La saga des casseroles

Octobre 2012

Espoirs et désillusions d’une révolution citoyenne

L’Islande est aujourd’hui citée comme un exemple de révolution citoyenne réussie. Le monde entier, des Indignés au FMI, la félicite d’être ainsi parvenue à résoudre la crise économique qui l’avait placé au bord de la faillite. Sur place, le bilan semble beaucoup plus mitigé : et si la Révolution n’était qu’un mythe ?

Reykjavik, août 2012. Près d’un mois que je suis dans l’île des 1000 volcans. Comment se porte l’Islande aujourd’hui ? Difficile de s’en faire une idée claire. Après un périple dans le Nord, me voici ici, dans la principale rue commerçante de la capitale islandaise. Laugarvegur à hauteur du n°46, une cour dans laquelle des enfants font de la bicyclette. 

Deux silhouettes longilignes se détachent dans la nuit : Jon et sa femme peignent sur un mur l’image étonnamment vivante d’un papillon géant au-dessus duquel on reconnaît la lettre sanskrite « om ».

Tiens ! Un symbole d’accomplissement d’une transformation, certes éphémère mais associé à une sagesse millénaire. Serait-ce une métaphore de l’Islande d’aujourd’hui ? Pour Jon Sæmundur, artiste et rocker psychédélique fondateur des Dead Skeletons [1], regard sombre et cheveux longs sous chapeau noir, la « crise » (Kreppa en Islandais)  est « la meilleure chose qui soit arrivée à l’Islande. Grâce à elle, les gens sont revenus à des valeurs essentielles, plus spirituelles. Ils “s’éveillent”. Retrouvent leurs familles, leurs amis et se questionnent sur ce qui compte vraiment pour eux. »

Kreppa ou pas ?

Frappé de plein fouet en 2008 par la faillite de ses banques, ce tout petit pays – 320 000 habitants à peine, dont les deux tiers dans la seule ville de Reykjavik, semble aujourd’hui à nouveau prospère. Les vitrines des magasins de luxe sont bien achalandées et les boutiques de souvenirs pour touristes ne désemplissent pas. Tout comme les bars, les restaurants et les hôtels de la capitale.Une crise? Mais quelle crise ? Le mot, à lui seul, ne provoque souvent que des yeux ronds en guise de commentaire.

On fuit, on rit, une pinte de bière à la main. Anita, une grande et grosse jeune fille aux tresses blondes et à la peau boutonneuse, à l’instar de tous les jeunes rencontrés lors des trois jours de la fête nationale des commerçants (le premier week-end d’août), brandit fièrement une carte de crédit dorée.  « Tout va bien, regarde, on fait la fête, on s’amuse, on boit. » Les cornes de viking en plastique qui surmontent son serre-tête flamboient en clignotant. De tous les autres jeunes et moins jeunes rencontrés, personne ne semble vouloir parler de crise économique. Même sobres.

Hrafnkell Fannar Ingjaldsson, le directeur de la  bibliothèque municipale d’Akureyri, la deuxième ville du pays, au Nord, confirme, d’une voix douce mais presque blasée, après avoir cherché, vainement, dans les bases documentaires, des témoignages écrits sur le sujet : « La crise, c’est du passé, vous ne trouverez personne pour en parler. Ici, l’économie et la politique, ça embête tout le monde. » Sauf peut-être les petits cochons-tirelire roses qui agrémentent les enseignes des magasins Bonus et parlent d’eux-mêmes : ces discounts alimentaires attirent aujourd’hui des familles qui, avant 2008, se fournissaient encore dans les épiceries fines… Ou les militants très catholiques de l’association « United Reykjavik 101 » (lire one-o-one, nom du quartier central de la capitale qui jouxte le port) qui pestent contre la réduction des budgets sociaux. Tous les mardi soirs, dans une ambiance de camp scout, ils offrent, tout sourire, devant le Parlement, des repas à quelques 200 personnes à la rue ou en grande difficulté.

Quand 2008 rimait avec faillite

Retour à l’histoire. En 2008, l’Islande compte alors parmi les pays les plus riches du monde. L’Etat insulaire s’est enrichi en très peu de temps : vivant jusqu’au dernier millénaire de la pêche, et, depuis les années 1970, de la vente d’une partie de ses ressources géothermiques à des géants canadiens (Rio Tinto) et états-uniens (  Alcoa) de l’aluminium,  toute son économie repose depuis la fin des années 1990 sur les investissements financiers d’hommes d’affaires aventureux, les « néo-vikings ». Une vraie success-story… acquise grâce à la hardiesse sans faille de ces conquérants des marchés financiers mondiaux, facilitée par une corruption bien organisée du système tout entier.

Dans les années 2000,  trois banques se partagent les  comptes bancaires du pays : Landbanski, Kaupthin et Glitnir, ouvrant même des filiales à l’étranger. Telle que la banque en ligne Icesave, filiale de la Landbanski, qui a pour clients des milliers de Britanniques et de Néerlandais et même quelques centaines de Français. Ces banques spéculent à tout-va, au total l’équivalent de dix fois le produit intérieur brut du pays.

Aux premiers signes de la crise économique mondiale, la monnaie islandaise est dévaluée de moitié. Puis, la tempête de la crise des subprimes et la chute de la banque américaine Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, finissent d’ébranler l’édifice spéculatif. Les banques islandaises se mettent en faillite. Deux d’entre elles (Kaupthing et Glitnir) sont nationalisées. Et le 6 octobre, le Premier ministre Geir H. Haarde (droite conservatrice) annonce à la télévision : « Nous connaissons une situation grave. Les trois banques  les plus importantes du pays ont perdu des millions d’euros en spéculation… » .  

« Gud Välsigne Island »

« Que Dieu sauve l’Islande… » Le chef du gouvernement conclue ainsi son intervention. Le 7 octobre, lendemain de l’allocution télévisée du Premier ministre, la troisième banque, la Landbanski, est nationalisée ; sa filiale en ligne, Icesave, suspend immédiatement toutes les opérations des comptes de ses clients . Retour de bâton immédiat : les gouvernements britannique et néerlandais gèlent tous les avoirs des banques islandaises dans leurs pays, indemnisent les clients… et  se retournent contre l’Islande ! Le 8 octobre, le Royaume-Uni invoque même la loi « Antiterrorisme, Crime et Sécurité », votée en 2001 à la suite du 11 septembre, pour inscrire la République d’Islande sur la liste des pires terroristes de la planète.  La population réagit, non sans humour. Une pétition « We are not terrorists » circule, un site Internet se créé, diffusant les photos ironiques que les Islandais s’amusent à faire, déguisés en terroristes.  Quand ils ne manifestent pas en faisant exploser… des balises de détresse !

Photo : Skúli Þór Magnússon

Fin novembre 2008, un accord de remboursement est trouvé entre l’Islande, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Le FMI (Fonds Monétaire International) débloque un prêt  de plus de deux milliards d’euros, versé en plusieurs fois, au gré des « progrès » du pays.

Mais, la réalité est là : les Islandais sont désormais redevables des dettes de leurs banques, ils sont furieux et le font savoir. Le film documentaire God Bless Island (2010), du réalisateur islandais Helgi Felixson nous les montre, dès le 18 octobre 2008, à Reykjavik, devant le Parlement (Althingi), réclamant la démission du gouvernement.  Le drapeau des magasins Bonus, reflet de ce que nombre d’Islandais pensent désormais des finances du pays flotte sur le toit du parlement, planté là par le jeune Hàkur – qui finira au poste. Sa mère, Eva Hauksdöttir, tient un magasin ésotérique dans le centre de Reykjavik. Et manifeste à sa façon : sorcière blonde vêtue de noir, elle procède, toujours devant le parlement, à des cérémonies de magie noire contre le gouvernement et contre les banquiers afin qu’ils réparent leurs dettes. Elle fesse même publiquement une poupée à l’effigie de Davíð Oddsson, le directeur de la banque centrale d’Islande de 2005 à 2009, l’un des principaux responsables de l’hypertrophie du système banquaire insulaire.

Des initiatives plus pacifiques fleurissent :  l’Islande est mise aux enchères   sur eBay pour 0,99 cents…  et Hörður Torfason, troubadour et apôtre néogandhien de la non-violence, inaugure une tribune d’expression ouverte à tous. Il invite les gens  à sortir de chez eux avec leurs ustensiles de cuisine pour manifester en musique devant le parlement. L’amorce d’une révolution?

La révolution des casseroles

Ces manifestations tonitruantes ouvrent ce que l’on a appelé la « révolution des casseroles ». Elles vont inspirer les groupes d’indignés espagnols et canadiens, auxquels Hörður rend visite, vantant les mérites de la révolution pacifique et de la mobilisation de masse. Pourtant, sur fond de « batucada » de casseroles, les manifestations de l’hiver 2008  ne sont pas exemptes de violences et ne rassemblent pas tant de monde  que cela :   1000 à 2000 personnes au début,  8000 à 10 000   au plus fort du mouvement, début 2009. Mais les manifestants sont très remontés, ils n’hésitent pas à couvrir le Parlement  de « Skyr » (le yaourt local) et de papier toilette, en escaladent les murs, y entrent par les fenêtres. La police use des gaz lacrymogènes et procède à des centaines d’arrestations. Du jamais vu en Islande, aux habitants réputés tranquilles, depuis l’adhésion du pays à l’Otan en 1949.

Fin janvier 2009, le Premier ministre Geir Haarde part sous les huées et les lancers d’œufs…. La ministre des Affaires sociales,  Jóhanna Sigurðardóttir, le remplace. A 60 ans passés, « Sainte Johanna », comme on la surnomme alors, est  depuis longtemps   entrée en politique chez les sociaux-démocrates.  Pour autant, comme dans de nombreux pays du monde, les citoyens ne croient plus en la classe politique… Reflet des mobilisations citoyennes, un nouveau parti émerge et vient s’ajouter aux candidats habituels : le Mouvement des citoyens (Borgarahreyfingin en Islandais). Les élections anticipées du mois d’avril feront entrer 4 de ses représentants au Parlement (qui compte 63 sièges). Un score tout à fait honorable pour ce petit pays qui « n’a pas de tradition de protestation, comme en France », ainsi que le rappelle la députée Birgitta Jónsdóttir [2], l’une des instigatrices de ce nouveau parti. La   coalition socio-démocrates-verts est pour sa part élue à la tête du gouvernement avec 54% des suffrages.

« No Cash… but Ashes » !

Le nouveau gouvernement , sommé de trouver des accords pour rembourser la dette bancaire de Icesave au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, envisage en octobre 2009, à la charge entière des contribuables, le paiement de 3,7 milliards d’euros, avec 5% d’intérêts. La loi passe en force au Parlement en décembre 2009. Les manifestations citoyennes se poursuivent de plus belle : la grande majorité des citoyens islandais ne supportent pas l’idée d’être considérés comme des vaches à lait, forcés de rembourser les erreurs des « Money hooligans », tels qu’on appelle désormais les néo-Vikings…

C’est alors qu’entre en scène Ólafur Ragnar Grímsson, le Président de la République, resté en poste malgré la tourmente  de l’hiver précédent, où il avait été pourtant lui aussi mis en cause pour ses discours passés dans lesquels il faisait l’apologie de « ces néo-Vikings à l’esprit d’entreprise si profitable à la croissance de la Nation ». Le Président décide d’exercer son seul pouvoir, un droit de veto devant le Parlement, ce qui a pour effet de soumettre la loi Icesave à un référendum populaire, au grand dam du FMI. En mars 2010, 93,3% de non y répondent. Seule une infime minorité d’Islandais (2% de oui) n’apprécient alors pas de passer pour des brigands auprès du reste du monde.

Juste après, l’éruption de l’Eyjafjallajökull paralyse un temps le trafic aérien, à la grande joie des islandais. Cela ne sonne-t-il pas comme un pied-de-nez de mère Nature à  la fragilité de l’économie mondiale ? « No Cash… but Ashes » …un slogan-choc, présent encore en 2012, … sur les T-shirts-souvenirs du pays !

Le gouvernement revoit sa copie et propose de nouveaux accords, avec un taux d’intérêt de remboursement moindre (3% contre 5). Même scénario : le Président en appelle encore à la voix du peuple. En avril 2011, le « non » triomphe un peu moins, mais totalise tout de même 59,9% des voix. Ce que n’apprécie pas le FMI. Et ne change rien au final : les Islandais doivent  toujours, d’ici 2046, près de 4 milliards d’euros aux britanniques et aux néerlandais. Soit près de 12.200 euros par tête, hors intérêts. 

La nouvelle Constitution

Un souffle politique nouveau émerge cependant. Après le choc de la faillite, du volcan et du referendum, le gouvernement ressent le besoin de mobiliser les  Islandais autour d’un projet constructif : un vaste chantier est lancé, l’écriture d’une nouvelle Constitution : « Au départ, il ne s’agissait que de  réviser un peu plus sérieusement notre Constitution actuelle qui  remonte à 1944 (NDLR :  date  de l’ indépendance avec le Danemark), rappelle Thorsteinn Sigurdsson, l’ex-secrétaire général du Conseil constitutionnel, quinquagénaire barraqué, chauve et jovial. Puis, il s’est agi de la réécrire, car, bien évidemment,depuis 1944,  les choses ont changé. »   À l’automne 2010, un vaste  forum préparatoire au travail du conseil est organisé, réunissant quelques 1200 personnes choisies dans le registre national de la population. Bien que Reykjavik concentre près des deux tiers de la population islandaise, « les participants au forum venaient de toute l’Islande » insiste Thorsteinn. Comme aux temps du premier Parlement démocratique au monde, né en Islande en l’an 935.  Tout un week-end d’octobre, les 1200 délégués forment des ateliers de travail pour réfléchir aux thèmes qu’ils veulent vraiment inscrire dans la constitution. « Le droit des homosexuels depuis longtemps reconnu en Islande, allait par exemple de soi. Celui des transsexuels a été par contre jugé plus anecdotique : impossible de tout retenir, question de place  ! »  commente Thorsteinn.  

Puis, au mois de novembre, les citoyens sont invités à candidater au Conseil constitutionnel créé pour l’occasion. Plus de 500 se présentent, 25 sont élus.  Pas tout à fait des citoyens « ordinaires » à vrai dire. « Comme on s’en doute, les Islandais ont plutôt choisi les candidats qu’ils connaissaient, des gens principalement déjà engagés dans l’action associative ou locale », précise Thorsteinn. On ne s’étonnera pas non plus du taux d’abstention, énorme , de 63 %. « La Constitution ? Bien peu de personnes l’avaient lue et s’y intéressaient » explique Thorsteinn. « Les Constitutions sont plutôt ardues à lire, et ne concernent guère que ceux qui étudient les sciences politiques ! ». Mais la Haute Cour islandaise a aussitôt remis en question la validité des élections. «  Des histoires techniques de bureau de vote trop haut et de bulletins mal pliés, mais qui ont conduit le gouvernement à nommer les membres du Conseil constitutionnel car il était trop compliqué de refaire des élections », précise l’ex-secrétaire général. « Ces nominations, même si elles concernaient les citoyens précédemment élus, n’ont pas été très bien perçues par la  population… ».

Procédure inédite, la participation directe des citoyens est sollicitée au travers des réseaux sociaux. 6000 profils Facebook s’inscrivent.  « L’avantage de passer par Facebook, explique Thorsteinn, c’est qu’il n’y a aucun profil anonyme, les commentaires ne peuvent qu’être sérieux, sinon, l’internaute s’expose au risque de se voir signalé auprès des responsables du site.. »  Une sorte de « démocratie directe » qui a donné lieu à plus de 3000 commentaires. Cependant, même aidés de juristes, les représentants du peuple n’ont eu que quatre mois pour écrire le texte de la nouvelle Constitution. « Un travail de Titan en un temps trop court, admet Thorsteinn, faute d’argent… » Mais une grande première mondiale, assurément.

Une première partie de l’histoire s’est écrite le 20 octobre 2012, date à laquelle les Islandais se sont prononcés par referendum sur certains points de la nouvelle constitution, comme la séparation de l’Église et de l’État ou la protection des ressources naturelles du pays, afin que celles-ci ne soient plus vendues mais uniquement louées.  (NDLR :  à l’heure où ces lignes sont écrites, l’adoption de la nouvelle constitution islandaise est toujours en suspens). La seconde partie s’écrira au printemps 2013 , après les prochaines élections législatives. Le gouvernement actuel, initiateur de la nouvelle constitution, est en effet aujourd’hui particulièrement impopulaire…  

La chasse aux banquiers

Un dimanche de mars 2009, un animateur-vedette de la télévision islandaise fait venir Eva Joly dans son show TV. Eva appelle les Islandais à mener l’enquête et à trouver les coupables de la faillite. L’émission bat tous les records d’audience. Peu après, le gouvernement monte une commission d’enquête et appelle Eva Joly comme conseillère. La commission d’enquête a eu quelque mal à se choisir un procureur général, tant il y avait peu de candidats! Pour tout dire, c’est Olafur Hauksson, auparavant commissaire de police d’une petite ville de province, inexpérimenté en matière de justice économique mais tout à fait indépendant de l’élite accusée d’avoir précipité l’île vers la faillite, qui sera retenu pour ce poste à haute responsabilité. « Eva Joly, elle nous a beaucoup aidé, oui ! C’est une femme fantastique ! » rappelle encore émue  Sigrin Borg Sigurðardóttir, 54 ans, frêle grande femme blonde, qui, depuis la crise, vend à la sauvette les bijoux d’argent et de pierres de lave qu’elle taille à ses heures perdues, pour  compléter son salaire d’assistante maternelle… « Après la crise, j’avais honte d’être Islandaise, d’être de ce pays qui avait coulé tant de monde avec lui…Eva m’ a fait relever la tête ! ». Très populaire en Islande, Eva Joly remet en janvier 2010 un rapport de 2000 pages…  puis arrête sa mission en octobre, officiellement pour cause de campagne présidentielle. Sur le terrain, la commission d’enquête peine à arrêter les responsables, même épaulée d’une bonne centaine de collaborateurs : les néo-vikings ont leurs refuges en Angleterre ou au Luxembourg, par exemple, les procédures d’arrestation sont longues. Quant aux jugements…Parmi la douzaine d’interpellations jusqu’alors réalisées, seules quatre ont été suivies de condamnations : début novembre 2011, deux anciens dirigeants de la banque Kaupthing[3] sont condamnés à reverser les millions d’euros indûment gagnés à la Banque Centrale du pays. En juin 2012, deux autres anciens dirigeants de Byr, une compagnie financière de gestion de fonds[4] sont condamnés à 4ans et demi de prison pour fraude.… Les autres attendent toujours de connaître leur sort.

Les politiques eux-mêmes n’ont pas été épargnés par la vindicte publique, un tribunal ayant spécialement été  créé pour pouvoir les juger : le directeur de cabinet du ministre des Finances au moment de la crise (Baldur Gudlaugsson) a été condamné à deux ans de prison ferme pour délit d’initié ; l’ex-Premier ministre Geir Haarde est lui aussi passé au tribunal, en mars 2012, mais, bien que reconnu comme coupable dans la faillite de 2008, aucune charge particulière n’a pu être retenue contre lui. Il est sorti libre. Et trois ex-ministres de son gouvernement [5]n’ont toujours pas été jugés.

Que sont devenus les principaux acteurs de 2008?

Le Mouvement des citoyens  n’existe plus. Trois mois à peine après son entrée au Parlement, l’un de ses membres décide de siéger « sans étiquette ». Le parti est dissous, faisant place au Mouvement (tout court), dont les représentants n’occupent plus que 3 sièges. « Malgré l’idée de départ (NDLR : pas de leader…), les jeux de pouvoir sont inévitables et la pire chose qui soit»  explique, un brin désabusée la députée Birgitta Jonsdottir. Le Mouvement ne se représentera d’ailleurs pas aux prochaines élections, en 2013. Faute de programme politique.

Même s’il s’est largement investi pour qu’une loi soit adoptée, l’Islandic Modern Media Initiative (IMMI), destinée à garantir la protection des journalistes d’investigation, une protection inscrite dans la nouvelle Constitution.  Dans la continuité de cette loi, un think thank indépendant de la société civile, sur la liberté d’expression et les droits de l’information, est créé : l’International Modern Media Institute, dirigé  par Smàri Mc Carthy, l’un des coordonnateurs du projet Wikipedia en Islande. Des initiatives qui augurent la prochaine création du Parti Pirate islandais, par Smàri et Birgitta, candidat prévisible aux prochaines élections. 

Le Président de la République a pour sa part été épargné de toutes poursuites : fin tacticien, marquant systématiquement son opposition au gouvernement et à ses lois impopulaires (outre la loi Icesave s’ajoutent un projet de loi visant à limiter les quotas de pêche et surtout un projet d’adhésion à l’Union européenne..), le Président a regagné l’estime du peuple : fin juin 2012, il est réélu  à plus de 52% des voix, pour un 5e mandat. Un record absolu de longévité.

Le gouvernement  élu  en 2009  avec 54% des voix est aujourd’hui si impopulaire que les prochaines élections pourraient bien remettre au pouvoir les conservateurs.   « La cote de popularité de la coalition des verts- sociaux-démocrates rase aujourd’hui les 28% », quand celle de l’ancien gouvernement « était encore de 83% avant le début de la crise » résume l’animateur Egill Helgasson.

La sorcière Eva Hauksdöttir a pour sa part fermé boutique. Ruinée, elle est partie vivre en Norvège avec son fils. L’homme qu’elle fessait publiquement par l’entremise d’une poupée (David Oddsson, l’ancien directeur de la Banque centrale d’Islande) a été licencié début 2009. Mais s’en est mieux sorti qu’elle : aucune charge n’a jamais été retenue contre lui. Il est désormais rédacteur en chef du principal quotidien de Reykjavik, le Morgunbladid.

Une révolution manquée

Aujourd’hui, l’Islande se redresse brillamment. Du côté des instances économiques internationales, le satisfecit est unanime : une sortie de crise reconnue, ainsi que l’a annoncé l’OCDE(Organisation de coopération et de développement économiques), en janvier 2012, avec une croissance économique de 2,71% envisagée pour l’année. Une amélioration que beaucoup d’Islandais ne ressentent pas encore, la dévaluation de la couronne ayant quasiment fait doubler les prix, dans cette île tributaire des importations, alors que les salaires sont restés les mêmes. Néanmoins, les choses redeviennent peu à peu comme avant. « Dès que la situation s’améliore les gens retournent à la consommation à tout-va, » constate Birgitta Jonsdottir. En Islande, comme ailleurs, tout le monde continue de vouloir son 4×4 et sa maison…

Plus récemment encore, à la fin de l’été, le FMI, enhardi, a salué le gouvernement islandais pour « son attitude exemplaire vis à vis des banques … », entendez leur nationalisation, une mesure d’urgence prise par le gouvernement renversé par le peuple pour que soit versée l’aide du FMI ! 

C’est décevant, certes, mais force est de constater que la « révolution citoyenne » relève bien du fantasme : « Il n’y a pas eu les changements que l’on pouvait attendre de la mobilisation de 2009 » constate, amère,  Birgitta. Et Smàri Mc Carthy d’enchérir : « Une révolution, c’est un changement complet du système ! Or, ce changement n’a pas eu lieu. » Certes, les citoyens se sont réveillés, ils ont protesté pour ne pas avoir à payer les fautes de leur élite corrompue et pour poursuivre les responsables, ils ont écrit une nouvelle constitution, tenté de nouvelles expériences jusqu’alors inédites comme fonder un parti de citoyens et fait passer une loi pour la protection du journalisme d’investigation. « Mais les Islandais n’ont  pas réussi leur révolution, ils se sont contentés d’un changement de gouvernement. La scène politique est restée la même. Les poursuites ont été peu nombreuses, la responsabilité politique est nulle,   la plaie purulente continue de cracher les exemples de corruption, de clientélisme ou de mauvaise gestion » déplore Smàri. Selon lui, ce qu’il aurait fallu pour que les choses changent vraiment, c’est que les gens « comprennent que tout pouvoir politique est finalement prisonnier de sa capacité à contrôler les conditions de vie ». Autrement dit, poursuit-il, « il aurait fallu que les gens se concentrent sur les infrastructures – ces choses qui vous maintiennent en vie, en introduisant par exemple des monnaies complémentaires paramétrées pour garantir l’approvisionnement alimentaire et la gestion des infrastructures, seuls moyens de garder le moral par temps de crise ! » 

Dans la cour du 46 Laugarvegur, le papillon coiffé d’un om a les ailes peintes déployées, mais figées sur le mur.  La voix grave et légèrement éraillée de Birgitta résonne à mes oreilles «   les gens ont comme perdu le vent qui soufflait dans leurs ailes…   Il faudrait qu’ils ressentent à nouveau le vent sur leur peau pour y croire ! ». Je ne sais que penser de ce que m’a dit Jon : la « vraie » révolution ne peut certes être qu’intérieure, mais si elle a déjà eu lieu pourquoi ne laisse-t-elle pas plus de signes ?  

Le silence et l’immobilisme peuvent être dangereux. Comme l’écrit Jérôme Skalski, dans son enquête sur la révolution islandaise [6]: «  Dans les mains du peuple, un fracas fit se ravaler la morgue de l’oligarchie islandaise. Un silence calculé pourrait bien lui permettre de préparer son retour (…) . » Pour ma part, en Islande, je n’ai pas entendu une seule casserole. Ce n’est pas parce que toutes les casseroles sont pleines, ni parce qu’il n’y en a plus, ni même parce qu’il n’y aurait plus de raisons de faire du bruit dans la rue. Non, c’est juste parce qu’il n’y a plus personne pour les faire sonner !

Chronologie des événements

2008

  • octobre : allocution télévisée du premier ministre Geir Haarde. « Que Dieu sauve l’Islande » (6) le Royaume Uni inscrit l’Islande sur la liste des terroristes de la planète (8) ; la bourse islandaise ouvre en baisse de 76%(14) ;début de la mobilisation citoyenne (18 )
  • novembre :  des accords de remboursement sont passés entre l’Islande et le Royaume Uni (20)
  • décembre : 30 manifestants entrés dans le Parlement  sont arrêtés par la police. Neuf d’entre eux (le groupe « Rejkyavik 9 » ou RVK9) passent en procès pour dégradation de biens publics. Acquittés, ils sont toujours sous surveillance policière. (8) ; à l’occasion d’un débat télévisé où intervient le Premier ministre conservateur, des manifestants furieux prennent d’assaut l’hôtel Borg. Bilan : 200 arrestations. (31)

2009

  • janvier : après des semaines de manifestations, les députés des différents partis décident de dissoudre le gouvernement et d’organiser des élections anticipées dès le mois d’avril ( 26)
  • mars: intervention d’ Eva Joly à la télévision islandaise ; mise en place d’une commission d’enquête sur les causes de la crise.
  • avril: le  parti socio-démocrate est élu au pouvoir,  avec les Verts  (54% des voix) ; e Mouvement des citoyens recueille 7,2% des voix. (24)
  • août : le Mouvement des citoyens est dissous, faisant place au Mouvement.
  • décembre: première loi IceSave

2010

  • janvier: remise du rapport d’Eva Joly au gouvernement sur les causes de la crise
  • mars: premier referendum sur  la loi IceSave : Non (93%)
  • avril: entrée en éruption de l’Eyjafjallajökull
  • octobre: forum national sur la nouvelle constitution. démission d’Eva Joly, officiellement pour cause de campagne présidentielle
  • novembre: lancement des élections pour le Conseil Constitutionnel

2011

  • avril: deuxième referendum sur  la loi IceSave : Non (59 ,9%)
  • mai -juillet: écriture de la Constitution par les Citoyens
  • novembre: condamnation de deux anciens dirigeant de la banque Kaupthing

2012

  • mars: Non-lieu pour l’ex-premier ministre Geir Haarde , inculpé dans la crise
  • juin : Condamnation de deux anciens dirigeants dela compagnie financière de gestion de fonds Byr (Byr. Savings Bank); Réélection du Président de la République, en poste depuis 16 ans, pour un 5ème mandat
  • juillet : Impopularité maximale pour le gouvernement  en place (2 3)
  • août :  Félicitations du FMI à l’égard de l’Islande  (31)
  • octobre  : Référendum sur la nouvelle constitution

Le petit peuple se fout bien de la crise

L’Islande est le pays des elfes, des trolls, des fées, des gnomes et autres petits génies. Là bas, on taille le bois des ponts pour qu’il épouse la forme des rochers, de peur de déranger l’un des représentants du petit peuple caché. Et on intercède auprès d’eux lorsque l’on veut construire une route pour ne pas risquer de voir le chantier empêché par de mystérieux bris de machines de construction ou par des maladies non moins mystérieuses affectant les ouvriers qui y travaillent.

Erla Stefansdóttir est une spécialiste de ce peuple invisible, elle est en communication directe avec eux. Que pensent-ils de la crise islandaise ? Absolument rien ! « Ils s’en foutent ! » (en français dans le texte). Cela ne les affecte pas, ils sont autonomes et peuvent très bien vivre sans nous. 

Ce que confirme le vendeur du meilleur hot-dog de Reykjavik dans le quartier 101 (one-o-one), qui dit les compter pour clients : « iIs sont très riches, ils ont beaucoup d’or et matérialisent eux-mêmes leurs monnaies »

Mais quand on leur demande si ces merveilleus êtres auraient pu faire quelque chose pour les sauver de la faillite, ils sont unanimes : « Mais pourquoi nous aideraient-ils ? Pourquoi se sentiraient-ils responsables d’un problème qu’ils n’ont pas créés ? »


[1] Jon Saemundur, fondateur des Dead Skeletons et ami d’Anton Newcombe, des Brian Jonestown Massacre,  dont il a fait la pochette du dernier album (Aufheben), celle-là même qu’il reproduit sur son mur

[2] Birgitta, poète et vidéaste, est aussi très liée à l’affaire Assange et aux droits de l’information : elle a produit une video à partir de documents communiqués par Wikileaks, montrant des soldats américains tuer des civils irakiens. À la suite de cette affaire, début 2011, les comptes de tous ses réseaux sociaux ont été placés sous surveillance par le gouvernement américain…

[3] Sigurdur Einarsson et Ingvar Vilhjalmsson 

[4]  Jon Thorsteinn Jonsson et Ragnar Zophonias Gudjonsson

[5] Solrun Gisladottir (Affaires étrangères) Bjoergvin Sigurdsson (Commerce) et Arni Mathiesen ( Finances)

[6] Jérôme Skalski « La révolution des casseroles – chronique d’une nouvelle constitution pour l’Islande » Editions La Contre Allée Coll. Un singulier pluriel , 108 pages (04/10/2012)

Les fruits inattendus de Fukushima

octobre 2012 Novethic

Le 14 septembre, le gouvernement japonais a annoncé au monde entier l’arrêt du nucléaire civil au Japon d’ici la fin des années 2030, tout en ne renonçant ni à la construction de nouveaux réacteurs ni à la production de plutonium. Il a de plus  ouvert la voie à de nouveaux marchés à l’étranger et adopté un amendement à la loi qui interdisait le recours à l’arme nucléaire.

Critiqué pour ses mensonges et son incapacité à gérer correctement les migrations de populations consécutives à l’accident,  le gouvernement japonais semble avoir tenu compte des manifestants, qui, tous les vendredis,   depuis mars 2012, se réunissaient devant le Parlement, grossissant leur nombre de 300 au début, à plus de 100 000 fin juillet… En partie seulement, car pour tous ces citoyens qui demandaient l’arrêt immédiat des centrales, 2039 reste une perspective lointaine. Et, d’ici là le développement des énergies renouvelables devrait s’intégrer dans un mixte énergétique autorisant la reprise d’activité de certaines centrales, dont, pour l’heure seules 2 ont été rouvertes (sur les 54 que comptent le pays). D’ailleurs,   le ministre japonais de l’industrie et de la Technologie a confirmé, dès le 15 septembre, la poursuite de la construction de deux réacteurs nucléaires.

Au cours d’une rencontre informelle avec la presse française, le 17 septembre, à l’IDDRI (Paris), des chercheurs japonais du programme DEVAST (Disaster Evacuation and Risk Perception in Democracies) [1] ont rappelé “le poids (trop) important de l’industrie nucléaire au Japon”. « Les municipalités dépendent du financement des industriels du nucléaire. Celle de Fukushima par exemple a autorisé l’implantation de la centrale dans une zone qu’elle savait être à risque sismique  et de tsunami » a précisé le professeur Shunji Matsuoka, de l’Université de Waseda.  Il a également rappelé le contexte politique particulier du moment : la tenue des prochaines élections en janvier 2013 dans le pays et le besoin pour le PDJ au pouvoir de regagner des électeurs. Car, si le LDP venait à repasser, il réviserait certainement la décision, ne pouvant  pas se mettre en porte-à-faux compte tenu de son rôle passé dans la nucléarisation du pays. Or un récent sondage a   confirmé que 70% des japonais interrogés étaient pour un arrêt total du nucléaire.   Mais quand bien même la décision d’arrêter les centrales serait maintenue, l’industrie nucléaire japonaise a plus d’une corde à son arc.

Les nouveaux débouchés de l’industrie nucléaire civile

Car  le Japon exporte des centrales nucléaires vers des pays en voie de développement (Vietnam, Indonésie, Philippines, Turquie, Lituanie), y compris  dans des zones à risques sismiques similaires à ceux de Fukushima. “Aux Philippines, les constructeurs japonais réhabilitent l’ancienne centrale nucléaire de Bataan, construite durant les années 1970 par Westinghouse, dans une zone fortement sismique qui jouxte le Mont Pinatubo. Au Vietnam, ils vont construire la première tranche du site de Ninh Thuan, situé au bord de la mer de Chine, dans une région côtière particulièrement exposée aux inondations, aux typhons et à des raz-de-marée ayant déjà atteint des hauteurs de 18 m” précise, depuis le Japon, Thierry Ribault, chercheur en économie   pour  la mission interdisciplinaire NEEDS (“Nucléaire : Énergie, Environnement, Déchets et Société », lancée au sein du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) début 2012 pour une durée de 5 ans.) Des négociations sont en cours avec le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Mexique. Et un accord a été passé avec les États-Unis pour y installer la  première centrale nucléaire depuis 34 ans.  Tirant eux aussi leurs leçons de Fukushima, les industriels sont parvenus à transformer la gestion du désastre en argument commercial. Le Japon peut ainsi se présenter désormais comme expert  en catastrophe, et vendre, en plus de ses centrales, des plans de compensation pour les victimes éventuelles d’accidents nucléaires ! L’accord signé avec le Vietnam rappelle même à ce propos « qu’il est un devoir (pour le Japon) de partager au monde les expériences et les leçons de l’accident nucléaire de Fukushima » .

Par ailleurs, le Japon détient 157  tonnes de plutonium, dont une centaine sur les sites de ses centrales nucléaires, le reste étant parti dans les centres de retraitement : 45 tonnes se trouvent ainsi en Europe, prêts à être utilisé comme nouveau combustible (10 tonnes  au Royaume Uni, 35 en France). Or le 1er  juin, des officiels de l’industrie nucléaire japonaise ont annoncé vouloir dans les prochains mois produire une demi-tonne de plutonium supplémentaire.  Commentaire du professeur Frank von Hippel de l’Université de Princeton, une autorité mondiale en matière de non prolifération nucléaire : « C’est de la folie, il n’y a aucune raison de faire cela». Si ce n’est de vouloir légitimer l’existence du site de Rokkasho , dans le Nord du Japon.  Ce dernier, monté en partenariat il y a 20 ans avec Areva, n’a pour l’instant pas fonctionné plus de deux mois.   « Et coûterait trop cher à démanteler, précise Thierry Ribault. Or à pleine capacité, le site peut produire chaque année  8 tonnes de plutonium.  De quoi faire 1000 bombes atomiques. » Et devenir exportateur d’ armes.

Vers la bombe atomique japonaise ?

Que le Japon se mette à fabriquer des armes nucléaires reste pour l’heure impossible. Mais des évolutions très récentes le laissent envisager : le 15 juin, un amendement passé quasiment inaperçu a été apporté à la loi fondamentale japonaise sur l’énergie atomique, qui stipule que la recherche et l’utilisation de cette énergie ne peuvent être menées qu’à des fins pacifiques et dans le but de défendre des principes de démocratie, d’indépendance et de transparence. L’amendement établit désormais que « la politique nucléaire du Japon doit contribuer à la sécurité nationale ». La question du développement d’un arsenal nucléaire pour la défense du pays a été aussitôt soulevée par un député de l’opposition (PLD). Ce à quoi les députés de la majorité (DPJ) lui ont répondu qu’il s’agissait simplement « de rassembler tout ce qui concerne le nucléaire sous la même loi : la sûreté  nucléaire, le contrôle des garanties de l’AIEA (Agence Internationale pour l’Energie Atomique) visant à empêcher l’utilisation militaire de matériaux nucléaires et la sécurité nucléaire contre le terrorisme. »

Il ne manquerait cependant plus que l’article 9 de la constitution nationale soit assoupli pour que l’armement nucléaire japonais ait les coudées franches :  l’article 9 établit en effet que le Japon doit renoncer à la guerre comme mode de règlement des conflits internationaux.  « Mais cette révision semble tout à fait plausible », pronostique Thierry Ribault, « au vu de récents sondages d’opinion qui révèlent que 56% des opinions y sont favorables (contre 47% voici 3 ans) … » . Ce nouveau cadre législatif pourrait alors inspirer  la Corée du Sud à revendiquer elle-aussi sa souveraineté nucléaire. Et entraîner une course à l’armement dans la zone asiatique, où les tensions politiques sont actuellement très nombreuses. « Des perspectives pour le moins inquiétantes, souligne Thierry Ribault, mais qui révèlent  aussi que le désastre de Fukushima porte les fruits les plus inattendus. »

The « Bright Future » of Japan’s Nuclear Industry    


[1] DEVAST (Disaster Evacuation and Risk Percepetion in Democracies) est un programme soutenu par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) et la JSTA (Japan Science and Technological Agency). Il porte sur l’évolution de la perception du risque dans la démocratie.

Le Gange : en attente d’un miracle ?

Le 31 mai 2011, la Banque Mondiale annonçait le versement d’un milliard de dollars pour la dépollution du Gange. Cette somme, promise depuis fin 2009, est une ultime chance pour tenter de sauver un fleuve en voie d’asphyxie.

Le professeur Mishra, Mahant du Sankat Mochan Mandir, ne se consacre plus qu’aux enseignements spirituels. Le programme de dépollution du Gange qu’il a mis en place? Il n’en parle même plus!

Le Gange est pollué. Le problème n’est pas neuf, certes. Il revient, régulièrement, à la une des actualités, à la faveur des promesses gouvernementales, des aides internationales et des actions des ONG. Mais il est de plus en plus gros. Le fleuve sacré fait aujourd’hui face à une pollution extrême, qui met en péril la biodiversité et la durabilité de son environnement. Le Gange représente 25% de toutes les réserves en eau de l’Inde, qu’il sillonne sur 2525 kilomètres. 400 millions de personnes vivent sur ses rives. Il charrie depuis sa source, au nord-ouest de l’Himalaya, jusqu’au golfe du Bengale, près de 2 milliards de litres d’eaux usées. Nul besoin de grandes études ès microbiologie : eaux souillées rime avec risque pour la santé ! D’autant que le fleuve charrie aussi  carcasses d’animaux et  dépouilles humaines, qui en se décomposant relarguent les bactéries pathogènes contenues dans leurs intestins (des colibacilles fécaux).   Rien d’étonnant à ce que son delta, le plus grand du monde, soit aussi le réservoir mondial historique du choléra. Même si pour la plupart des indiens, le Gange continue d’être sacré, donc propre. Dans ce pays où  « tout est possible » (comme le dit le diction populaire « Sab Kuch Milega »), la foi l’emporte sur la science, et il est bien difficile d’agir. A moins d’être un Mahant (grand prêtre) comme Veer Badhra Mishra, du Sankat Mochan Mandir, le grand temple d’Hanuman à Vanarasi. Lui qui fait ses ablutions rituelles tous les matins dans le Gange depuis  plus de 72 ans, refuse publiquement de boire la traditionnelle gorgée d’eau. «  Il faudrait être aveugle ! » ironise-t-il…en connaissance de cause.

Entre corruption et incompétence

Car en plus d’être prêtre, Veer Badhra Mishra est ingénieur du génie civil et a longtemps été professeur d’hydrologie  à l’Université de Bénarès. Au début des années 1980,  avec des amis, et bien avant que l’on ne parle de programmes gouvernementaux de dépollution, il a monté un laboratoire d’analyse, puis une ONG,  la Sankat Mochan Foundation (SMF) en 1982, afin d’ informer les gens de la réalité de la pollution du fleuve. Il a ainsi montré que la teneur en colibacilles fécaux explosait toutes les normes de salubrité, avec des records prévisibles aux drains de déversement des égoûts de la ville.  Et démarré un  combat pour la réhabilitation du Gange qui a probablement contribué au lancement du  programme gouvernemental de dépollution du fleuve : le GAP (Ganga  Action Plan)  initié en 1986.  Cet ambitieux programme de dépollution, déjà soutenu en son temps par la Banque Mondiale,  intégrait la mise  en place de pompes à déchets aux points de relargage des ordures, des centrales de retraitement des eaux usées, ainsi que l’installation de toilettes publiques et de crematorium électriques. Dans les faits, il semble avoir surtout existé sur papier et servi  à emplir les poches des responsables politiques  chargés de sa mise en œuvre.  De plus, le peu de choses réalisées   ne tenait   même pas compte de deux problèmes majeurs en Inde dans le bassin gangique : la mousson et les coupures électriques. Une solution intelligente, proposée par la SMF et l’Université de Berkeley (USA) consistait-elle par exemple à utiliser la gravité plutôt que l’électricité pour acheminer les eaux usées de Vanarasi à la centrale de retraitement via un ingénieux système de bassins communiquants?  Le gouvernement a préféré financer des modèles tout prêts de centrales fonctionnant  à l’électricité, inopérantes en cas de coupures électriques, et refluant leur contenu directement dans le fleuve en cas d’inondations… ou aux capacités bien trop limitées, à l’exemple de l’usine de retraitement de Kampur, ville réputée pour ses 400 tanneries et le chrome hexavalent qu’elles rejettent, qui n’a qu’une capacité de traitement de 9 millions de litres par jour,  alors qu’un responsable de la centrale lui-même estime le volume d’eau à traiter à 40 millions de litres par jour ! Autre exemple, la création très médiatisée, à Vanarasi,  d’un sanctuaire de tortues entre Raj Ghat et Ramnagar Stretch : les tortues supposées dévorer les restes des cadavres du fleuve ont bien vite été, comme cela pouvait être prévisibles, braconnées par ceux qui sur les rives meurent de faim ! Peu à peu, le GAP s’est délité dans l’absence de fonds pour poursuivre le programme. Tout comme la motivation du Pr. Mishra, ovationné à Rio en 1992, élu homme de la planète par   Time Magazine en 1999, et aujourd’hui quelque peu désabusé : depuis 2003, le site de sa fondation n’est plus tenu à jour ; le tableau  noir accroché à la porte de son laboratoire sur le Tulsi Ghat et censé relayer à la craie les résultats d’analyse de potabilité de l’eau du Gange n’a pas servi depuis longtemps. Parler de pollution du Gange, même, semble l’ennuyer profondément tant il élude poliment les questions. Difficile pour un saint homme de râler contre la bureaucratie indienne ?

La science à l’épreuve de la foi

Sous l’égide de la NGRBA (National Ganga River Bassin Authority) spécialement créé fin 2009, le milliard de dollars promis par la Banque Mondiale pour ce nouveau programme sera-t-il mieux géré ? Dans les faits, cette somme, qu’il aura fallu un an et demi pour débloquer, se répartit entre les deux instances constitutives de la Banque Mondiale :  un don de 200 millions de dollars de l’Association Internationale pour le Développement (IDA)  et un prêt à faible taux d’intérêt  de 800 millions de dollars de la Banque Internationale pour la reconstruction et le développement (IBRD). Un « Centre de Connaissances du Gange » a par ailleurs été créé pour établir un état des lieux, et probablement  aider à constater l’avancement effectif des travaux … Au programme, nettoyage du fleuve et mise en place de programmes de conservation. Comme à Patna par exemple, l’une des villes les plus polluées du fleuve, où un projet de promenade  plantée de 6km de long, vient d’être agréé par la NGRBA. Il n’est pas sûr que ces ambitions largement médiatisées déjoue le « à quoi bon » de tous ceux qui continuent de croire que le Gange est un fleuve sacré que purifie  Shiva  et/ou ne se sentent pas impliqué dans les programmes gouvernementaux  (au cours d’une réunion publique menée fin septembre 2011 à Vanarasi, l’activiste écolo Rajendra Singh  a d’ailleurs dénoncé l’échec de la NGRBA à impliquer la société civile dans les programmes de dépollution   ( article du Times of India du 22/09/2011 ) : tout ici est si fortement empreint  de religieux que le gouvernement n’ose même pas prononcer les mesures élémentaires  de protection des populations … Déclarer l’eau du Gange non potable, voire même interdire aux hindous de s’y baigner ? Impensable au risque de déclencher des émeutes dignes des guerres de religion ! De même, la régulation des crémations qui continuent de se dérouler comme le veut la tradition, à l’air libre… ou de toute autre pratique religieuse telle celle qui consiste à jeter dans le fleuve des couronnes de fleurs bénies par les brahmanes des temples ou   d’y faire flotter de petites bougies  en paraffine (dérivé d’hydrocabures ) …   Sans parler bien sûr du trafic fluvial des bateaux à moteur ! Si l’on peut concevoir que Shiva soit capable de « retraiter » les pêchés des fidèles qui s’y baignent, il est difficile d’admettre qu’il élimine aussi les microbes, les  effluents toxiques des industries pharmaceutiques de Hrishikesh ou des tanneries de Kampur, la dioxine des cendres de tous les bûchers de crémation de Vanarasi, et les divers plastiques, résidus de lessive, et autres détritus qui y plongent. Mark Twain au siècle dernier disait qu’aucun microbe digne de ce nom ne pourrait survivre dans les eaux du Gange : on ne peut pour l’heure que s’étonner de ce qu’il n’y ait pas plus d’épidémies de choléra ! C’est peut-être bien là que l’on  pourrait parler des miracles du Dieu Shiva !

Clara DELPAS

Paru dans Novethic le 30/11/2011

Mars 2012 : une contribution française importante

Le robot Curiosity est la grande vedette de la mission Mars Science Laboratory (MSL) orchestrée par la NASA qui devrait être lancée depuis Cap Canaveral (Floride) le 25 novembre prochain. À son bord, l’échantillon de macusanite P1891 quitte pour toujours, la collection minéralogique du muséum national d’histoire naturelle !

La grande question « Y a-t-il eu de la vie sur Mars ? » se pose pour les chimistes sous cette forme : « Existe-t-il sur Mars des composés carbonés ? » Pour y répondre, la NASA n’a pas lésiné sur les moyens : elle ambitionne d’envoyer sur place, et plus précisément dans le cratère GALE (un cratère de 154 kilomètres de diamètre au centre duquel culmine une montagne de plus de 5000m) [->http://www.universcience.fr/fr/science-actualites/articleas/wl/1248123976290/un-cratere-pour-curiosity/], « Curiosity », un véritable laboratoire technologique robotisé. Le décollage est prévu le 25 novembre prochain… et l’arrivée sur Mars le 6 août 2012

Une mission surpuissante

Ce « rover » de près de 1 tonne et de 2 mètres de long, qui a coûté la bagatelle de 2,5 milliards de dollars, recèle à son bord pas moins de 10 instruments scientifiques ultrasophistiqués. Deux d’entre eux ont été conçus par des équipes françaises (1) : essentiels, ils sont en quelque sorte « les yeux » et le « cerveau » du robot chargé d’étudier les traces de vie martienne, mais aussi les processus physico-chimiques d’évolution de la planète :

  • Le ChemCam (Chemistry Camera), le premier laser jamais envoyé dans l’espace, contribue à déterminer à distance la composition chimique des roches martiennes. Perché en haut d’un mât, il constitue « les yeux » du robot. Capable de tirer jusqu’à 7 mètres, il permet dans un premier temps de sélectionner les roches les plus pertinentes à analyser : la lumière émise par le plasma gazeux qui résulte du tir laser est en effet  analysée par le spectromètre auquel est couplé le laser, ce qui permet de caractériser les divers éléments chimiques qui composent la roche. Avant tout déplacement du robot pour aller éventuellement les prélever pour un second tour d’analyses.
    
  • Le SAM (Sample Analysis at Mars), un laboratoire portatif capable d’analyser en chromatographie en phase gazeuse les échantillons du sol et du proche sous-sol de Mars.
    

Une pierre du muséum sur le robot

Parmi les cibles utilisées pour étalonner le laser se trouve une roche naturelle la macusanite P1891, choisie dans les collections minéralogiques du Museum National d’Histoire Naturelle de Paris. Suffisamment compacte pour supporter les vibrations d’un voyage dans l’espace, cette roche volcanique originaire du Pérou a dû, compte tenu de l’inaliénabilité des collections, faire l’objet d’un don du muséum et d’une autorisation de sortie de territoire ! Pour un voyage sans retour…

Clara DELPAS

(1) Au premier rang desquelles des équipes du CNRS, ainsi que du pôle de planétologie de l’Observatoire Midi-Pyrénées, du CNES (Centre National d’Études Spatiales), du Latmos, du LISA (Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques), et du MNHN (Museum National d’Histoire Naturelle)

macusanite en bas à droite du porte échantillon embarqué sur le Robot

macusanite en bas à droite du porte échantillon embarqué sur le Robot

Roche P1891 (macusanite) ds la collection du Museum National d’Histoire Naturelle

Roche P1891 (macusanite) ds la collection du Museum National d'Histoire Naturelle

(1) Au premier rang desquelles des équipes du CNRS, ainsi que du pôle de planétologie de l’Observatoire Midi-Pyrénées, du Cnes (Centre National d’Etudes Spatiales) , du Latmos, du LISA (Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques) et du MNHN (Museum National d’Histoire Naturelle)

Pourquoi a-t-on choisi une macusanite?
Violaine Sautter, Directeur de Recherches au CNRS travaillant au sein du Mnhn

Et pourquoi plus particulièrement l’avoir choisie dans les collections du muséum? Celles-ci ne sont-elles pas inaliénables?
Violaine Sautter, Directeur de Recherches au CNRS travaillant au sein du Mnhn

Publié sur le site de Science Actualités le 28/11/2011

Ondes électromagnétiques : vers une harmonisation européenne des normes ?

Le 10 octobre dernier, à Bruxelles, un atelier de travail au Parlement Européen a invité la Commission Européenne à réviser ses recommandations en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques. Des recommandations qui datent de 1999.

La Commission Européenne a une nouvelle fois été très critiquée : « non-application du principe de précaution, recommandations obsolètes et ségrégation scientifique… » Telles sont les trois critiques majeures qui ont émergé de l’atelier organisé par les parlementaires Michèle Rivasi, Kriton Arsenis et Frédérique Ries, un atelier qui réunissait scientifiques, politiques, acteurs associatifs et citoyens  autour de la question de la téléphonie mobile. Avec l’appui des scientifiques présents, l’atelier -« Early warnings The case of Mobile phone & Head Tumors » (Signauxd’alerte précoces : le cas du téléphone mobile et des tumeurs cérébrales)- était d’abord l’occasion de rappeler, que   la nocivité des ondes de la téléphonie mobile, mais aussi des téléphones  sans fil , et du wifi, ne fait aujourd’hui plus de doute.

Un risque bien établi

Ainsi, le Dr. David Gee, de l’Agence Européenne pour l’Environnement, s’est étonné qu’à l’instar de ce qui s’est passé  pour l’amiante,  et alors qu’aucun scientifique ne conteste plus que l’ exposition  aux ondes électromagnétiques a des effets délétères sur les tissus du corps humain , la société semble toujours incapable de prendre les mesures adéquates pour protéger le public. Il a notamment rappelé que le délai d’apparition d’un cancer à la suite d’ une exposition à des radiations ionisantes, telles que les bombes nucléaires japonaises, s’étendait de 15 à 50 ans. Et qu’ainsi, même si les conclusions de l’étude Interphone pouvaient sembler rassurantes, pondérées qu’elles sont par une grande  prudence scientifique, personne ne pouvait affirmer aujourd’hui qu’il n’y avait aucun  risque.
Le Dr. Lennart Hardell, Professeur au Département d’oncologie de l’hôpital Örebro en Suède, a présenté les résultats de ses études, qui portent sur plus de 4000 individus : le risque de tumeurs cérébrales malignes et de neuromes acoustiques liés à l’usage des mobiles ou téléphones sans fil DECT, augmente avec le temps de latence et le nombre d’heures de téléphonie cumulées. L’élu socialiste grec, Kriton Arsenis, a présenté pour sa part deux études scientifiques indépendantes sur les effets cancérigènes avérés de l’utilisation de téléphones mobiles chez des enfants et des femmes enceintes.
Quant à l’eurodéputée verte française Michèle Rivasi, également fondatrice du CRIIREM, elle a précisé qu’outre le cancer ou la leucémie infantile, l’exposition aux ondes électromagnétiques était aussi désormais évoquée dans bien d’autres  pathologies comme la maladie d’Alzheimer, les  troubles du sommeil et certains  problèmes psychologiques.

 

« Inexcusable silence »

 

« Nous sommes au-delà de la phase d’alerte concernant l’utilisation abusive de la téléphonie mobile », a-elle affirmé. »  Il serait donc grand temps selon elle que  la commission  informe le public et révise enfin les limites d’exposition qu’elle a fixées… en 1999 ! « A cette époque, de nombreux appareils sans fil (GSM, téléphone DECT ou wifi n’existaient pas encore », a renchéri l’eurodéputée libérale belge Frédérique Ries, elle-même auteur d’un rapport adopté à la quasi unanimité par le Parlement Européen en 2009 et visant à une reconnaissance officielle du risque sanitaire généré par une exposition chronique aux champs électromagnétiques.
D’autant  que l’OMS reconnaît aujourd’hui que les ondes électromagnétiques de la téléphonie peuvent être cancérigènes. Au mois de juin dernier, en effet, le CIRC (le Centre International de Recherche sur le Cancer), a ainsi révisé sa classification : à la suite d’une réunion d’experts, le risque de cancer lié à l’exposition à des ondes électromagnétiques de la téléphonie mobile est passé  dans la catégorie 2A, qui signifie « peut être cancérigène » (voir article lié). Pourtant, depuis, aucune nouvelle recommandation n’a été formulée au niveau des institutions européennes.
Pourquoi ce risque avéré tarde-t-il tant à être pris en compte ? D’un point de vue scientifique, il faudrait certes des études complémentaires pour lever toutes les ambiguités. Et personne n’ignore que cela prend du temps…et que les fonds manquent pour financer de telles études indépendantes (au rang des mesures simples à mettre en œuvre, a été évoquée d’ailleurs l’instauration d’une taxe reversée par les fabricants sur les téléphones vendus à un fond spécifique).

Le député belge Paul Lannoye a dénoncé ce retard qui  selon lui « ne rend guère service qu’à l’industrie de la téléphonie mobile ». Tandis que le Dr. David Gee a rappelé une étude de la revue  Environmental Health Perspectives montrant que les études financées par la téléphonie mobile tendent majoritairement, comme par hasard,  à établir qu’il n’y avait pas d’effet…
Les fameuses limites de 1999 ? Elles ont été fixées  par le comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (SCENIHR), une instance de la commission européenne, dont le représentant à l’atelier, Matts-Olof Mattson, a rappelé le fonctionnement. Ces normes devraient être revues prochainement, à la faveur d’un colloque international organisé les 16 et 17 novembre prochains…mais auquel, bizarrement, aucun des scientifiques indépendants à l’origine d’études établissant des dangers des champs électromagnétiques n’a été invité ! Ce que dénoncent les trois eurodéputés qui ont émis le souhait, avec la DGSanCo, que le comité revoie les modalités de recrutement des participants à ce colloque…. Affaire à suivre le mois prochain, donc.

Clara Delpas

Paru dans Novethic du 13-10-2011

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Stevia : le démarrage de la filière bolivienne

paru dans Science Actualités en mars 2011

En Bolivie, des paysans se lancent dans la culture de la Stevia, dont les extraits sont de puissants édulcorants naturels, intéressant le marché des additifs alimentaires… Reportage sur le terrain.

Un nouvel engouement

Communauté d’El Salado, à 50 km au nord de Bermejo, sur la route de Tarija. Ici, dans ce paysage verdoyant, 80 familles ont entrepris de dédier 30000 m2 de leurs terres à la culture de la Stevia rebaudiana Bertoni, une plante buissonnante héritée des Indiens guaranis. Les « campesinos » (=paysans) d’El Salado ont auparavant bien étudié la question. Car, pour ces cultivateurs de canne à sucre, investir dans la culture de la Stevia demandait quelques garanties. Une étude préalable a su les rassurer : dans cette zone du sud de la Bolivie, à la frontière  Argentine et à 416 mètres d’altitude, il fait 22,5 °C en moyenne toute l’année et il pleut suffisamment, pour que la Stevia s’y plaise :  plus de 1100mm par an (1776 mm en 2008) répartis sur les 12 mois de l’année soit plus du double que dans la région viticole de Tarija, de l’autre côté des montagnes (616 mm/an) … La plante, qui pousse sans avoir besoin de produits phytosanitaires coûteux et de circuits d’irrigation, les a séduit en 2007. Ici, mais aussi dans d’autres régions de la Bolivie, elle est en train de gagner du terrain.

Dans la région de Bermejo, les paysans d’El Salado se sont mis depuis 2008 à la culture de la stevia.

Feuilles de stevia contre feuilles coca ?

Pourtant, question feuilles, la Bolivie est plus réputée pour celles de coca, un symbole national ! Celles ci sont consommées traditionnellement par les boliviens, mais servent aussi à synthétiser de la cocaïne, illégale, et dont la Bolivie est le troisième producteur au monde…  Or la stevia semble séduire aussi quelques paysans cultivateurs de coca, qui se reconvertissent à sa culture. Il faut dire qu’elle rapporte  aujourd’hui plus que celle de la coca du narcotrafic ! (en 2008, le kilo de feuilles de coca se négociait autour de 3 euros, tandis que celui de feuilles de stevia rapporte plus du double, soit 7 euros environ  !) . Des coopératives de producteurs de stevia se montent comme  dans la région de Wernes (Santa Cruz), et des ONG financent des programmes, comme Frère des Hommes par exemple, qui a engagé un plan de plus de 80 000 dollars  (environ 60 000 euros) pour aider les paysans de la région de Caranavi (La Paz) à se mettre à la culture de la Stevia.  Un premier symposium sur la production et la commercialisation de la stévia en Bolivie , s’est même tenu à la dernière foire agricole de Santa Cruz le 15 avril 2010  :  Il a confirmé que l’engouement bolivien pour la Stevia était bel et bien réel , même si    pour l’instant, l’ensemble des surfaces qui lui sont consacrées restent faibles : de 12 à 15 hectares, contre toujours plus de 30 000 hectares pour la coca …

C’est   en plein cœur des terres guaranis, non loin des chutes d’ Iguaçu, qu’on   trouve la Stevia poussant à l’état sauvage. Le Paraguay voisin,   en reste, en Amérique du Sud, l’un des principaux producteurs ( avec l’immense Brésil !) : les surfaces cultivées paraguayennes devraient passer à 15000 hectares d’ici 2012…

De la plante à l’extrait convoité de rebaudioside A

Les conquistadors espagnols notaient déjà  comment avec une simple feuille les indiens Guaranis sucraient des jarres entières de maté. Un pouvoir sucrant  expliqué dans les années 1930  par les analyses du chimiste Bertoni : les feuilles contiennent de nombreuses molécules édulcorantes notamment du stévioside (5 à10%) à l’arrière goût réglissé et le rebaudioside A (2 ou 4 %), 300 fois plus sucrant  que le sucre!  C’est d’ailleurs pour cela que la stevia a le vent en poupe , surtout depuis 2008 : la FDA (Food and Drug Administration) aux Etats-Unis a  alors accepté que les firmes Coca-Cola et Pepsi-Cola en utilisent des extraits pour sucrer leurs sodas. Et cette autorisation très attendue par les industriels de l’agroalimentaire qui cherchent depuis longtemps un remplaçant à l’aspartame, accusé de nombreux maux,  accroît de fait la demande en stevia… Pourtant, sur ce nouveau marché, les boliviens doivent se faire une place. Car la concurrence est rude et cela fait longtemps que la plante est cultivée de façon intensive…  en Chine !  

De la plante à l’extrait  Les feuilles sont mises à sécher, puis infusées dans l’eau. La solution passe ensuite sur des résines qui vont en piéger les différentes molécules sucrantes. Les résines sont lavées avec un solvant (ethanol par exemple), et les différents extraits récupérés mis à sécher. On obtient ainsi un « cristal ». Il faut 12 kg de feuilles pour 1kg de cristal de rébaudioside A , le seul édulcorant autorisé.

La Chine, premier producteur mondial

Dans les années 1960, les Japonais, sur le point d’interdire l’aspartame dans tous leurs aliments,  ont rapporté des plants de stevia d’Amérique du Sud pour leurs pouvoirs sucrants et négocié avec les Chinois pour qu’ils la cultivent sur leurs vastes terres : à présent, les cultures chinoises de stevia s’étendent sur plus de 20 000 hectares ! De quoi produire plusieurs millions de kilos de feuilles, en considérant un rendement de 1500 à 3000 kg de feuilles par hectare. Et quelques milliers de tonnes d’extraits. La Chine contrôle aujourd’hui près de 80 % de la production mondiale, dont 2000 à 3000 T sont consommés   tous les ans rien que par les Japonais et les Coréens. Même si de nombreux pays se sont depuis mis à la culture de la stevia : Inde, Australie, Israël, Russie, Afrique du Nord, États-Unis, Canada, Amérique du Sud, et…depuis cette année, France ! Un essai dans l’Hérault, autorisé par la DGCCRF, est mené sous la direction de la chambre d’Agriculture de l’Hérault !

Une place à prendre

En Bolivie, les conditions climatiques, proches de celles du lieu d’origine de la stevia, et les pratiques de culture, traditionnelles et peu versées dans l’agriculture intensive, devraient encourager la culture de cette plante. D’autant plus si les filières de transformation permettent sur place d’en obtenir directement des extraits purifiés. C’est déjà le cas, avec plusieurs entreprises, qui transforment la stevia et fabriquent les extraits. Même si en août 2010, un scandale de la stevia frelatée a éclaté : une association de consommateurs a fait analyser les extraits vendus par 4 firmes boliviennes qui se sont avérés être coupés à 20 % par de la saccharine ou du cyclamate de sodium. De quoi certes semer le trouble sur les ambitions boliviennes à prendre place sur ce marché mondial  ( la Bolivie exporte déjà quelques 20 tonnes d’extraits à destination de l’Europe et de l’Iran, censés être purs… à 97% ! ). Mais aussi, plus probablement, d’instaurer de nouvelles procédures de contrôle et de nouveaux labels de  qualité !

Un marché tributaire des autorisations mondiales

La stevia, en tant que plante (feuilles) était consommée aux Etats-Unis, à l’instar des indiens guaranis (les feuilles suffisent à sucrer)  et classée à ce titre comme simple aliment. Mais un jour de la fin des années 1980, un   industriel a eu l’idée d’en utiliser des extraits pour sucrer des biscuits commercialisés sur le marché. La FDA s’est saisie de l’affaire,  car l’extrait de stevia n’avait jamais été homologué comme additif alimentaire.  Pour ce faire, la FDA exige  la constitution d’ un dossier toxicologique complet afin de garantir une innocuité absolue (d’où des études longues et coûteuses…). Ce n’est donc que depuis 2008 que l’extrait de rébaudioside A est autorisé aux Etats-Unis. Alors qu’il l’est…depuis 1970 au Japon ! Suivant de peu l’autorisation américaine, l’avis favorable de l’AFFSSA a conduit à l’autorisation de mise sur le marché français du rébaudioside A depuis 2009 comme additif alimentaire et depuis 2010 comme édulcorant de table. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ayant émis le 14 avril 2010 un avis favorable sur l’ensemble des glycosides de stéviols (stévioside, dulcoside A, rubusoside, steviolbioside, rébaudioside A, B, C, D, E et F) en tant qu’additifs alimentaires, on peut penser que les autorisations seront étendues aux autres édulcorants de la feuille de stevia. Et que le marché de la feuille de cette plante sucrante sera encore amené à s’étendre.

Faut-il avoir peur de la bactérie tueuse ?

Une épidémie de gastro-entérites hémorragiques a frappé l’Allemagne au mois de mai dernier. En cause, une contamination bactérienne par voie alimentaire. Et un problème de taille : impossible de trouver l’aliment responsable ! Une histoire pareille peut-elle arriver en France ?

Le 19 mai dernier, à Hambourg, dans le Nord de l’Allemagne, l’alerte était lancée au centre médical universitaire du centre de contrôle des maladies de l’Institut Robert Koch. Des centaines de personnes se présentaient depuis début mai aux urgences des hôpitaux de tout le Nord de l’Allemagne, avec des gastro-entérites sévères doublées de syndrome hémolytique urémique (SHU) hémorragique. En clair, des diarrhées aigues, avec du sang dedans, et une infection urinaire hémorragique entraînant des complications rénales pouvant être fatales. La bactérie responsable ? Escherichia Coli   (E.coli), une bactérie habituellement commune de notre tube digestif. Les patients ayant déclaré avoir mangé des tomates crues, des concombres et des laitues, les soupçons se sont aussitôt portés sur les légumes… Concombres espagnols, puis graines germées de Basse-Saxe, se sont retrouvés sur la sellette : en vain, l’aliment coupable, restait inconnu à la mi-juin. La bactérie avait déjà fait alors plus de 20 morts et plus de 2000 malades.

Des épidémies assez fréquentes

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’une épidémie à E.Coli et en particulier à E. coli entérohémorragique, par voie alimentaire, survient, loin s’en faut. En 1982, aux États-Unis, des hamburgers insuffisamment cuits provenant d’une chaîne de restauration rapide avaient fait des centaines de victimes. Et, régulièrement, des épidémies sont recensées, de diverses causes alimentaires…: à Washington en 1993, liée à la consommation de hamburgers : 501 malades, 45 SHU et 3 décès ; au Japon en 1996, liée à des radis blancs : 9451 malades et 12 décès ; en Écosse en 1996 : liées à de la viande de bœuf avec 137 malades et 10 décès. En 2006, des épinards contaminés ont infecté 199 personnes aux États-Unis, causant des infections des reins.     Et en mars 2008,  près de 2,5 tonnes de viande potentiellement contaminée par une souche d’Escherichia Coli entérohémorragiques (EHEC) avaient  été mis en vente ! L’épidémie allemande, en revanche, est particulière : il s’agit d’une souche d’E.Coli  très virulente et  encore jamais rencontrée, la souche O104: H4, une bactérie entérohémorragique à Escherichia Coli   (EHEC).

Mécanisme de contamination

E.Coli est une bactérie commune, habituellement très minoritaire dans la flore intestinale du tube digestif de tous les êtres vivants (voir précédent numéro), mais qui peut devenir extrêmement virulente.   Elle peut se transmettre par voie alimentaire, contaminant aussitôt le système digestif. Et, sachant que les bactéries peuvent se reproduire toutes les 30mn, les dégâts arrivent vite. D’où vient-elle ? Du tube digestif des animaux et de leurs excréments. Ce qui explique que les deux principales catégories contaminées sont les steaks hachés et les végétaux. Les premiers, parce qu’il arrive, dans les abattoirs, que lors de l’abattage de la bête, les bactéries de son tube digestif en viennent à contaminer la viande… Les seconds, parce que les déjections animales sont souvent épanchées sur les champs, en guise d’engrais. Et pourquoi est-elle si virulente ? En cause, probablement, l’usage immodéré des antibiotiques dans les élevages (voir Alternative Santé n °362  ), qui permet aux souches bactériennes les plus résistantes aux antibiotiques d’être sélectionnées…

Une menace européenne ?

Les consommateurs européens se sont mis à craindre les légumes, entraînant partout une baisse des ventes et des destructions de stock par les producteurs eux-mêmes (comme à Nantes, le 6 juin par exemple). La recherche infructueuse de l’agent alimentaire responsable pose question, car son identification reste la seule façon d’enrayer l’épidémie. Et les erreurs sont lourdes de conséquences…L’Espagne, dont les concombres étaient dans un premier temps boycottés, a porté plainte auprès de la Commission Européenne pour le préjudice subi.  Posant question également, la surveillance et le système d’alerte en cas d’épidémie.  En France, la surveillance de telles infections est réalisée par un dispositif spécifique coordonné par des organismes comme l’Institut Pasteur ou  l’InVs… Mais les délais restent trop longs : 10 jours par exemple en France, lors de l’épidémie de steaks contaminés en mars 2008, entre le moment où la bactérie a été identifiée à l’abattoir et celui où les stocks contaminés ont pu être saisis.   Pour Pierre Franchomme, aromathérapeute,  c’est évident : « On aurait pu faire quelque chose en Allemagne en milieu hospitalier. Donner par exemple des doses massives d’aromanutriments comme le 801, un puissant bactéricide, testé cliniquement sur les cystites colibacillaires, et qui associe  des huiles essentielles de Curcuma de Java (Curcuma xanthorrhiza), de Thym (Thymus vulgaris), Origan vulgaire à carvacrol (Origanum vulgare) et Cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum, cortex). »  Jean-Michel Morel, phytothérapeute (1), précise : « Le traitement préventif ou curatif des gastro-entérites à E.Coli passe par la restauration d’une flore intestinale de qualité, avec les probiotiques ; l’activation des défenses immunitaires, avec les polysaccharides que contiennent des plantes comme l’échinacée, certains lichens ou les champignons comme le shitake ;  la restauration de l’intégrité de la muqueuse intestinale (avec la canneberge ou plus généralement tout fruit rouge ou noir riche en anthocyanes) ; la lutte contre l’infection, avec les huiles essentielles, principalement à thymol et à carvacol ». Il préconise  « une formule à base de thym à thymol, de sarriette, de palmarosa et d’arbre à thé (20 mg de chacune de ces huiles essentielles, dans une gélule gastro-résistante ). Et rappelle, en cas de diarrhées aigües, toutes les vertus du jus de myrtilles, à prendre à raison d’un verre toutes les deux heures.

Il est peut-être aussi possible d’empêcher les contaminations en éliminant les bactéries directement des fruits et légumes. Le professeur Bill Keevil, Chef de service microbiologie et directeur de l’unité Soins de santé environnementale de l’Université de Southampton, a étudié l’effet bactéricide du cuivre sur les bactéries. Le 2 juin dernier, il affirmait que les souches  O104: H4  responsables de l’épidémie allemande  ne survivent pas à une exposition de 45 minutes sur une surface de cuivre humide ! Une propriété qui serait propre au cuivre et à certains alliages à base de laiton et de bronze, également testés…

(1)         Jean Michel Morel – « Traité pratique de phytothérapie » Editions Grancher

(2) Pierre Franchomme-  Daniel Pénoël – « L’aromathérapie exactement » Editions Roger Jollois

 

 Comment éviter la contamination ?

-Lavez bien les légumes, les fruits, les herbes… d’autant plus qu’ils doivent être consommés crus.

-Séparez les aliments crus des aliments cuits ou prêts à être consommés pour éviter les contaminations croisées.

  • Isolez la viande crue.
    -Revenez à une hygiène élémentaire de base (bien se laver les mains)

 

Conserver ses aliments au réfrigérateur  …

Pour éviter les contaminations bactériennes liées à la conservation des aliments, rangez bien vos aliments au réfrigérateur car la température n’y est pas la même partout à l’intérieur.

 

Sur les planches du milieu (4-5°C) et la planche du dessus (8°C), on placera les œufs,   produits laitiers,   charcuterie,   restes,   gâteaux et  produits « à conserver au frais une fois ouvert »

Sur la planche du dessous,   la partie la plus froide du réfrigérateur (2°C) : c’est l’endroit où il faut placer la viande et le poisson frais. Les placer en bas les empêche également de couler sur les autres aliments.

Le bac tout en bas,  est utilisé pour les légumes : sa température peut monter jusqu’à 10°C. Pour les légumes et les fruits qui peuvent être abîmés par des températures plus basses.

Les compartiments ou planches dans la porte qui sont les endroits les plus chauds du réfrigérateur (10-15°C)   sont prévus pour les produits qui ne nécessitent qu’une légère réfrigération (boissons,   sauces et beurre)

 

  • Ne mettez pas trop de nourriture dans votre réfrigérateur : l’air ne peut plus circuler et les températures montent.

  • Dégivrez-le régulièrement  : si vous laissez le givre s’accumuler, le réfrigérateur ne fonctionnera plus efficacement.   Dégivrez votre réfrigérateur   en utilisant de l’eau chaude et un détergent.

  • Ne mettez pas tout au réfrigérateur ! Certains aliments comme les fruits exotiques, les tomates, les haricots verts, les concombres ou les aubergines peuvent être stockés à température ambiante. De même que tous les fruits et   légumes qui ont besoin de mûrir …

  • Vérifiez toujours que la porte est bien fermée.

  • N’ouvrez les portes que lorsque c’est nécessaire et fermez-les dés que possible.

  • Gardez à l’esprit qu’un aliment n’est sûr au réfrigérateur que si c’est conseillé sur l’étiquette.

 

 

 

 

 

Les matrices périnatales de Stanislas Grof

Stanislas Grof est l’un des pères de la psychologie transpersonnelle. Dans les années 60, riches en expérimentation en tout genre, il fût le pionnier de l’utilisation du LSD dans le traitement des patients schizophrènes.  Puis, à la recherche de thérapies plus « naturelles »,  sans recours à des drogues, du développement de la respiration holotropique. Avec le soutien indéfectible de sa femme, Cristina, professeur de yoga. Pour Grof, les dimensions de la psyché humaine sont « infiniment plus vastes que ne le décrivent les manuels de psychologie et de psychiatrie classiques ». Pour bien les comprendre,  doivent être intégrés, outre le modèle classique du psychisme, limité à la biographie postnatale et à l’inconscient individuel au sens freudien, deux autres niveaux « transbiographiques » (et accessibles par la respiration holotropique) : le domaine transpersonnel qui concerne notamment l’identification expérientielle à d’autres personnes et animaux, les expériences karmiques ou l’identification au vide supracosmique… et le domaine périnatal lié au traumatisme de la naissance biologique.

La naissance est, pour chacun,  un événement déterminant   qui va modeler et organiser toutes ses expériences ultérieures.  « Notre manière de nous sentir et de percevoir le monde, ultérieurement dans la vie, est lourdement teintée de ce rappel constant de la vulnérabilité et du sentiment d’inadaptation et de faiblesse que nous avons connus à notre naissance » explique Stanislas Grof. Alors que la psychiatrie classique nie en général la possibilité que la naissance biologique puisse avoir un impact traumatisant sur le psychisme, (à moins bien sûr d’un traumatisme physique réel mettant en souffrance par exemple des cellules cérébrales), l’approche holotropique permet, en s’identifiant au nouveau-né confronté à l’épreuve de sa naissance,  de se connecter à l’universelle lutte de la venue au monde. Tout ce qui survient lors de cet événement, nous l’avons, certes, complètement oubliés. Néanmoins chacune des 4 étapes majeures qui le composent, est associée à des émotions, à des sensations physiques et à des images symboliques bien distinctes… formant des « constellations dynamiques de l’inconscient profond » que Grof désigne sous le nom de Matrices Périnatales Fondamentales (MPF). Ces matrices se comportent aussi comme des principes organisateurs pour des expériences relevant d’autres niveaux de l’inconscient.  L’intérêt de s’y reconnecter ? « À mesure que nous purgeons ces vieux programmes en les laissant émerger à la conscience, ils perdent toute pertinence et d’une certaine manière, meurent » explique-t-il.

MPF1 (union originelle avec la mère)

Correspond à l’univers amniotique, avant l’accouchement

Emotions & sensations physiques : sentiment d’être dans de vastes régions sans frontières ni limites ou (ventre inhospitalier) menace sombre, sentiment d’être empoisonné, sentiment apocalyptique

images symboliques : galaxies, espaces interstellaires, cosmos, océan, animaux aquatiques ou (si perturbé) eaux polluées, décharges toxiques..

 

MPF II (engloutissement cosmique, sans issue – enfer)

Correspond au déclenchement de la naissance biologique (déclenchement)

Emotions & sensations physiques : sentiment d’être menacé d’engloutissement, claustrophobe, anxiété et paranoïa,   pour toujours sans aucun moyen d’en sortir

Identification : prisonniers dans un donjon ou dans un camp de concentration, animal pris au piège

 

MPFIII (la lutte mort-renaissance)

Correspond au passage au travers du canal vaginal

On se sent suffoquer, en danger, menacé..

Emotions & sensations physiques : scènes sataniques et sexuelles, rencontres avec le feu…

Idenitification :  personnages héroïques et divinités représentant mort et renaissance…

 

MPFIV (expérience de mort-renaissance)

Naissance et coupure du cordon ombilical

Emotions & sensations physiques : libération explosive, entrer dans la lumière

Identification : souvenirs très concrets et réalistes (anesthésie, forceps, etc…)

 

 

 

La stevia, nouvel El Dorado des industriels

paru dans Novethic, juin 2011

La stevia a fait son entrée dans le Petit Robert 2012. Sa définition ? « Plante d’Amérique du Sud dont les feuilles ont un fort pouvoir sucrant. Produit extrait de cette plante, utilisé comme édulcorant. » Cela fait bien sûr quelques années que la stevia était dans notre vocabulaire, un peu moins qu’elle est autorisée à entrer dans la composition des aliments et des boissons : déjà plus de 1000 produits en contiennent aujourd’hui, du Pepsi Cola au Breizh Cola en passant par le Chocolat Villars ou les yaourts Nestlé…

Un exemple de « récupération écologique »

C’est de façon un peu abusive que l’on parle de la stevia comme d’un nouvel édulcorant. Il ne s’agit en effet pas de la plante, mais d’un de ses extraits, sur la dizaine qu’elle comporte : le rébaudioside A. Autorisé d’abord aux États-Unis comme additif alimentaire, par la FDA, fin 2008, puis en France, un an après, par l’AFSSA (aujourd’hui ANSES), et en Europe, par l’EFSA (l’Agence Européenne pour la Sécurité des Aliments), au printemps 2010, cet extrait standardisé, également autorisé comme édulcorant de table, est au cœur de toutes les attentions des industriels. Tout est là pour séduire le consommateur du 3e millénaire : acalorique, originaire d’une ethnie exotique — les Indiens guaranis, de la forêt amazonienne —, aisément cultivable et de haut rendement avec ses 4 récoltes annuelles, il se présente comme un édulcorant idéal, sur fond vert d’écologie matinée de commerce équitable et d’agriculture biologique… Au prix de quelques omissions savamment entretenues.

Par exemple, le fait que la plante soit principalement cultivée… en Chine ! 20 000 hectares de terre lui sont consacrés là bas, de quoi récolter plusieurs millions de kilos de feuilles et obtenir quelques milliers de tonnes d’extraits, et assurer près de 80 % de la production mondiale. Historiquement, ce sont des Japonais en visite au Paraguay dans les années 1950 qui l’ont ramenée dans leur pays. La culture s’y est depuis développée et étendue aux autres pays asiatiques (Corée). Le leader mondial de la stevia est d’ailleurs le géant malaisien PureCircle, qui dispose des exploitations agricoles jusqu’aux laboratoires chimiques en permettant l’extraction. PureCircle signe des JointVenture avec Mérisant (qui fabrique l’édulcorant Candérel) ou le sucrier NordZucker, tout en parant sa communication de multinationale des habits de la conscience écologique et humaine : les petits fermiers chinois qui travaillent pour lui seraient bien traités. Au Paraguay et au Brésil, où Pure Circle s’implante depuis les années 2000, les paysans sont aidés et soutenus par des ONG comme Los Amigos de las Americas…

Face à la crise du sucre et à la disgrâce de l’aspartame

Accusé d’être nocif pour la santé, l’aspartame, interdit depuis plus de 40 ans au Japon, est en train d’être réévalué par l’EFSA, qui doit rendre son rapport à la fin 2012. S’il est bien sûr encore trop tôt pour dire s’il sera interdit, il est prévisible qu’il puisse l’être… Notons que l’aspartame ne devrait d’ailleurs même pas être sur le marché européen, ainsi que l’a rappelé très récemment le Réseau Environnement Santé, la Commission Européenne ne disposant même pas des éléments scientifiques (le dossier de toxicologie) exigés pour son autorisation ! Le rébaudioside A se présente comme un concurrent sérieux de l’aspartame, qu’il est en train de supplanter, comme en témoigne l’évolution de ses ventes dans le monde : en 2007, 10 millions de dollars (contre près de 500 millions pour l’aspartame), en 2008, 21millions de dollars. En 2009, 180 millions de dollars. La progression continue, avec l’ouverture des marchés européens début 2010. Fin 2011, le marché de la stevia devrait atteindre 2 milliards de dollars. D’ici 2015, il pourrait en représenter près de 10 soit le quart du marché des édulcorants, estimé à 40 milliards de dollars !
Par ailleurs, les propriétés médicinales antiobésité de la stevia la placent sur un autre marché concurrentiel fortement en crise : le sucre, qui selon le dernier rapport de la Banque Mondiale, Food Price Watch reste toujours un produit rare et cher. Le prix du sucre a ainsi augmenté de 73 % depuis juin 2010. La demande s’accroît avec la démographie tandis que la production sucrière diminue, en raison de l’augmentation de la production des biocarburants à partir de la canne à sucre (notamment au Brésil, premier producteur mondial), mais aussi des mauvaises conditions climatiques (sécheresse…) des pays producteurs. Ce qui élargit bien entendu les débouchés de la stevia. D’autant plus qu’en terme de rendement annuel à l’hectare, pour la canne à sucre (6 à 8 tonnes/ha) c’est 700 à 900 kg de sucre, pour la stevia (3 à 4 tonnes/ha), avec 1 tonne de feuilles de stevia on obtient de 3,6 à 4,5 kg de steviosides, équivalent à 1400 à 1800 kg de de sucre, l’extrait de stevia étant 300 fois plus sucrant que le sucre…

Un succès mondial

Aujourd’hui, de nombreux pays se sont mis à la culture de la stevia : Afrique du Nord, Amérique du Sud, Australie, Canada, États-Unis, Inde, Israël, Russie et, depuis 2010, la France. Un essai dans l’Hérault, autorisé par la DGCCRF, est mené sous la direction de la chambre d’Agriculture de l’Hérault. En agriculture biologique. Si les résultats sont concluants, le développement d’une filière biologique française a toutes les chances de séduire des consommateurs soucieux tant de l’écologie planétaire et du « développement durable »… que de la qualité des extraits ! Car pour l’heure, cette dernière n’est pas contrôlée, comme l’a confirmé la DGCCRF : « Il suffit juste que le laboratoire souscrive au cahier des charges définissant l’extraction chimique du rébaudioside A, avec une exigence de pureté de 97 % ! ». Le seul critère de qualité reste donc pour l’instant la bonne foi des laboratoires. Et, en août 2010, une affaire de stevia bolivienne frelatée, coupée à 20 % à la saccharine, n’a pas été sans semer quelques doutes ! Pour l’heure, le marché mondial de la stevia s’organise : une Organisation Mondiale de la Stevia (WSO) s’est même montée en 2010.
Elle vient d’ailleurs de tenir son 3e Congrès Mondial à Paris, le 25 mai dernier. Cet organisme privé qui réunit des industriels (Coca Cola et Nestlé par exemple) et des universitaires (comme le Pr. Maixent de l’Anses), illustre tout l’engouement que porte le monde des édulcorants à cette nouvelle plante. Tout comme l’enthousiasme mis pour lever les obstacles à son développement : le dernier congrès de la WSO avait pour thème le moyen de neutraliser l’arrière-goût de réglisse de la plante, qui perturbe les consommateurs occidentaux, et a déjà fait renoncer certains industriels, comme les bonbons Ricola par exemple, à l’employer. Sur l’affaire, tous les chimistes sont déjà sur les rangs… Que restera-t-il bientôt de la Stevia naturelle, qui aurait pu faire la richesse des Indiens guaranis, si la convention de Nagoya sur les brevets avait été signée avant ? Une molécule chimiquement parfaite, sans doute….

Le microbiote : des microbes qui nous veulent du bien

Aujourd’hui plus que jamais, la recherche s’intéresse à la population si particulière que représentent les bactéries contenues dans notre tube digestif. Ses mystères commencent à être décryptés. Petit tour d’horizon…

On les regroupait si poétiquement sous l’appellation de flore intestinale. Aujourd’hui, sous la pression des scientifiques américains, c’est désormais de microbiote que l’on parle pour évoquer ces bactéries qui colonisent nos organismes. Ce n’est pas une découverte, cela fait des années qu’elles sont étudiées et que l’on sait à quel point qu’elles participent à notre bon équilibre. Déjà dans les années 1920, on vendait des yaourts en pharmacie pour soigner les diarrhées des bébés ! L’affaire n’est donc pas neuve. Mais les connaissances s’étendent, découvrant le rôle de ce microbiote dans de nombreuses maladies, voire même dans nos comportements psychiques !

Ce microbiote qui nous est propre…

Si le fœtus en est dépourvu, dès sa naissance, le nouveau-né est exposé à toutes les bactéries de son environnement : celles des voies naturelles par lesquelles il doit passer pour venir au monde (s’il naît par césarienne, ou trop prématuré, les choses seront différentes), celles qui se trouvent sur les mains des infirmières, etc. Peu à peu, jusque vers l’âge de 2 ans, les bactéries avec lesquelles le nourrisson est en contact et qui entrent peu à peu dans toutes les cavités de son organisme vont constituer son microbiote personnel, sa carte d’identité bactérienne en quelque sorte. Cette colonisation se fait selon un ordre précis, certains types de bactéries venant en premier, d’autres s’installant bien plus tard. Elle dépend aussi de l’environnement, différent par exemple selon que l’enfant est allaité ou pas. Le microbiote petit à petit devient un monde à part entière et même… 90 % de notre constitution. En effet, des cellules qui nous composent, seules 10 % peuvent être considérées comme d’origine « humaine », les 90 % restants sont des cellules « étrangères », des bactéries plus précisément, auxquelles nous offrons le gite et le couvert. En échange, « nos » bactéries nous aident à digérer les aliments, produisent des vitamines (K, B12, B8), mais aussi combattent les infections (70 % de notre système immunitaire étant associé au tube digestif, le microbiote collabore sans doute grandement avec lui…). Certains chercheurs sont d’ailleurs convaincus que les allergies des enfants sont dues au fait qu’ils n’ont pas été mis en contact avec les bonnes bactéries : selon cette théorie dite « théorie eugéniste » », ils doivent être envoyés en séjour à la ferme pour être exposés aux « bonnes » bactéries, animales et autres, qui sauront les immuniser.   Sans microbiote, nous ne pourrions pas vivre. Impossible ne serait-ce que d’assimiler les végétaux, si nous n’avions pas dans le microbiote des bactéries capables de casser la cellulose, l’amidon et autres polysaccharides qui les constituent ? Mais, alors que l’on pourrait penser que cette flore microbienne est propre à chacun, et qu’il en existe donc autant que d’individus, une chose étonnante vient d’être confirmée par une équipe internationale de chercheurs[1] : le microbiote serait un peu comme le groupe sanguin. Il n’y en aurait en fait qu’un nombre très limité : tout comme il n’y a que 4 types de groupe sanguin, il n’y aurait que 3 types de microbiotes, caractérisés du nom des populations majoritaires de bactéries qui s’y trouvent, à bactéroidètes, à prévotelles ou à ruminocoques… Ces chercheurs ont ainsi, après avoir étudié des microbiotes très similaires, d’une trentaine de Japonais, Français, Espagnols, Danois et Américains, constaté qu’il existait de grandes similitudes entre les flores intestinales des Français et des Japonais par exemple, pourtant soumis à des régimes alimentaires et des environnements très différents. Des résultats dont on ne connaît pas encore bien les implications, car ils doivent être confirmés par l’étude plus large des selles de 250 personnes américaines et danoises.

Microbiote sous influence

Quand bien même on ne discerne que trois types de microbiotes dans le monde, ceux-ci restent influençables. Premier facteur : l’environnement, et plus exactement les bactéries qu’il contient. Grâce à elles, nos microbiotes acquièrent les capacités nécessaires pour mieux digérer. C’est ainsi que l’on explique par exemple pourquoi les japonais digèrent mieux les makis que les Occidentaux : habitués depuis plus longtemps à en manger, ils ont dans leur flore acquis de quoi les digérer. Ainsi, rapporte une étude parue en 2010, la flore intestinale des Japonais contient une bactérie spécifiquement dotée des  gènes permettant de digérer les fibres des algues alimentaires. Comme la « porphyra » (ou « nori ») par exemple qui entre justement dans la composition des makis. Ces gènes, dont sont dépourvues les bactéries des Occidentaux, auraient été transmis aux bactéries intestinales des Japonais par des bactéries marines qui les contenaient naturellement. Hypothèse évoquée : voici mille ans environ, et probablement avec l’introduction du nori dans l’alimentation, les gènes seraient passés, des bactéries marines aux bactéries humaines. Bien d’autres facteurs existent, parmi lesquels on peut citer  le stress : il vient d’être démontré que les patients soumis à un stress présentaient dans leur flore un plus grand nombre de bactéries pathogènes. Ce qui offre quelques nouvelles pistes d’explications au fait que certaines maladies comme le syndrome du côlon irritable ou l’asthme soient particulièrement renforcées  en période de stress. [2]

 

Des maladies expliquées

En étudiant le microbiote (ce qui est possible par l’analyse des  bactéries qui sont contenues dans les selles), les chercheurs ont confirmé que de nombreuses maladies étaient effectivement liées à une dysbiose, autrement dit à un déséquilibre  des populations bactériennes de la flore intestinale. Ainsi, des maladies digestives comme la maladie de Crohn, le syndrome du côlon irritable, les troubles fonctionnels intestinaux ou les maladies inflammatoires de l’intestin ont trouvé un nouvel éclairage. Mais la « dysbiose » serait aussi impliquée dans des pathologies plus inattendues comme dans l’obésité. En cause, un déséquilibre de répartition entre deux grandes populations bactériennes : les obèses ont ainsi plus de firmicutes que de bactéroidètes. « Des études ont montré que lorsqu’une personne obèse maigrit, son microbiote se met à ressembler à celui d’une personne mince ! » poursuit Gérard Corthier, ancien directeur de l’unité Inra d’Écologie et de Physiologie digestive [3]. Leur population de bactéroidètes se met à augmenter. Autre implication possible du microbiote : les maladies auto-immunes telles que le diabète de type I.  Et même certains troubles du comportement alimentaire. « Si l’on prend des souris sans microbiote (sous bulle) et que l’on rajoute diverses microflores humaines, on observe que sur des tests de comportement (test de peur dans un labyrinthe par exemple), elles n’ont pas le même comportement en fonction de leur microbiote », poursuit-il. En extrapolant, et « même si cela n’excusera pas les grands criminels, est-ce qu’une partie de notre comportement ne pourrait pas être liée aux bactéries qui nous habitent ? » s’interroge Gérard Corthier. Certaines formes d’autisme semblent d’ailleurs déjà pouvoir être grandement améliorées… par la prise d’antibiotiques !

 

Pré et Probiotiques….

Toutes ces découvertes confortent l’idée qu’en agissant sur la flore intestinale, on agit aussi sur la santé. Depuis longtemps, les autorités sanitaires reconnaissent d’ailleurs l’intérêt des prébiotiques, des ingrédients alimentaires non digestibles qui stimulent la multiplication et l’activité de certaines bactéries intestinales, les bifides (effet « bifidogène »), tels que les Fructo-Oligo-Saccharides (FOS) ou l’Inuline, extraite de la chicorée, ainsi que celui des probiotiques, des bactéries d’origine naturelle, comme les lactobacilles par exemple, que l’on trouve dans la choucroute, les laits fermentés… et bien sûr dans les yaourts ! Dans un monde où les allégations de santé sont soumises à l’exigence des preuves, et sont sous le feu des législateurs, il n’est pas étonnant que la plupart des recherches menées dans ce domaine intéressent avant tout…les grandes industries de produits laitiers comme Danone ou Nestlé, par exemple, qui, avec leur « bifidus actif », participe au financement, de programmes menés à l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) par exemple. Heureusement, la question des conflits d’intérêts se trouve atténuée par le fait qu’il n’y a pas de dangers à taire, les bactéries sont ici là pour nous servir : plus belle peau, meilleure immunité, et amélioration des troubles fonctionnels intestinaux en sont ainsi les principaux bénéfices revendiqués ! À noter enfin qu’il existe aussi des symbiotiques, qui allient à des souches probiotiques à une matrice prébiotique pour une action plus totale.

 

Vous avez dit dysbiose ?

La flore intestinale peut être momentanément perturbée, on le sait depuis longtemps, par la prise d’antibiotiques par exemple. Ou par le lavage au PEG (polyéthylèneglycol) précédant une coloscopie. Ou bien encore par le lavement à l’eau lors d’une hydrothérapie du côlon. Mais elle finit toujours par se reconstituer, au bout d’un certain temps plus ou moins long. En cas de dysbiose avérée, la recherche d’intolérances alimentaires, suivie des corrections diététiques qui s’imposent est une première étape. Elle peut être complétée par la prescription de traitements naturels à base d’huile essentielle de cannelle (qui assainit la lumière intestinale), de curcuma (qui apaise l’inflammation de la muqueuse intestinale), de chlorophylle magnésienne pure (qui cicatrise la muqueuse altérée) et de divers nutriments spécifiques (comme la L-glutamine) [4].…. En attendant que l’on puisse agir directement sur la flore intestinale, ce qui pourra sans doute être possible un jour, avec des bactéries soigneusement choisies. Mais pour l’instant, les chercheurs sont encore en phase d’exploration et n’ambitionnent apparemment pas du tout de jouer aux apprentis sorciers. L’un d’entre eux, Jeffrey Gordon, celui-là même qui a mis en évidence les différences de microbiotes entre personnes obèses et saines a même déclaré : « il est urgent d’attendre ! »   Une prudence d’autant plus salutaire que si l’on s’intéresse aux bactéries d’origine naturelle, il est désormais aussi possible de créer des bactéries de toutes pièces et avec tous les gènes que l’on veut, de nouveaux OGM en somme !

 Les antibiotiques diminuent-ils notre immununité ? Les antibiotiques ne perturbent  pas seulement notre flore en y semant la diarrhée : une expérience menée chez les souris a montré que celles qui prenaient des antibiotiques se défendaient moins bien contre le virus de la grippe que celles qui n’en prennent pas. Comme si les antibiotiques « tuaient » aussi les bactéries qui permettent notre immunité….[5]

Des microbes dans tout le corps !

Le microbiote ne se limite pas à notre tube digestif : toutes les cavités du corps (bouche, vagin, système urinaire) sont colonisées par les bactéries et des pathologies sont directement liées à la multiplication incontrôlée de certaines d’entre elles : Escherischia Coli, responsable des gastro-entérites mais aussi des cystites, d’un streptocoque qui dans la cavité buccale favorise l’apparition des caries ou d’autres micro-organismes comme Candida Albicans, une levure ayant évolué en moisissure, capable de coloniser tout le tube digestif et même plus, puisqu’elle est impliquée dans des mycoses vaginales ou le muguet du nouveau-né. (voir le numéro d’Alternative Santé de février 2010)

 

 Intolérance alimentaire et réaction inflammatoire de l’intestin

L’intolérance digestive au blé et à ses protéines entraîne des fermentations et des putréfactions intestinales qui modifient la perméabilité intestinale. Déréglée, la muqueuse intestinale s’inflamme, et laisse passer les grosses molécules comme le gluten, qui se transforme en glutéomorphine, interagissant avec les récepteurs morphiniques du système nerveux central. D’où, chez les intolérants au gluten, des troubles du comportement qui viennent se surajouter aux symptômes intestinaux…. Si l’intolérance au gluten est bien définie, la plupart des intolérances alimentaires semblent en revanche loin d’être réductibles à une simple analyse sanguine visant à rechercher les différents types d’immunoglobulines (IgG , IgE, etc…) : les personnes allergiques au lait de vache peuvent avoir des IgG positifs, des IgE positifs ou rien du tout ! rappelle le docteur Éric Ménat. Les tests, disponibles sur internet, sont onéreux (jusqu’à 400 euros) et d’efficacité douteuse, comme envisage de le dénoncer prochainement la SFA (société française d’allergologie).

 

 



[1] Manimozhiyan A et al – « Enterotypes of the human gut microbiome »  Nature, 472 (7343) (21 avril 2011)

 

 

[2] Bailey MT « Exposure to  a social stressor alters the structure of the intestinal microbiota : implication for stressor-induced immunomodulation » Brain, Behavior and Immunity 25 (3), (03/2011)

 

[3] Gérard Corthier – « Bonnes bactéries et bonne santé », 128 pages, éditions Quae, 2011 (disponible auprès de Editions Quae, c/o Inra, RD 10, 78026 Versailles Cedex, France)

[4] Communication du Dr Eric Ménat lors des 27èmes Rencontres des Médecines Alternatives et Complémentaires à l’hôpital Tenon en 2010, dont le thème était  « L’intestin, carrefour stratégique de la santé »

[5] Cité dans Science 179(8) du 09/04/2011