- Broché: 116 pages
- Editeur : Guy Trédaniel éditeur (21 juin 2011)
- Collection : Pratique
- Langue : Français
- ISBN-10: 281320269X
- ISBN-13: 978-2813202697
- 13€
Que doivent manger les enfants ?
Au mois de mars, un fait divers tragique nous a interpellé. Dans le contexte actuel, si conscient des pollutions et des problèmes écologiques, que devons-nous donner à manger à nos enfants ? Les écologistes ne prônent-ils pas de plus en plus une alimentation sans viande ? Le lait de vache est-il à proscrire ? Peut-on donner du soja ? Bref, que doivent manger nos chers petits ?
C’était au début du printemps. Un couple de végétaliens a été jugé aux assises de la Somme pour avoir « privé de soins ou d’aliments » leur fillette de 11 mois, décédée le 25 mars 2008. Exclusivement allaitée par sa mère, la fillette souffrait d’une carence en vitamine A et B12, révélée à l’autopsie, et qui pour la partie civile était en lien avec le régime alimentaire de la mère. Or ces carences rendent les enfants plus sensibles aux infections : la fillette est d’ailleurs morte d’une bronchite face à laquelle les parents n’avaient pas voulu donner d’antibiotiques, leur préférant des cataplasmes d’argile…[1] . Pour autant, si l’on ne refuse pas aux adultes le droit de manger ce qu’ils veulent (ou non !), les enfants ont des besoins nutritionnels qui doivent être comblés pour qu’ils puissent avoir une croissance harmonieuse. Et les adultes, responsables de leur équilibre alimentaire, ne savent plus toujours que faire !
Les enfants doivent-ils manger de la viande ?
« Le problème c’est que le mot “viande” ne veut rien dire ou
plutôt est souvent mal interprété » précise Éric Ménat, médecin généraliste très orienté sur la nutrition [2]. « Les protéines animales sont indispensables pour la croissance. Mais on ne les trouve pas que dans la viande rouge ! » L’autre grand problème lorsque l’on parle des enfants, c’est… l’âge. Car il va sans dire qu’un bébé n’a pas les mêmes besoins qu’un enfant de 10 ans ! La dernière grande étude nutritionnelle menée en 2008 pour le compte du syndicat français des aliments de l’enfance (ces études sont menées depuis 25 ans tous les 8 ans auprès des enfants de moins de 3 ans en France) a révélé par exemple que les enfants ingurgitaient 15 % de protéines en trop entre 18 mois et 3 ans ! Or, l’organisme du jeune enfant a besoin de taux de protéines modérés, car il risque sinon d’être surchargé. Alors quelle est la juste quantité ? Entre 1 et 3 ans, elle peut être calculée grâce à une formule : 10 g/année d’âge + 10 g par jour. Et bien sûr, s’agissant de protéines, il n’est pas question que de « viande », mais aussi d’œufs, de jambon, de poisson et de volailles (parfois appelées, à tort, viandes blanches) qui sont aussi de bonnes sources de protéines animales. « Les enfants doivent manger des protéines au moins tous les midis, explique Éric Ménat, et une seconde fois dans la journée, de préférence le matin (œufs, jambon) ou éventuellement le soir (poisson, voire de temps à autre tofu, certaines protéines végétales pouvant avantageusement compléter l’apport) ». Tout étant question d’équilibre, il faut donc se garder de donner de la viande rouge en excès. Outre l’excès de protéines, comme le rappelle Éric Ménat, on risque en plus d’apporter trop de graisses saturées. Voire, si la cuisson se fait à trop hautes températures, des composés carbonés néfastes ! « Entre 6 et 12 ans, en terme de fréquence, on peut en proposer au menu, 80 à 100 g, 2 fois par semaine », conseille Éric Ménat.
Autre question, héritée partie des préoccupations écologiques, partie des conseils alimentaires qui ne s’inscrivent pas dans les droites lignes des recommandations officielles, l’agitation autour du lait de vache, accusé de nombreux maux : allergies, eczémas, affections ORL à répétition, mais aussi, perturbations endocriniennes…
Le lait, est-il si « vache » ?
Doit-on encore donner du lait de vache aux enfants après qu’ils sont sevrés ? Au motif que les enfants ne sont pas des veaux, certains préconisent la suppression totale des produits laitiers. Sur cette question polémique, la Société Française de Pédiatrie (SFP) a rappelé dans un communiqué le 8 avril dernier, que les enfants « privés » de lait voient leur risque de carence en calcium augmenter. Une alerte sans doute un peu plus influencée par le lobby du syndicat des produits laitiers que par des considérations médicales, puisque la SFP rappelait dans ce même communiqué le fait divers du couple de végétaliens. Or la fillette souffrait probablement moins de carences en calcium (puisqu’elle était allaitée par sa mère) qu’en vitamine B12 et en fer. Comme le rappelle Éric Ménat, « le calcium est indispensable à la croissance. On doit donc donner du calcium. L’erreur est de faire un parallèle automatique entre calcium et lait ». Le lait est d’ailleurs, rappelle-t-il, le moins intéressant de tous les laitages, poursuivant : « Les fromages de qualité sont la meilleure source de calcium, mais sont un peu gras. Il est bon d’en consommer une part tous les jours. » Le calcium se trouve aussi dans d’autres aliments : dans le cresson, les figues séchées et le pissenlit (160mg pour 100g), dans le brocoli (93mg pour 100g) et dans les noix (65mg pour 100g). Mais aussi…dans l’eau ! En particulier, dans les eaux minérales calciques comme l’Hépar, la Contrex ou la Courmayeur qui en contiennent autour de 500 mg par litre, soit à peine 2 fois moins que le lait ( 1200 mg/l). Tout est question de biodisponibilité et de capacités d’assimilation, le calcium d’origine végétale étant réputé peu absorbable (sauf celui du chou [3]!), étant solubilisé par les acides contenus la plupart du temps dans les végétaux (acide phytique et oxalique). Ceci dit, « un litre d’Hepar couvre la moitié des besoins quotidiens d’un enfant de 10 ans, avec du calcium de très bonne disponibilité, attention. » rappelle Fabiola Flex, auteur[4]. Et pour les tout petits ? L’allaitement maternel reste bien sûr la meilleure source de lait. S’il n’est pas possible, et en cas d’intolérance aux laitages de vache ou d’autres animaux (chèvre, jument) ou au lactose[5], les laits végétaux, qu’ils soient d’amande, de riz, de noisette ne suffisent pas… « Ces “laits” ne sont pas du lait, ne se rapprochant ni de près ni de loin, du lait maternel. » dénonce la SFP, face à l’engouement pour ces nouveaux produits. « S’ils sont très bons pour la santé, ils sont très pauvres en calcium », confirme Éric Ménat. Dans ce cas-là, conseille-t-il, « une supplémentation en calcium (en comprimé) s’avère nécessaire… »
Et le soja, alors ?
Ceci dit, des préparations infantiles parfaitement équilibrées en calcium, à base de lait de soja, sont données couramment depuis 40 ans aux nouveau-nés américains allergiques au lait de vache, en remplacement du lait maternisé. Mais elles sont accusées de contenir trop de phytoestrogènes dont la structure chimique proche des hormones humaines peut interférer avec l’oestradiol, principale hormone féminine, en se fixant sur les récepteurs spécifiques des oestrogènes, stimulant ou diminuant leur action. Dans un rapport paru en 2005[6] , l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) soulignait ce problème dans ces formules à base de lait de soja, adaptées à l’alimentation des nouveaux nés, déconseillant le lait de soja avant l’âge de 3 ans : un rapport que le toxicologue Jean-François Narbonne, lui-même membre de l’AFSSA, estime quelque peu exagéré. D’ailleurs, un rapport des experts du Centre pour l’évaluation des risques liés à la reproduction humaine (CERHR) paru aux États unis en janvier 2006 conclut qu’« il n’y a pas suffisamment de données valables pour permettre de déterminer la toxicité des formules infantiles au soja sur le développement ou la reproduction ». Bref, pas de quoi entraver la « part de liberté individuelle, y compris pour le corps médical, dans la mesure ou il n’est pas démontré qu’il existe des risques particuliers. ». Et le calcium alors ? En mai 2008, le comité de nutrition de l’Académie américaine de pédiatrie dans un rapport sur les préparations infantiles à base de soja a relevé que « chez les nourrissons nourris avec ces formules, la minéralisation osseuse était équivalente à celle obtenue avec des laits artificiels à base de lait de vache… » Pour les plus grands, c’est comme pour tout aliment. L’excès n’est jamais bon. « On peut en donner un peu, mais pas trop.
résume Éric Ménat. Le soja n’est ni un bon ni un mauvais aliment, conclue-t-il.
Existe-t-il certains aliments déconseillés aux enfants ?
Au nom de l’équilibre alimentaire, les rigoristes de la diététique voudraient supprimer tous les aliments “inutiles”, nutritionnellement pauvres. Au premier rang desquels les gâteaux, desserts, sucreries ou les fast-foods. Les interdits ne sont jamais bons ! Le chocolat ? Si gras ? “Ce n’est pas un mauvais aliment, rappelle Éric Ménat, s’il est consommé avec modération. Le préférer noir (y compris dans les biscuits).” On évite ainsi de mauvaises graisses lactiques et trop de sucre. Les bonbons et gâteaux ? “Ils n’ont qu’un intérêt ‘plaisir’ et sont à réserver aux occasions comme les anniversaires ou les moments de fêtes. Idem pour le coca,” poursuit-il. «Attention aux desserts lactés qui se présentent souvent à tort comme des produits laitiers : trop gras et surtout trop sucrés ils ne doivent ne pas être consommés régulièrement. Le Mac Do n’est en revanche pas forcément catastrophique, rassure-t-il. On peut même tout à fait initier son enfant à manger correctement équilibré au Mac Do !” Peut-être se rassurera-t-on aussi en se disant qu’aujourd’hui, que les examens médicaux permettent de ne pas passer à côté d’une éventuelle carence. « Même si il n’y a bien sûr pas lieu de la chercher si un enfant va bien ! » précise Éric Ménat.« La recherche du Fer, de la vitamine D et du calcium (voire éventuellement de la vitamine B12 et du zinc) est un examen peu cher et remboursé par la sécurité sociale qui peut parfois être très utile », complète-t-il. N’oublions pas qu’une carence alimentaire avérée, heureusement habituellement fort rare, peut aussi être soignée…tout simplement en donnant le complément vitaminique adéquat !
Minitableau récapitulatif
| Viande | 2 fois par semaine |
Volaille
3 fois par semaineJambon1 fois par semaine
Poisson2 -3 fois par semaine
Œufs2 fois par semaine
Soja (lait, yaourt ou tofu)
1 fois par jourFromage1 fois par jour
Légumes ou cruditésà chaque repas
Le saviez-vous? Le miel, biologique ou non quelle que soit son origine est déconseillé aux enfants de moins de 12 mois et quelle qu’en soit l’origine ! C’est une recommandation officielle de l’OMS. Le miel est en effet susceptible de contenir des spores de Clostridium botulinum, un toxique botulique, responsables du botulisme infantile.
[1] La cour les a condamnés, histoire de marquer le coup, à 30 mois de prison ferme, mais qu’ils devraient, ayant déjà effectué quatre mois de détention provisoire et remises de peine aidant, ne pas avoir à faire.
[2] Eric Ménat est l’auteur du Dictionnaire pratique de la diététique (Ed. Grancher), Je nourris mon enfant (Ed. Alpen), et avec le Dr M. Larocque – de « Bien dans ta tête bien dans ton corps,c’est ton choix » , Ed. Harmoxel
[3] Selon l’AFSSA dans la 3ème édition des Apports Nutritionnels conseillés pour la population française paru en 2004
[4] Fabiola Flex est co-auteur avec le Pr. Patrick Tournian d’un ouvrage sur l’alimentation des enfants paru en 2010 – « L’alimentation de vos enfants, enquête sur le marketing et les idées reçues », Ed.Denoël Impacts.
[5] la SFP rappelle que de telles intolérances existent, tout en précisant qu’elles restent peu fréquentes et que c’est au pédiatre d’en poser le diagnostic…
[6] « Sécurité et bénéfices des phytoestrogènes apportés par l’alimentation » , paru en 2005
Maladie d’Alzheimer : une étude prometteuse
Une étude canadienne montre que l’entraînement de la mémoire retarde l’apparition de la maladie d’Alzheimer.
Avec plus de 800000 personnes atteintes en France, la maladie d’Alzheimer gagne du terrain. Devenue priorité nationale, la recherche bat son plein en quête de médicaments capables de la soigner ou de ses causes, comme en témoigne, début avril, l’identification de 5 nouveaux gènes de susceptibilité.[1] Moins médiatisées mais porteuses d’espoir, des recherches portent depuis quelques années sur une capacité que possède le cerveau, la plasticité cérébrale, capacité qui permet à ce dernier d’établir de nouveaux circuits de neurones afin de compenser la perte de ses fonctions. « La plasticité cérébrale est une formidable capacité de réorganisation », explique Sylvie Belleville, dont l’équipe a publié fin mars les résultats d’une étude menée à l’université de Montréal[2].
Plasticité à tout âge
Affectant tout le monde, et de façon inéluctable, le vieillissement condamne à lui seul le cerveau humain à perdre de 5 à 10 % de son poids entre 20 et 90 ans…Et, de fait, condamne aussi les fonctions cognitives à décliner inéluctablement…Ce déclin, dont fait partie la perte de la mémoire, est aussi l’un des premiers signes de la maladie d’Alzheimer. Si toutes les personnes âgées présentant des troubles cognitifs légers (tcl) ne vont bien sûr pas développer une maladie d’Alzheimer, il est établi qu’elles ont dix fois plus de risques de développer la maladie. À l’occasion de l’étude, trente personnes âgées (15 en santé et 15 présentant des tcl) ont participé à un programme d’entraînement de leur mémoire. Leur activité cérébrale a été analysée grâce à l’imagerie par résonance magnétique, 6 semaines avant, une semaine avant et une semaine après ce programme. « Alors qu’on a longtemps pensé que le cerveau perdait cette capacité plastique avec l’âge, notre étude montre que ce n’est pas le cas et ce, même dans les stades précoces de la maladie», affirme Sylvie Belleville. En effet, grâce à ce programme simple, d’autres zones du cerveau vont prendre la relève des zones qui commencent à décliner…
L’entraînement?
Très simple, il porte sur le développement de stratégies comme l’utilisation de moyens mnémotechniques, pour retenir, par exemple des listes de mots. Grâce à lui, le cerveau augmente l’encodage et la récupération des informations dans d’autres zones. « La comparaison de l’activité cérébrale avant et après le programme d’entraînement indique que les personnes âgées atteintes de tcl vont mobiliser de façon plus importante les régions normalement impliquées dans la mémoire mais également de nouvelles régions du cerveau habituellement reliées au langage, à la reconnaissance spatiale et aux capacités d’apprentissage. C’est ainsi qu’une région du cerveau saine (le gyrus inférieur pariétal droit) prend la relève de la zone malade », confirme Sylvie Belleville. De quoi retarder temporairement l’apparition de la maladie d’Alzheimer ! Un précieux répit…j’y
Clara DELPAS
risk of developing Alzheimer’s disease » Brain : A journal of neurology 23/03/11
Inde : à la poursuite du diamant vert ?
Novethic : http://www.novethic.fr/novethic/planete/economie/matieres_premieres/inde_poursuite_diamant_vert/133669.jsp
https://web.archive.org/web/20110507034356/http://www.novethic.fr/novethic/planete/economie/matieres_premieres/inde_poursuite_diamant_vert/133669.jsp
Dans l’état du Madhya Pradesh (Inde), la mine de Mahjgawan, la plus grande mine de diamant mécanisée d’Asie, a du mal à se refaire une réputation. Sécurisée comme une zone militaire (personne n’y est même autorisé à faire des photos), elle ne manque pas de revendiquer son caractère « eco-friendly ». Des panneaux, écrits et dessinés à la main, sont là pour affirmer que l’écologie est ici une priorité : sur l’un deux, une main porte la planète terre, qui saigne, sur un autre, on peut lire, en anglais, que le personnel du site bénéficie d’un programme d’éducation à l’environnement. Pourtant, ici, on semble toujours extraire le diamant comme au début du siècle dernier, en saignant l’unique filon diamantifère à grands coups de dynamite. Les montagnes de cailloux de kimberlite — la roche volcanique qui contient les diamants — sont ensuite ramassées au bulldozer et mises à sécher au soleil pendant plusieurs mois. Puis, on concasse la roche devenue plus friable dans des presses mécaniques, avant de tamiser les poussières de l’ensemble pour en extraire directement les diamants.
Un désastre maquillé de vert
Si l’incidence des diamants est faible (une petite dizaine de carats* pour une centaine de tonnes de kimberlite), les conséquences de leur exploitation sont colossales, à l’image du trou de près d’un demi-kilomètre de diamètre sur plus de 100 m de hauteur creusé par l’extraction minière sur ce site. Au fond du trou, un lac d’une dizaine de mètres de profondeur témoigne que l’on a atteint les ressources souterraines d’eau.

Même si Rajeev Wadhwa, l’ingénieur géologue en chef responsable de la mine, explique que « cette eau vient… du ciel, le trou faisant office de citerne de récupération d’eau de pluie ! » ** ! Pourtant, l’exploitant de la mine, depuis 1995, est… la compagnie minière gouvernementale, la NMDC (National Mineral Development Corporation). Malgré une norme ISO 14001 acquise en 2004 et une communication soucieuse de l’environnement, le Diamond Mining Project n’a pas su faire oublier que la mine se trouvait en plein milieu d’une réserve de tigres, au cœur du parc national de Panna.
Sa certification n’a d’ailleurs pas suffi à duper le bureau de contrôle de la pollution (le Pollution Control Board) : en juillet 2005, la mine a été fermée du jour au lendemain pour non-conformité avec les normes environnementales. Et son illégalité. Car, depuis 2002, une loi indienne interdit les activités minières dans les aires protégées. Un coup dur pour le Diamond Mining Project, soutenu par le ministère de l’Industrie. Temporaire. Les instigateurs du projet ont saisi la Cour Suprême du pays et fini par la convaincre : la mine a rouvert en août 2009 !
Coudées franches
Au printemps 2011, le site a pourtant des airs d’abandon : le village de mineurs, qui abritait jusqu’à 900 âmes aux temps pleins de l’activité, est désert. Cykim Do, le directeur actuel de la mine, a beau annoncer l’inauguration d’ « une usine ISO 14001, achetée à l’Afrique du Sud, afin de moderniser l’extraction des diamants… » et « qui devrait employer autour de 300 mineurs », le site semble désaffecté, rendant les objectifs de production de la mine, 100 000 carats par an, bien difficiles à atteindre. Les organisations écologiques, atterrées par la réouverture, craignent désormais que la dérogation obtenue ne fasse tâche d’huile, conduisant à un développement minier sans entrave dans les réserves naturelles indiennes… D’autant que la mine de Majhgawan, en activité depuis près d’un siècle, est de moins en moins riche ; l’exploitation d’autres régions du parc, encore recouvertes par la forêt, semble désormais inévitable.

L’an passé, dans le district de Chhatarpur, toujours dans le parc de Panna, à quelque 70 km de là, 13 villages, soit 350 familles, ont été évacués. Comme le rappelle Yusuf Beag, de l’ONG indienne Mines, Minerals and People pour la bonne cause écologique ! Le gouvernement indien s’est chargé de l’évacuation de la zone, et de l’indemnisation des habitants, au motif de « préserver l’habitat naturel des tigres et prévenir la déforestation… ».

Probablement aussi au nom de la joint venture passée avec la compagnie Rio Tinto sur place depuis 2002. Les campagnes de prospection menées par ce géant minier nord-américain américain ont révélé en 2006 des réserves de 27.4 millions carats , soit 7 fois plus que toute la mine de Mahjgawan, et toujours dans le parc national de Panna !

L’exploitation devrait en démarrer prochainement sous couvert d’une gestion écologique des ressources en eau et en forêt…et de belles promesses de développement économique et d’éducation, soutenues par l’UNICEF. Le Madhya Pradesh, en passe de devenir l’une des dix régions les plus riches en diamants au monde, ne se souciait déjà plus vraiment de ces tigres, dont il ne reste dans tout le parc de Panna que deux femelles et huit petits nés cette année (contre encore une vingtaine d’adultes dans les années 1990.)… Se souciera-t-il encore demain du sort des habitants expulsés, qui attendent toujours , par ailleurs, leur indemnisation?
* 1carat = 0,2g
**dans cette zone semi-aride arrosée de de 800 mm de précipitations annuelles
Des gènes sous influence
Que sait-on aujourd’hui des interactions entre l’environnement et les organismes vivants ? Une interview du Professeur Jean-Claude Ameisen **, président du Comité d’éthique de l’INSERM * et membre du Comité Consultatif National d’Ethique.
On dit que l’environnement agit jusque sur le développement de tout être vivant. Cela est-il établi aujourd’hui ?
Tout organisme vivant est en interaction avec l’environnement. Cela commence dès la fécondation : l’embryon se développe dans une succession d’environnements qui lui sont propres et vont influer sur sa croissance et sur sa formation… Par exemple, la température extérieure dans laquelle se trouvent les œufs de certaines tortues ou des crocodiles joue sur la production des hormones sexuelles dans le cerveau des embryons qu’ils contiennent et donc sur la construction d’un corps mâle ou femelle. Chez certains poissons, c’est l’environnement social qui peut, à l’âge adulte, entraîner un changement de sexe. Et chez les insectes sociaux, comme les abeilles, deux cellules-œuf génétiquement identiques se développeront, selon la nourriture fournie par les ouvrières ou les phéromones émises par les reines, soit en une petite ouvrière stérile qui vivra environ deux mois, soit en une grande reine féconde qui pourra vivre plus de cinq ans ! Si on a longtemps cru que ces différentes façons de construire des corps et des destins radicalement différents à partir des mêmes gènes étaient une exception propre à ces espèces, on sait que le processus est présent chez tous les organismes vivants.
Que deviennent nos gènes, d’ailleurs, dans cette histoire, après la naissance? Pouvons-nous agir sur leur fonctionnement, et donc sur notre vieillissement, et certaines de nos maladies ?
Depuis une dizaine d’années a émergé un nouveau domaine de recherche : l’épigénétique, c’est-à-dire l’étude de tout ce qui vient en plus des gènes (leur(s) environnement(s) et ce qui fait qu’ils vont être utilisés et avoir des effets qui vont être très différents). L’environnement non seulement joue sur la façon dont le corps va se construire puis fonctionner mais nous modèle aussi en permanence, tout au long de la vie, selon un équilibre dynamique : il existe toute une gamme de réponses possibles des individus face à la complexité des facteurs environnementaux à laquelle ils sont soumis. Et, bien plus qu’un seul facteur donné, c’est une succession d’environnements qui, à des titres divers, vont agir sur la façon dont chaque cellule va utiliser les informations contenues dans les gènes. Par exemple, chez l’homme, des travaux récents montrent que de vrais jumeaux, c’est-à-dire deux personnes génétiquement absolument identiques, vont acquérir, au cours de leur vie, même dans des environnements semblables, peu à peu, des manières différentes d’utiliser des mêmes gènes, différences qui participent à la construction de leur singularité biologique.
A-t-on identifié des facteurs prépondérants ? On parle par exemple beaucoup de l’alimentation…Que restera-t-il d’ailleurs de ces modifications aux générations futures ?
Que les radiations nucléaires provoquent des mutations génétiques dans les cellules y compris reproductrices est connu depuis la découverte de la radioactivité. Il peut être plus compliqué de déterminer l’impact d’autres facteurs de l’environnement. Pour ce qui est de l’alimentation, on sait que la nourriture agit sur la méthylation de l’ADN, une réaction chimique qui a pour effet d’activer ou d’inactiver l’expression de certains gènes. Un régime peu calorique et pauvre en graisses est réputé depuis longtemps contribuer à notre bonne santé. Mais pas de façon isolée : on sait qu’il faut y ajouter un peu d’activité physique par exemple ! Quant à la transmission de modifications acquises par les parents et attribuées à l’alimentation (comme l’obésité par exemple) aux enfants… N’est-ce pas plutôt que les enfants mangent ce que mangent les parents ? Ne s’agit-il pas ici moins d’hérédité par transmission, que d’un environnement culturel transmis pour reproduire les mêmes conditions de réinitiation ? Toutes ces études sont très complexes. Récemment, une étude américaine (1) a consisté à nourrir des souris mâles avec un régime faible en protéines et d’autres normalement, alors que toutes les souris femelles étaient nourries normalement. Les rejetons des souris mâles nourries avec le régime faible en protéines présentaient des modifications dans les gènes impliqués dans la synthèse des lipides et du cholestérol, alors même qu’ils n’avaient pas été mis en contact avec leur père…
Nos comportements peuvent aussi sembler suivre une transmission biologique héréditaire. Une étude menée chez l’animal durant les années 1990 a consisté à étudier des lignées de rats et de souris de laboratoire qui se distinguaient à l’âge adulte par différents degrés d’anxiété associés à des différences, dans certaines régions du cerveau, de la quantité de récepteurs pour certaines hormones. Ils ont eu l’idée de confier un nouveau-né d’une lignée génétique à comportement calme à une mère adoptive d’une lignée génétique à comportement anxieux, et inversement…et ont constaté que le nouveau-né manifestait, à l’âge adulte, un comportement et des caractéristiques cérébrales similaires à ceux de sa mère adoptive, et non à celui de ses parents génétiques. Mais la véritable découverte a été que si le nouveau-né confié à une mère de substitution était une femelle, celle-ci allait donner elle-même naissance à des descendants qui, à l’âge adulte, auraient les mêmes comportements et les mêmes caractéristiques cérébrales que leur grand-mère adoptive, et non que leurs grands-parents génétiques ! Il n’y avait donc pas ici de transmission sous forme biologique de ce qui avait été acquis dans l’environnement, mais réinitiation à chaque génération d’une façon particulière d’utiliser des gènes dans certaines cellules, reconstruisant à chaque génération le même type de conséquences. Ceci nous montre que l’environnement, souvent réduit à une liste de facteurs nocifs ou pas, n’est pas qu’inerte : la dimension d’environnement relationnel est essentielle. La manière dont la souris s’occupe de son rejeton va interagir avec la façon dont son corps va se développer.
Mais l’impact des relations sociales sur l’expression ou non des gènes est-il scientifiquement mesurable ?
On peut revenir sur l’étude menée chez ces nouveaux-nés souris ou rats confiés à des mères anxieuses ou calmes. L’explication, apportée en 2006, est que le comportement anxieux de la mère entraîne chez le nouveau-né le « blocage », dans certaines cellules de son cerveau, du gène permettant la fabrication d’un récepteur pour une hormone, induisant chez lui un comportement anxieux. Alors qu’à l’inverse, le comportement calme de la mère a pour effet le maintien de l’activité de ce gène… Une autre étude a consisté à placer des souris dans des tubes de sorte qu’elles ne pouvaient plus bouger. Entièrement passives, dans cet environnement que l’on peut qualifier de pauvre, elles n’étaient sorties de leur tube que pour être nourries. Ce « stress sans agression » a eu des conséquences biologiques rapides : en 48h, leur système immunitaire s’est effondré…Les chercheurs ont ensuite montré que chez les souris présentant déjà une déficience du système immunitaire, ce stress restait sans effet. De même, chez les souris auxquelles on donnait des opiacées. Ils en ont conclu que ce stress sans agression agissait sur le fonctionnement cérébral en inhibant la secrétion d’opiacés, puis en détruisant le système immunitaire. L’environnement affectif, lié au développement de relations humaines et de la confiance que l’on porte à autrui a certes des effets sur le fonctionnement du corps. Être gentil avec quelqu’un a sûrement aussi un effet biologique. Une étude a consisté à inculquer à des souris le gène de la maladie d’Alzheimer et à d’autres celui de la maladie de Huntington et à d’autres celui de la maladie de Parkinson. Selon que les souris étaient dans un environnement riche ou pas, elles exprimaient ou non les gènes responsables de ces maladies ! Autant de preuves que chez l’animal, l’état mental et la qualité des relations sociales ont une influence majeure sur le développement même des maladies.
Chez l’homme, on peut citer les études menées sur l’effet placebo, qui établissent là encore un impact biologiquement quantifiable : des malades de Parkinson auxquels on a donné un placebo de leur médicament habituel (la L-Dopa), se sont mis à produire d’eux-mêmes plus de dopamine. Tout comme des malades atteints de douleurs de la face, auxquels on a donné des placebos d’antalgique et qui se sont mis à produire des opiacés. En somme, croire que l’on va aller mieux fait déjà aller mieux. Confirmation dans l’étude, parue en décembre 2010 sur l’effet placebo, menée pour la première fois auprès de patients clairement informés par les médecins eux-mêmes qu’ils prenaient un placebo, mais aussi des modalités d’action de cet effet : un effet réel, en réponse à une substance ingérée que le corps assimile comme efficace, en laquelle on croit ou non, mais que l’on s’applique scrupuleusement à prendre. Chez ces patients, on a constaté une amélioration globale des symptômes et de la qualité de vie près de deux fois supérieure à celle ressentie par ceux qui n’avaient rien pris ! Rien que le « rituel médical » et les explications détaillées du médecin lors de la prescription du traitement semblent ainsi avoir un effet positif. Confirmant au-delà de la connexion corps-esprit, le pouvoir thérapeutique qu’ont à eux seuls la parole, la confiance et l’espoir, autant d’éléments-clés des relations humaines !
Et la société dans tout cela ? Agit-elle aussi sur notre santé ?
En 2006, la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme soulignait que l’espérance de vie et l’état de santé étaient soumis, en France plus qu’ailleurs en Europe, à des facteurs socio-économiques. Par exemple, il a été établi qu’un cadre supérieur de 35 ans avait chez nous une espérance de vie supérieure de plus de 7 ans, en moyenne, à celle d’un ouvrier qualifié du même âge. Autre exemple, on sait bien que les cas d’obésité sont plus fréquents dans les pays riches chez les personnes défavorisées. Il ne faut pas oublier que les maladies ont des causes biologiques mais aussi sociales, économiques et culturelles : les modalités d’organisation de la vie sociale se traduisent aussi en termes de maladies et de mort. C’est pour cela qu’il reste fondamental de favoriser l’insertion sociale, la solidarité, l’absence de discrimination et d’exclusion. Pour permettre à chacun un accès réel à la possibilité de vivre, comme les autres, parmi les autres, avec les autres…
(Propos recueillis par Clara Delpas)
(1) Rando O et al., Cell, Volume 143, Issue 7, 1084-1096 (23/12/2010)
(2) Lembo A et coll., PloS ONE (décembre 2010)
* INSERM : Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale
** Jean Claude Ameisen est l’auteur de La Sculpture du vivant. Points Seuil, 2003 et Dans la Lumière et les Ombres. Darwin et le bouleversement du monde, Fayard, 2008. Il anime une émission sur France Inter « Sur les épaules de Darwin ».
Les P.O.M.
Dans le cadre des articles multimedia que je réalise,
ou pour des animations muséographiques,
ou tout simplement illustrer un voyage,
je fais des diaporama sonores (ou pas)
avec le logiciel Soundslides
Stévia : la filière bolivienne
Article paru sur le site de Science Actualités,consultable ici
En Bolivie, des paysans se lancent dans la culture de la stévia, dont les extraits – de puissants édulcorants naturels – intéressent le marché des additifs alimentaires… Reportage.

Dans la région de Bermejo, les paysans d’El Salado se sont mis depuis 2008 à la culture de la stevia.
Communauté d’El Salado, à 50 km au nord de Bermejo, sur la route de Tarija. Ici, dans un paysage verdoyant, 80 familles ont entrepris de dédier 30 000 m2 de leurs terres à la culture de la Stevia rebaudiana bertoni, une plante buissonnante héritée des Indiens guaranis. Les campesinos (paysans) d’El Salado ont auparavant bien étudié la question. Car, pour ces cultivateurs de canne à sucre, investir dans la culture de la stévia demandait quelques garanties. Une étude préalable a su les rassurer : dans cette zone du sud de la Bolivie, à la frontière argentine et à 416 mètres d’altitude, il fait 22,5 °C en moyenne toute l’année et il pleut suffisamment, pour que la stévia s’y plaise : 1 776 mm d’eau en 2008 soit plus du double que dans la région viticole de Tarija, de l’autre côté des montagnes (616 mm). La plante, qui pousse sans avoir besoin de produits phytosanitaires coûteux et de circuits d’irrigation, a commencé à être cultivée en 2008. Ici, mais aussi dans d’autres régions de la Bolivie, elle est en train de gagner du terrain.
Feuilles de stévia contre feuilles de coca ?
Pourtant question feuilles, la Bolivie est plus réputée pour celles de coca. Celles-ci sont consommées traditionnellement par les Boliviens, mais servent aussi à synthétiser de la cocaïne, illégale, dont la Bolivie est le troisième producteur au monde… Or la stévia semble séduire aussi quelques paysans cultivateurs de coca, qui se reconvertissent à sa culture. Il faut dire qu’en 2008 le kilo de feuilles de coca se négociait autour de 3 € et celui de feuilles de stévia autour de 7 €. Des coopératives de producteurs de stévia se montent comme dans la région de Wernes (Santa Cruz), et des ONG financent des programmes, comme Frères des Hommes par exemple, qui a engagé un plan de plus de 60 000 euros pour aider les paysans de la région de Caranavi (La Paz) à se mettre à la culture de la stévia. Un premier symposium sur la production et la commercialisation de la stévia bolivienne s’est tenu à la dernière foire agricole de Santa Cruz le 15 avril 2010, confirmant que l’engouement bolivien pour la stévia est bel et bien réel. Même si, pour l’instant, l’ensemble des surfaces qui lui sont consacrées reste faible : de 12 à 15 hectares, contre toujours plus de 30 000 hectares pour la coca…
De la plante à l’extrait convoité de rebaudioside A

Les feuilles sont mises à sécher puis infusées dans l’eau. La solution passe ensuite sur des résines qui vont en piéger les différentes molécules sucrantes. Les résines sont lavées avec un solvant (ethanol par exemple), et les différents extraits récupérés mis à sécher. On obtient ainsi un « cristal ». Il faut 12 kg de feuilles pour 1kg de cristal de rébaudioside A , le seul édulcorant autorisé.
Les conquistadors espagnols notaient déjà comment avec une simple feuille de stévia les Indiens guaranis sucraient des jarres entières de maté. Un pouvoir sucrant expliqué dans les années 1930 par les analyses du chimiste Bertoni : les feuilles contiennent de nombreuses molécules édulcorantes notamment du stévioside (5 à 10%) à l’arrière-goût de réglisse et du rebaudioside A (2 ou 4 %), trois cents fois plus sucrant que le sucre. C’est d’ailleurs pour cela que la stévia a le vent en poupe, surtout depuis 2008 : la FDA (Food and Drug Administration) aux États-Unis a en effet accepté que les firmes Coca-Cola et Pepsi-Cola en utilisent des extraits pour sucrer leurs sodas. Et cette autorisation, très attendue par les industriels de l’agroalimentaire qui cherchent depuis longtemps un remplaçant à l’aspartame – accusé de nombreux maux –, accroît de fait la demande en stévia… Pourtant, sur ce nouveau marché, les Boliviens doivent se faire une place. Car la concurrence est rude : cela fait longtemps que la plante est cultivée de façon intensive en Chine.
Une place à prendre

C’est en plein cœur des terres guaranis, non loin des chutes d’ Iguaçu, que la stevia pousse à l’état sauvage. Le Paraguay est l’un des principaux producteurs (avec le Brésil) d’Amérique du sud : les surfaces cultivées paraguayennes devraient passer à 15000 hectares d’ici 2012
En Bolivie, les conditions climatiques et les pratiques de culture, traditionnelles et peu versées dans l’agriculture intensive, devraient encourager la culture de cette plante. D’autant que des filières de transformation sont créées pour permettre d’obtenir sur place des extraits purifiés. C’est déjà le cas, avec plusieurs entreprises qui transforment la stévia et fabriquent les extraits. Même si en août 2010, un scandale de la stévia frelatée a éclaté : une association de consommateurs a fait analyser les extraits vendus par quatre firmes boliviennes, qui se sont avérés être coupés à 20 % par de la saccharine ou du cyclamate de sodium. De quoi semer le trouble sur les ambitions boliviennes à prendre place sur ce marché mondial (la Bolivie exporte déjà quelque 20 tonnes d’extraits à destination de l’Europe et de l’Iran, censés être purs… à 97%). Mais aussi, plus probablement, d’instaurer de nouvelles procédures de contrôle et de nouveaux labels de qualité.
La Chine, premier producteur mondial
Dans les années 1960, les Japonais, sur le point d’interdire l’aspartame dans tous leurs aliments, ont rapporté des plants de stévia d’Amérique du Sud pour leurs pouvoirs sucrants et négocié avec les Chinois pour qu’ils la cultivent sur leurs vastes terres : à présent, les cultures chinoises de stévia s’étendent sur plus de 20 000 hectares. De quoi produire plusieurs millions de kilos de feuilles, en considérant un rendement de 1 500 à 3 000 kg de feuilles par hectare. Et quelques milliers de tonnes d’extraits. La Chine contrôle aujourd’hui près de 80 % de la production mondiale, dont 2 000 à 3 000 tonnes sont consommées tous les ans par les seuls Japonais et Coréens. Même si de nombreux pays se sont depuis mis à la culture de la stévia : Afrique du Nord, Amérique du Sud, Australie, Canada, États-Unis, Inde, Israël, Russie et, depuis cette année, France. Un essai dans l’Hérault, autorisé par la DGCCRF, est mené sous la direction de la chambre d’Agriculture de l’Hérault.
Un marché tributaire des autorisations mondiales
Aux États-Unis, les feuilles de stévia étaient disponibles sous leur forme sèche depuis les années 1970 et consommées, à l’instar des Guaranis, comme produit sucrant. Elles avaient alors le statut d’aliment, étant un produit non transformé et consommé tel quel. Mais dans les années 1980, l’industriel Celestial Seesonings eut l’idée d’en incorporer dans des biscuits, sous forme d’extraits obtenus à partir des feuilles. Et la FDA se saisit du dossier, car si la stévia était autorisée comme aliment, l’extrait de stévia, lui, n’avait jamais été homologué comme additif alimentaire. Des études toxicologiques ont été menées et, suite aux résultats de ces études, la FDA a donné son feu vert en 2008 à l’utilisation de l’extrait de rébaudioside A. Un extrait déjà utilisé au Japon depuis 1970. Suivant de peu l’autorisation américaine, l’avis favorable de l’AFFSSA a conduit à l’autorisation de mise sur le marché français du rébaudioside A depuis 2009 comme additif alimentaire et depuis 2010 comme édulcorant de table. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ayant émis le 14 avril 2010 un avis favorable sur l’ensemble des glycosides de stéviols (stévioside, dulcoside A, rubusoside, steviolbioside, rébaudioside A, B, C, D, E et F) en tant qu’additifs alimentaires, on peut penser que les autorisations seront étendues aux autres édulcorants de la feuille de stévia. Et que le marché de la feuille de cette plante sucrante sera encore amené à s’étendre.
Héparine, un médicament à scandales !
(Paru dans Alternative Santé – L’impatient en février 2011)
Affaire de la vache folle en 1996 et importations sauvages depuis la Chine ont placé l’héparine au cœur d’un scandale sanitaire et humain. En cause, le laxisme des laboratoires pharmaceutiques à sécuriser leurs processus de fabrication, l’inertie des gouvernements à faire respecter les mesures sanitaires et l’inconscience de certains scientifiques !
Découverte en 1916 dans le foie de bovin, l’héparine est une substance anticoagulante : elle permet d’éviter la formation de caillots sanguins, ainsi que les complications circulatoires. Ses nombreuses indications en font depuis longtemps l’un des médicaments phares du groupe Sanofi-Aventis 1qui la commercialise sous le nom de Lovenox : elle est utilisée notamment dans le traitement et la prévention de thromboses veineuses mais aussi de l’embolie pulmonaire en phase aiguë ou de l’infarctus du myocarde.
Boyaux de bœuf chinois …
On trouve l’héparine chez la plupart des mammifères, dans tous les organes richement vascularisés tels que le poumon et l’intestin. Compte-tenu de leur facilité d’accès et de leur coût, les boyaux de bœuf ont longtemps été une source de choix de cette substance. Jusqu’en 1996, avec le scandale de la maladie de la vache folle, où on les interdit en Europe …mais pas en Chine ! Un constat lourd de conséquences pour le responsable de la sécurité biologique des médicaments de Sanofi-Aventis, Jacques Poirier : suite à son refus de cautionner cet approvisionnement chinois et malgré sa détermination à imposer des tests permettant de détecter la présence de tissus bovins éventuels dans les lots d’héparine, il a été mis au placard et licencié en 2003. Pourtant, en janvier 2002, la Chine avait fait l’objet d’une suspension par l’union européenne de produits d’origine animale destinés à la consommation humaine, en raison de graves lacunes sur les réglements de police vétérinaire. Une suspension qui visiblement ne concernait pas la fabrication de médicaments !
… chondroïtine persulfatée ?
L’origine chinoise représente pourtant bien un danger pour les utilisateurs d’héparine : en 2008, un scandale éclate, avec les anticoagulants commercialisés par la société Baxter. 81 morts aux USA, 5 en Allemagne, et des centaines de cas graves, tous victimes d’un choc anaphylactique, une réaction de type allergique. Mais rien à voir ici avec les bovins : les lots d’héparine en cause contenaient simplement de la chondroÏtine persulfatée, une substance extraite de cartilages de différentes espèces animales, réputée avoir les mêmes effets que l’héparine …mais 100 fois moins chère et surtout potentiellement dangereuse ! « Inventée » par une équipe de l’Iowa dirigée par une sommité de l’héparine, le Pr Linhard, selon les résultats parus en 1998, la chondroïtine sulfatée agit comme l’héparine. L’histoire dit que ce n’est qu’après leur publication que les chercheurs testèrent l’héparine sur des souris qui en moururent et que le résultat, faute d’avoir été divulgué de suite, n’empêcha pas l’Université de Shandong en Chine de déposer un brevet sur la fabrication de ce substitut, à partir de cartilages d’animaux, de peau de requin ou de crustacés, commençant à en expédier aux industries pharmaceutiques dans le monde entier !
Ou boyaux de bœuf français ?
Les cas d’ESB continuent chez les vaches. 4 en France, en 2010. Leur nombre est toujours secret défense en Chine. L’impossibilité de tracer les médicaments en Chine, mais aussi l’augmentation rapide du cours de l’héparine de porc 2 ont conduit contre toute attente à un arrêté gouvernemental cet été réhabilitant le boyau de bœuf pour la fabrication de l’héparine bovine. N’y aurait-il plus de risques de contamination de l’agent infectieux du prion ? Ou aurait-on peur des médicaments chinois ?
Clara Delpas
1 Le Lovenox pour Sanofi-Aventis représente un marché de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires (2009) dont 60% à l’exportation aux Etats-Unis. Produit numéro deux du groupe, il en représente 12% des ventes …
2 L’héparine de porc est passé de 7euros par mega-unité en 2007 à 60 en 2010
Mine de diamant, campagne et fin de parcours n°1
Shivaratri ne dure qu’un jour, après, le manège des racoleurs de shops recommence de plus belle. Au point qu’on les achève à annoner les quelques phrases qu’ils nous ressassent : come to my shop, just have a look, good price, my friend, very old, good quality. L’un des commerçants en chef a même craqué : en voyant klara, il a même crié » I don’t want to sell to you anything ». ça tombait bien. Khajuraho, à part les temples dont le seul nom fait baver ici (ce billet est posté depuis Dehli, quelques jours après…), c’est une belle campagne, côté est peuplée d’enfants qui vous courent après en vous chantant une jolie comptine » Hello, one photo ? one rupee? money? chocolate? shampoo? schoolpen? « …de l’autre, des enfants qui vous suivent un peu moins racketteur mais tout autant collants… A quelques dizaines de kilomètres de là, se trouve la ville de Panna, avec une réserve naturelle de tigres…en plein milieu de laquelle se trouvent les mines de Meshgawan, des mines…de diamant. Klara a eu l’autorisation d’aller les visiter, et en a profité pour y emmener Gaelle et Aurélie, que ça intéressait bien sûr. De telles mines ne courent pas le monde et en plus il est rare qu’on puisse les visiter. Seul hic pour le blog, interdiction de prendre des photos. Klara en a quand même volé quelques unes, de l’entrée et du filon de Kimberlite en train de sécher au soleil. Comme elle va en faire un article, elle va pas tout vous raconter ici. Juste pour préciser , les diamants de Meshgawan sont de dimensions tout à fait honorables, en 2010, on en a trouvé un de 34 carats tout de même. On ne les trouve pas affleurant le sol, mais piégés dans la kimberlite, une roche grise concassée dans une usine directement achetée à une mine sud africaine, mais reconvertie en iso 14001, agrément environnemental… Et les géologues de la mine ont gentiment donné à Klara de magnifiques photos de diamants et de la mine, alors après on ne va pas se plaindre; après on a essayé de pister le tigre, il y en a deux par ici, avec huit petits qui viennent de naître. Mais il faisait probablement trop chaud dans ce cagnard. Une mine en plein sanctuaire animal? et oui…
Après, cours de cuisine chez le king du paratha, lhassi et re lhassi, et on rencontre plein de french. On s’arrache un jour plus tôt, pour klara c’est plus sûr car les trains indiens ont des horaires aléatoires voire parfois s’annulent. Klara repart sur Dehli, en train de nuit, avec Aurélie, et Gaelle sur Orcha, en bus de jour. Klara est bien arrivée, pour l’heure dans un petit restau de Paharganj, pour une despedida au ginger lemon. Avec Aurélie. N’a plus trop la pêche pour écrire, ce soir est un peu tristoune, bien acclimatée à la vie locale ici…a changé ses premières impressions sur Dehli.
Gaelle aussi, est bien arrivée à Orcha. C’est la fin du parcours pour moi !
Namasté tout le monde.
Shivaratri… réussie!
Même pas une courbature et aujourd’hui est un grand jour : c’est Shivaratri, la grande fête hindoue qui commémore le mariage de Shiva et de Parvathi. Tous les hindous se rendent dans les hauts lieux de pèlerinage, dont fait partie Khajuraho. A Vanarasi, la population passe de 3 millions à 6 millions d’habitants. A Khajuraho, de 20 000 à peut être 40 000 ce qui reste supportable. Ce qu’il y a de bien dans ces jours de fête, c’est que les temples sont gratuits et nous en profitons donc pour les visiter. Redécouverts au milieu du 19 ème siècle, ils ont choqué le puritanisme ambiant par la crudité des scènes érotiques que jouent les statues des façades extérieures. Et interrogé les explications… Une version légendaire rapporte que Hemavati, une jeune brahmane, alors qu’elle se baignait un soir nue dans la rivière, a été séduite par le Dieu lune. De cette union est né un fils Chandravarman. La fille mère, bannie de la société , s’est réfugiée dans la forêt où elle a élevé son fils en mère et gourou. Le garçon devenu homme a donné vie aux premiers Chandela, une dynastie royale d’’origine rajpoute mais de descendance lunaire (habituellement les rajpoutes descendent du soleil), et qui a connu son apogée à la fin du 1er millénaire… Une nuit, Chandravarman a vu en songe sa mère l’implorer de bâtir des temples qui révèleraient les passions humaines et les frustrations de la population !
Et donc nous voyons des temples, des temples et encore des temples, dans un grand parc bien entretenu , bien vert et fleuri. Bien sûr tout le monde est là pour voir ces fameuses sculptures du Kama-Sutra, on voit bien où les gens s’arrêtent : toujours aux mêmes endroits. Comme certaines images risqueraient de heurter la sensibilité des plus jeunes, nous ne vous en mettrons pas de trop compromettantes. Juste deux statues qui se roulent un palot. 😉
Depuis le parc aux temples, on a une vue de premier choix sur le temple de shiva où c’est une activité intense, avec des groupes d’hommes et de femmes (séparés) s’agglutinant à l’entrée, puis se précipitant pour gravir les marches du temple , un godet d’eau à la main…
A l’occasion de shivaratri, c’est jour de foire et de marché, on en profite pour faire pour faire quelques boutiques. Et puis le soir, on a la chance d’accompagner la processon de shiva allant à son mariage, avec la fanfare des dieux et des déesses, Kali, Brahma, Lakshmi, etc…. et pour finir d’assister au spectacle offert par l’hôtel Lalit, un hôtel de luxe pour millardaires puisque la chambre est à 2000 euros, ça vous laisse imaginer le standing…. Et on en a vu, des riches, dans la procession avec des saris brodés de diamant et des chaussures incrustées de pierres précieuses.
Quel contraste avec la plèbe, les rickshaws étaient gentiment invités à se ranger sur le côté pour ne pas être dans le champ des caméras. Une bonne partie des télévisions de l’Inde étaient là, prenant des photos d’une star de Bollywood et pour finir, on a eu des places assises pour le spectacle rejouant donc le mariage de shiva et de parvathi. Et tout ça grâce à Ibrahim, qui tient dans ses mains un sacré pouvoir, c’est un VIP qui connait tout le monde, et c’est pour ça qu’on a été dans le carré des VIP . Alors le spectacle c’était de la danse , avec de jolis costumes, et un en arrière plan les temples de Khajuraho, et de belles lumières, et de la bonne musique. L’histoire est archi simple, Shiva arrive, Parvathi arrive, ils ne sont jamais vus, on les réunit pour le mariage , ils se découvrent et chacun danse de joie à son tour, puis les dieux et les déesses font la farandole en signe d’alégresse.
Après, un discours de la propriétaire de l’hotel Lalit, qui offre ce spectacle tous les ans à la population, avec un repas gratuit à la sortie. On a évité le gratuit, c’était dangereux, on voyait les policiers avec des bâtons réglementer la circulation autour du buffet et taper sur ceux qui se marchaient les uns sur les autres pour arriver les premiers au buffet ; Ensuite, on a été au temple à Shiva, pour faire quelques offrandes pour la famille et les amis (vous en avez de la chance, hein ?).
Au pied du temple, nous avons acheté nos offrandes, des sucreries, une noix de coco et de l’encens. Puis, on a fait un petit rituel autour de la statue de Ganesh , le fils de Shiva et de Parvathi , (planté l’encens et casser la noix de coco) et nous sommes monté au temple , où nous avons jeté nos offrandes sur le lingam géant qui se trouve en son centre (le plus grand qu’on ait jamais vu en inde !) .
Et puis pour une fois qu’on voit un peu de femmes :
Au pied du temple de shiva, les éclopés de la ville, mendiants paralytiques veillards aveugles enfants des rues, chantent et font la manche. Pour achever la noce, on a été boire des bières chez l’italien, faut vous dire qu’en temps de shivaratri, la vente d’alcool est interdite, parce qu’un hindou qui boit devient généralement violent et que personne veut de bazar ici. On a bu à la santé de shiva, qui était rappelons le quand même un sacré noceur, en mangeant des pakoras de toutes sortes (fromage, œuf, légumes…) et des finger chips (le nom indien pour les frites).









