2024

Du rififi dans les AMM 26/06/2024 Alternative Santé

Covid long : quel bilan quatre ans après ? (p.9) 01/06/2024 Alternative Santé (dossier)

Covid long : un engrenage de causes… et d’effets (p.10-11) 01/06/2024 Alternative Santé (dossier)

Covid long : les remèdes naturels pour soulager (p.12-14) 01/06/2024 Alternative Santé (dossier)

Covid long : une difficile prise en charge (p.15) 01/06/2024 Alternative Santé (dossier)

Une petite partie? (p.30) 01/06/2024  Ivry ma ville

Oser apprendre (p.31) 01/05/2024 Ivry ma ville

Végétaux issus des NGT, enjeux, risques et perspectives (video 180mn) 02/04/2024 Webinaire AJE (Association des Journalistes de l’environnement)

Chaleur Humaine (p.30) 01/04/2024 Ivry ma ville

Yoga au Dojo (p.18) 01/03/2024 Ivry ma ville

La renommée de l’angélique de Niort (p.66-67) 01/02/2024 Plantes et Santé

L’odyssée d’un jeu (p.19) 01/02/2024 Ivry ma ville

2023

Pas de pitié pour les pigistes malades!

Inflation Rester bio malgré la crise (p.95)

le 1er novembre 2023 pour 60 millions de consommateurs Hors série PREMIERS PRIX

NB. Les rédactions sont sans pitié pour les pigistes malades…écrit au mois d’août, quand j’avais le covid et que j’étais en burn out, cet article, pourtant réécrit trois fois,  a été pudiquement signé « la rédaction ». Et payé à bas prix. Sympa. Je pourrais aussi mentionner  » Petits prix versus marques nationales le match des produits bruts » (p.42-47)que j’avais commencé à documenter (en particulier la recherche des produits) mais que je n’ai pas pu écrire, pour cause de Covid et de Burn Out (mais non écrit = non travaillé! et donc carrément non payé…)

 

Taï Chi : efficace contre la maladie de Parkinson

Le Taï Chi peut freiner les symptômes et les complications de la maladie de Parkinson pendant plusieurs années, révèle une étude publiée en ligne dans le Journal of Neurology Neurosurgery & Psychiatry, revue affiliée au BMJ (British Medical Journal).

Selon les résultats de l’étude, cette pratique est associée à une progression plus lente de la maladie et à une diminution des doses de médicaments nécessaires au fil du temps.
Deux groupes de patients atteints de la maladie de Parkinson ont été suivis pendant plus de 5 ans, de janvier 2016 à juin 2021 : le premier, de 147 patients, pratiquait le tai-chi deux fois par semaine pendant une heure, en suivant des cours pour améliorer leur technique. L’autre, de 187 patients, continuait de recevoir les soins habituels, mais ne pratiquait pas le tai-chi. Dans le groupe qui pratiquait le Tai chi, la progression de la maladie a été plus lente , la fonction cognitive s’est moins vite détériorée, le sommeil et la qualité de vie se sont continuellement améliorés, il y avait aussi moins de complications (dyskinésie, dystonie,hallucinations, troubles cognitifs légers,syndrome des jambes sans repos) , mais aussi de chutes,   vertiges et   douleurs dorsales.
Il ne s’agit certes que d’une étude d’observation (elle ne permet pas de déduire de liens de cause à effet) mais elle suggère que le Täi chi pourrait être associé à une progression plus lente de la maladie, et même conduire à l’administration de doses plus faibles de médicament…

Source :

Li G, Huang P, Cui S, et al Effect of long-term Tai Chi training on Parkinson’s disease: a 3.5-year follow-up cohort study

Apprendre à gérer l’anxiété, c’est possible !

Rencontre avec Frédéric Fanget

Frédéric Fanget est médecin psychiatre et psychothérapeute. Dans ses ouvrages, il popularise les résultats d’une psychologie scientifique et clinique reconnue valide par les meilleurs experts mondiaux. Le dernier en date, coécrit avec Catherine Meyer et illustré par Pauline Aubry, raconte, en bande dessinée, comment on peut apprendre à gérer son anxiété, sans médicament, grâce aux thérapies comportementales et cognitives (TCC)… Un livre salutaire en ces temps de crise sanitaire et environnementale, où les troubles anxieux explosent !

Frédéric Fanget, Catherine Meyer, Pauline Aubry, Le Club des anxieux qui se soignent, éditions Les Arènes, mars 2023

Le « club des anxieux qui se soignent », titre de votre ouvrage, existe-t-il ?

C’est évidemment une invention pour la BD ! Mais je précise que ce type de club existe, c’est d’ailleurs un lieu idéal pour permettre aux anxieux de se retrouver et d’échanger sur le sujet ! Agoraphobes, paniqueurs, grands ou petit anxieux s’y retrouvent. Ils constatent qu’ils ne sont pas tout seuls et se soignent. L’association Mediagora, présente dans plusieurs grandes villes de la métropole, a été fondée par des personnes souffrant ou ayant souffert d’anxiété. Elle s’adresse à tous les patients francophones via un réseau de correspondants. [Note1]

Que sait-on aujourd’hui des mécanismes en jeu dans l’anxiété ?

Dans l’anxiété, il se passe des choses d’un point de vue biologique au niveau du cerveau. On le sait depuis 30 ans, quand les gens sont dans des états anxieux sévères, la transmission de leur sérotonine est perturbée. La sérotonine, c’est l’hormone de l’émotion. C’est le neuromédiateur qui régule la peur, donc l’anxiété, mais aussi l’humeur dépressive, l’impulsivité, les phénomènes de compulsion… C’est un neuromédiateur central : sans lui, le cerveau ne marche pas bien ! En temps normal, comme tout neuromédiateur, la sérotonine migre le long des neurones, se transmettant de l’un à l’autre en franchissant les synapses, qui sont les espaces entre les terminaisons des neurones… Dans le cerveau d’un anxieux, la sérotonine est capturée, avant d’avoir pu franchir les synapses, par les récepteurs à la sérotonine situés au niveau des terminaisons des neurones présynaptiques : elle ne peut pas se diffuser comme elle le devrait. Cependant, on ne sait toujours pas si c’est une cause ou une conséquence de l’anxiété… Et par ailleurs, il n’y a pas que le biologique, il y a aussi le psychologique ! Je l’ai assez longuement détaillé dans la BD, l’anxiété est une maladie de l’anticipation et de la rumination. L’anxieux pathologique anticipe tout, il envisage tout à l’avance parce qu’il a peur de ne pas contrôler ce qui va lui arriver. Donc il rumine, dans sa tête, ça tourne en boucle parce qu’il a peur de ne pas savoir résoudre les problèmes — probablement au cours de sa vie, cela lui est déjà arrivé et il a perdu confiance en lui et dans ses capacités. Et il développe un deuxième facteur psychologique, qui est la surestimation des dangers. Si vous ne savez pas résoudre les problèmes et que vous avez peur de ne pas faire face aux choses, les choses vont vous faire de plus en plus peur…

Mais comme vous l’expliquez dans votre livre, l’anxiété est aussi une émotion normale, que tout un chacun éprouve face aux stresseurs … Quand est-elle considérée comme pathologique  ?

L’anxiété fait partie de la vie, et c’est aussi un moteur. À condition de pouvoir l’apprivoiser et de pouvoir supporter une petite dose d’angoisse. Lorsque l’anxiété dure au-delà de 50 minutes par jour et qu’elle est intense, il y a un envahissement cognitif, avec des pensées négatives qui vont agir sur notre corps. C’est psychique et somatique. Elle s’accompagne d’une gêne fonctionnelle majeure (vous ne pouvez plus travailler, vous êtes incapable de vous déplacer normalement) … Il y a aussi un retentissement social. Les grands anxieux sont handicapés dans leur quotidien. On considère qu’une anxiété qui s’accompagne d’évitements de situations importantes pour vous (déplacements, rencontres, …) et qui a des répercussions majeures sur votre vie sociale, intime et professionnelle, est pathologique. Si elle n’est pas prise en charge, non seulement elle ne va pas diminuer, mais elle risque de s’accompagner de complications comme des addictions, des dépressions et une association avec un autre trouble anxieux…

Comment traite-t-on ces anxiétés dites sévères ?

La mise au point de molécules ressemblant à la sérotonine et capables de se fixer sur les récepteurs à la sérotonine ou « inhibiteurs de la recapture de la sérotonine » (IRS) a permis de développer un traitement de fond médicamenteux. Les IRS permettent à la sérotonine naturelle d’être transmise de neurone à neurone sans être « court-circuitée » par les récepteurs On ajoute une thérapie comportementale et cognitive afin de donner au patient les moyens de gérer ses angoisses. Le patient va apprendre des méthodes corporelles, comme la relaxation musculaire ou la cohérence cardiaque par exemple, et des méthodes de gestion de la pensée grâce à la thérapie cognitive. Et, à la fin de sa thérapie, quand il sera devenu autonome par rapport à la gestion de ses angoisses, il n’aura pas toujours besoin d’un médicament extérieur, même pas d’une plante d’ailleurs, car il saura adopter des comportements anti-anxieux ! À ce moment il sera temps d’arrêter progressivement le médicament pour les patients pour qui ce sera possible.

Bien sûr tous les cas sont différents, on travaille sur des schémas cognitifs, mais l’idée est d’apprendre à modifier ses comportements, ses pensées négatives et à gérer ses émotions.  Pour beaucoup de patients, cela va être suffisant. Chez certains, des problèmes plus graves, comme des traumatismes infantiles par exemple, nécessiteront une prise en charge plus longue en psychothérapie. Mais dans l’ensemble, les thérapies comportementales et cognitives, qui sont validées par de nombreuses études dans le traitement de l’anxiété, restent des thérapies brèves qui visent à rendre le patient autonome — et non, comme dans la psychanalyse, à le rendre dépendant de la thérapie !

Que penser des « anxiolytiques » ou encore des plantes réputées « apaisantes » ?

Les anxiolytiques n’ont pas de place dans le traitement à long terme de l’anxiété. Ces benzodiazépines n’agissent pas sur la sérotonine, mais sur le GABA, un système freinateur ! Leur effet calmant s’accompagne d’effets indésirables et d’un risque d’accoutumance. Et puis si vous prenez un anxiolytique dès que vous êtes confronté à un événement angoissant, vous alimentez le fonctionnement en « tout ou rien » (« Je n’agis que si je n’ai aucune peur ») dont la thérapie essaie de vous sortir ! Endormir la peur est contre-productif.

Quant aux plantes, c’est très insuffisant pour soulager les anxiétés sévères que je traite !   Et puis ce qui m’ennuie aussi, c’est que c’est un peu comme avec les anxiolytiques, cela donne l’impression que la solution vient de l’extérieur.  Or ce que nous essayons de faire, c’est d’apprendre aux patients à gérer eux-mêmes leur anxiété, grâce à des solutions comportementales, émotionnelles et cognitives. Au final,dans un certain nombre de cas les gens n’ont plus besoin de rien, ils n’ont plus besoin ni de médicaments, ni de plantes ni d’anxiolytiques ni de boire ni de consommer des drogues ! Il est ici très important de souligner que le corps et l’esprit sont liés !   Plusieurs études montrent d’ailleurs que les thérapies comportementales et cognitives données à des patients qui ont des phobies ou encore des troubles obsessionnels compulsifs modifient leurs flux sanguins cérébraux. On l’observe sur les PET scans, le psychisme modifie le cerveau ! C’est un organe plastique ouvert sur le monde…

Mais au fait, qu’en est-il de l’écoanxiété dont on parle de plus en plus avec l’urgence écologique… et dont vous ne parlez pas du tout dans votre livre ?

Je pense qu’on devrait plutôt parler d’écostress que d’écoanxiété ! Mais c’est un thème un peu délicat, vite sujet à polémique … Les problèmes écologiques, mais aussi la guerre en Ukraine, une maladie grave qui vient de vous être diagnostiquée, ou encore le décès d’un de vos proches, génèrent de l’angoisse chez monsieur et madame tout le monde. Pour autant je refuse de dire que l’écologie peut être à l’origine d’une « écoanxiété » : ce que je vois simplement, c’est qu’il y a des anxieux qui polarisent tout sur l’écologie. L’écologie devient pour eux une obsession et ils ne voient plus les autres facteurs d’anxiété ! Mais l’éco-anxieux risque plutôt de se faire écraser par une voiture parce qu’il n’aura pas fait attention en traversant la rue ou qu’il sera en train de lire ses tweets ou téléphoner à ses amis pour aller à la prochaine manif’! Dès que vous zoomez sur un thème, vous ne voyez plus ce qu’il y a tout autour ! Je pense que, probablement, ceux qu’on qualifie d’« écoanxieux » ont un terrain anxieux préalable. Et que se dire « écoanxieux » est socialement bien plus acceptable que de reconnaître qu’en fait on présente un trouble anxieux …

Certains de mes collègues disent « l’écoanxiété n’est pas une maladie, c’est un phénomène normal, c’est un problème politique. » Mais moi, je suis psy, je ne suis pas politicien, je ne peux pas changer le monde … Je peux en revanche vous aider à changer votre rapport aux problèmes écologiques.  C’est la seule chose que je peux faire en thérapie, aider les gens à s’adapter au monde dans lequel ils vivent mais c’est déjà beaucoup…

 

[Note 1] Plus de précisions sur ce site, qui propose une carte interactive : https://mediagoras.fr]

Sur le terrain…

J’ai eu l’occasion de faire plusieurs reportages à l’étranger, pour Libération, Science Actualités (Cité des Sciences) ou Novethic…

En Bolivie,   les pollutions minières, la culture du quinoa, l’origine de la maladie de Chagas, le développement de la culture de la stevia, l’adaptation des cultures viticoles à l’altitude et au changement climatique, ainsi que la Cumbre, ce contre-sommet pour le climat organisé par Evo Moralès à la suite du Flop de Copenhague, m’ont bien occupé en 2009 et 2010.

En Inde, en 2011, je me suis intéressé  au greenwashing gouvernemental,   notamment à l’exploitation d’une mine de diamant en pleine réserve naturelle…, ainsi qu’à  la pollution du Gange à Vanarasi (Bénarès), ville où tout indien rêve de se faire incinérer …

En Islande, en 2012, j’ai enquêté sur l’exploitation des ressources géothermiques  par les fonderies d’aluminium (et les pollutions environnementales qui en ont découlé) et j’ai cherché des traces de « la crise de 2008 » où les islandais avaient soi-disant mis leurs banquiers en prison, incarnant un modèle de justice sociale allant jusqu’à la réécriture démocratique de leur constitution …

Au Japon, en 2014, il s’agissait évidemment des conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima…

Inde

Islande

Japon

 

Les mines de Bolivie

Turquie

La petite histoire du Paxlovid, remède miracle de la Covid-19…et son flop

Covid oblige, les médicaments battent tous les records de vitesse dans leur mise au point. Ainsi du Paxlovid de Pfizer, développé en 12 mois. Mais, présenté comme un remède miracle contre les formes graves, (et aujourd’hui le seul, les anticorps monoclonaux ayant été abandonnés) il a fait un flop en Europe et aux États unis. On vous raconte son histoire.  

 L’histoire de la découverte étonnante du Paxlovid démarre le vendredi 13 mars 2020. Ce jour-là, les laboratoires Pfizer de Cambridge dans le Massachusetts ferment pour cause de pandémie, et ils renvoient leurs salariés chez eux. Parmi eux, le directeur du département de chimie médicale, Dafydd Owen, est invité à réfléchir aux ressources dont il aurait besoin pour diriger un programme de développement d’un médicament oral pour lutter contre la pandémie émergente. Depuis 20 ans qu’il est chez Pfizer, d’abord sur le site de Sandwich, en Angleterre, puis depuis 2011, aux États-Unis, Dafydd Owen n’a encore jamais travaillé sur un tel médicament — il n’a pour l’heure exercé ses talents de chimiste que dans des programmes menés en oncologie, gestion de la douleur et maladies cardiovasculaires. Mais il se sent prêt à relever ce défi, d’autant que le terrain a déjà été défriché par d’autres chercheurs, et pas qu’un peu : en 2003, ils ont mis au point un antiviral, le PF-00835231, capable de bloquer la réplication d’un autre coronavirus, le SARS-Cov1, alors responsable d’une épidémie de SRAS. Le développement du médicament avait été stoppé net, n’ayant pu être testé sur les patients puisque l’épidémie s’était alors arrêtée aussi vite qu’elle était apparue ! L’épidémie de Covid-19 due au SARS-Cov2 était une bonne occasion de ressortir la molécule du placard… et de l’améliorer. Car le PF-00835231 ne peut être administré que par voie intraveineuse, à l’hôpital donc. Le laboratoire ambitionne de mettre au point un traitement par voie orale. Mais il faut résoudre un problème majeur de chimie car    le PF-00835231 est dégradé dans l’intestin. Dafydd Owen modifie sa formule, lui ajoutant du trifluoroacétamide pour l’empêcher de se dégrader dans l’intestin, ainsi qu’une molécule de nitrile, très facile à fabriquer et permettant de garantir la biodisponibilité orale du médicament.

Un développement record

C’est ainsi que le 22 juillet 2020, les chimistes de Pfizer synthétisent pour la première fois le PF-07321332 ou  nirmatrelvir. Après avoir montré sa bonne activité antivirale contre le SRAS-CoV-2 in vitro, ils le testent chez le rat : le 1er septembre 2020, les résultats de l’étude pharmacocinétique montrent qu’ils sont sur la bonne voie. Pour fabriquer leur candidat antiviral, l’équipe combine alors le PF-07321332 avec le ritonavir, un antiviral utilisé pour traiter le VIH et l’hépatite C. Ce dernier n’a aucune action contre le SRAS-CoV-2, mais en se liant aux enzymes métaboliques de l’intestin, il les empêche de dégrader le PF-07321332, lui permettant de franchir la barrière intestinale et d’aller bloquer le virus partout où il se trouve, en se liant à la protéase qui lui permet de se répliquer. Le Paxlovid, combinaison de nirmatrelvir et de ritonavir, est né. Début novembre 2020, les études toxicologiques démarrent, avec 1,4 kg du médicament, fabriqué par les chimistes. Et en à peine un an, le développement du médicament est achevé, essais cliniques sur l’homme compris : un temps record ! Dès novembre 2021, Pfizer annonce que le Paxlovid réduit le risque d’hospitalisation et de décès de 88 % chez les adultes à risque. C’est bien plus que son concurrent de chez Merck, le Molnupiravir, en attente alors d’être mis sur le marché. Lui ne réduit a priori ce risque que de 50 % (et en réalité, comme le montrèrent peu après les études, plutôt de 30 %…). Il sera d’ailleurs dès le 9 décembre 2021 recalé en France par la haute autorité de santé, malgré l’avis favorable des autorités européennes. La précommande de 50 000 doses qui avait été faite par Véran fin novembre s’est  d’ailleurs trouvée peu après annulée !

Le Paxlovid est promis à un meilleur avenir : la FDA émet une autorisation d’utilisation d’urgence et dès le mois de janvier 2022, le gouvernement américain commande de quoi traiter 20 millions de personnes. L’Europe suit peu après, et avec elle la France, qui en commande quelque 500 000 doses (soit 10 fois plus que de Molnupiravir !).

… mais des espoirs vite déçus

Le médicament miracle est surtout une manne pour le Laboratoire Pfizer : sa vente lui permet d’engranger 19 milliards de dollars en 2022, avec quelques 27 millions de doses de vendues…   En France,  500 000 doses sont précommandées pour un coût de près de 250 millions d’euros… Pour les pays qui en ont acheté, c’est vite la désillusion : la prescription est terriblement compliquée, devant se faire dans les cinq jours qui suivent les premiers symptômes — ce qui impose un système de tests efficace et opérationnel.   La liste des interactions médicamenteuses est considérable, par exemple avec les statines. Les effets secondaires imposent souvent l’arrêt prématuré du traitement. Son efficacité laisse à désirer : Joe Biden contractant le Covid au début de l’été lui fait une très mauvaise publicité ; traité par le Paxlovid, voilà qu’il est testé quelques jours plus tard à nouveau positif au Covid ! Un « effet rebond » fréquent mais quelque peu problématique… Les spécialistes ont beau s’empresser de relativiser la chose en disant que c’est toujours moins grave que de se retrouver à l’hôpital ou de mourir, on se méfie de cette « pilule miracle » qui donne en plus mauvais goût à la nourriture et n’empêche pas la transmission de la maladie… mais surtout, fin août 2022, une étude israélienne menée sur 109 000 patients montre que le traitement ne réduit les hospitalisations que chez les plus de 65 ans (et de 75 %, pas de 88 %…). Chez les plus jeunes, âgés de 40 à 65 ans, son administration n’est d’aucun bénéfice ! Malgré ces éléments, les autorités sanitaires françaises ont décidé d’encourager la prescription de ce médicament auprès des personnes à risque ayant contracté le Covid, âgées de plus de 65 ans ou, plus jeunes mais présentant des facteurs de risque.

Il faut dire que selon l’enquête Epi-Phare parue fin octobre, seules 54 181 doses ont été écoulées… Fin novembre, le Pr Brigitte Autran, l’immunologiste à la tête du comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars) pour encourager les médecins à le prescrire fait la promotion du médicament   sur France 2  En décembre, les modalités de délivrance du Paxlovid sont même facilitées,  les pharmacies d’officine  étant autorisées à « disposer d’un stock d’avance d’une ou deux boîtes de Paxlovid issues du stock État » (DGS-Urgent 22 décembre).  Les près de 1300 personnes qui sont toujours en réanimation ou en soins critiques dans l’Hexagone en raison du Covid au 11 janvier auraient-elles pu éviter de se retrouver là si  elles avaient pu recevoir du Paxlovid ? Nul ne le sait, mais il est sûr que l’ accès facilité et toutes ces doses disponibles ont  attiré de nombreuses convoitises, épidémie en Chine oblige !  Car c’est un trafic inédit qui se déroule désormais, par l’entremise d’ordonnances étrangères mais aussi parait-il de fausses prescriptions de médecins généralistes français, notamment en Île-de-France, dans le Grand Est ou encore en région PACA, selon les informations du syndicat des pharmaciens d’officine. Certaines pharmacies  écouleraient ainsi  chaque semaine des centaines de boîtes de Paxlovid.  L’Allemagne et les pays asiatiques seraient les destinations de ces produits que les trafiquants n’hésiteraient pas à monnayer 200 euros la boîte sur place, alors qu’elles sont vendues  dans les  pharmacies françaises à moins de 4 euros remboursables par la Sécurité sociale aux patients…Voici comment un traitement miracle que l’on voudrait donner chez nous  à ceux qui sont pourtant normalement déjà   protégés par la vaccination devrait finir au bout du compte   dans des pays comme la Chine où les vaccins se sont révélés au mieux inefficaces au pire inexistants…  

Contraception masculine : c’est pour quand?

paru le 21/11 /2022 dans  Chemical & Engineering News 

La contraception est une question qui touche les personnes de tous les genres. Bien que la plupart des personnes susceptibles de tomber enceintes soient des femmes cisgenres, de nombreux hommes transgenres et des personnes non binaires et intersexes le peuvent également. De même, la « contraception masculine » profiterait non seulement aux hommes cisgenres, mais aussi à de nombreuses femmes transgenres et personnes non binaires et intersexuées. Historiquement, la diversité des genres n’a pas été prise en compte dans le développement ou la recherche sur la contraception, l’ article qui va suivre est limité par cette tendance.

Alex Springer, 28 ans, travaille dans une entreprise de biotechnologie dans la région de Seattle. Chaque matin, il se réveille, prend une douche et met du déodorant. Ensuite, il verse un peu de gel dans ses mains et le frotte sur ses deux épaules. Le gel sèche en 30 secondes environ, après quoi il s’habille et commence sa journée. Et c’est ainsi que Springer et son partenaire sont protégés de la grossesse. « Cela fait partie de la routine », explique-t-il. M. Springer et sa compagne, Mel Hopkins, ont l’intention d’avoir des enfants un jour, mais pas maintenant. Mel Hopkins souffre de diabète de type 1 et les méthodes de contraception hormonale interfèrent avec sa capacité à gérer sa glycémie. Ils voulaient une option contraceptive pour Alex – et pour l’instant, ils en ont une. Springer et Hopkins font partie des milliers de couples du monde entier qui participent à un essai de phase 2 sur le gel NES/T, un contraceptif local qui combine nestorone – un progestatif synthétique – et testostérone. Ensembles, ces hormones suppriment la production de spermatozoïdes. L’efficacité a été beaucoup plus élevée que prévu, déclare Stephanie Page, investigatrice principale du site de Seattle de l’étude NES/T et professeur à la faculté de médecine de l’université de Washington. Selon elle, le gel pourrait avoir un taux d’échec plus faible que celui des pilules contraceptives classiques. Mais ce n’est pas un scoop : les contraceptifs hormonaux qui ciblent les spermatozoïdes ont déjà fait l’objet d’essais de phase 2 auparavant. Or, en dépit de décennies de recherche, aucune méthode n’est parvenue jusqu’au stade de la commercialisation. Car jusqu’alors, les principaux obstacles limitant les essais sont l’existence d’ effets secondaires importants et une efficacité qui laisse à désirer.

L’essai NES/T est  diffèrent : le contraceptif n’est pas injecté, et il est auto-administré. Et l’essai prévoit également de suivre attentivement  la santé mentale des participants. Jusqu’à présent, les effets secondaires ont été minimes. Que le gel NES/T réussisse à être commercialisé ou non, il devient très clair que les gens veulent des options de contraception bloquant les spermatozoïdes autres que les préservatifs et les vasectomies. La récente décision de la Cour suprême des États-Unis sur le droit à l’avortement,  qui n’est pas garanti par la Constitution américaine   a ravivé cette demande.« À la lumière de l’évolution du paysage législatif et de l’accès à l’avortement et à d’autres méthodes contraceptives féminines…. Je pense qu’il incombe aux hommes de commencer à assumer un peu plus de responsabilités en matière de planification familiale et d’utilisation des contraceptifs », déclare M. Springer.

Le NES/T est pour l’instant le contraceptif masculin le plus avancé et il pourrait entrer dans les essais de phase 3 d’ici un à deux ans. C’est cependant un médicament à base d’hormones, quand la plupart des hommes préféreraient des options non hormonales. En agissant sur une cible spécifique du cycle du sperme, les méthodes non hormonales pourraient éviter les effets secondaires souvent associés aux médicaments hormonaux. Elles pourraient également être plus efficaces. – En effet, dans la plupart des études, chez 10 à 15 % des utilisateurs, les hormones ne suppriment pas suffisamment la production de spermatozoïdes pour garantir des niveaux contraceptifs suffisants.  Ceci pourrait être dû à des différences génétiques ou environnementales ou à une non-compliance au traitement, selon le Dr Page.

Néanmoins, aucun des contraceptifs non hormonaux susceptibles d’agir sur les spermatozoïdes n’a encore été testé chez l’homme. Mais on se rapproche de plus en plus des essais cliniques, qui pourraient commencer dès l’année prochaine.

Désir d’options

Quand la « pilule »,   médicament hormonal de contrôle des naissances destiné aux femmes, a été approuvée aux États-Unis en 1960, le sujet de la contraception était tabou. Le contrôle des naissances était illégal dans au moins un État. Peu après l’introduction de la pilule, la loi fédérale a été modifiée afin d’accroître de manière significative la surveillance des approbations de médicaments par la Food and Drug Administration américaine. Certaines recherches sur le contrôle des naissances ciblant les spermatozoïdes avaient été effectuées au cours des années précédentes, et elles ont repris peu de temps après l’approbation de la pilule. Les tentatives ont toujours échoué, mais avec le temps, la demande semble s’être renforcée. « Nous savons que les hommes qui se font vasectomiser ont parfois des regrets de l’avoir fait. Nous savons que si les hommes n’aiment pas les préservatifs, les partenaires féminines ne les aiment pas non plus », explique Brian T. Nguyen, professeur adjoint d’obstétrique et de gynécologie clinique à l’université de Californie du Sud. M. Nguyen a également fondé le laboratoire EMERGE (Expanding Male Engagement in Reproductive and Gender Equity). « Donc, on peut dire que d’un côté comme de l’autre, hommes et femmes attendent avec impatience la contraception masculine ». Une étude réalisée en 2000 dans quatre villes de trois pays a montré que 44 à 83 % des hommes utiliseraient certainement ou probablement une pilule contraceptive hormonale. (Hum. Reprod., DOI: 10.1093/humrep/15.3.637). La même année, une enquête internationale menée auprès de près de 2 000 femmes révélait que seules 2 % d’entre elles ne feraient pas confiance à un partenaire masculin pour utiliser une contraception hormonale. (Hum. Reprod., DOI: 10.1093/humrep/15.3.646). Selon Steve Kretschmer, l’un des fondateurs du groupe de consultants Outsight 4 Development, qui mène l’étude, une étude en cours portant sur plus de 13 000 hommes de six pays a révélé que 39 % des hommes aux États-Unis et jusqu’à 76 % des hommes au Nigeria et au Bangladesh seraient prêts à utiliser une nouvelle technologie de contraception masculine au cours de l’année à venir. L’étude est financée par la Fondation Bill et Melinda Gates et la Male Contraceptive Initiative, une organisation de défense et de financement des contraceptifs réversibles non hormonaux qui peuvent être commercialisés auprès des hommes.

Le contrôle des naissances au-delà des hormones

La contraception hormonale comme le gel NES/T agit en empêchant la création de spermatozoïdes. La testostérone contenue dans le médicament, seule ou en combinaison avec d’autres hormones comme le progestatif, supprime les autres hormones qui stimulent la production de sperme. Mais les hormones agissent dans tout le corps. Pour certaines personnes, cela peut rendre les méthodes hormonales difficiles, voire impossibles à tolérer. « Lorsque vous donnez une hormone exogène à quelqu’un, vous changez l’expression ou influencez l’expression de centaines et potentiellement de milliers de gènes », explique Daniel S. Johnston, chef de la branche de recherche sur la contraception à l’Institut national Eunice Kennedy Shriver de la santé infantile et du développement humain (NICHD), qui fait partie des Instituts nationaux américains de la santé. « S’il y a 20 000 gènes, et je fais une estimation approximative, vous modifiez potentiellement l’expression de 5 % d’entre eux. » L’un des obstacles au développement d’une contraception hormonale bloquant les spermatozoïdes réside dans ses effets secondaires. En 2016, un vaste essai de phase 2 d’une injection hormonale, financé par d’importants bailleurs de fonds, dont les Nations unies et l’Organisation mondiale de la santé, a été interrompu prématurément. (J. Clin. Endocrinol. Metab. 2016, DOI: 10.1210/jc.2016-2141). Les auteurs de l’étude notent dans leur publication que  » la fréquence des troubles de l’humeur légers à modérés était relativement élevée. « 

Certaines femmes prenant la pilule ou utilisant d’autres contraceptifs hormonaux ont eu les mêmes effets secondaires que certains hommes dans les études. Mais les normes réglementaires ont changé depuis 1960, date à laquelle la pilule a été approuvée. Et compte tenu des risques pour la santé qui accompagnent la grossesse, les organismes de réglementation peuvent considérer que davantage d’effets secondaires potentiels sont acceptables pour une personne qui peut tomber enceinte que pour une personne qui ne le peut pas. « Il est absolument vrai que les effets secondaires sont similaires. Et de la même manière, tout le monde n’a pas d’effets secondaires avec les méthodes hormonales, tant pour les femmes que pour les hommes – beaucoup de gens les prennent sans aucun problème », dit M. Page. « Je pense donc qu’il y a deux poids, deux mesures en ce qui concerne ce que recherchent les organismes de réglementation. »

Un autre problème des méthodes hormonales est qu’elles ne sont pas suffisamment efficaces pour bloquer la production de sperme chez certaines personnes. Et il y a beaucoup de spermatozoïdes à supprimer : 1 000 spermatozoïdes sont produits à chaque battement de cœur, explique Gunda Georg, chimiste médicale à l’université du Minnesota Twin Cities. Comparé à un seul ovule libéré par mois, c’est un sacré problème!

Et si les données indiquent que les hommes sont largement disposés et intéressés à prendre une contraception, les méthodes hormonales rendent certains hommes méfiants.

« Ce que j’ai appris au cours de quelques  conversations avec des hommes, c’est qu’ils sont vraiment très, très, très sensibles , ils disent « Ooh, est-ce que cela affecte mes niveaux de testostérone ? » », dit Nadja Mannowetz, cofondatrice et directrice scientifique de YourChoice Therapeutics, qui développe un contraceptif ciblant le sperme.  » C’est vraiment la première question – pas nécessairement ‘Est-ce que c’est efficace’ ou quelque chose comme ça. La question est plutôt : « Oh, est-ce que je serai toujours un homme ? ».  »

Les chercheurs voient une opportunité de créer un contrôle des naissances qui utilise des méthodes non hormonales pour cibler les molécules impliquées dans la production ou la fonction des spermatozoïdes. Certains candidats ciblent les protéines qui jouent un rôle clé dans la production des spermatozoïdes. D’autres ciblent des protéines qui sont importantes plus tard dans le parcours du sperme, comme celles qui permettent aux spermatozoïdes de nager correctement. Le principal candidat de YourChoice cible une protéine appelée récepteur de l’acide rétinoïque (RAR-α), qui intervient dans la production des spermatozoïdes. RAR-α fait partie de la voie de la vitamine A. Certaines cellules de l’organisme convertissent la vitamine A (également connue sous le nom de rétinol) provenant de l’alimentation en acide rétinoïque, qui intervient dans la croissance et la différenciation des cellules, entre autres. Normalement, l’acide rétinoïque se lie à RAR-α, ce qui entraîne l’expression de certains gènes liés à la production de sperme. Le médicament de YourChoice, YCT-529, se lie au RAR-α, ce qui empêche l’acide rétinoïque de le faire. En conséquence, certains gènes nécessaires à la production de spermatozoïdes ne s’expriment pas.

Jean-Ju Chung, biologiste cellulaire à la Yale School of Medicine, qui travaille sur les canaux ioniques des spermatozoïdes, adopte une autre approche en se concentrant sur une cible qui affecte la façon dont les spermatozoïdes nagent. Pour que les spermatozoïdes puissent accomplir le long voyage jusqu’à l’ovule, ils doivent déplacer leurs flagelles – leurs queues – avec vigueur et de manière asymétrique. Les spermatozoïdes acquièrent cette qualité, appelée motilité hyperactivée, après l’éjaculation, alors qu’ils progressent vers l’ovule. « Si les spermatozoïdes sont capables de nager uniquement en ligne droite, ils vont s’arrêter », explique Chung.

Chung cible une protéine appelée CatSper, un canal ionique calcique situé dans le flagelle du spermatozoïde et qui joue un rôle clé dans cette motilité hyperactivée. Chez les modèles animaux, comme les souris, l’élimination du gène qui code  CatSper empêche les spermatozoïdes d’atteindre une motilité hyperactivée, de sorte qu’ils ne nagent que de manière symétrique, explique Chung. Même si les spermatozoïdes parvenaient à atteindre un ovule avec leur nage défectueuse, CatSper est également important pour d’autres processus essentiels à la conception, comme la réaction qui permet aux spermatozoïdes de pénétrer dans l’enveloppe de l’ovule. Sans CatSper, cette étape est bloquée.

Eppin Pharma travaille également sur un médicament qui interfère avec la fonction des spermatozoïdes. La petite molécule, EP055, se lie à l’EPPIN (inhibiteur de protéase épididymaire), une protéine présente à la surface des spermatozoïdes. En se liant, elle empêche les étapes qui rendent les spermatozoïdes fonctionnels, comme l’augmentation du pH, l’afflux d’ions calcium dans le spermatozoïde et l’hyperactivation de la motilité des spermatozoïdes.

Le fait de cibler la motilité des spermatozoïdes a un avantage potentiel : de tels médicaments agiraient plus rapidement que ceux qui bloquent la production de sperme à la base et qui mettent plusieurs semaines à agir pour atteindre le résultat contraceptif escompté.

Jochen Buck et Lonny Levin, de l’université Cornell, travaillent sur un contraceptif qui pourrait être pris à la demande et stopper la fertilité presque immédiatement. Leur composé ciblerait une enzyme appelée adénylyl cyclase soluble (sAC), qui catalyse la création de l’adénosine monophosphate cyclique (AMPc), une molécule messagère nécessaire à la motilité des spermatozoïdes. Leur médicament candidat est destiné à inhiber la sAC, empêchant ainsi la production d’AMPc et stopper net la nage des spermatozoïdes.

Ils envisagent que les hommes prennent le composé selon leurs besoins, comme le Viagra, médicament contre les troubles de l’érection. Il pourrait être pris environ 30 minutes avant un rapport sexuel, et son effet pourrait durer quelques heures, une journée, voire un week-end. Mais les utilisateurs n’auraient pas besoin de le prendre tous les jours. Il n’y aurait pas de risques d’effets chroniques à long terme. De plus, cette catégorie de médicament n’interfére  pas avec la production de sperme, de sorte que le nombre de spermatozoïdes reste normal ; seule la fonction est altérée.

« Bien sûr, si l’on peut contrôler à la fois le nombre et la motilité des spermatozoïdes, ce sera probablement plus complet », dit Mme Chung. Mais elle ajoute que si elle devait choisir entre les deux options, elle opterait pour la seconde (contrôler leur motilité) plutôt que pour le première (réduire leur nombre) : même un faible nombre de spermatozoïdes peut entraîner une grossesse, or un médicament visant à bloquer totalement leur production met nécessairement plus de temps à agir.

Un parcours semé d’embûches

Il semble, d’après les données précliniques, qu’il existe des candidats médicaments efficaces qui ciblent certaines parties du cycle du sperme. Mais jusqu’à présent, chacun a ses avantages et ses inconvénients. « Si le problème des contraceptifs hormonaux est qu’ils ne fonctionnent pas chez tout le monde, le problème des contraceptifs non hormonaux reste leur toxicité », déclare John Amory, interniste et chercheur en contraception à l’université de Washington. Il travaille également sur un médicament non hormonal impliqué dans la voie de la vitamine A. « Beaucoup de choses qui vont tuer les gens sont en train de se produire. « Ce qui tue  les spermatozoïdes est aussi susceptible de nuire à d’autres choses », dit-il. Les cibles contraceptives multiples que les chercheurs étudient, comme sAC et RAR-α, se trouvent à plusieurs endroits dans l’organisme. Si un médicament cible une protéine dans les testicules qui existe aussi, par exemple, dans le cerveau, des effets secondaires néfastes sont possibles. CatSper, la cible visée par le laboratoire de Chung, semble être complètement spécifique au sperme. Ce qui le freine, c’est qu’il ne peut pas encore être exprimé seul dans un système modèle – comme une lignée de cellules humaines cultivées – qui permettrait de tester des médicaments conçus pour le bloquer avant les études humaines. Johnston, du NICHD, émet quelques réserves quant au ciblage de RAR-α. RAR-α est exprimé dans d’autres parties du corps que les testicules, et il est possible qu’un médicament ciblant cette protéine l’affecte à plusieurs endroits. Certains articles publiés ont suggéré que le ciblage de RAR-α pourrait provoquer des changements indésirables dans le système immunitaire et peut-être dans d’autres parties du corps, comme le cœur et les yeux, explique Johnston.

Georg, qui a mis au point le YCT-529, note que dans les études animales, les niveaux du composé en dehors des testicules sont faibles, ce qui suggère qu’il reste dans la cible.

Johnston dit qu’il espère que le médicament candidat de YourChoice fonctionne – et plus largement que tous les candidats contraceptifs testiculaires fonctionnent. « Mais il y a des articles qui suscitent quelques inquiétudes sur RAR-α », dit Johnston. « Il y a très peu de produits pour lesquels je n’ai aucune inquiétude ». Il n’y aura pas de candidat parfait, dit-il.

Si certains effets secondaires peuvent être mesurés chez les animaux, il en est un qu’il est difficile de prévoir tant qu’un médicament n’est pas testé chez l’homme : l’action sur la santé mentale. Les changements d’humeur sont un effet secondaire notable des contraceptifs hormonaux actuellement commercialisés pour les femmes. Les chercheurs espèrent que les médicaments   ciblant des protéines spécifiques du sperme éviteront les effets sur l’humeur, car ils n’ont pas une action aussi large que les hormones.

Obstacles à l’approbation

Le paysage est truffé de questions qui ne trouveront pas de réponse avant les essais cliniques. Mais même avec des réponses, les contraceptifs qui peuvent être commercialisés pour les hommes sont confrontés à un chemin plus difficile vers l’approbation que de nombreux autres types de médicaments. « Être fertile n’est pas une maladie », dit M. Georg.

Il existe une analyse risques-avantages pour chaque médicament. Dans le cas de maladies comme le cancer, la maladie d’Alzheimer ou le diabète – dont les effets sur la santé de la personne traitée sont clairs -, un médicament a juste besoin d’atténuer les symptômes pour pouvoir justifier le risque d’effets secondaires. Pour le contrôle des naissances, le calcul est différent. « S’il s’agit d’un médicament de chimiothérapie, 80 %, c’est génial, non ? dit Logan Nickels, directeur de recherche à la Male Contraceptive Initiative. « S’il s’agit d’un contraceptif, 80%, c’est moins que le préservatif. C’est à proscrire. »

Ce calcul est également différent pour les personnes qui peuvent tomber enceintes. La fertilité n’est peut-être pas une maladie, mais la grossesse est toujours potentiellement une menace pour la vie. En 2017, près de 300 000 personnes sont mortes de causes liées à la grossesse et à l’accouchement, selon l’Organisation mondiale de la santé ( World Health Organization). Par ailleurs, « La pilule contraceptive que les femmes prennent tue en fait un petit nombre de femmes », dit Amory. « Et cela a toujours été justifié parce que le risque de grossesse non désirée est en fait plus élevé que le risque du contraceptif ».

Convaincre les entreprises pharmaceutiques qu’il y a, en plus du risque, un bénéfice substantiel à faire avancer les candidats médicaments ciblant les spermatozoïdes est un obstacle. Mais il faut savoir que les grossesses non désirées peuvent avoir des conséquences négatives pour les deux partenaires. Selon M. Nguyen, les jeunes hommes dont la partenaire met fin à une grossesse non désirée par un avortement ont plus de chances de terminer leurs études que ceux dont la partenaire continue de porter la grossesse. « Une partie du problème réside dans le fait que les décideurs politiques et les entreprises pharmaceutiques ne reconnaissent pas que les hommes ressentent un impact sur eux lorsque leur partenaire tombe enceinte, en particulier lorsque leur partenaire tombe enceinte alors qu’ils ne le souhaitent pas. »

Selon une école de pensée, soutenue par de nombreux acteurs du secteur, les organismes de réglementation devraient tenir compte de la santé du couple en plus de celle de l’individu. L’analyse risques-avantages devrait tenir compte des deux parties impliquées dans la grossesse. En outre, M. Page, de l’essai NES/T, soutient qu’il existe déjà un précédent pour un individu risquant sa santé pour améliorer celle d’un autre. « Il existe le concept de don d’organe vivant, dans lequel la personne qui donne un organe prend certainement un risque pour sa santé au profit d’une autre personne », explique-t-elle. « Il y a des situations où nous trouvons cela acceptable ».

En plus du risque potentiel pour les consommateurs de médicaments, les entreprises pharmaceutiques sont également confrontées à des risques. Les contraceptifs sont souvent la cible de litiges. Un exemple bien connu est celui des pilules contraceptives Yaz et Yasmin, qui bloquent l’ovulation et pour lesquelles Bayer a dû faire face à plus de 18 000 poursuites pour des effets secondaires graves présumés, comme des caillots sanguins et des crises cardiaques. Les implants, dont le NuvaRing, le dispositif intra-utérin Mirena et Essure, ont également fait l’objet de poursuites.

« Les sociétés pharmaceutiques sont de plus en plus réticentes à prendre des risques », explique M. Nickels, de l’Initiative pour la contraception masculine, qui note qu’elles comptent sur les jeunes entreprises pour prendre les premiers risques et acheter les médicaments candidats une fois qu’ils sont prometteurs. « Et je pense que c’est une mauvaise chose pour la contraception masculine, un domaine qui, historiquement, a eu beaucoup de mal à s’adresser aux gens, et encore moins à prouver qu’il allait réussir », explique M. Nickels. Mais, ajoute-t-il, il y a aussi de l’argent à gagner. « Nous parlons de 4 milliards d’hommes. Les hommes ne sont pas un ensemble monolithique. Si vous pouvez capter 1 %, 10 % ou 8 % de ce marché, cela représente beaucoup de monde », explique M. Nickels. « Je pense donc que les gens comprennent qu’il y a aussi un argument commercial à faire valoir. Et cette fenêtre pour savoir combien cette opportunité vaut, en termes de risque, se rapproche de plus en plus. Et nous arrivons à un point d’inflexion. »

Une marée montante ?

Dans un article de 2012 de C&EN, Amory a déclaré qu’un délai de 10 ans semblait à peu près correct pour qu’un contraceptif masculin soit approuvé (C&EN, 24 septembre 2012, page 35). Il a également raconté une blague courante dans le domaine – que les gens disent qu’un tel médicament sortira d’ici 5 à 10 ans… depuis des décennies. Et il a répété cette blague à nouveau cette année. Plus optimiste, M. Nickels avance prudemment que cette blague est peut-être en train d’atteindre la fin de sa vie. Lui ne voit pas l’échéance si lointaine. « J’ai parlé à un certain nombre de personnes qui sont ici depuis 10, 15 ou 20 ans. Et ils disent que ça y est – c’est le moment ». Reste à savoir quel type de produit arrivera le premier sur le marché.

Les approches hormonales ont ici une bonne longueur d’avance. Et elles ont un avantage en termes de familiarité. « Nous sommes très, très à l’aise avec les hormones », dit Amory.  » Elles sont un diable que nous connaissons « . Dans le meilleur des cas, le gel NES/T pourrait être approuvé dans 5 ans, selon M. Page, mais 7 ou 8 ans sont plus probables, soit à l’écheance 2030.  Les médicaments non-hormonaux sont assez loin derrière en terme de développement, mais ils gagnent du terrain. YourChoice est sur le point de commencer les essais sur l’homme de son principal candidat en 2023, ce qui serait la première fois que des contraceptifs non hormonaux seraient administrés aux hommes aux États-Unis. Buck et Levin pensent qu’ils pourraient obtenir l’autorisation de commencer les essais cliniques sur un médicament ciblant le sAC dans 2 ou 3 ans. Michael O’Rand, PDG d’Eppin Pharma, affirme qu’un essai clinique pour le candidat de sa société pourrait commencer l’année prochaine ou l’année suivante, en fonction du financement.

Les experts s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas d’une course pour savoir lequel atteindra la ligne d’arrivée ; ils souhaitent qu’une vaste campagne soit menée pour faire approuver autant d’options que possible. Car ce que les gens veulent, c’est pouvoir choisir!  De plus, une autre chose semble claire : l’approbation d’un médicament ne peut qu’aider les autres. « Une marée montante soulève tous les bateaux », dit M. Levin. « Donc, si les essais NES/T fonctionnent, et que cela se sait, ce serait formidable parce que cela révélerait absolument au monde qu’il y a un marché. »

Les preuves de l’existence d’un marché émergent déjà. M. Mannowetz, de YourChoice, raconte que la boîte mail de réception de la société a été inondée de demandes après que M. Georg soit intervenu au congrès de l’American Chemical Society au printemps 2022 : « Nous avons reçu tellement d’emails d’hommes qui nous demandent : « Où puis-je acheter votre produit ? »Eh bien, désolé, il est encore en cours de développement. Puis-je acheter des actions de votre société ? Désolé, nous sommes toujours une entreprise privée. Sans oublier la troisième question, ‘Quand, où et comment puis-je participer à votre essai clinique ?’.  »

Mme Page a également constaté de l’enthousiasme lors du recrutement des participants à l’essai clinique NES/T. « Cette idée que les hommes ne prendront aucun risque d’effets secondaires pour la contraception n’est tout simplement pas vraie », dit-elle. Elle souligne que de nombreux utilisateurs n’auront pas d’effets secondaires. Et les hommes participants souhaitent soulager leur partenaire du fardeau de la contraception, note-t-elle.

Springer est l’une de ces personnes. Lui et sa partenaire approchent de la fin de leur participation à l’essai NES/T. Ils sont tristes de voir l’essai se terminer. « C’est devenu une partie de notre vie. Et maintenant, nous devons trouver une autre option qui nous convienne », dit-il. Mais il ne pense pas que leur situation soit unique. Les options de contrôle des naissances sont irréalisables pour de nombreuses femmes, dit-il, et même pour les couples dans lesquels les femmes n’ont aucune limite quant au contrôle des naissances qu’elles peuvent prendre, la responsabilité de la reproduction doit être partagée.

Chemical & Engineering News

ISSN 0009-2347