Une rentrée des classes non toxique ?


Vêtements et fournitures scolaires peuvent contenir des substances chimiques. Faute de législation homogène, la vigilance s’impose ! Petit tour d’horizon …

Dans la liste de rentrée des petits écoliers, on comptera de nouvelles  chaussures, cartables, trousses et autres fournitures et de nouveaux vêtements.  Mais des études récentes souligné d’éventuels risques pour la santé dans les vêtements d’enfants. Ce n’est pas vraiment étonnant ni nouveau : la fabrication des vêtements est particulièrement longue et complexe et passe par de nombreuses étapes. Culture des fibres,  filage, coloration, tissage, couture, apprêt (transferts PVC, paillettes)  et finitions (boutons-pressions, fermeture-éclair)  sollicitent pesticides, formaldéhyde (formol), colorants et métaux lourds,  phtalates et nickel. Autant de substances chimiques dont les résidus exposent ceux qui les portent à une exposition plus que rapprochée, car avec la transpiration, ces substances sont même susceptibles d’entrer en contact direct avec la peau.  La preuve ?  En 2007, plusieurs plaintes de parents concernant des vêtements pour enfants, soupçonnés avoir déclenché  eczémas et œdèmes ont été déposées auprès de la Commission de la Sécurité des Consommateurs (CSC) qui a mené son enquête.  Si les tests réalisés n’avaient alors pas permis d’établir de toxicité réelle des  vêtements, une enquête, ils avaient au moins soulevé la question ! Depuis, une enquête de  l’Institut National de la Consommation (INC) (1), a montré que près d’un quart (9 sur 40) des vêtements pour enfants contenaient des phtalates, des substances chimiques hautement préoccupantes.

Des héros dangereux

Les phtalates sont présents dans les encres d’impression à base de PVC qui servent à réaliser les transferts qui décorent les vêtements. Le problème n’est pas neuf : déjà en 2004, un rapport de Greenpeace épinglait les vêtements d’enfants de la marque Disney. Les célèbres héros  ou  logos de la marque – qui font d’ailleurs souvent le seul  attrait de ces vêtements -, comme les autres transferts,  dégagent  au fur et à mesure des lavages et des repassages des taux importants de phtalates. Or ces substances ont des effets qui  commencent à être bien répertoriés chez l’animal (infertilité, réduction du taux de testostérone, malformations de l’appareil reproducteur) et sur les cellules humaines (reprotoxicité).  Au point que certains ont  déjà  été interdits dans les jouets et objets de puériculture par une loi européenne en 2005. Néanmoins, ils ne sont toujours  pas interdits dans les transferts pour vêtements. Même chez Disney !, ont confirmé les experts  de l’INC. Bien sûr, contrairement aux jouets et objets de puériculture susceptibles d’être portés à la bouche, les enfants ne mangent pas leurs héros… mais ne les admirent-ils pas du bout des doigts … qu’ils porteront ensuite  à la bouche ? Il n’y a pour se convaincre de ce risque qu’à voir la trace humide que laisse sur les doigts  le contact avec un  transfert gras et  huileux ! Transfert que l’on ne retrouve pas que sur les vêtements, puisque ces insignes ornent aussi  trousses, cartables, chaussures.…

ENCADRE  Gommes : à ne pas mâchouiller !

 Une étude de l’Agence danoise pour la protection de l’environnement en 2008 a révélé la présence de phtalates dans les fournitures scolaires – notamment les gommes – , et alerté sur le fait que ces gommes peuvent présenter des risques pour la santé, dans le cas où les enfants les sucent et les mâchonnent régulièrement. Les phtalates migrent dans la salive et passent ensuite dans l’organisme, se retrouvant selon l’Agence à des taux dépassant jusqu’à 4 fois les doses journalières admissibles. Si les résultats de cette étude ont été jugés comme exagérés par le Comité scientifique des risques sanitaires et environnementaux (CSRSE) de la Commission européenne, le CSRE contestant notamment l’idée qu’un enfant puisse mâchouiller une gomme une heure par jour…, ils parlent d’eux-mêmes : les fournitures scolaires contiennent bel et bien des substances toxiques !

 

Comment choisir ?

D’autres substances dangereuses peuvent aussi émaner des vêtements et autres accessoires. Comme le PFC, un composé perfluoré, utilisé  pour imperméabiliser de nombreuses surfaces et limiter l’imprégnation des tâches,  le formaldéhyde, classé cancérigène depuis 2006, utilisé pour traiter les fibres textiles, ou  le nickel parfois présent à fortes concentrations dans le métal des boutons-pression et des fermetures-éclair et responsable d’allergies pouvant être sévères. Et bien entendu, les colorants , car les pigments, même « naturels », sont susceptibles de contenir des métaux lourds !  Seule solution pour les éviter : choisir du clair ! Et du labellisé « OekoTex », qui garantit  le respect des normes en matière de résidus de produits chimiques.  Car les risques   sont difficilement  identifiables à la seule lecture de l’étiquette qui  ne détaille souvent pas les traitements chimiques réalisés ou non (même si, depuis la mise en place de la réglementation européenne Reach, le consommateur peut demander au fabriquant si tel ou telle substance est contenue dans le produit…).  La CSC, relayée après par l’INC, préconise d’ailleurs un lavage préalable avant tout première utilisation, seul moyen d’éliminer les résidus chimiques qui se trouvent dans le vêtement !

 

 ENCADRE – Des  vêtements « bio » ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, il n’existe officiellement pas de « vêtement biologique ». Tout au plus est-il certifié « écologique », s’il porte l’écolabel européen (très peu utilisé dans la filière textile).  Les mentions « biologique » « naturel » ou « écologique » sont de la seule responsabilité des fabriquants. À nous de leur faire confiance, sachant qu’un coton  a pu être cultivé de façon biologique (voire même être labellisé « AB » mais que rien ne garantit que son traitement ultérieur soit irréprochable ; ou que des « fibres naturelles » peuvent tout à fait avoir été cultivées  de façon intensive avec des pesticides. Quelques labels, plus rares, comme EKO, Naturtextil, Ecocert, IMO control ou BioRe®  garantissent a priori en plus du caractère biologique et naturel, l’éthique du vêtement.

 

Autre problématique, la provenance. Car certaines substances chimiques peuvent passer impunément les frontières européennes  : on se souvient qu’en 2008, des alertes avaient lancées à propos de fauteuils et de bottes fabriqués en Chine dont les textiles pleins de diméthylfumarate (DMF), pourtant interdit en Europe, avaient déclenché des allergies gravissimes chez plusieurs dizaines de personnes…  En attendant la nécessaire harmonisation des législations, la CSC a , dès sa saisie en 2007, interpellé les pouvoirs publics français pour demander qu’un texte européen interdise certaines substances chimiques dans les vêtements pour enfants. Depuis fin 2008 ce texte supposé garantir plus de sécurité pour les vêtements d’enfants est toujours en attente…mais enfin espéré. Certains fabricants mettent d’ailleurs déjà sur le marché des vêtements décorés garantis sans PVC. On pourrait souhaiter qu’il en soit un jour de même pour les fournitures scolaires !

 

ENCADRE- Une trousse d’écolier non toxique

Crayons et stylos : le bois naturel non teinté et non verni  est préférable à la résine de synthèse. Ne pas mâchouiller le bout des stylos en plastique !

Feutres et marqueurs : les feutres « odorants» contiennent des solvants toxiques ( trichloroéthane, toluène ou xylène). Les choisir …inodores.  Les feutres à base d’eau contiennent des agents de conservation allergènes : à vite reboucher après usage !

Surligneurs : à éviter (contiennent des composés toxiques comme la pyranine,   coumarine ,  xanthène ). Alternative  écologique : de gros crayons gras de couleur.

Effaceurs d’encre : à  éviter   de mettre en bouche pour les humecter même s’ils se dessèchent !

Correcteurs liquides :   à  éviter (contiennent des solvants toxiques, signifiés par la croix orange). Préférer les rubans … ou apprendre à  barrer proprement sa copie !

Gommes :   éviter les gommes souples aromatisées , que  les enfants peuvent être d’autant plus tentés de sucer et d’avaler. Il existe des gommes en caoutchouc naturel (beige).  (voir encadré)

Colles : l’inhalation des résines et solvants (toluène, formaldéhyde, acétone) qu’elles contiennent est dangereuse pour la santé. Préférer les colles en bâtons.

 

 

(1)    Marie RICHEZ , Marc OLIVIER « Des phtalates dans les vêtements d’enfant » – 60 millions de consommateurs, n°435 (février 2009), p. 34-37