Nanotechnologies : un risque professionnel émergent

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p style= »text-align: justify; »>Selon l’Organisation Internationale du Travail, 167 000 travailleurs meurent chaque année dans l’Union Européenne, dont 159 000 d’une maladie directement imputable à leur activité professionnelle. Un bilan qui a conduit l’Agence Européenne de Sécurité et de Santé au Travail à mettre en place un « Observatoire européen du risque » (ERO). Après avoir étudié les risques physiques, biologiques et psychosociaux auxquels pouvaient être exposés les travailleurs, les experts de l’ERO se sont penchés sur les risques chimiques émergents, objet de leur 4ème rapport (1). En tête de liste, viennent les nanoparticules et particules fines qui exposent les travailleurs de nombreuses manières :  lors de la production de ces matériaux, bien sûr, mais aussi, comme le rapport le souligne, surtout lors des opérations de maintenance et de nettoyage de matériaux contenant des nanoparticules.

Des risques qui inquiètent

Ces substances ont un diamètre suffisamment petit pour entrer dans les cellules, par ingestion, par inhalation, ou par contact cutané. Après être entrées dans les organes et les tissus, particulièrement dans les poumons, dans le cerveau et dans le foie, elles n’en sortent plus, entraînant dans les cellules des phénomènes inflammatoires, voire même modifiant la structure des protéines cellulaires.
La confédération européenne des syndicats (CES) qui représente 60 millions de travailleurs européens, s’est penchée elle aussi  sur les nouveaux développements liés aux nanotechnologies et aux nanomatériaux.  Elle a organisé début avril une conférence « Travailler et vivre avec les nanotechnologies » au cours de laquelle elle a présenté la résolution (2) qu’elle a adoptée en juin 2008. Tout en confirmant le potentiel de développement d’application considérable des nanotechnologies et des nanomatériaux dans les domaines de la santé, de l’environnement, des médicaments et des énergies renouvelables, elle souligne de nombreuses inquiétudes quant aux risques potentiels pour la santé humaine et pour l’environnement.
No data = No market ?
Pour la CES, il est clair que ce principe fondateur de REACH devrait être appliqué aux substances sous la forme nanométrique, même s’il s’agit de substances déjà inscrites dans REACH à leur état habituel. On sait en effet que la forme nanométrique modifie les propriétés physiques de la matière. Par ailleurs, s’agissant de nouveaux matériaux, la procédure d’enregistrement devrait s’appliquer indépendamment du seuil minimal de production, fixé à une tonne par an (de nombreux nanomatériaux n’atteignant jamais ce seuil !). La CES pointe aussi sur l’insuffisance des études menées sur les aspects santé- environnement et exige qu’au moins 15% (contre 1% aujourd’hui!) des budgets alloués à la recherche servent à l’évaluation de ces aspects.
Experts et syndicats sont parfaitement d’accord : ils concluent rapports et résolutions en recommandant l’application du principe de précaution, seul moyen de parvenir à un développement responsable des nanotechnologies acceptable pour la société. Personne ne veut rejouer l’histoire de l’amiante. Pas plus que celle des OGM ! Bien au-delà de la protection des travailleurs, (même s’ils restent en première ligne d’exposition), tous rappellent aussi que c’est l’ensemble de la société qui est exposée à ce risque émergent et s’interrogent sur le devenir de ces matériaux dans l’environnement. Les expertises se poursuivent sur la question puisque qu’ une prochaine journée d’audition de  scientifiques est prévue à la Commission Européenne, le 10 septembre 2009…
Mais à l’heure où des centaines de produits de grande consommation  contenant des nanomatériaux sont déjà disponibles sur le marché et où  les budgets publics consacrés  à la recherche sur les nanotechnologies ne cessent d’augmenter d’année en année (ils sont évalués à 3,5 milliards d’euros dans l’Union européenne  pour la période 2007 -2013) on peut douter de l’efficacité de tous ces rapports et  travaux! Car avec un marché mondial d’ores et déjà estimé à 1.000 milliards de dollars d’ici à 2015, il est probablement trop tard pour bien faire !

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p style= »text-align: justify; »>(1)    European Agency for Safety and Health at Work «  Expert forecast on emerging chemical risks relaterd to occupational safety and health », 176 pages
(2)    Résolution de la CES adoptée par le Comité Exécutif du 25 juin 2008, 7 pages