Pervenche de Madagascar : une culture mexicaine…

La pervenche de Madagascar, bien connue des médecines traditionnelles, intéresse aussi l’industrie pharmaceutique. Foin des histoires de biopiraterie ou de pillages de ressources, elle a su donner vie au village de Los Mangos, en plein cœur du Mexique. Une renaissance durable?

Gonzalo Felipe a longtemps habité une case de feuilles de palmiers et de bambou au village de Los Mangos, à 25km de Catemaco. Aujourd’hui, c’est dans une maison de briques , en dur, qu’il vit avec ses 4 enfants. Sa réussite, il la doit à la culture de la pervenche de Madagascar qu’ici on nomme la ninfa. En effet,  on sait que cette pervenche (Vinca Rosea) contient des substances qui intéressent dpuis longtemps l’industrie pharmaceutique. Dès les années 60,  on a ainsi mis en évidence, dans ses parties aériennes, des alcaloïdes aux effets anti-cancéreux puissants :   la vincaleucoblastine (vinblastine), particulièrement active dans le traitement de la maladie de Hodgkin  et la leucocristine (vincristine), plutôt active dans le traitement des leucémies. En modifiant certains de ses  alcaloïdes, des scientifiques ont même obtenu un nouveau produit : la navelbine (vinorelbine), active dans le traitement du cancer du poumon et du sein. Ses racines ne sont pas en reste, on  a découvert qu’elles contenaient un autre alcaloïde, l’ajmalicine ou raubasine (NDLR que l’on extrait aussi des rauwolfias), particulièrement actif dans l’amélioration de la fonction cérébrale du sujet âgé, en facilitant l’oxygénation cérébrale des patients qui ont des problèmes circulatoires.

Un projet de développement

La pervenche de Madagascar a essaimé au gré des échanges commerciaux, un peu partout dans le monde. Ici, dans l’état de Guerrero et de Véracruz, elle fleurit  bien des balcons. Et c’est une chance ! Car en 1984 , arrive au Mexique un jeune chimiste français d’à peine 30 ans, Michel Bichot,, envoyé par les laboratoires français Servier afin de trouver le meilleur site où cultiver la plante. Or   cette région de Véracruz, au climat chaud et humide, semble parfaitement convenir. Et le village de Los Mangos, particulièrement pauvre, offre des terres et des perspectives de développement particulièrement prometteuses.  Michel Bichot convainc Gonzalo Felipe de semer la ninfa sur sa parcelle de terre et de persuader d’autres paysans. (Précisons que pour produire un médicament, il faut des quantités considérables de plantes,  bien supérieures à une simple culture de plantes d’ornement !  Le rendement s’élève en effet à 5- 6 kg de raubasine  par tonne de racines sèches.) En échange de leur production de ninfa, le laboratoire pharmaceutique donnera à tous les paysans qui se lanceront dans l’aventure, assistance technique, engrais et crédit sans intérêts…tout en soutenant le développement économique de la région , aidant à la construction d’une école par exemple.

Un avenir certain

Ils sont bientôt 250 à se lancer dans l’aventure, et la culture de la ninfa leur rapporte rapidement bien plus que celle du maïs ou du café, sujets aux fluctuations du marché.  Au total, ces agriculteurs  parviendront à produire à l’année environ une demi-tonne de raubasine. Le produit  entre alors dans la composition d’un médicament, le Duxil® des laboratoires Servier. Son retrait du marché en 2005 par l’AFFSAPS (il a été interdit pour cause d’effets neurotoxiques dûs à la présence d’un autre alcaloïde, l’almitrine…) aurait   pu faire tourner assez vite le conte de fées à l’aigre ! Car on voit bien comme une telle culture peut être fragile… lorsqu’elle ne dépend que d’un seul client ! Mais il existe heureusement d’autres débouchés à la Raubasine, qui sert fort heureusement à d’autres médicaments (par exemple à l’Iskedyl® des laboratoires Pierre Fabre), toujours pour les patients souffrant de troubles liés à la neurodégénérescence liée à l’âge…pour le bonheur des habitants du village de Los Mangos !

 Les pousses, cultivées dans les serres afin de les protéger de la pluie ou au soleil, sont replantées en plein air lorsqu’elles atteignent environ 10 cm de haut. Une fois la floraison terminée, les racines  sont séchées au soleil pendant 2 semaines avant d’être réduites en poussière. Elles sont ensuite envoyées à un laboratoire d’où en sera extrait le précieux alcaloïde qu’est la raubasine.

Le Trésor de Los Mangos

« La première fois que j’ai entendu parler de cette histoire, raconte Laurent Sorcelle, c’est au travers de photographies qui montraient des champs de pervenche gardés par des mexicains armés de carabine ! ». Des champs en fleurs précieuses  en quelque sorte!  Le roman raconte l’histoire du développement de la culture de cette pervenche dans cette culture mexicaine ainsi que celle d’une amitié profonde, celle qui unit Michel le « gringo » et Gonzalo le paysan indien ! Deux mondes que tout sépare mais qui finiront par œuvrer en commun pour ce projet agricole d’envergure, se déployant sur l’une des régions les plus pauvres du Mexique.   Laurent Sorcelle  « Le trésor de Los Mangos », 2009, Editions de La Courrière  

© Clara Delpas – Juin 2009

Sources  

Les matières premières pour l’industrie pharmaceutique sont importées en majorité des Etats-Unis et dans une moindre mesure dEurope (Allemagne). Sur ce segment, on trouve la société française NIFAX qui commercialise des matières premières à la fois pour lindustrie chimique et pharmaceutique.

Leur spécialité est la production de principes actifs pharmaceutiques à partir de matières premières naturelles (plantes médicinales) cultivées, sauvages ou de sous-produits de lagriculture, et la société est parmi les leader mondiaux pour la fourniture de principes actifs entrant dans le cadre du traitement des maladies cardio-vasculaires (petronzio)  http://209.85.229.132/search?q=cache:r9qe1cNQEyEJ:www.ccife.org/fileadmin/template/uccife/documents/mp_ccife/mexique/marche_chimie_pharmacie_cosmetique.pdf+nifax+pierre+fabre&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr&client=firefox-a

La vie de Michel Bichot est de notoriété publique http://www.lepetitjournal.com/content/view/10525/268/ http://www.lepetitjournal.com/content/view/19989/1844/

Il est même chevalier de l’ordre national du mérite depuis décembre 2006, et sa vie est racontée par l’ambassadeur… http://www.ambafrance-mx.org/spip.php?article162

Aujourd’hui, en France , il n’y a plus de Raubasine que dans l’Iskadyll de Pierre Fabre http://www.vidal.fr/Substance/raubasine-3018.htm

Nifax a des clients étrangers   http://209.85.229.132/search?q=cache:GBjBOeQkkt0J:www.importgenius.com/importers/nifax-sa-de-cv.html+nifax&cd=9&hl=fr&ct=clnk&gl=fr&client=firefox-a

 

Sur le retrait du Duxil par l’AFSSAPS Duxil® : le 28 septembre 2005, l’Afssaps annoncait le retrait de l’AMM de Duxil® des laboratoires Servier à la suite d’une réévaluation du rapport bénéfice/risque de ce vasodilatateur à base d’almitrine et de raubasine. L’agence précisait que les résultats obtenus montrent que « l’efficacité de Duxil® est devenue insuffisante au regard des critères actuels exigés pour l’évaluation de l’efficacité dans ses trois indications ». Ces dernières étaient le traitement symptomatique du déficit cognitif et neuro-sensoriel du sujet âgé, (à l’exception de la maladie d’Alzheimer et des autres démences), le traitement d’appoint des baisses d’acuité et troubles des champs auditifs et visuels présumés d’origine vasculaire et le traitement de certains syndromes vertigineux et/ou acouphènes présumés d’origine vasculaire. Par ailleurs, l’Afssaps indiquait que la réévaluation avait mis en évidence un risque rare de neuropathie périphérique et d’amaigrissement. Le médicament disposait d’une AMM depuis 1978 et avait fait l’objet, en septembre 2001, d’une baisse de 65 % à 35 % de son taux de remboursement. Cette dernière décision avait été ensuite annulée par le Conseil d’Etat en juin 2003.

Commentaire de la revue prescrire : La spécialité Duxil à base d’almitrine à fait l’objet d’un retrait d’autorisation de mise sur le marché par l’Afssaps en septembre 2005 alors que l’absence d’efficacité est connue de longue date et les effets à type de neuropathies sont rapportés depuis 20 ans. Le comble est que le « retrait » survient alors que Ardix Médical a déjà cessé la commercialisation de Duxil depuis des mois !

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Catharanthus_roseus_white_CC-BY-SA.jpg

Sur une critique http://www.lepost.fr/article/2009/03/17/1459637_selon-michel-drucker-cancer-considerable-enjeu-economique.html

http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c2/Catharanthus_roseus_white_CC-BY-SA.jpg&imgrefurl=http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Catharanthus_roseus_white_CC-BY-SA.jpg&usg=__sAQrGxEoz0-Siq8OsG3K4uaA3Qg=&h=1920&w=2560&sz=3045&hl=fr&start=4&sig2=ScmZmx7XstteUPHl6Ki6Kg&um=1&tbnid=jfZIQnNmsE8HnM:&tbnh=113&tbnw=150&prev=/images%3Fq%3DCatharanthus%2Broseus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le quinoa, un sacré petit grain

Paru dans Biocontact en 2012

 

Star de l’alimentation biologique, le quinoa est aujourd’hui reconnu comme un aliment aux qualités nutritionnelles remarquables. Sans gluten, cette pseudo-céréale a été  promue aliment de l’avenir.

Que le quinoa soit typique des Andes, en Amérique du Sud, ne fait aucun doute. Depuis quand est-il cultivé ? Au moins depuis l’âge des Incas qui l’appellaient  « Chisya Mama », la mère des céréales. C’est dire l’importance que revêtait pour eux cette graine, qui a tout d’une plante magique : son extraordinaire adaptabilité à des conditions de croissance particulièrement défavorables (telles que les sols les plus salés, le gel ou la sécheresse typiques des hauts plateaux andins) et sa très grande richesse nutritionnelle l’avaient élevée d’emblée au rang de nourriture de la Pachamama, la déesse de la terre. Ceci explique en partie pourquoi le quinoa n’a pas attendu l’avènement de la mondialisation des échanges commerciaux pour se montrer  de l’autre côté de l’Atlantique : bien évidemment, dès que les premiers colons européens ont posé les pieds sur le sol des Amériques, ils les ont remarqués, ces plants si prisés de la cordillère des Andes. Et n’ont pas manqué d’en rapporter des graines chez eux en Europe pour tenter de les y cultiver …avec même quelques succès. Mais sans  marché pour la consommation humaine, le quinoa ne s’est alors pas développé , faute de plus considérations… Aliment des indiens, il était dédaigné des européens et cantonné à servir de grains pour les poules. Quant à ses feuilles , que l’on peut pourtant consommer tout comme des épinards, elles servaient de fourrage pour le bétail…Rapidement tombé dans l’oubli, tout comme le peuple indien dans son ensemble, le quinoa  a connu un renouveau dans les années 1980 : en 1983, une sécheresse importante sur l’Altiplano bolivien a  conduit la communauté européenne à allouer des sommes particulièrement importantes de subvention  aux agriculteurs boliviens pour qu’ils développent la culture du quinoa.

L’effet pervers de la mondialisation

La conséquence immédiate a été le  développement d’une agriculture intensive : la culture qui se pratiquait traditionnellement à flanc de collines est descendue en plaine pour permettre le passage des tracteurs,  entraînant érosion des sols et appauvrissement de la terre . Et surtout une  production  excessive bien difficile à écouler… Heureusement, la sagacité des industriels du bio, qui ont su miser sur les qualités nutritionnelles exceptionnelles du quinoa pour en faire la promotion, a alors ouvert de nouveaux marchés en Occident. Et, depuis une quinzaine d’années, en Amérique du Nord, au Japon et en Europe, les filières d’alimentation diététique et “ bio ” font une promotion efficace du quinoa : sa haute teneur en protéines, sa composition équilibrée en acides aminés, son contenu élevé en minéraux essentiels, lipides, antioxydants et vitamines, et surtout, son absence de gluten, ont tout pour séduire les consommateurs avides de produits bénéfiques pour leur santé.  Aujourd’hui, le quinoa se trouve jusque dans les rayons des supermarchés. Au point que l’offre peine à répondre à la demande : cultivé en Bolivie, mais aussi en Équateur, au Pérou et en Colombie, l’engouement  mondial qu’il suscite aurait pu conduire là encore les terres andines à leur perte,   motivant d’autant plus le développement d’une agriculture intensive destructrice. Sur le terrain, les ONG comme Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) veillent à maintenir la durabilité des cultures : cueillette  des grains sans arrachage des racines, utilisation d’engrais naturels (excréments de lamas), chasses villageoises traditionnelles nocturnes aux papillons (plutôt que recours aux pesticides). Des savoirs-faire connus depuis toujours des paysans indiens, dont  la structure ancestrale, sous forme de mini-communautés (les ayulls), a permis aux indiens de s’organiser pour faire front face aux difficultés et ainsi tirer profit de cette richesse. D’autant que le marché s’étend de plus en plus, avec des débouchés qui vont bien au-delà du marché de l’alimentation : industrie des détergents, des cosmétiques, voire même de la papeterie et des produits phytosanitaires…Seul hic à ce développement idyllique, sa culture n’est destinée qu’à l’exportation :   au sommet de la terre de Cochabamba, en avril 2010, le président bolivien Evo Moralès a beau l’avoir encensé en le décrivant comme seul aliment complet du peuple, fustigeant par ailleurs le poulet aux hormones américain. Dans les faits, les indiens boudent le quinoa, préférant, avec l’argent que leur rapporte son négoce, s’acheter du blé américain, bien plus accessible…

Les différentes formes du quinoa

Actuellement, dans les magasins, on   trouve le quinoa principalement sous forme de grains et de flocons ou de soufflé. Pour être soufflé, le  grain doit être soumis à haute pression dans des conditions de température spécifique. Il devient alors très léger. Et sa forme bien ronde lui permet d’être utilisé  dans de nombreuses préparations. On le cuit comme le riz, un volume pour deux volumes d’eau durant 15 à 20 minutes dans l’eau bouillante. Sous forme de flocons (le grain est  chauffé à la vapeur puis aplati  entre des cylindres), ils sont très rapides à préparer et peuvent être utilisés pour épaissir   le potage ou pour faire   des galettes légères salées ou sucrées. 

 

Un aliment exceptionnellement complet

Le quinoa, quasiment naturellement biologique,  a en tout cas gagné tous ses blasons pour être un mets de choix dans nos assiettes et l’objet des attentions inventives des chefs de la nouvelle cuisine. Réputé pourtant fade au goût, on le met  à toutes les sauces…Et à raison, diététiquement parlant. L’aliment est en effet exceptionnel : un rapport de la FAO, l’Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation des Nations-Unies, le cite comme regroupant tous les éléments nutritifs nécessaires à l’organisme humain. À sa richesse en protéines s’ajoute sa richesse en acides aminés essentiels, dont la lysine, habituellement absente dans les céréales… Au point qu’il pourrait même théoriquement être un substitut au lait maternel ! La valeur nutritionnelle du quinoa est un équilibre exceptionnel : sa teneur en protéines est particulièrement élevée (16%, comme le blé, mais elle peut aller jusqu’à 23%, soit plus de deux fois plus que dans les autres céréales). Sans gluten, il est donc intéressant pour les gens qui souffrent de maladie coeliaque, maladie caractérisée par une intolérance de l’organisme humain à la glutamine, protéine contenue dans le gluten du blé et céréales de la même famille… Le quinoa, riche en acides aminés essentiels, (lysine, méthionine, cystine, arginine, histidine et isoleucine) le rend très complémentaire des autres céréales, habituellement déficientes en lysine, et des légumineuses, déficientes en méthionine et cystine. Il contient en outre de 58 à 68% d’amidon et 5% de sucre. Sa teneur en graisse est de 4 à 9%, dont la moitié en acide linoléique, un acide gras essentiel indispensable au corps humain. Son contenu relativement élevé en huile s’ajoute à ses caractéristiques nutritionnelles importantes. La richesse minérale des terres où il pousse lui donne une teneur exceptionnelle en divers sels minéraux, notamment du calcium, du phosphore et du fer. Et bien sûr du sodium, mais aussi du magnésium et du potassium, autres oligo-éléments nécessaires au bon fonctionnement de toutes les cellules du corps humain. Cette exceptionnelle richesse nutritionnelle explique que l’on tente aujourd’hui de le cultiver dans le monde entier, avec plus ou moins de succès : des contreforts himalayens aux montagnes rocheuses en passant par… les Pyrénées ! Plante multirésistante, le quinoa peut en théorie être cultivée sous tous les climats. Et même en France, où des agriculteurs de la région d’Angers se sont mis à sa culture !  Voire même…dans l’espace ! En effet,  après des années de recherche, la NASA le considère, depuis les années 1990,   comme  CELSS (controlled ecological life support systems ou systèmes de support de vie écologique contrôlée) : sa rapidité de maturation…et sa richesse nutritionnelle en font un candidat de choix pour entrer dans le menu des prochaines missions spatiales…C’est encore de la science-fiction, certes, mais le quinoa se mangera probablement même à l’avenir à des millions de kilomètres de la terre !

 

Clara DELPAS « Vertus et bienfaits du quinoa » , Editions Guy Trédaniel, 184 pages, juin 2011 12€90  – Un livre abondamment illustré pour tout savoir sur le quinoa : histoire, propriétés nutritionnelles et médicales, culture, développement… et recettes de cuisine.

 

 

 

 

Nanotechnologies : un risque professionnel émergent

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p style= »text-align: justify; »>Selon l’Organisation Internationale du Travail, 167 000 travailleurs meurent chaque année dans l’Union Européenne, dont 159 000 d’une maladie directement imputable à leur activité professionnelle. Un bilan qui a conduit l’Agence Européenne de Sécurité et de Santé au Travail à mettre en place un « Observatoire européen du risque » (ERO). Après avoir étudié les risques physiques, biologiques et psychosociaux auxquels pouvaient être exposés les travailleurs, les experts de l’ERO se sont penchés sur les risques chimiques émergents, objet de leur 4ème rapport (1). En tête de liste, viennent les nanoparticules et particules fines qui exposent les travailleurs de nombreuses manières :  lors de la production de ces matériaux, bien sûr, mais aussi, comme le rapport le souligne, surtout lors des opérations de maintenance et de nettoyage de matériaux contenant des nanoparticules.

Des risques qui inquiètent

Ces substances ont un diamètre suffisamment petit pour entrer dans les cellules, par ingestion, par inhalation, ou par contact cutané. Après être entrées dans les organes et les tissus, particulièrement dans les poumons, dans le cerveau et dans le foie, elles n’en sortent plus, entraînant dans les cellules des phénomènes inflammatoires, voire même modifiant la structure des protéines cellulaires.
La confédération européenne des syndicats (CES) qui représente 60 millions de travailleurs européens, s’est penchée elle aussi  sur les nouveaux développements liés aux nanotechnologies et aux nanomatériaux.  Elle a organisé début avril une conférence « Travailler et vivre avec les nanotechnologies » au cours de laquelle elle a présenté la résolution (2) qu’elle a adoptée en juin 2008. Tout en confirmant le potentiel de développement d’application considérable des nanotechnologies et des nanomatériaux dans les domaines de la santé, de l’environnement, des médicaments et des énergies renouvelables, elle souligne de nombreuses inquiétudes quant aux risques potentiels pour la santé humaine et pour l’environnement.
No data = No market ?
Pour la CES, il est clair que ce principe fondateur de REACH devrait être appliqué aux substances sous la forme nanométrique, même s’il s’agit de substances déjà inscrites dans REACH à leur état habituel. On sait en effet que la forme nanométrique modifie les propriétés physiques de la matière. Par ailleurs, s’agissant de nouveaux matériaux, la procédure d’enregistrement devrait s’appliquer indépendamment du seuil minimal de production, fixé à une tonne par an (de nombreux nanomatériaux n’atteignant jamais ce seuil !). La CES pointe aussi sur l’insuffisance des études menées sur les aspects santé- environnement et exige qu’au moins 15% (contre 1% aujourd’hui!) des budgets alloués à la recherche servent à l’évaluation de ces aspects.
Experts et syndicats sont parfaitement d’accord : ils concluent rapports et résolutions en recommandant l’application du principe de précaution, seul moyen de parvenir à un développement responsable des nanotechnologies acceptable pour la société. Personne ne veut rejouer l’histoire de l’amiante. Pas plus que celle des OGM ! Bien au-delà de la protection des travailleurs, (même s’ils restent en première ligne d’exposition), tous rappellent aussi que c’est l’ensemble de la société qui est exposée à ce risque émergent et s’interrogent sur le devenir de ces matériaux dans l’environnement. Les expertises se poursuivent sur la question puisque qu’ une prochaine journée d’audition de  scientifiques est prévue à la Commission Européenne, le 10 septembre 2009…
Mais à l’heure où des centaines de produits de grande consommation  contenant des nanomatériaux sont déjà disponibles sur le marché et où  les budgets publics consacrés  à la recherche sur les nanotechnologies ne cessent d’augmenter d’année en année (ils sont évalués à 3,5 milliards d’euros dans l’Union européenne  pour la période 2007 -2013) on peut douter de l’efficacité de tous ces rapports et  travaux! Car avec un marché mondial d’ores et déjà estimé à 1.000 milliards de dollars d’ici à 2015, il est probablement trop tard pour bien faire !

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p style= »text-align: justify; »>(1)    European Agency for Safety and Health at Work «  Expert forecast on emerging chemical risks relaterd to occupational safety and health », 176 pages
(2)    Résolution de la CES adoptée par le Comité Exécutif du 25 juin 2008, 7 pages

La crise du sommeil

La qualité de notre sommeil est une question de santé essentielle, et même une préoccupation de santé publique : notre bien-être dépend de notre repos quotidien et ceux qui souffrent de troubles du sommeil savent qu’il est inconfortable et préoccupant de mal dormir. D’autant plus que l’on sait, depuis peu, que les perturbations de notre sommeil peuvent avoir des répercussions sur l’émergence de certaines maladies !

Le sommeil et ses troubles sont entrés dans les préoccupations de nos hommes politiques. L’affaire est encore neuve, puisque ce n’est qu’en mars 2007 qu’est paru le rapport d’experts sur le thème du sommeil (1), suscitant ce commentaire explicite du ministre de la Santé de l’époque, Xavier Bertrand : « Ce n’est pas normal de mal dormir » !

Que s’est-il donc passé ? Les troubles du sommeil seraient-ils devenus tout d’un coup devenus plus graves ou plus nombreux ? Pas du tout !     « Nous faisions déjà depuis longtemps une travail de communication et d’alerte autour de cette problématique importante en santé publique, mais jusqu’à présent sans être écouté ! » explique le Dr Sylvie Royant-Parola, spécialiste du sommeil et présidente du Réseau Morphée. La  médecine du sommeil est certes encore jeune (à peine un siècle), mais elle commence à disposer de chiffres qui font état de l’étendue du problème…et donnent l’alerte!

Insomnie, manque de sommeil  et autres troubles…

Le rapport constate ainsi que près de 10% des français sont atteints d’insomnie chronique. En 2008, une enquête, réalisée pour le compte de l’Institut National pour l’Education et la Prévention En Santé (INPES) (2) , a établi que parmi les jeunes adultes, âgés de 25 à 45 ans, 12 % déclaraient souffrir d’insomnie et 17 % accumuler une dette chronique de sommeil.

Bien sûr,  nous sommes loin d’être tous égaux devant le sommeil. Nous n’avons pas forcément besoin de la même quantité de sommeil, et nous n’avons pas non plus les mêmes horaires. Les « gros dormeurs »   ont besoin de 9-12 heures de sommeil par nuit , et les « petits dormeurs », plus rares (ils ne seraient que 5-10% de la population), se contentent de 4-6 heures de sommeil. Entre ces 2 extrêmes, la moyenne nationale se situe à 7 heures. Les jeunes adultes , selon le sondage de  l’INPES, ne dorment   pour leur part que 5h48 par nuit en moyenne. Concernant les horaires de coucher, on connaît bien les « couche-tard » (vers 2-3h du matin) qui se distinguent des « couche-tôt » (avant minuit) et là encore nous sommes loin d’être égaux : il a par exemple été démontré qu’un couche tôt qui se couche tard, même en dormant le même nombre d’heures que d’habitude, perd en qualité de sommeil ! Une autre inégalité face au sommeil réside tout simplement…dans l’âge que nous avons ! Nous n’avons pas les mêmes besoins en sommeil tout au long de notre vie. (voir encadré) Il n’en reste pas moins que les études concluent toutes de façon indéniable qu’un français sur trois souffre de troubles du sommeil et plus spécifiquement 45 % des jeunes adultes considèrent  tout simplement ne pas dormir assez.

Les troubles du sommeil ne se limitent pas à de l’insomnie ou à des difficultés d’endormissement. Au cours de ces trente dernières années, deux pathologies associées au sommeil, ont été repérées par les spécialistes: le syndrome d’apnée du sommeil  et le syndrome des jambes sans repos.  « Là encore, cela a mis du temps. Je me souviens que lors des premières réunions avec les caisses d’assurance maladie, on nous suspectait de créer  de fausses pathologies sous l’influence des  laboratoires  pharmaceutiques! »  se souvient Sylvie Royant-Parola.


Le syndrome des jambes sans repos concerne 2,5 % des adultes. Il se caractérise pas deux manifestations principales,  localisées dans  les membres inférieurs : des « impatiences », voire des douleurs et des  mouvements involontaires périodiques. Les impatiences surviennent le soir ou la nuit, favorisées par l’immobilité et soulagées en partie par le mouvement. Les mouvements involontaires se manifestent par une flexion du pied et des orteils  au cours du sommeil, sans que la personne n’en ait   conscience . Le mécanisme  de ce syndrome reste  méconnu , plusieurs pistes sont évoquées : activité insuffisante de certains neurones, carence en fer, insuffisance rénale ou encore diabète…Les traitements sont médicamenteux essentiellement à base de substances qui apportent de la dopamine.

Les apnées du sommeil  affectent environ 4 % des hommes et 2 % des femmes. Elles sont plus fréquentes après 50 ans et sont souvent  associées à de  l’hypertension artérielle et à des  atteintes cardiovasculaires. Elles sont dues à l’obstruction du pharynx   provoquant  un arrêt de la respiration jusqu’à l’éveil du dormeur. Le diagnostic, suspecté notamment en cas de ronflements très bruyants, ou de symptômes divers ( impression de ne pas avoir “récupéré” pendant la nuit, troubles de la mémoire et de l’attention, irritabilité, baisse de la libido…) est confirmé par un enregistrement  du sommeil et différents tests. Différentes solutions existent pour lutter contre cette pathologie : supprimer l’alcool le soir, limiter si possible certains médicaments, perdre du poids, porter un appareil dentaire et surtout appliquer un masque nasal empêchant ainsi le ronflement et la fermeture du pharynx.

 Les troubles du  sommeil des français

Somnolence diurne excessive : 8%

Mauvais sommeil : 20 à 30%

Insomnie modérée : 15-20%

Insomnie sévère : 9-10%

Syndrome des jambes sans repos : 8,4%

Syndrome d’apnées du sommeil : 5-7% (15% des plus de 70 ans)

 

 Le sommeil et ses âges

nourrisson : 16 à 17 heures

3- 5 ans :  12 heures

 6 -11 ans : 10 heures

à partir de 12 ans : 9 heures

adulte : 7 heures

personnes âgées ou personnes inactives : moins de 7 heures

 

Des conséquences majeures pour la santé

Sans même parler de la consommation importante de somnifères que les troubles du sommeil peuvent entraîner, lorsque l’on n’arrive pas à dormir la nuit, ou que l’on ne dort pas assez, ou mal, on rattrape sa fatigue …en dormant la journée ! Cette somnolence diurne  excessive affecte, toujours selon le rapport sur le sommeil des français, 2,5 millions de personnes. Elle est donc une cause importante d’accidents du travail, d’accidents domestiques  et d’accidents de la route. « 30% des accidents mortels sur la route  sont liés à une somnolence au volant! » rappelle le Dr Sylvie Royant-Parola. De plus, sur un plan physiologique, un mauvais sommeil a également bien d’autres répercussions délétères, puisqu’il est établi qu’il perturbe notamment la reconstitution des stocks énergétiques des cellules musculaires et nerveuses, la production de l’hormone  de croissance, la régulation de la glycémie (risque de surpoids et de diabète), l’élimination des toxines, les défenses immunitaires, l’humeur et l’adaptation au  stress, l’apprentissage et la mémorisation ! Enfin, on sait que les troubles de sommeil  sont l’un des éléments contributifs à d’autres problèmes de santé publique bien identifiés maintenant, tels que l’obésité ou les maladies cardiovasculaires !  

Le saviez-vous ? Si personne ne s’était   endormi … le Titanic n’aurait pas heurté l’iceberg qui l’a fait couler, la navette « Challenger » n’aurait pas explosé. Et  la catastrophe de Tchernobyl n’aurait peut-être pas eu lieu !

Travailler plus pour… dormir moins bien ?

Il a été établi  dès les années 90 que « certaines pathologies  peuvent se créer uniquement du fait de  rythmes de travail (rythmes décalés , horaires de travail de nuit ou horaires contraignants) auxquels la personne n’arrive pas à s’adapter, même après longtemps»  rappelle Sylvie Royant-Parola. Soumise à des horaires de travail variables, avec par exemple des alternances d’activités jour/nuit, l’ossature chronobiologique de l’individu se désorganise totalement, alors qu’elle est extrêmement importante pour son équilibre ! Bien sûr on peut penser aux 3×8 ou au travail de nuit. Mais il y a aussi le simple éloignement du lieu de travail qui impose des temps de trajets de plusieurs heures et donc bien souvent une privation de sommeil puisqu’elle impose de se lever plus tôt. Cependant, alors que le mal de dos est reconnu depuis peu comme maladie professionnelle, ce n’est pas le cas pour les troubles du sommeil. Lla médecine du travail a du mal à admettre le lien entre des difficultés d’endormissement ou troubles du sommeil sans autres troubles associés et l’organisation des horaires de travail : il est encore difficile  d’obtenir une incapacité liée à une inadaptation aux horaires de travail !

En dépit de l’éloge actuel qui est fait à l’hyperactivité dans la société, tout le monde continue donc d’avoir besoin de dormir…  et il est faux de considérer que l’organisme est capable de s’habituer à n’importe quel rythme. D’ailleurs, 52,5% des français attribuent leurs problèmes de sommeil au travail. Bien sûr, d’autres raisons que le travail sont aussi incriminées dans les troubles du sommeil : les facteurs psychologiques comme le stress ou l’anxiété (40 %), les enfants (27 %), les loisirs (21 %) et le temps de transport (17 %). Certaines pratiques, encore récentes, semblent être aussi largement associées à l’émergence des troubles du sommeil : selon  l’étude de l’INPES,  près d’un insomniaque sur deux et une personne en dette de sommeil sur deux surfent sur Internet ou jouent à des jeux vidéos !  Encore faut-il reconnaître les vraies causes de nos troubles du sommeil…et admettre  que  bien dormir  est un gage essentiel de bonne santé!

 

 

 

(1) Rapport sur le thème du sommeil, Ministère de la Santé et des Solidarités, décembre 2006

( 2) Enquête sur les  représentations, les attitudes, les connaissances et les pratiques du sommeil des jeunes adultes en France , Institut National du Sommeil et de la Vigilance , mars 2007

 

 

 

Sommeil et modes de vie 

 

Une interview du Dr Sylvie Royant-Parola, psychiatre et neurobiologiste,   présidente du Réseau Morphée.

Le travail peut-il nous empêcher de dormir?

C’est difficile à établir, la question rejoignant toute la notion de stress  et d’interaction liée à une entreprise : on ne peut pas être tout le temps sur un long fleuve tranquille ! Une entreprise qui vit a aussi tout ce qui fait la vie d’un individu : ses moments de bonheur, de grand développement, de crise … Et les individus qui y travaillent   vont aussi vivre en phase ou en décalé ce que va vivre l’entreprise. Pour l’instant, on connaît un élément vraiment délétère au niveau du sommeil : les ruptures de rythme de travail .

Et la crise économique ?

Là encore, c’est difficile à établir, tout simplement parce que le phénomène est trop récent ! Nous ne disposons pas pour l’instant d’éléments suffisants pour établir quoi que ce soit. Ce serait d’ailleurs compliqué : il faudrait que tous les six mois on recommence  le même type d’études. Et encore, ce n’est pas parce qu’ un lien statistique aurait pu être établi que l’on pourrait conclure…  On a tendance à voir plus de gens insomniaques, mais ce n’est pas parce que l’insomnie gagne du terrain : c’est parce que les gens osent probablement plus se plaindre de leur insomnie !

Qu’en est-il des «  ondes  électromagnétiques » ?

Les champs électromagnétiques induits ne semblent pas entraîner d’interférences notables avec le sommeil. Les seules interférences observées  l’ont été avec des champs magnétiques énormes. Il va sans dire que tout le monde ne dort pas dans une « bobine » électromagnétique ! Quant à l’étude européenne sur les lignes à haute tension, elle n’a pas encore été publiée et pour l’instant, les résultats ne montrent pas grand chose.   Quelques études ont également été menées sur l’impact du téléphone portable sur le sommeil , dont une, parue en 2008, qui montre moins de sommeil profond et un retard d’endormissement chez les utilisateurs de téléphone portable  dans un contexte de communication téléphonique très particulier (téléphone contre l’oreille  pendant 3 heures) , ce qui n’est pas le lot commun, sauf peut-être chez certains  adolescents le soir.  On sait aussi que passer trop de temps derrière l’ ordinateur perturbe le sommeil : La lumière forte émise par l’écran arrive directement sur la rétine dont les photorécepteurs, sensibles à l’intensité lumineuse, sont en lien direct avec notre horloge interne. Celle-ci va retarder la production de mélatonine, l’hormone qui nous permet de mesurer le temps, entraînant un retard d’endormissement avec un réveil plus tardif.

 

Existe-t-il d’autres facteurs environnementaux nuisibles pour notre sommeil ?

Il y a deux choses vraiment délétères : la chaleur et le bruit. Dormir à une température ambiante de plus de  30°C est vraiment très difficile, et des troubles du sommeil peuvent apparaître, notamment lorsque l’hygrométrie (le degré d’humidité de l’air ambiant) est insuffisante.   Quant au bruit, en dehors du tapage nocturne et des bruits de voisinage, qui peuvent nous empêcher de nous endormir,  ou des pleurs de nourrissons qui peuvent nous réveiller la nuit, des études ont montré très clairement que les bruits liés au décollage et à l’atterrissage des avions, entraînaient une activation cardiaque au cours du sommeil, c’est-à-dire que le rythme cardiaque du dormeur augmente, même si la personne ne perçoit plus le bruit.

ENCADRE : Se créer un bon environnement pour dormir

 

Les éléments  favorables  au sommeil

 

– une chambre agréable et rangée,

– une literie de qualité,

– le silence,

– l’obscurité,

– une température moyenne de la pièce,

– un état de détente 

Les éléments défavorables  

– présence d’enfants d’âge différent dans la même chambre,

– le bruit

– la lumière de la ville

– le désordre

– les équipements électriques, (télévision, ordinateur ) dans la chambre 

 

Quand faut-il s’inquiéter vraiment de son sommeil ? 

Ne pas dormir pendant 15 jours sur une période donnée, parce que l’on est face à un événement stressant ou que l’on est inquiet  est tout à fait  normal. Cela montre qu’on est préoccupé par une priorité qu’il faut pouvoir régler et qui  demande du temps. On prend ce temps sur le sommeil, ce qui n’est pas d’une efficience absolue, puisque moins on dort moins on est bien le lendemain ! On peut envisager une consultation spécialisée lorsque les troubles, quels qu’ils soient – difficultés d’endormissement, réveils en pleine nuit ou trop précoce le matin, sensation d’un sommeil non réparateur…- se reproduisent plus de trois fois par semaine sur une période qui dure plus de trois mois. Cela n’empêche pas bien entendu de s’occuper de son sommeil sans attendre,  mais si aucune solution n’améliore la situation au bout de trois mois,  on peut envisager une consultation spécialisée afin de chercher une autre cause plus spécifiquement liée au sommeil. L’enregistrement du sommeil n’est pas systémique, sauf en cas de suspicion d’apnées du sommeil, de mouvements pendant la nuit ou de  comportements curieux au cours du sommeil. Bien souvent, l’évaluation se fait au moyen de la tenue d’un agenda du sommeil, avec pour seuls outils du papier, et un crayon !

Peut-on guérir tous les troubles ?

Bien sûr que non ! Dans le sommeil, il existe beaucoup de  choses qui sont de l’ordre de la perception, donc de l’image que l’on se fait de son sommeil et  de la satisfaction  que l’on en a . Certains sont des éternels mécontents,   il s’avère que leur mécontentement s’est focalisé sur leur sommeil, mais cela aurait pu être sur autre chose ! Pour  ceux là , quoi que l’on fasse, rien ne pourra les améliorer!  

 

ENCADRE : Le Réseau Morphée

Le réseau Morphée regroupe différents professionnels de santé impliqués dans la prise en charge des troubles du sommeil. Cette association  à but non lucratif est un réseau de santé, monté voici deux ansqui s’est développé en 2004 dans une démarche , à titre expérimentale encouragée par les pouvoirs publics. Le réseau Morphée vise à aider le grand public à prendre conscience de ce que sont les troubles du sommeil au travers de conférences et d’animation au sein du réseau, des collectivités locales ou des écoles. Il organise aussi des ateliers du sommeil, permettant d’offrir une réponse directe aux gens qui souffrent de problèmes de sommeil. Ces ateliers leur apprennent à gérer leur sommeil différemment, afin d obtenir  une amélioration de l insomnie. Le’objectif est de responsabiliser les gens face à la prise en charge de leurs troubles du sommeil, et de favoriser l’interaction et la synergie entre tous les intervenants de la prise en charge : il propose un travail de coordination des soins, sous l’égide du médecin coordinateur, ainsi que des formations et des conseils aux  médecins, et plus globalement aux professionnels de santé pour les aider à trouver des réponses face aux troubles du sommei.   

Réseau Morphée – 2 grande Rue – 92380 GARCHES- Tél : 09 77 93 12 04 (de 14h à 17h) e-mail : contact@reseau-morphee.org / site web : http://www.reseau-morphee.org

 

 

ENCADRE : La journée du sommeil 2009

Le 18 mars s’est tenu la 9ème journée Nationale du sommeil organisée par l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance avec le soutien de la Société Française de Recherche et de Médecine du Sommeil et du Syndicat de la Médecine du Sommeil et de la Vigilance. Elle avait pour thème : SOMMEIL ET RYTHME DE VIE. À cette occasion, des centres du sommeil, répartis sur la France entière, ont comme chaque année ouvert leurs portes, avec la participation d’associations de malades pour accueillir, informer et sensibiliser le public sur les troubles du sommeil.  

 

Pour en savoir plus

ROYANT-PAROLA Sylvie « Comment retrouver le sommeil par soi-même », Editions Odile Jacob

Le site internet de Sylvie Royant-Parola :  http://www.royant-parola.fr/

 

 

 

La Paz

Une journée comme j’en ai pas passée depuis longtemps! Le matin, un peu de travail en salle de doc et une interview encore très riche sur la quinoa. L’après-midi, je déambule dans les rues de La Paz. J’ai zoné, flâné, vu du monde, discuté, enfin bref, j’adore. Je peux pas découvrir une ville autrement qu’en y marchant des heures, au hasard (avec quand même un plan pour me repérer) . Faire un city tour? Courir des musées? Pour moi ça n’a pas grand intérêt. Je préfère l’immersion. Après, ça ne m’a pas empêché de rester un bon moment dans l’église san francisco, fascinée par ce baroque hallucinant, ces statues parfois morbides qui ont l’air vivant , et qui sont encastrées dans des niches de verre creusées dans des retables couverts d’or. On comprend comment pour impressionner le peuple on développe fastes, or et richesses….
Je me suis même fait manucuré (faut dire que dans ma trousse de toilette j’ai oublié ciseaux et lime à ongle), les ongles poussent-ils plus vite en altitude? En tout cas, les miens trop longs commençaient à se casser. Very interesting isn’t it? Bah que voulez-vous, des fois on revient à des choses plus pratiques, sans déconner, c’est chiant d’avoir les ongles qui se cassent, et qui finissent par griffer tout ce qui se présente. Le truc, c’est que la manucure me les a peint à la bolivienne, c’est curieux. Je n’ose mettre la photo…Après j’ai découvert probablement la quantité d’artisanat la plus élevée au centimètre carré, si c’était du commerce équitable, j’en sais rien, en tout cas j’ai fait des emplettes.
Bref, compte-rendu d’activité pépère aujourd’hui. J’ai réussi à tenir une grande causette au chauffeur de taxi, fort sympa, c’était très embouteillé, alors on avait le temps, je peux presque dire que je parle espagnol comme une vache française. En tout cas, promis, je prends des cours intensifs avant de partir au Pérou!!!

La Paz- site de Milluni, vue sur la cordillère royale- calle Florida et calle Achumani

Ce matin, j’arrive à l’IRD de bonne heure (8h15 environ). Jacques est aussi là, comme il fait beau, il propose de m’emmener voir le site de Milluni. Quelle belle sortie!
Bien sûr, ça stigmatise le problème des pollutions minières qui finissent par contaminer irrémédiablement les réseaux de l’eau potable qui alimente la ville, mais la nature est si belle et si photogénique que ça se passe de commentaires.
Enfin j’aurai appris que pour diminuer un peu le problème de la pollution polymétallique, on verse…de la chaux pour faire précipiter les métaux et abaisser le ph.

Pour l’usine de chollage (comment s’écrit-ce?), impressionnant de voir ce bonhomme tout seul, sans même un poste de radio pour se tenir compagnie. La question : et quand il dort? un relais la nuiit? et quand il est malade?

Les montagnes exploitées à nouveau massivement par des particuliers depuis 2 ou 3 ans donnent lieu à des drames évités de justesse, commes cette galerie effondrée. Absence de régulation et de réglementation des exploitations, toujours…

Le site de Milluni n’est plus qu’une ville fantôme, pourtant gardée, nous devons montrer patte blanche et même dénouer les fils de fer qui ferment une barricade pour y entrer. On voit bien que la ville était développée pour que l’on y trouve tout sur place. Des bâtiments en dur, de l’église à l’école en passant par le cimetière des mineurs (maintes et maintes fois prises en cartes postales)

Par chance, le lac est au dessus du site minier, donc encore d’un bleu vert pur. En arrière plan le Wayne Potosi, un plus de 6000 m. En aval, c’est plus apocalyptique.

De l’autre côté de ces montagnes minéralement riches, , changement de décor, les montagnes semblent en sable!
On croise même un cavalier! très rare dans les Andes, les chevaux! Mais surtout on on longe la cordillère royale et c’est d’une beauté à couper le souffle.

Et puis on voit bien des petites mines de ci de là mais dans des conditions beaucoup moins organisées ou développées que sur le site de Milluni. Là de l’autre côté de la montagne, les aménagements sont plus sommaires : en général, juste une cellule pour dormir. Pas vraiment de bistrot du coin par ici. Même plus de tôles de zinc faisant office de toit sur les cellules en adobe. Du coup, tout s’effrite et tombe en ruines, comme un peu partout. Dur de dater de quand tout cela date.

Un peu plus loin, encore un petit site minier, un peu plus aménagé en village. Du linge sèche, des chiens aboient, nous tentons de rencontrer âme qui vive et en trouvons deux, au bord d’un petit ruisseau qui descend d’une ancienne galerie bouchée.
Ils font partie d’une coopérative, bien sûr, la « Union » , qui regroupe une dizaine de mineurs. On dirait des chercheurs d’or! Ils procèdent par barattage du ruisseau au moyen d’une truelle, la boue résiduelle est mise à sécher, c’est presque de l’étain pur…qu’ils nous disent être obligés d’aller vendre à …Oruro (c’est loin!). Quand je leur demande comment ils vivent la chute des cours de l’étain , ils disent que certains retournent à la terre, parce que c’est dur.
Je m’essaye à photographier des lamas, mouais, c’est des drôles de bêtes qui adorent montrer leurs fesses…

Dans les eaux qui restent de la saison des pluies poussent de drôles de chenille dont le papillon reste encore un mystère (mais que Jacques a bon espoir de voir puisque ses fils en font l’élevage!)

Nous repartons pour el alto, passons par un village où nous devons attendre l’autorité ancestrale pour nous ouvrir la barrière qu’ils ont dressée (« contre les voleurs » nous explique-t-il). Son costume est magnifique.

De retour à La Paz, juste le temps de manger au café Berlin où oh surprise (décidément la Bolivie est petite et jamais deux sans trois!) , je retrouve à une table voisine…deux motards faisant le tour du monde, un allemand de stuttgart et un suisse de bern rencontrés dans les rues de Potosi alors qu’ils cherchaient un hôtel où garer leurs bécanes et auxquels j’avais indiqué La Casona où je logeais aussi…
Puis, rendez vous Calle Florida chez Sarah d’AVSF pour les interviewer avec Jean sur le projet intersalar toujours à propos de la quinoa. encore 2 heures passionnantes, et plein de nouveaux éléments notamment sur l’organisation sociale des communautés, et la pérénité des actions mises en place. Retour plus pénible, La Paz est une ville énorme et très étendue, les taxis n’ont pas de GPS, je ne parle pas espagnol. Mais je reconnais un peu les lieux quand même. Je demande à un premier taxi d’aller xx Calle Achumani, il me dit qu’il sait pas où c’est. Le deuxième dit connaître et m’emmène en fait au xx ème embranchement de la rue principale qui traverse le quartier Achumani, dans une rue sombre, peu éclairée. je refuse de descendre et lui dis que ce n’est pas là, il me dit si si, je lui dis que c’est près du lycée français, bref, il n’a même pas un plan de la ville dans sa voiture et ses collègues de station ne semblent pas mieux savoir où cette rue est (chez Sarah, j’avais vérifié l’endroit avec elle sur la grande carte de La Paz qu’elle a affiché dans sa cuisine) , et au final, heureusement que j’ai un portable avec une puce bolivienne pour appeler Jacques qui finalement explique au taxi comment se rendre chez lui. Et m’amène au final enfin bien au xx calle Achumani!
Le soir, détente devant la panthère rose, (quand la panthère rose s’emmêle), c’était d’un drôle, je me suis dit que j’allais tous les voir en rentrant….

Tiwanaku

Sitôt arrivée, on me propose de rejoindre un groupe qui part à Tiwanaku avec une guide aymara. parlant aussi anglais et espagnol. Quel périple! D’abord le minibus arrive avec une demi-heure de retard. Ici, depuis quelques jours, les commerçants protestent contre une interdiction faite par le gouvernement de vendre des vêtements usagés. Ils demandent même un référendum pour cela! Du coup, toutes les rues sont bloquées. Ce qui signifie ici, lorsqu’une voiture tombe sur un blocage, pas grave, elle fait demi-tour. Et le périph devient un gigantesque bazar. Au bout d’un moment je me demande même si nous allons y arriver un jour. Enfin tout finissant par arriver, on y arrive, par la route qui passe par el alto …De toutes façons, avec tout ces déplacements en car, je m’endors systématiquement, donc de là à profiter du paysage!! Le prix d’entrée du site est à la hauteur de sa grandeur (ouh là, Clara commence à écrire bizarre-bizarrement!) : 80 bolivianos (quand le maximum que j’avais payé jusqu’à présent était à la Casa de la Moneda à Potosi (20 Bs). Mais enfin ça vaut le coup. Même si officiellement on ne peut pas prendre de photos. Tout le monde en prenait. Tout est en chantier, en fait. La reconstruction de ce haut lieu spirituel détruit par les espagnols prend du temps et de l’argent.

Le décor? Digne de Tintin et le temple du soleil, vraiment. même si la porte du soleil est en fait toute petite. Et puis elle ne fait même pas partie de ce temple ci, mais du temple de punko punto à 1 petit km du site, c’est un temple dédié au puma. Et la porte a été déplacée.


Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que le site est bâti sur un des points d’acupuncture de la terre, comme à Porquerès, d’ailleurs, en Catalogne. Les chiffres : le 2 pour la dualité, le 3 pour l’équilibre, le 7 pour les points d’énergie (le même nombre que les chakras).
Tiwanaku est construit sur un champ magnétique puissant, les boussoles y perdent totalement le nord. Notamment sur ces 7 portes, dixit la guide toujours. Personne n’ayant de boussoles parmi le groupe, l’affaire ne put être scientifiquement vérifiée. Avec le Mexique (Tihatihuacan) et le Pérou (Cuzco), Tiwanaku forme un alignement parfait dont il est aussi pile au centre. ça oui, on le voit bien sur la carte.
Plein de trouvailles ingénieuses sur ce site, comme par exemple ces pierres creuses en forme d’oreille qui permettent quand on y colle l’oreille d’entendre un murmure qui se dit une vingtaine de mètres plus loin! Un téléphone cellulaire sans batterie? Mais à quoi sert le GSM? à être mis dans la poche peut être?

Ou bien encore ce temple à l’acoustique incroyable dont les briques présentent nombres d’inserts de têtes humaines en pierre.

Et bien entendu ces monolithes, hommes ou femmes qui nous disent qu’on reconnaît à la présence de larmes la capacité à lire le futur.
Comme celui ci, emblématique du site. Un homme de pouvoir qui voit déjà la fin de la civilisation de Tiwanaku.

Les explications de la guide (je précise!) : les habitants de Tiwanaku sont les premiers réfugiés du réchauffement climatique puisque tout le site était planté d’arbres tropicaux, et qu’il y avait de l’eau. C’est ce qui explique que l’on ait pu achever un tel ouvrage, avec des monolithes pouvant atteindre jusqu’à 8m de haut, ou des pierres de construction des temples absolument phénoménales. Les troncs des arbres coupés servaient à les hisser en haut des temples. La déforestation était elle à l’oeuvre?
Le site était habité par des religieux, juste des cellules pour dormir et méditer. quelques pièces pour entreposer vivres et offrandes. Des champions de la biodiversité ces tiwanalotes. à l’époque, toujours selon la guide, on recensait près de 4000 sortes de tubercules contre dix fois moins aujourdh’ui. Chic, j’arrive à dire pomme de terre en aymara. Mais je ne sais pas l’écrire! Et depuis hier j’ai oublié. L’aymara sonne guerrier, guttural, décideur. Certains indiens reprochent à Evo de ne pas bien le parler. La guide murmure du quetchua pour nous montrer la différence. Plus de musique et de douceur, ça me rappelle d’ailleurs mon retour en minibus de Tarabucco avec ce vieil homme presque édenté qui n’arrêtait pas de parler en quechua. Parenthèse fermée.
Pour la symbolique, les femmes se cachent le coeur et le ventre, vie et fertilité, les hommes ont les mains à la hauteur du buste. La main droite se présente à l’envers , pouce vers le haut. Signe d’apparenance à une classe sociale particulièrement élevée…
Le centre du temple principal, celui de la pyramide de ahapana, était taillé en forme de croix des andes. C’était en fait un bassin rempli d’eau qui jouait le rôle d’observatoire astronomique. En effet, plutôt que de se casser le cou à lever la tête pour regarder le ciel, ils en observaient le reflet des étoiles dans l’eau en étant simplement assis tout autour..C’est ce qui a fait la perte de Tiwanaku : les espagnols, voyant ces pratiques ,étaient persuadés que le temple, qui faisait 14 m de haut (7 marches de 2m) était en fait une colline remplie d’or. Ils ont creusé, oui mais, les tiwanakotes avaient en fait construit leur temple avec de gros blocs pour faire les marches et tout l’intérieur en petits gravillons… tout s’est écroulé…A cela on ajoute l’inquisition, où sur le monolithe précédemment montré, les espagnols ont fait graver la croix de l’inquisition, une montagne surmontée d’un soleil surmonté d’une croix, parce qu’ils voulaient en exorciser le mal.
A Tiwanaku, dans le petit musée attenant, c’est surprenant, on trouve des céramiques figurant des chinois, des mongoliens. Selon la guide, ça en laisse long à découvrir sur les probables relations que nourrissait Tiwanaku avec les autres civilisations pré-hispaniques. on découvre aussi qu’ils étaient avancés en médecine puisqu’ils pratiquaient même des interventions . C’était un contexte bizarre puisqu’ on mettait des « anneaux » au crâne des bébés pour allonger la forme de leur tête. Parfois ça donnait à l’âge du jeune adulte des crises d’épilepsie qu’on savait opérer : les crânes du musée attestent de telles interventions. Et de survie post-opératoire (mais à quel taux?). En tout cas, sur les sacrifices, plane toujours le doute, les figurations de sacrifice qu’on trouve sur certaines poteries tiendraient plutôt de ces opérations, dixit la guide toujours.
Les tiwanakotes mesuraient 1m90, vivaient jusqu’à 85 ans, avaient des dents sans carie. Explication : la feuille de coca, anti carie, dixit la guide. Plus la nourriture saine et sans cholestérol. C’est vrai que la collection de crânes dentus est impressionnante. ils sont en plus tous déformés…
Le retour se passe sans encombre, les manifs ont passé. Je passe à l’hôtel récupérer mon sac et file chez Marie-Danielle qui m’a gentiment invitée à finir mon séjour chez elle.

Potosi-Sucre-Tarabucco-Potosi- La Paz

La réception de La Casauna mon hôtel de Potosi est bien sympathique , elle me garde mon sac la journée et s’occupe de ma réservation de bus. Le taxi collectif passe bien me prendre à 7heures, mais , bêtement, ne me dit pas où il va, donc je ne monte pas dedans! On entend tellement d’histoires sur les faux taxis qu’on finit par se méfier. Du coup, l’hôtel le rappelle et il revient. Rien que des mamans avec des enfants, c’est assez drôle! c’est tout de même bien plus rapide que le bus. 9h22, nous y voilà, la place centrale de Sucre, celle du 25 mai de je-sais-plus-quelle-année-et-j’ai-la-flemme-de-chercher.

Je visite l’incontournable Casa de la Libertad, et là , parmi les présidents boliviens, je vois le portrait de Carlos Meza , président 2003-2005, qui ne peut être que le frère de Javier Gisbert, le conseiller au gouvernement que j’ai interviewé pour la Quinoa, tant la ressemblance est frappante! D’ailleurs il s’appelle Carlos Meza Gisbert. Enfin il lui ressemble peut-être comme tous les boliviens barbus à lunettes peuvent se ressembler! Et je retrouve un couple d’américains “seniors” que j’avais rencontrés à l’hôtel de Potosi. Comme quoi, si le monde est petit, la Bolivie l’est aussi. Et ce n’est pas fini. En sortant, je remarque un arbre victime de la pollution porteur du message d’une association écologiste :

Pour la cathédrale, la chance, la messe dominicale me permet de regarder encore une fois toutes ces décorations baroques et dorées. Je ne sais ce que cela m’inspire, tout ce faste, une madonne parée d’une robe de fils d’or ou d’argent (un peu loin pour voir et j’ose pas interrompre la messe pour voir) est aussi exposée dans une vitrine de verre. Je ne m’attarde pas : à l’entrée, il y a même une affiche avec Benoît XVI , sa photo et l’annonce d’une conférence épiscopale prochaine. Brr. De voir sa tête m’indispose maintenant.
Je déambule dans ces jolies rues, au détour desquelles des places accueillantes sont plantées de …palmiers! Et oui, ici j’ai mis depuis longtemps vestes et pulls dans mon sac pour déambuler en T-shirt. Sur les coups de midi, à la faveur d’une discussion fortuite avec les barmans du Joy Ride, où je me suis pausée prendre un café-sandwich, je décide de partir pour Tarrabucco, où les paysans de la région tiennent un marché dominical, ce qui tombe bien puisqu’on est dimanche. Me voilà donc héler un taxi pour qu’il m’emmène au terminal de bus pour Tarrabucco. Les guides touristiques parlent d’événement incontournable, tout de même. Et puis, un petit tour à la campagne, dans un village planté d’eucalyptus, moi qui ne voit quasiment pas un arbre depuis que je suis là, ça va me changer….Et le taxi de me proposer de m’y emmener moyennant 100BS. Le bus n’en coûte que 20 , certes, mais là je me la joue vraiment confort, après tout pourquoi m’emmerder à attendre un bus quand je peux partir tout de suite. En chemin, il regonfle ses pneus, passe un coup de fil et…finit par récupérer sa femme et ses deux enfants qui profitent aussi du trajet.
Bref, au bout d’une heure nous y voilà. J’arrive sur la place de Tarrabucco, un groupe de danse folklorique est en train de faire un show. Tous ces stands étalés me font penser à une sorte de marché aux puces. En plus, vu comment sont les autochtones, même pas la peine d’imaginer sortir un appareil photo! Tout autour de la place, des boutiques, vraiment comme aux puces. Avant d’entrer sur le marché je croise ma copine tchèque Karolyn rencontrée à Potosi, comme quoi le monde est vraiment petit et la Bolivie aussi, elle continue sa route sur Santa Cruz, on se promet de s’e-mailer pour se tenir au courant de nos péripéties : elle était aux fameuses fêtes du Tinku (que les indiens m’ont dit être un attrape-gogos…) pendant que je suivais la cueillette de la quinoa! Nous nous étions donné rendez-vous avec le Taxi une heure plus tard au même endroit. Pour un retour à 100Bs aussi. Mais une heure après, pétante, le taxi n’est pas là. Je me dis qu’il est soit parti pique niquer en famille soit qu’il a trouvé un client plus offrant. Je me retrouve dans l’un de ses mini-bus , 8BS pour rentrer, départ imminent, 1 heure de trajet me dit le chauffeur. Tu parles! D’abord pour partir, tout le bus doit être plein (une quinzaine de personnes).Ce qui prend un certain temps… Et puis c’est un omni-bus, chacun l’arrête quand il veut descendre, et si des places sont libres, le chauffeur a tôt fait de s’arrêter pour les remplir de nouveaux paysans. Bref, au final, départ à 15h au lieu de 14h30 et arrivée à 16h40. Dans le bus je suis assise à côté d’un vieux vieux quechua qui me parle dans cette langue que je ne comprends pas. Il est très taquin et fait plein de blagues aux gens du bus… Ce qui fait qu’il faut déjà que je me grouille pour rentrer sur Potosi, où je dois encore passer par l’hôtel pour récupérer mon sac et attraper le bus de nuit pour La Paz à 20h30. Au terminal de bus, j’ai encore la chance de retomber sur un taxi communautaire (ça me met le trajet à 40Bs, pour 165 km on conviendra que ce n’est pas cher) , mais le trafic est important, il y a plein de travaux sur la route, la nuit tombe vite (6h30 environ) et le temps passe. Je n’arrête pas de regarder ma montre, 18h30, 19h , 19h30…enfin plus que 7km, le chauffeur comprend ma priorité et me pose 10 mn plus tard à l’hôtel. C’est encore la course jusqu’au terminal et puis après dans le terminal pour savoir de quel quai part mon bus, à 20h30 pétantes. Après des sons de cloche différents, je demande à un flic qui a la bonne idée de m’emmener au guichet de la compagnie qui gère mon bus qui me file la contremarque de mon billet et m’indique le quai : n°7. Le bus arrivera finalement quai n°5 à 20h40…. Allez comprendre quelque chose. C’est un bus couchette, et comme j’ai toujours de la chance, on m’a collé une place côté fenêtre-qui-ne-ferme-pas-vous-voyez-le-genre?-(courants-d’air-à-gogo). Finalement mon voisin use de sa force pour la claquer bien net. Je m’endors, mon ipod sur les oreilles et ne me réveille qu’à la pause traditionnelle à Challapata où je me prends cette fois le luxe de ne pas descendre, chacun aura compris pourquoi. Je ne me réveille qu’à La Paz, à 5h du mat. Aïe, c’est vrai, j’ai oublié de regarder où j’allais dormir . Je vais à la lumière, consulte mon petit fûté (qui date de je sais pas quand d’ailleurs parce qu’il est pas mal périmé sur plein de trucs) , qui présente l’hôtel Maya près du centre. À la file de taxi, je vérifie bien plaques d’immatriculations et numéros de licence avant de m’embarquer (tant d’histoire de faux taxis dépouilleurs…) . Le chauffeur m’annonce 10BS (contre 3, prix moyen à Oruro, et 4 , prix moyen à Potosi) .Je n’ai pas les moyens linguistiques de discuter et je suis un peu fatiguée tout de même. Je sonne à la porte de l’hôtel Maya, dérange bien sûr le veilleur de nuit, qui bien sympa me file une chambre. Parquet brillant, décor rococo, pas de wifi, (mais internet en bas). Enfin, du coup, impossible de dormir puisque je tiens ce blog! pfff… bon, allez, c’est bientôt l’heure de déjeuner et une bonne douche préalable me contentera grandement. …mince l’eau était froide…et puis internet marche pas…et puis y a même pas une fenêtre pour regarder dehors….

Potosi , repos

Rythme plus tranquille…grasse matinée, petit déjeuner, toujours ces cerbères qui engueulent toutes les filles (et que les filles) au réfectoire, on plaisante dessus. J’émerge à 11h, je flâne, un petit café à La Plata…je visite le clocher de la cathédrale et prend quelques photos panoramiques… Et puis, ensuite direction le bureau de médecins du monde. Je ne comptais y rester qu’une petite heure, le temps d’interviewer Ingrid et Olivier. Et puis en fin de compte, ils m’invitent…à un repas de famille. L’occasion de rencontrer la soeur d’Ingrid, Rosario (et oui, c’est un nom de garçon, mais c’est fréquent ici, ça veut juste dire Rosaire) , qui a fondé la SOPE , une société d’écologie pour la protection de l’environnement de Potosi. Bon, ça s’éternise un peu, mais le repas est très drôle, comme il y a beaucoup beaucoup de monde, c’est les chaises musicales! On mange des lassagnes, et on boit de la bière mélangée à du …fanta! (très bizarre)
Bref, après, retour au bureau, je lis plein de docs en espagnol sur les mines, les chiffres, etc…des films, des images… 19h Mais la journée est passée comme un rien, moi qui voulais faire quelques achats d’artisanat…enfin, de retour à l’hôtel, je bloggue en temps réel. Demain, je me suis organisée une petite virée à Sucre, avant de repartir pour La Paz, où je devrais arriver lundi matin aux aurores. Que l’on ne s’étonne donc pas si je ne donne pas de nouvelles avant lundi! Hasta luego !

Potosi, toujours les mines

Rendez-vous bolivien avec Olivier. 8h30 au début. Au final 10h! Pour cause d’un pneu dégonflé par un voisin mal intentionné. Là on va voir les terrils, ils sont monstrueux vus de haut.
C’est 4 millions de tonnes abandonnés en plein air, les habitants de Kantumarca, la cité historique de Potosi, première à avoir reçu l’exploitation des mines du Cerro Rico, peuvent remercier 20 ans d’activité de la Comibol! Ce qu’on va en faire? Un casse-tête invraisemblable…D’abord, on voulait déplacer ces terrils à 10km de là, dans un village peu peuplé dont la communauté avait accepté l’implantation moyennant finance, et puis on s’est rendu compte que peut-être le déplacement de toute cette poussière allait poser quelques problèmes… Alors on s’est dit qu’on allait encapsuler ces terrils dans de l’argile. C’était en 2007. Les cours des métaux ont invraisemblablement monté, alors la Comibol s’est dit que c’était bien dommage, qu’on pourrait tout de même essayer d’en tirer encore quelque chose, de ces déchets qui contiennent encore plein de minéraux, bien évidemment. Il n’y a qu’à voir, quand on va marcher dessus, on voit plein de petites rivières dorées… On dirait vraimen t une autre planète…mais il n’y a rien, pas âme qui vive, pas de chien pas d’oiseau, ça pue le souffre et on finit par avoir mal au crâne même si on fait de belles photos.
Il paraît que les enfants y viennent jouer régulièrement. Au menu, antimoine, cadmium, plomb, arsenic… résultats : des verrues en nombre sur les mains , l’antimoine provoquant une hyperkératose responsable de ces disgrâces cutanées. et puis des cancers, du saturnisme, de l’asthme et autres joyeusetés. Pourtant, on est fasciné de cette beauté minérale. Les terrils bizarrement ont même pris la forme de certaines montagnes andines, les chollitas, qu’on dirait constituer réellement de jupes… Ceci explique peut-être la passivité des habitants de la zone située tout autour? Cette beauté minérale a tout de même un côté fascinant… Une fois bien reminéralisés (!!! ) ou plutôt pleinement contaminés, nous repartons, manger à la Plata. ça y est je tente la salade, les crudités et tutti quanti.

Bien sûr, des mesures de protection ont été prises… Ainsi, la rivière qui avant dévalait la ville chargée des déchets miniers (résultat du génie espagnol qui au 16 ème siècle avait organisé un nombre incroyable de lagunes artificielles dans la région du Kari Kari pour alimenter en eau cette rivière…allant jusqu’à en tapisser le fond de cuir de vaches ou de lamas) a été couverte et bétonnée…
C’est au moins déjà ça! Même si le résultat est curieux d’un point de vue du développement urbain.

L’après midi, jolie visite privée historique des mines avec Mary, une guide bolivienne qui parle très bien français . Le seul souci, c’est que le vendredi, les mineurs finisssent tôt et vont se saoûler. On n’en rencontrera quasiment pas. un peu dommage tout de même (heureusement que j’ai vu ceux d’Oruro!). On visitera l’ancien site de la Comibol, en ruine mais bien gardé,
Avant de retrouver Dona Narda, infirmière du Centre de Santé des Mineurs qui nous explique les problèmes sanitaires des populations qui vivent sur la montagne. Il y a en particulier les Guardias, des femmes, souvent veuves de mineurs , qui gardent l’entrée des galeries…et tout leurs enfants. Près de 450 personnes au total probablement.
Le soir, nous mangeons tortillas, lasagnes et empanidas dans un petit restau typiquement bolivien. Nicolas reprend le bus de nuit pour La Paz. Je termine à la plata par un…café (j’en avais très envie) et un tarte au citron (idem) . J’ai décidé de passer une journée de plus à Potosi. Me reposer un peu, tout de même!