux seraient administrés aux hommes aux États-Unis. Buck et Levin pensent qu’ils pourraient obtenir l’autorisation de commencer les essais cliniques sur un médicament ciblant le sAC dans 2 ou 3 ans. Michael O’Rand, PDG d’Eppin Pharma, affirme qu’un essai clinique pour le candidat de sa société pourrait commencer l’année prochaine ou l’année suivante, en fonction du financement.

Les experts s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas d’une course pour savoir lequel atteindra la ligne d’arrivée ; ils souhaitent qu’une vaste campagne soit menée pour faire approuver autant d’options que possible. Car ce que les gens veulent, c’est pouvoir choisir!  De plus, une autre chose semble claire : l’approbation d’un médicament ne peut qu’aider les autres. « Une marée montante soulève tous les bateaux », dit M. Levin. « Donc, si les essais NES/T fonctionnent, et que cela se sait, ce serait formidable parce que cela révélerait absolument au monde qu’il y a un marché. »

Les preuves de l’existence d’un marché émergent déjà. M. Mannowetz, de YourChoice, raconte que la boîte mail de réception de la société a été inondée de demandes après que M. Georg soit intervenu au congrès de l’American Chemical Society au printemps 2022 : « Nous avons reçu tellement d’emails d’hommes qui nous demandent : « Où puis-je acheter votre produit ? »Eh bien, désolé, il est encore en cours de développement. Puis-je acheter des actions de votre société ? Désolé, nous sommes toujours une entreprise privée. Sans oublier la troisième question, ‘Quand, où et comment puis-je participer à votre essai clinique ?’.  »

Mme Page a également constaté de l’enthousiasme lors du recrutement des participants à l’essai clinique NES/T. « Cette idée que les hommes ne prendront aucun risque d’effets secondaires pour la contraception n’est tout simplement pas vraie », dit-elle. Elle souligne que de nombreux utilisateurs n’auront pas d’effets secondaires. Et les hommes participants souhaitent soulager leur partenaire du fardeau de la contraception, note-t-elle.

Springer est l’une de ces personnes. Lui et sa partenaire approchent de la fin de leur participation à l’essai NES/T. Ils sont tristes de voir l’essai se terminer. « C’est devenu une partie de notre vie. Et maintenant, nous devons trouver une autre option qui nous convienne », dit-il. Mais il ne pense pas que leur situation soit unique. Les options de contrôle des naissances sont irréalisables pour de nombreuses femmes, dit-il, et même pour les couples dans lesquels les femmes n’ont aucune limite quant au contrôle des naissances qu’elles peuvent prendre, la responsabilité de la reproduction doit être partagée.

Chemical & Engineering News

ISSN 0009-2347

 

Troubles menstruels et vaccination : pas de liens établis, mais une préoccupation à écouter!

De nombreuses femmes ont signalé des modifications de leurs règles après une vaccination contre le covid-19. L’Institut national de la santé des États-Unis a alloué 1,67 million de dollars à la recherche d’un lien éventuel.

Deux nouvelles études observationnelles fournissent des données rassurantes évoquant d’éventuelles modifications sont de courte durée et minimes au regard de la variation naturelle des cycles normaux.

Le Dr Victoria Male, spécialiste de la reproduction à l’Imperial College de Londres, en détaille les conclusions dans un éditorial du British Medical Journal de ce jour.

  • La première étude (1) s’est appuyée sur les données de 3 959 Américaines ayant saisi au moins six fois de suite des informations sur une application de suivi du cycle menstruel. Parmi elles, 2 403 étaient vaccinées et les autres ont fait office de groupe témoin. Bilan des courses : la première dose de vaccin n’a eu aucun effet sur la survenue des règles suivantes, tandis que la deuxième dose a été associée à un retard de 0,45 jour.

Ce sont les 358 femmes ayant reçu les deux doses du vaccin au cours du même cycle qui ont été les plus touchées, avec un retard de 2,32 jours sur leurs prochaines règles. Onze pour cent d’entre elles ont connu une modification de la durée de leur cycle de plus de 8 jours, ce qui est considéré comme cliniquement significatif, contre 4 % dans le groupe des non vaccinées. Dans les deux groupes, la longueur des cycles est revenue à la normale au bout de deux cycles.

  • Dans une deuxième étude (2), les chercheurs ont demandé à 5 688 Norvégiennes si elles avaient connu des changements menstruels spécifiques (tels que des saignements inattendus ou des douleurs menstruelles plus fortes que la normale) au cours des cycles précédant et suivant chaque dose de vaccin.

Les résultats de l’étude évoquent une forte variation des cycles normaux : 38 % des participantes ont signalé au moins un changement par rapport à la normale dans les cycles précédant la vaccination, ce chiffre passant à 39 % après la première dose du vaccin et à 41 % après la deuxième dose. Le changement post-vaccination le plus fréquemment signalé était des règles plus abondantes que la normale.

Les conclusions de ces deux études sont rassurantes selon Mme Male :
– des modifications du cycle menstruel se produisent après la vaccination, mais elles sont faibles par rapport à la variation naturelle et sont rapidement réversibles .
-elle note que selon le calendrier de vaccination britannique (NDLR : et en France il en est de même), il est impossible de recevoir les deux doses du vaccin au cours du même cycle. Les changements observés aux États-Unis et en Norvège ne se produisent pas nécessairement au Royaume-Uni (NDLR = ni en France). Une prochaine étude basée sur les données des utilisateurs britanniques de la même application de suivi du cycle menstruel que celle utilisée dans l’étude américaine devrait bientôt clarifier ce point, précise-t-elle.

Entre-temps, l’autorité britannique de réglementation des médicaments (MHRA) a déclaré que les données actuelles ne confirment pas l’existence d’un lien entre les modifications des règles et la vaccination contre le covid au Royaume-Uni, et recommande toujours à toute femme remarquant une modification de ses règles sur plusieurs cycles ou à toute femme ménopausée constatant des saignements vaginaux d’être traitée conformément aux procédures cliniques habituelles.

Une grande partie de l’inquiétude du public à ce sujet provient de la fausse information selon laquelle les vaccins covid-19 causent l’infertilité des femmes, ajoute Male.

« Bien que nous ayons déjà des preuves que ce n’est pas le cas – et des preuves suggèrent également que l’infection par le covid-19 pourrait réduire le nombre et la qualité des spermatozoïdes – une compréhension plus approfondie des effets de l’infection et de la vaccination sur la fertilité permettra de mieux conseiller les patients pour lesquels cela est particulièrement préoccupant », écrit-elle.

« Ces études sont un pas dans la bonne direction, mais il y a encore beaucoup à apprendre », dit-elle. « Par exemple, comprendre la manière dont les changements menstruels post-vaccination se produisent, déterminer si un groupe est particulièrement vulnérable afin de pouvoir le conseiller de manière appropriée, et mieux définir l’étendue et la persistance de ces changements. »

« L’intérêt généralisé du public pour ce sujet montre à quel point il s’agit d’une préoccupation urgente pour le public. Il est temps que nous commencions à les écouter », conclut-elle.

(1) Edelman A, Boniface ER, Benhar E, etal. Association between menstrual cycle length and
coronavirus disease 2019 (covid-19) vaccination: a US cohort. Obstet Gynecol 2022.
doi: 10.1097/AOG.0000000000004695 pmid: 34991109
(2) Tragostad L. Increased occurrence of menstrual disturbances in 18- to 30-year-old women after
covid-19 vaccination. [Preprint.] SSRN 2022. doi: 10.2139/ssrn.3998180