7h30- La place, le bus, supposé partir à 8 h, arriver à 12h. Partira à 9h, arrivera à …14h. Voyage chiant et éprouvant sur de la piste. 100km environ, calculez la vitesse…la route est en construction. Elle fera le bonheur des habitants de challapata (et oui, c’est encore là que nous allons) , plate forme de la contrebande de voitures du chili…et probablement aussi de narcotrafic!)
Bref, à 14h on arrive, et par chance on chope un bus qui partait aussitôt pour Potosi. Ouf, plus que 3h, mais dans de meilleures conditions . Et puis, à l’approche de la destination, mon portable remarche! Je joins donc Olivier, qui passera plus tard à l’hôtel me rapporter les affaires que j’avais laissé au bureau de médecins du monde pour voyager léger. Le soir, nous allons manger dans un lieu sublime, une ancienne raffinerie minière (ingenio) construite par les espagnols, réhabilitée et abritant, dans un décor semi industriel un très bon restaurant. un petit syrrha nous met d’ailleurs bien en train!
Quinoa, 3ème jour
Nous partons dès 6h30, profiter de la lumière du soleil levant … Reportage dans les champs…toutes les étapes de la cueillette…et de la transformation de la quinoa.
je ne fais pas de photos, ou si peu, là , je prends du son. On cueille, ensuite on fait sécher les épis, puis on les fagotte, on roule dessus avec le tracteur, on trie les épis des grains, on évente (photo), on frotte la quinoa pour en éliminer la première peau, on la grille pour en faciliter la cuisson, on l’évente encore une fois, et on la lave pour en enlever la saponine (mais promis, je ferai un topo complet de ce processus très complexe).
C’est très sympa, nous arrivons à parler avec tout le monde. C’est Clemente , un des responsables d’AVSF sur l’intersalar depuis le début du projet qui nous emmène. Il me raconte le quotidien des paysans et des communautés, j’enregistre tout ce qu’il me dit, sur fond de moteur de 4×4 toujours, mais bon.
En chemin nous croisons des lamas…
des cactus…
… une autruche…
… et même une vigogne!
J’ai même droit au prilivège d’une petite virée dans le Salar…

Pour la grande traversée, il aurait fallu attendre vendredi midi, c’était ce jour là que l’équipe se rendait à Uyuni.
Mais, comme nous devions repartir à Potosi pour les mines…il ne m’était pas possible d’attendre. Et le soir j’ai de la chance, je mène des interviews fleuves du représentant d’AVSF, du gérant de Jatari qui passait par là (!) , du consultant au ministère de la Terre pour la gestion des terres indigènes (un élément inscrit dans la nouvelle constitution..) bon, un peu devant un match de foot (les moins de 17 ans, bolivie-argentine je crois bien mais je n’ai pas suivi et ne vous dirai pas qui a gagné, d’ailleurs ça m’a amusée par contre l’affect que les commentateurs mettent devant les matchs, qu’est ce qu’ils crient!!!! Moralité, je me couche à plus de 2heures du mat, alors que le lendemain, j’ai rendez-vous avec Nicolas à 7h30 sur la place du village pour rejoindre Potosi , à nouveau, la belle Potosi. Avant de partir, je règle l’hôtel et je suis encore saisie du prix pour 3 nuits en pension complète (5 repas donc) : 202 bolivianos (soient 20 euros) TTC…
Quinoa, 2ème jour
Je visite Salinas, vite on en fait le tour.
Mon portable ne passe pas, et dans toute la ville, aucune connexion internet ne fonctionne. Dans ce coin reculé, pas la peine d’espérer surfer! à part sur le désert de sel qu’on voit au bout de la ville, juste au pied du volcan Thunupa.
Thunupa, ce volcan magnifique, emblématique, divinifiée, se dresse, majestueux à plus de 5000 m . Il parait qu’on le gravit sans crampons ni cordes aisément…mais qu’il faut compter la journée. Ici, je me rends compte que je n’arrive pas à monter la pente qui me remonte à l’hôtel sans être complètement essouflée. L’altitude quoi. Ah oui, et puis l’autre truc bizarre, c’est qu’on mouche que du sang. Il paraît là aussi que c’est tout à fait normal.
Je me suis adaptée aux menus boliviens : soupe, frites-riz-viandes et maté de coca.
L’après midi, nous allons chercher un jeune étudiant français en stage pour avsf, puis visiter une communauté. La récolte de la quinoa y a été faite, bien qu’on puisse encore en voir des épis.
La raison? On ne mélange pas la quinoa rouge et la quinoa blanche, qui poussent souvent ensemble. Donc on laisse les rouges sur pied. D’ailleurs, pour mieux préserver la terre, on n’arrache plus les pieds de quinoa. Enlever les racines a pour effet de labourer le champ, et ça assèche la terre au final. Alors, on coupe , bien que ce soit plus difficile, un pied de quinoa c’est dur et même coupant, en plus, il faut une certaine adresse car sinon, on perd une bonne partie des grains!
La quinoa, séchée en tas depuis une ou deux semaines (ici, il ne pleut plus puisque ce n’est pas la saison des pluies!) est amenée en fagots alignés sur une bâche stratégique.
Le papy, qui a la jambe amochée par un coup de disque coupant (tronçonneuse aménagée pour la coupe de la quinoa) , est parait-il un homme riche. Il n’en a pas l’air, il est en guenille, avec des peaux de moutons pour protéger sa jambe des coups. Il peut à peine marcher, est toujours à 4 pattes.
Mais conduit son tracteur, outil indispensable, non pour labourer la terre (ça se sera pour plus tard, éventuellement au moment des semis) , mais pour commencer à faire tomber les grains de la quinoa et couper les têtes des tiges. C’est bio, ça? La communauté est en transition, durant cette période, de 3 ans, pas d’intrants dans la terre et des pratiques de culture respectueuses de l’environnement… Pour le tracteur, ben, en fait, il n’y aurait pas tant de problèmes que cela, tout simplement parce que le pot d’échappement est sur le haut du tracteur !
C’est assez spectactulaire ! Le soir, redîner, puis, siège d’AVSF où je rencontre Nicolas, le photographe qui va m’accompagner demain en reportage sur la cueillette de la quinoa. On passe la soirée à discuter, à manger des crémosas (des gâteaux boliviens à 1 Bs les 10 pièces!!!) et à boire du maté.
Quinoa, 1er jour…
Après 2 heures de piste en 4×4, nous voilà arrivés à la Marka Aroma, un village qui semble perdu au milieu de nulle part..
Dans la salle de la mairie, le représentant des autorités locales ouvre la réunion avec les familles productrices de quinoa du district indigène écologique n°3, l’un des derniers et plus petits groupements (8 familles seulement) à avoir rejoint l’ANAPQUI, Association Nationale des Producteurs de Quinoa. Pour ouvrir la réunion , on commence par faire tourner l’alcool potable à 96°. Pour un Aymara, l’alcool doit être pur! On verse un peu d’alcool au sol, délicatement, en bouchant d’un doigt le goulot de la bouteille( en plastique et de format identique à une bouteille d’eau de javel ! ) , puis on en ingurgite une gorgée (ou on mouille juste ses lèvres…c’est tellement fort!) . Si encore il n’y avait qu’une bouteille! mais non, pour la Pachamama, la terre mère, chaque famille a aussi sa bouteille, plus petite, plutôt format eau de toilette cette fois, et la fait tourner. Puis , on distribue les feuilles de coca, dans les deux mains, toujours. Car c’est des deux mains qu’on reçoit traditionnellement, pas d’une seule. Les chefs ont en plus du ljari, un résidu de cendres très dur qu’ils croquent tout en mâchant les feuilles. ça ressemble à un gros caillou gris et ça fait le même bruit quand on croque dedans. le Ljari donne de la vitalité, normal, la cendre alcaline aide à extraire les alcaloïdes de la coca, qui en contient pas moins de 13 (alors qu’un seul sert à faire la cocaïne) , c’est dire si la plante sacrée est riche. À 4000m d’altitude, un tel rituel augure une réunion cordiale. Chacun se présente. Pour que ce soit plus simple, les gens d’AVSF m’invitent à me présenter comme l’un des leurs. Bien sûr suivre une réunion en espagnol quand on ne parle pas la langue n’est pas des plus faciles, et la traduction simultanée serait mal venue. J’arrive à peu près à suivre, la communauté a présenté ses activités par un diaporama très didactique qui présente les conditions de culture, leurs intentions. La raison de la présence d’AVSF ici, c’est une étude commanditée par la plate forme du commerce équitable qui vise à évaluer l’équité du commerce de la quinoa. L’enquête est menée par Romain, d’AVSF Pérou, spécialiste du commerce équitable de la mangue et de la banane. Vers 11h30, les trois femmes assises dans le fond s’endorment sans vergogne ! Avant de se réveiller à la fin, et d’agréer tout ce qu’on dit, comme un bel exemple de communautarisme participatif. Puis, nous sommes invités à manger. Au menu, quinoa cuite à l’eau comme il faut, légumes et viande de lama bouillie. C’est très bon. Je mourrai de faim, n’ayant grignoté que du fromage depuis la veille (partie en bus à 13h30 la veille , je n’avais mangé que des conneries du genre gateaux et coca-coloa).
Puis, l’après midi, nous avons visité les terres de cette communauté. Et avons pu constater qu’ils utilisaient la tholla pour régénérer les sols, la laissant en place durant 2 ans, ne cultivant donc la quinoa qu’une année sur 3, qu’ils utilisaient aussi des plantes vivaces comme la lampaya , plante médicinale souveraine contre les coups de froid et au goût délicieux .
En répétant bien le mot de llampaya pour le noter dans mon carnet j’ai d’ailleurs fait gentiment rire toute la communauté aymara, qui a un son guttural inimitable , pour moi tout du moins, sur les “a “). Quant à la culture de la quinoa, nous avons vu qu’ils en cultivaient de la rouge, de la noire et de la blanche, les trois principales sortes parmi les plus de 180 recensées par l’université de (zut! je n’ai pas noté laquelle!) .
Le problème est posé : si la gestion durable des sols est un objectif affirmé de coopératives comme l’ANAPQUI qui regroupe aujourd’hui plus de 1500 familles sur tout l’altiplano , avec un cahier des charges très serré sur la régénération des sols, une culture trisannuelle, l’absence d’intrants, une agriculture respectueuse des hommes et de l’environnement, l’explosion récente des cours de la quinoa sur le marché international (cours qui sont fixés d’ailleurs tous les samedis au marché de …challapata…) a amené certains industriels peu scrupuleux et peu soucieux du devenir des terres et des hommes de l’altiplano à soudoyer certains petits producteurs à sortir des cahiers des charges très serrés de l’ANAPQUI en leur offrant le même prix d’achat de leurs productions. Tel est par exemple, l’industriel français Jatari, qui fournit par exemple le groupe Carrefour…
Bref, j’apprends que le commerce équitable n’est pas une question de prix juste aux producteurs, à la manière du el gringo de jacques vabre. Mais que ce qui est vraiment le commerce équitable, c’est le développement économique global de la région de production.
Nous essayons aux alentours de Salinas de rencontrer de ces petits producteurs , mais c’est difficile pour les petits producteurs qui traitent directement avec Jatari d’avouer cela (l’enrichissement personnel sont plutôt mal vu des communautés aymara).
Et puis la police municipale nous surveille, se demande se que fout la gringa avec son appareil photo.
Les chiens deviennent hostile. Je vois un troupeau gigantesque de lama rentrer des pâtures, mais c’est déjà trop sombre pour le prendre en photos.
Nous arrivons à l’écolodge de Salinas, un joli espace tout aménagé en bois de cactus. ça aussi c’est une découverte. Des meubles en bois de cactus, très jolis, on voit les trous laissés aux emplacements des épines, très esthétique…. Dîner et…dodo. Dans une chambre sans un poil de chauffage , brrr, je suis bien contente d’avoir mon duvet.
Potosi-Challapata
Toujours impressionnant cette pollution minière, ces terrils, que j’entraperçois, mais que je compte bien revenir photographier dans quelques jours… Puis, nous retrouvons la jeune génération bolivienne, un neveu d’Olivier et son cousin, l’un étudiant en environnement, l’autre documentariste de films sur l’environnement… venus eux aussi se rendre compte de la problématique environnementale des alentours de la ville.
Je vais ensuite pour prendre mon bus pour Challapata! 3h30 de bus, sous un soleil pénible, avec comme d’habitude, les cholas et leurs cargaisons de patates, les femmes et leurs enfants, enfin un bus bondé de chez bondé… un peu pénible, mais bon, la perspective de cette semaine me réjouis, alors…
Le dernier SMS de confirmation me donne rendez vous à 18h sur la place centrale de Challapata, devant la mairie.
Lorsqu’à 17h j’arrive à Challapata, c’est toujours le noman’s land, on me dit que la place est vraiment loin, qu’il me faut prendre un taxi. ça commence bien, aucun taxi ne veut me prendre… Heureusement, une bonne âme m’entraîne avec elle dans un mini-bus collectif, et après avoir profité du voyage pour faire un mini-tour touristique de la ville, (mais malheureusement, il n’y a rien, mais alors absolument rien à voir à Challapata!!! ), j’arrive sur la place centrale, que je parcours là encore en tournant à la recherche de la mairie…que je ne trouve pas. ça commence bien! Alors je cherche à téléphoner, mais manque de bol, mon téléphone n’est probablement pas tri-bande ou que-sais-je, je ne capte aucun réseau, j’essaye une cabine téléphonique qui me recrache inlassablement ses pièces, je marche au hasard dans ces rues qui ressemblent à un décor à la western, j’entre dans une boutique “entel” qui dispose de cabines téléphoniques , et j’appelle nico, mon contact à la paz, il me dit “t’inquiète, t’as rendez vous à 6h, et pour la mairie, ça se dit Halcaldia en espagnol (heureusement qu’il me le dit, parce que vraiment “mairia” personne ne comprenait, on a beau dire, il suffit pas de rajouter loin de là que des o ou des a aux mots pour les hispaniser de façon intelligible.
Bref, en demandant l’halcaldia, on finit par m’expliquer où elle est, dans une rue vraiment paumée…j’attends, sagement, 18h, 18h15, 18h30…toujours personne…. et la nuit tombe. Tout est désert, pas une boutique.
Merde. Qu’est ce que je vais faire si personne ne vient? Alors je bouge, ma gentille boutique entel est…fermée! Je cherche un point de lumière, et tombe dans une quincaillerie. Je baraguine trois mots , un peu paniquée, je veux téléphoner , personne ne me comprend. Et puis, tout d’un coup , la chance. Il y a là un vieux papi qui achète des néons et des ampoules, et quand je lui demande si je peux téléphoner avec son portable, en lui expliquant que le mien ne marche pas, il me prend tout de suite sous son aile. Il appelle les gens d’avsf,(les boliviens), leur demande ce qui se passe, pourquoi ils ne sont pas là…En fait, ils ont décidé de passer la nuit à Oruro, (faut dire qu’à Challapata y a même pas un hôtel!!!) au dernier moment, et soi-disant ils ont essayé de me joindre. Enfin, mon portable “passait” jusqu’à 14h tout de même! Bref, la solution qu’ils me proposent, c’est de les retrouver à Oruro. Le vieux papi , qui me dit s’appeler “Pépé”, m’emmène dans son 4×4 aux bus qui partent pour Oruro. Il est 19h, le dernier est en train de partir, il est tellement bondé qu’il y a autant de personnes debout qu’assises. Il me dit qu’il ne me laissera pas monter dedans, que c’est beaucoup trop dangereux pour moi, que des accidents de “flotta” (les bus ici) il y en a tout le temps… En plus, le terminal d’Oruro, j’ai déjà pratiqué, ça craint un max, même si le type d’avsf m’a dit qu’il m’enverrait son chauffeur me chercher, c’est quand même pas top top. Bref, Don Pépé finit par me proposer de dormir sur un lit de camp dans l’usine de fromages qu’il vient d’ouvrir, à quelques rues de là.. On rappelle les gens d’AVSF qui passeront donc me chercher là à 7h tapantes le lendemain.. Enfin maintenant je commence à comprendre la mentalité bolivienne. Quand on te donne un rendez-vous, ce n’est vraiment pas rare qu’il saute… Mais bon, Don Pépé m’emmène dans son usine à fromages.
Il m’explique qu’il est un entrepreneur de Cochabamba qui conseille les entreprises dans toute la Bolivie. Là, son usine à fromages, c’est en fait une usine de la PIL, le principal groupe laitier de Bolivie.
Du coup , il m’emmène la visiter …et goûter les fromages et le yaourt qui y est fait. Un régal bien réconfortant après tout ce stress. ça y est je commence à retrouver le sourire. On boit une dernière infusion de coca, et je vais me coucher. sur les coups de …9heures !
Je suis épuisée… et dors d’une traite jusqu’au lendemain matin.Potosi 2ème jour
Bon, toujours dans la série tourisme, et en plus c’est la fête, je déambule, visite, me promène , me repose. Avec toujours dans l’idée de rejoindre AVSF (agronomes et vétérinaires sans frontières) qui enquêtent sur l’équité du commerce de la quinoa dans la zone de l’intersalar bolivien, entre les départements d’Oruro et Potosi. Finalement, bonne nouvelle, on me confirme que je vais pouvoir partir avec eux. Le seul point qui m’enchante un peu moins, c’est que je dois les retrouver à Challapata. Souvenir du voyage aller Oruro-Potosi, la zone, au milieu de nulle part. Enfin, il faut ce qu’il faut, hein? Le soir je tente un ciné, avec une tchèque et des hongrois (donc bien co-co….) rencontrés à l’hôtel . Ambiance locale… le
Che de Soderbergh. Le ciné ambiance amérique du sud, la grande
salle énorme avec un son saturé (et glaciale en plus parce
qu’ici c’est l’hiver et on a genre -5°C la nuit et +4°C la
journée…). On s’était assuré que le film était en VO SAUF que bien
sûr toutes les scènes dans la jungle sont…en espagnol!!! donc c’était le
gag, on ne comprenait rien, et le son était tellement pourri que pour
comprendre l’anglais, on était obligé de lire les sous-titres en
espagnol! Bref, au bout d’une heure, à ne pas pouvoir se réchauffer en rentrant dans le feu de l’action, on décide de terminer au pub du coin, autour de vrais matés de coca, vraiment très réconfortants. Bon c’est le week-end, je peux bien me détendre un peu , non? Alors voilà un petit diaporama très basse def sur mes impressions potosiennes.
Potosi – 1er jour
Alors on a dit que Potosi était l’une des plus belles villes du monde. Et ben je partage cet avis…ville incroyable et improbable, complètement baroque et d’une richesse inouïe, des maisons coloniales et des églises partout. Et bien sûr toujours les mines ….Mais là j’ai envie de voir la ville, le couvent de St terese est ouvert, c’est un lieu magnifique dit-on.
Effectivement,
C’est aussi d’une richesse incroyable, à l’époque pour les familles qui y plaçaient leur deuxième fille, ils devaient payer l’équivalent de 2000 pièces d’or comme dot. Ce qui explique qu’il n’y avait que les aristos qui avaient une chance de devenir carmélite! Ainsi, ce couvent déborde-t-il de richesses. Des retables en or,
des christs dont les gouttes de sang sont des rubis, les larmes des perles ou des diamants, et les dents de nacre, je n’avais jamais vu ça ailleurs, franchement!
Autres choses sympathiques, la fabrication des hosties … 
auparavant artisanale, aujourd’hui industrielle, regardez la différence…
Bon, allez, je vais pas mettre toutes mes photos, il m’en reste tant à mettre!
Hasta luego
Stevia : une plante sur le marché du sucre…
Tout en affichant zéro calorie et des propriétés non négligeables pour notre santé, la stevia est une alternative au sucre et peut répondre au fléau mondial qu’est l’obésité.Pourtant, en Europe, la tendance est à la prudence et la législation peut paraître quelque peu ubuesque ! Car pour utiliser une plante en Europe, il faut qu’au moins un des pays de l’Union la consomme. Or ce n’est pas si simple pour une plante, qui si elle peut pousser partout,y compris dans nos jardins, est originaire d’Amérique du Sud.
La Stevia n’est pas un OGM !
Stevia rebaudiana , qui n’était pas consommée de façon significative en Europe avant 1997, dépend donc du règlement européen Novel Food, relatif aux nouveaux aliments et aux nouveaux ingrédients alimentaires. Un règlement dont font partie…les OGM. Et dont auraient pu faire partie en leur temps la tomate ou la pomme de terre ! « Pas question de se soumettre à cette étiquetage injuste ! Pourquoi une plante utilisée depuis des millénaires par les Amérindiens serait-elle nouvelle en Europe, et mise sur le même plan qu’un OGM ? » a rétorqué Claudie Ravel, fondatrice de Guayapi Tropical, une société spécialisée dans les plantes amazoniennes. Une détermination qui coûte cher : la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) accuse Guayapi Tropical de tromperie et l’a fait condamner en décembre dernier à une amende de 4000 € ! Tout cela pour avoir vendu de la poudre de feuilles de stevia comme «complément alimentaire à fort pouvoir sucrant».
Du jardin à l’industrie, elle séduit !
Si la commercialisation de la poudre des feuilles est compliquée, il est en revanche autorisé de cultiver la belle stevia chez nous ! Et des sociétés en commercialisent les plants, officieusement comme plante d’ornement. Rien n’empêche ensuite de la consommer à la place du sucre : il suffit d’en faire sécher les feuilles et de les hâcher… ! Bien sûr, de façon plus sophistiquée, il existe aussi des procédés industriels permettant l’extraction des molécules donnant le goût sucré (steviol, stéviosides et rebaudiosides) et donc l’obtention d’un édulcorant. Les géants américains du soda que sont Coca-cola et Pepsi ne s’y sont pas trompés et s’apprêtent à utiliser l’un de ces composés dans leurs boissons sucrées à la place de l’aspartame. Une autorisation qui ne se fait pas sans encombre puisque le groupe Coburn & Coffman PLLC, a déposé une pétition pour demander l’interdiction de la stevia dans les aliments courants. Le motif ? Des recherches thérapeutiques doublées d’essais cliniques ont été menées sur la plante en médecine, en particulier ses effets sur la pression artérielle et les taux de sucre dans le sang !
Cette plante est-elle bien sans danger ?
On pourrait en douter à première vue compte tenu desdifférentes études : la plante a été suspecté de toxicité chez le rat ;une étude a montré en 1994[1] une possible toxicité rénale (suivie en 2002, d’une étude [2] démontrant l’ innocuité de la plante sur les reins de souris (et sur les autres organes)). Elle est par ailleurs accusée de diminuer la fertilité des rats mâles , mais ceux ci auraient absorbé pour l’étude des doses particulièrement élevées, bien largement supérieures à celles qu’aurait à absorber un être humain ! Les autorités françaises et européennes ont également argué de son potentiel contraceptif pour interdire sa mise sur le marché. Cependant, bien au –delà de ces controverses, Coca-Cola et Pepsi s’étant mis eux-mêmes à la stevia, les barrages administratifs vont peut-être être enfin levés ?
Sites web :
[1] TOSKULKAO C. et al- « The low calorie natural sweetener stevioside: nephrotoxicity and its relationship to urinary enzyme excretion in the rat. » PTR, Phytother. res., 1994, vol 8, n° 5, p 281-286
[2] SEKIHASHI K et al – « Genotoxicity studies of stevia extract and steviol by the comet assay », J Toxicol Sci. 2002 Dec; 27 Suppl 1:1-8
Article paru en mai 2009 dans Alternative Santé L’impatient
Fin d’oruro et la vierge du Socavon
J’oubliais, hier , nous avons interviewé avec Jacques les délégués à l’environnement de Oruro. C’était très beau, la métaphore entre la richesse minière et la richesse agricole. Ainsi, les cours du métal varient-ils, au moins la terre et les céréales qui poussent dessus peuvent-elles nourrir les hommes! Bien sûr que la santé et le bon développement de leurs enfants les préoccupent : mais on les imagine mal obliger les gens de la coopérative à porter des masques. En milieu industriel, bien sûr , ça s’envisage si on vire les gens qui n’appliquent pas ces obligations!
Résultat : 30 minutes sur le développement durable de la région, qu’il me reste encore à décrypter et qui fait un bon pont entre le développement industriel et le développement agricole!
Ce matin, comme cela arrive souvent, il y a eu défection de mamans à l’hôpital. Je photographie avec conscience l’autel . En parlant de croyance, pareil, hier soir nous avons eu une discussion passionnante sur les croyances populaires de la région à propos de l’éducation des enfants
Du coup j’ai entraîné toute l’équipe , Maria et Paloma, et même Marina, l’infirmière de l’hôpital à visiter l’église de la vierge du Socavon, la vierge des mineurs, celle qui les protège de tout….


Ainsi , elle protège du cancer, si si. C’est comme ça qu’on voit la santé au travail ici?
Enfin, ici ce qu’il y a de rigolo c’est qu’on est à la croisée des chemins entre la mythologie et l’histoire religieuse. Quand j’aurai décrypté l’histoire du Tyo (voir mardi) , alors je comprendrais toutes les péripéties de la vierge du Socavon! Bref, la particularité de cette église c’est qu’elle ouvre sur une vieille galerie minière parfaitement sécurisée.
Donc on peut visiter la mine comme elle fonctionnait au siècle dernier.
On voit même comment les mineurs se débrouillaient pour voler les minéraux (un truc qui brisait le code de déontologie des mineurs et les exposait vraiment au lynchage (cf le joli pendu d’hier!) ) , en les mettant par exemple dans un biberon, ou bien en les mettant dans un linge sur le dos ou bien ou bien , tout plein de manières différentes et toutes répréhensibles!
La suite, la grève générale des usagers des transports, les graffitis anti-Evo sur les murs de la ville….
Enfin, après ces péripéties, me voilà dans le bus pour Potosi. 5 heures le long de la cordillère des andes, probablement le plus beau voyage en bus que j’ai jamais fait, des paysages somptueux, splendides, grandioses. Sur la route de Oruro à Potosi, les montagnes de la cordillère se découpent majestueuses dans le ciel bleu. Elles sont recouvertes d’herbe verte. On sait bien que dans quelques jours à peine le vert se transformera en jaune paille puis tout séchera jusqu’à la prochaine saison . À Challapata, le péage, un vieux urine en voyant passer le bus, même pas contre un mur! C’est là que le bus s’arrêtera au milieu de nulle part. Avec juste une petite échoppe, qui vend des fromages et doit tirer fortune de la halte du bus. Probablement toujours la même . deux fois par jour. Je repense à l’église de la vierge de Socavon, le matin en revoyant les photos. Pourquoi tout d’un coup cette envie furieuse de prendre absolumen les édifices religieux en photo, comme si less montagnes ne suffisaient pas à témoigner de la présence de quelque chose qui nous dépasserait? Les reliefs ont beau être toujours les mêmes et quasi identiques, on s’y plait à imaginer qui les pattes d’un lézard géant qui la queue d’un serpent. Moi qui me demandais l’origine de ces représentations reptiliennes! je commence à comprendre, à partager même les visions qui tout d’un coup affleurent comme si ces montagnes étaient des montagnes molles. Ou plutôt la curieuse impression qu’il s’agit d’éléments parfaitement vivants, meubles, avec les conditions climatiques. Dès que la pluie tombe, elles fondent comme des sucettes, comme c’est parait il mystérieusement arrivée à la vallée de la lune!
Autour de 55km avant Potosi, le soleil plus rasant, fin de journée oblige, donne à la cordillère une couleur brune particulière, les pointes encore éclairées commencent à tirer vers le rose. Le nombre de lamas et de troupeaux de chiens errants qu’on aura évité… Enfin d’autres frayeurs nous attendent, avec ce moment bizarre où le bus à 55 km de Potosi très précisément ne parvenait plus à monter la côte….mais dans un bruit redoutable avec une odeur de cramé monstrueuse en plus…Bon, pour finir, on est quand même arrivé à bon port. Je voulais descendre au Carlos V, mais il était fermé, je me suis rabattue sur les conseils du taxi sur un endroit vraiment très sympa, à deux pas de la place centrale.
Le programme médical de l’IRD
Dans la région d’Oruro, on rapporte plein de troubles de santé potentiellement en rapport avec des pollutions aux métaux lourds. Si l’on reprend la population de l’étude, bien que la corrélation soit difficile à faire d’un point de vue scientifique, on peut noter effectivement un taux particulièrement élevé d’avortements spontanés. Et l’on sait bien que le plomb peut causer des avortements spontanés, même si c’est surtout quand il y a exposition occupationnelle , ce qui n’est pas forcément le cas ici… Pas moins de 84 mamans ont eu au moins un avortement (18,46%) avant leur inclusion dans le projet.
Une centrifugeuse permet immédiatement de mesurer le nombre d’hématocrites : on place le sang dans un micro tube, la centrifugeuse sépare le sang du plasma et une simple règle graduée permet la numération!
Un autre appareil permet de mesurer le taux d’hémoglobine. Le sang prélevé est là encore centrifugé, on en met une goutte sur une toute petite plaque que l’on met dans la machine qui par un principe encore mystérieux affiche quelques minutes après le pourcentage d’hémoglobine de la maman.
L’ostéodensitométrie du talon a à voir avec la quantité de plomb qui a pris la place du calcium dans les os. En effet, le plomb et le calcium entrent en concurrence dans l’organisme, le plomb prenant la place du calcium dans les os. Lors de la grossesse, le bébé ayant besoin de calcium va puiser dans les os de la mère, qui s’ils contiennent trop de plomb vont contaminer également le bébé …d’où l’intérêt de telles études pour assoir par exemple la nécessité d’une supplémentation calcique au cours de la grossesse.
La mèche de cheveu a le même but et son intérêt avait été montré dans le suivi de la contamination au mercure des populations amazoniennes…
L’échographie du thymus du bébé permet de mesurer la bonne capacité immunitaire. Un gros thymus est associé à une bonne immunité. On corrèle éventuellement ,si le thymus est petit, avec un certain nombre d’épisodes infectieux consignés lors des consultations de suivi.
Le prélèvement de cellules de la muqueuse buccale , facile à réaliser tant chez la mère que chez l’enfant (il suffit de frotter énergiquement un coton-tige sur la muqueuse à l’intérieur de la joue puis de presser ce coton humide de salive et de cellules dans un tube à essai) permet d’analyser la génotoxicité éventuelle . Comment? Avec un simple microscope. On sait qu’une cellule “stressée” (par un environnement polymétallique par exemple) peut, en se divisant, présenter des anomalies structurelles (comme par exemple la présence de deux noyaux) , absolument visibles au microscope.
Les analyses d’urine de la maman ont pour but d’analyser la présence éventuelle d’Arsenic, autre élément non essentiel , et de Cadmium.
Les reviewers du projet , question de méthode, ont demandé à ce que des analyses des urines des bébés soient aussi réalisées, notamment pour le Cadmium. Ce qui a bien fait rire l’équipe! Les “burocrates” n’ont probablement pas pensé qu’il était quand même sacrément difficile de faire pisser un bébé dans un tube en plastique ! Presser les couches? « Mouais, certes cela permet de recueillir des gouttes…mais pour des éléments -traces tels que ceux qui sont recherchés, ce n’est pas la meilleure méthode. »
Les tests de développement psychomoteur recourent à l’échelle de Brazelton qui peut être utilisée dès les premiers jours de l’enfant et qui permet de voir s’il réagit bien au son, à la lumière, etc…mais aussi s’il a un bon tonus musculaire.
Une étude difficile
La complexité de l’étude et quelques bâtons dans les roues (les autorités qui dissuadent les mamans de venir se faire traiter par exemple) ont fait que 79% des grossesses ont abouti, soient 358 bébés.
Les prélèvements de sang ont été menés sur 426 mamans au 2ème trimestre et sur le cordon (placenta) de 256 bébés. Des bébés n’ont pas été prélevés pour diverses raisons, soit que leurs mères ont refusé ( les médecins de l’hôpital n’ont pas hésiter à dissuader les mamans de laisser prélever leurs enfants en faisant passer l’idée que l’équipe de l’IRD traficotait avec des cellules souches !), soit qu’ils sont morts ( la mortalité infantile atteint 4 à 5,7%. 14 bébés sont décédés, dont 8 à la Caja) .
Le système de santé bolivien permet à chaque citoyen de se faire soigner gratuitement (la SUMI) . Une ville comme Oruro est tout à fait typique d’une ville du Sud de l’Espagne, hors pollution des métaux lourds, évidemment.








