Dehli

A Dehli on délire, il y a de tout sur la route, des records du monde de personnes sur vélo (6 personnes sur 1 vélo quand à Paris on a du mal à mettre 2  personnes dans une voiture), des boeufs, des rickshaws, des pousse=pousse, des piétons, des voitures, des enfants sur le bord de l’autoroute côté barrière  de séparation… Un vrai bazar, d’ailleurs on loge au Main Bazaar, une rue qui a plus de 4000 numéros et plein de magasins.

L’arrivée, c’était déjà pas triste. On nous avait tellement dit qu’il fallait faire attention aux taxis, qu’on s’est pas avoir. En plus, on ne savait même pas où on allait, on avait demandé la gare des trains, et il nous a déposé dans cette rue du Main bazaar où se trouve l’Ajay Hotel, aménagé un peu comme une médina, avec trois boutiques et un café-restaurant. Dans l’avion nous avons rencontré Thomas, avec qui on partage tout ‘(enfin les taxis et les balades ) mais qui est un petit jeune et qui semble un petit peu apeuré du trafic intense. on lui a notamment fait traverser un carrefour presque sans feu en courant où chacun est pour soi…d’ailleurs après notre traversée mémorable, on avait l’air tellement ridicule que plus aucun pousse=pousse ne voulait de nous . (et nous non plus d’ailleurs, y a des relents d’esclavagisme .  Du coup, nous avons pris le métro, beaucoup plus moderne qu’à Paris : d’abord, du côté de l’antiterrorisme ils font fort , on croirait qu’on est à l’embarquement d’un avion , on passe aux rayons , on vide nos poches, etc… Ensuite, les tickets sont des jetons magnétisés en plastique qui servent le temps du trajet et retournent dans la machine  à la sortie, donc sont réutilisables ! Ensuite , comble de la modernité, sur une rame de métro , il y a 5 wagons pour les hommes et 2 pour les femmes, enfin pas  tout à fait disons qu’il y a 5 wagons  mixtes et 2 que pour les femmes.

Ce matin, une des premières choses qu’on voulait faire en arrivant ici c’était d’apprendre à dire  « non dégage » en hindi parce que nous avons été beaucoup sollicité par des espèces de glues , des hommes voulant nous accompagner nous guider nous faire acheter telle chose ou nous demander de l’argent. On a vite compris qu’il fallait faire comme à Paris : ne rien voir, rien entendre, rien faire…et puis c’est pas  vraiment une surprise, mis à part peut être de voir dans le domaine à quel point les enfants de 4 ans sont ici autonomes dans la mendicité.

Le midi on a mangé sur une terrasse surplombant un carrefour, il faisait beau, mais moins chaud que ce qu’on aurait penser : il nous manque des bonnets, des écharpes, peut-être même une veste (Monique , tu te reconnais hein??), et si nous partons dans le Cachemire, nous allons devoir nous couvrir !

Nous avons découvert qu’il y avait une  terrasse avec des chaises basses en osier et au soleil, nous avons piqué un somme. Gaelle et Thomas ont fait croire à Klara qu’on lui avait piqué son sac pendant qu’elle dormait profondément ; ah mais qu’est ce qu’on délire à dehli (délo)…

Puis, nous avons été nous promener dans Old Dehli, et là des émotions…et comme disait joliment Thomas épuisé par cette expérience…  de la « densité » ! La rue centrale de Old Dehli, pas bétonnée , des parpaings de partout, très sale, boueuse, avec les gens qui mangent au ras du sol, des ruelles étroites bordées de stands de tissus comme dans un souk,  des vaches sacrées conduites par des cochers leur tapotant la croupe pour les faire galoper aussi vite que les rickshaws…Au détour d’une ruelle, un temple à Durga , un sri yantra gravé sur plaque de cuivre à ses pieds,  nous appelle, le gardien des chaussures nous fait une visite guidée, des 2m2 du lieu saint, on a droit à des cadeaux de la déesse : un peu de sucre arrosé d’eau (hum…. est ce que si c’est divin ça rend pas malade, on a un peu fait semblant de boire tout de même… ). Dans l’antichambre, c’est le cas de le dire, une souche d’un arbre millénaire, et dessous des lingams posés comme des bougies. Le gardien des chaussures confirme que l’antichambre fait temple à Shiva. Deux minutes de medit’, il m’invite à me marier (avec lui? non non! ) et m’ offre un bouquet de 10 roses rouges. Un cadeau de durga, encore, précise-t-il…

Nous voulions aller au cinéma, alors nous avons pris un rickshaw justement, pour faire quelques centaines de mètres (on finit par devenir esclavagiste …) , aller voir une superproduction indienne dans un ciné typique. Puis finalement renoncé, le film faisait 2h44, en hindi non sous titré évidemment , avec en plus 2 heures d’attente jusqu’à la prochaine séance . Après toutes ces péripéties, plus trop le courage…Il était déjà 7 heures du soir, et nous voulions rentrer dîner. La suite demain? On est un peu  fatigué là,  à plus tard…. Au menu dal chapatis, et tchai. 

Gaelle et Klara

Bientot plus de tartares!

Voilà, fini les tartares, carpaccio et autres crudités …
Tous les crudités d’ ailleurs.

Bientôt le grand départ!

Et avec une mascotte pour la route!

Le site de Marseillon

À l’été 2010, dans le cadre des bourses d’échanges chercheurs-journalistes de l’AJSPI (Association des Journalistes Scientifiques de la Presse d’Information), j’ai participé à un chantier archéologique sur le site de Marseillon (Banos) dans les Landes, conduit par Nicolas Teyssandier et Caroline Renard. J’en ai fait un reportage photo multimedia (monté dans le logiciel Soundslides) converti pour plus de facilité de lecture sur ce site en video…

Des plantes pour maigrir ?

Les plantes pour perdre du poids ont souvent la réputation de n’être pas plus efficaces que de la poudre de perlimpinpin. Pourtant, certaines sont d’une efficacité reconnue par la pharmacopée ou leur usage traditionnel.

Au rang des nombreuses solutions destinées à accompagner les personnes en excès de poids dans leur quête de minceur, des plantes comme la sève de bouleau ou la papaye sont réputées de longue date comme étant détoxifiantes, dépuratives, voire même dévoreuses de graisses… Efficaces sur la rétention d’eau, mais aussi sur l’élimination ou la modération de l’appétit (effet coupe faim), d’autres, telles que l’alchémille ou le thé vert l’aigremoine, le sureau ou la rhubarbe qui stimulent les fonctions plasmatiques et l’élimination rénale, ou la racine de fenouil qui active les fonctions hépatiques peuvent accompagner un programme de perte de poids. Toutes ces plantes sont inscrites à la pharmacopée française et sont titulaires d’une AMM. Elles sont disponibles en pharmacie (extraits) ou sous forme de jus ou de poudre en magasins de diététiques (laboratoire Santarome par exemple). D’autres plantes plus « exotiques » sont également inscrites à la pharmacopée française, sans AMM. Ainsi, les graines du guarana, un arbuste du bassin de l’Amazone, très utilisées au Brésil pour la préparation de boissons stimulantes, sont réputées cinq fois plus riches en caféine que le café. Elles permettent à l’organisme de brûler plus rapidement les graisses, tout en étant un stimulant général. Tout comme le garcinia, aussi appelé guttier, un petit arbuste asiatique connu pour la gomme que l’on extrait de sa résine (gomme-gutte) : des recherches ont mis en évidence que la peau de son fruit contient de l’Acide HydroxyCitrique (A.H.C.), un acide de fruit, qui inhibe dans les cellules la production des enzymes habituellement responsables de la transformation des sucres en graisses. Il contribue à diminuer la taille des cellules graisseuses et sa prise peut aider à réduire la consommation alimentaire et les envies sucrées, ainsi qu’à dimiuer de la synthèse du cholestérol.

Des compléments alimentaires pour maigrir ?

D’autres plantes « minceur » ont été autorisées sous forme de complément alimentaire. Comme ce statut ne les soumet à des essais cliniques visant à en démontrer l’efficacité, leur réputation se fonde sur leur usage traditionnel. Ainsi, le hoodia gordonii, une succulente utilisée par les bushmen d’Afrique du Sud, qui partent chasser durant plusieurs jours pour pouvoir « tenir » sans manger…La molécule active qui en a été isolée (le P57) agirait directement sur le centre nerveux de satiété, ce qui explique son effet coupe-faim. Ceci dit, plusieurs essais cliniques semblent en confirmer l’efficacité…sous réserve qu’il s’agisse de la plante fraîche, telle qu’elle est consommée par les bushmen ! D’autres plantes, dites « de lest », semblent intéressantes pour moduler l’appétit : le nopal, qui pousse sur les hauts plateaux du Mexique est bien connu pour son fruit (la figue de barbarie) et dont les « feuilles » sont très riches en mucilages et en pectines, deux types de fibres solubles capables d’absorber plusieurs fois leur poids en eau, qui « gonflent » dans l’estomac, à la manière d’une éponge, donnant un sentiment de satiété. Ou bien encore le konjac, la plante dont les racines servent à la préparation du konniaku, un aliment traditionnel du Japon. Dans ses tubercules se trouve la glucomannane, une substance capable d’absorber plus de 100 fois son volume d’eau. Dans l’estomac, nopal et konjac forment un gel visqueux qui au delà de remplir l’estomac « enrobe » les molécules de glucose et les lipides, contribuant d’autant à limiter l’absorption des graisses et des sucres. Un mécanisme que l’on suppose en soi efficace pour réduire l’appétit !

Troubles sexuels de l’homme : des viagras végétaux ?

Bien au-delà de leur supposé effet aphrodisiaque, certaines plantes contiennent des stéroïdes, des  alcaloïdes et autres substances capables d’agir sur notre système hormonal et cardio-vasculaire. Certaines ont fait l’objet d’études cliniques concluantes. 

Les troubles sexuels concernent les hommes (et les femmes) depuis la nuit des temps.  Une discipline entière de la médecine ayurvédique leur est même consacrée (vajikarna), avec des traités recensant tant de plantes qu’on ne peut ici les énumérer toutes ! L’une d’entre elles  est le Tribulus terrestris, d’usage traditionnel ancien en Inde et en Chine. Cette plante commune, même en Europe, (on l’appelle tribule ou croix-de-malte)  a défrayé la chronique dans les années 80, quand des haltérophiles bulgares ont reconnu l’utiliser à la place des stéroïdes anabolisants interdits par la réglementation sur le dopage… Il est vrai qu’elle contient des stéroïdes, dont l’un, la protodioscine, en fait, c’est sûr, un bon dopant. Mais quant à ses effets sur la fonction érectile, les essais cliniques sont pour leur part beaucoup moins convaincants…  et les risques pour le système hormonal liés à la présence de stéroïdes bien mal évalués. L’usage ancestral, reconnu par la tradition,  suffit-il à fonder la réputation du Tribulus Terrestris ? L’efficacité sur la fonction érectile ne semble guère supérieure à celle du placebo.   En France, le Tribulus Terrestris a le statut d’un complément alimentaire et peut donc être distribué en vente libre dans les magasins spécialisés en diététique (ou en bodybuilding !). On le trouve aussi sous forme de teinture mère et de granules homéopathiques (Boiron).

La maca, un effet confirmé ?

Une autre plante revendiquant de tels effets est la maca (Lepidium meyenii Walpers ou Lepidium peruvianum Chacon). Cette herbe pousse sur les hauts plateaux péruviens entre 3800 m et 4800 m dans la région de Puno. Dans la médecine des Andes, on en utilise traditionnellement la poudre de racine sous forme sèche ou fraîche, rarement crue, comme fortifiant général et comme tonique sexuel. Une récente étude clinique (2009) menée au département d’urologie de l’hôpital de Forlì en Italie le confirme sur 50 patients présentant une dysfonction  érectile modérée : 2,4g par jour de poudre de racine de maca pris pendant 12 semaines leur ont permis  d’augmenter significativement leur fonction  et leur satisfaction sexuelle. Dans un avis rendu en 2004, l’AFSSA mentionnait déjà deux essais cliniques montrant que la consommation d’extraits de maca à la dose de 1,5 g et de 3 g par jour avait un effet bénéfique sur la spermatogenèse et augmentait le désir et les performances sexuelles. Cependant, la maca contient des alcamides (macamides et macènes) et des alcaloïdes β-carbolines à effet inhibiteur de la monoamine oxydase. Une composition qui n’en fait pas une plante anodine : en juillet 2008, l’AFSSA a d’ailleurs mis en garde les patients atteints de syndrome  métabolique   sur les risques d’augmentation de la pression artérielle liés à sa consommation…

Où trouver la maca ?

La maca est disponible  sous forme de complément alimentaire, dans les magasins diététiques. Autorisée dans un usage alimentaire, sans plus de formalités sur le marché français, puisqu’elle a été introduite avant 1997, elle ne fait donc pas partie de la réglementation sur les nouveaux aliments (Novel Food) et ne nécessite pas d’évaluation complémentaire…

Cystite : la canneberge efficace

S’appuyant sur plusieurs études cliniques, l’AFSSA (renommée ANSES en Juillet 2010) a reconnu en 2007 l’intérêt des baies de canneberge dans la prévention des infections urinaires.

Le Cranberry, ou canneberge, est un arbuste dont les fruits (Vaccinium macrocarpon L.) sont des baies rouges assez grosses, de 1,5 à 2 cm de diamètre, acidulées et âpres, proches des airelles. Traditionnellement cueillies et consommées depuis toujours par les Indiens d’Amérique du Nord qui l’appellent Atoka, ces baies sont entrées dans l’alimentation courante aux États-Unis dès le 17e siècle : on les consomme en fruit, jus et confitures. Elles sont aussi réputées traiter les blessures cutanées, prévenir le scorbut et les infections urinaires. C’est ce dernier usage, confirmé par des études cliniques, qui rend la baie de canneberge particulièrement intéressante : pour l’instant le seul traitement d’attaque des cystites se fonde sur les antibiotiques, dont l’efficacité se trouve actuellement confrontée à des problèmes de résistances bactériennes.

36 mg de PAC par jour

L’analyse chimique des baies de canneberge révèle la présence de proanthocyanidines (PAC). Ces polyphénols possèdent des effets antioxydants sur les cellules de l´organisme ainsi qu’une action antimicrobienne : ils bloquent la fixation des bactéries E.coli à P-fimbriae aux parois du tractus urinaire. Or l’adhésion des bactéries dans la vessie est l’étape initiale du développement d’une infection urinaire. Si cette étape est évitée, les bactéries ne peuvent pas se développer ou provoquer l’infection et elles sont éliminées du corps par les urines. Les baies contiennent aussi des acides organiques comme l’acide citrique, l’acide benzoïque et l’acide ascorbique (vitamine C). L’allégation de santé « bénéfique pour les voies urinaires » a même été accordée par l’AFSSA, sous réserve d’une consommation journalière du produit permettant un apport de 36 mg de proanthocyanines (PAC).

Où trouver la baie de cannebege ?

On trouve la baie de canneberge sous forme de fruits, de purée, de jus… 100 g de fruits, disponibles sous forme de fruits frais et congelés ou de purée, contiennent de 79 à 126 mg de PAC : pour atteindre les doses efficaces préconisées, il faut en manger au moins 20 à 50 g par jour. Ou boire 75 ml de pur jus concentré ou à 300 ml de boisson à 25 % de pur jus. On  la trouve aussi sous forme de complément alimentaire : des douzaines de produits sont disponibles en pharmacie ou en magasins diététiques. Là encore, leur efficacité est soumise à l’impératif des 36mg/jour de PAC. Revendiquant ce dosage, les Arkogélules Cranberryne® et Cys-Control® des laboratoires Arkopharma , la gamme Urell® des laboratoires Pharmatoka ou bien encore les Urisanol sticks® des laboratoires Pierre Fabre sont en vente libre en pharmacie. Ils ne sont pas pour autant considérés comme des médicaments : la baie de canneberge a le statut d’un complément alimentaire, non remboursé par la sécurité sociale. Les laboratoires ne sont donc pas tenus de mener des essais cliniques pour évaluer l’efficacité de leurs produits. Certains le font, comme Pharmatoka. Il faut dire que son président-fondateur, Gunter Haesaerts, est aussi l’initiateur de l’utilisation de la canneberge en France, s’investissant depuis 2004 dans son développement clinique, avec un urologue de l’hôpital Foch de l’AP-HP, Henry Botto… La fabrication des compléments alimentaires n’étant pas l’exclusivité des laboratoires pharmaceutiques, on trouve également la canneberge en magasins spécialisés diététiques et/ou bio : Canneberge dosage optimal (Netlab), Cranberry Bio 36 mg (Fleurance Nature), Cranberry Ultra 500 (Nutrition Plus), Natura Confort comprimé (Cothera). La seule contrainte pour afficher l’allégation santé n’étant dans un cas comme dans l’autre que d’en respecter le dosage minimal ! + 27 janvier 2011

L’or gris des Andes

Paru sur le site de Science Actualités en janvier 2011

A l’heure où le pétrole se raréfie, le lithium, matière première des batteries des voitures électriques, apparaît comme une ressource prometteuse. Reportage en Bolivie où se trouve la majeure partie des réserves…

En plein Altiplano bolivien, bordés par la cordillère des Andes, le Salar de Uyuni, et son prolongement, le Salar de Coipasa ressemblent à de vastes étendues neigeuses. Visible depuis les satellites, leur blancheur envoûtante n’est pourtant pas liée à la présence de neige, bien que l’on soit ici à plus de 3500m d’altitude : comme leur nom le suggère, ces déserts blancs sont des déserts de « sels »… Et, plus qu’une curiosité géologique ou une attraction touristique, ils sont une richesse potentielle pour la Bolivie. En effet, ces salars sont riches en divers minéraux tels que le chlorure de sodium (sel de table) ou le borax qui y sont exploités depuis longtemps, simplement par ramassage de surface. Dans les années 1970, des sondages réalisés par ce qui s’appelait l’ORSTOM (aujourd’hui l’IRD), ont révélé qu’à quelques mètres de profondeur à peine, le salar recelait des saumures particulièrement riches en lithium.

 

Les enjeux du lithium
Le lithium, ce métal mou présent ici sous forme de sels, offre une capacité d’accumulation des charges électriques telle qu’il entre aujourd’hui dans la composition des batteries de la plupart des appareils modernes. Saviez-vous par exemple que la batterie de votre ordinateur portable en contient probablement l’équivalent d’une huitaine de grammes ? Téléphones portables, lecteurs de MP3 ou appareils photographiques numériques ne seraient pas non plus qu’ils sont aujourd’hui sans l’autonomie énergétique que leur confère les batteries au lithium… Rien d’étonnant à ce que le lithium ait conquis depuis le début les développeurs des véhicules électriques : il suffit de 2,7kg de lithium pour fabriquer une batterie de 24kWH permettant de faire rouler une voiture pendant 5 ans, à raison de 160km entre deux recharges …En ces temps de pénurie de pétrole, le lithium andin a de quoi attirer toutes les convoitises. Car il « suffit » de forer quelques mètres sous le salar et de faire sécher les saumures pour obtenir des sels riches en carbonate de lithium.

Les ressources boliviennes
Le lithium bolivien représenterait plus de 70% des réserves mondiales. Représenterait ? Le conditionnel reste de mise car on ne sait déjà pas combien il y a de lithium en Bolivie… Comment savoir combien il y en a à l’échelle de la planète ? Faute d’une évaluation précise des ressources géologiques et minières de la planète en général, et en Bolivie en particulier, les réserves de lithium fluctuent du simple au décuple selon les différents géologues : le Service géologique américain, l’USGS (United States Geological Service)  les a estimées à 9 millions de tonnes en 2006. Les experts du gouvernement bolivien  à plus de 100 millions de tonnes, selon les derniers forages réalisés à 300 mètres de profondeur fin 2009. Mais comment évaluer précisément une ressource …avant qu’elle ne soit exploitée… et surtout, sans consensus scientifique en la matière ! La question reste entière !


Des réserves difficiles à quantifier
Selon Jacques Varet, conseiller du président du Bureau de Recherche Géologique et Minier (BRGM) et ancien directeur de la prospective et d’évaluation, il est pour l’instant impossible d’évaluer précisément les réserves de la planète. Il faudrait pour ce faire mettre en place « un GIER, Groupe Indépendant d’Experts sur les Ressources, sur le même modèle que le GIEC pour le climat ». Le lithium n’est pas une ressource fossile, ni un métal rare : il est associé à l’activité volcanique, et l’on peut l’extraire par exemple depuis les puits géothermiques. Il existe d’autres salars dans la cordillère des Andes ( notamment au Chili et en Argentine) , le long de la faille de San Andrea ( en Californie), dans la zone de collision de l’Asie centrale ( au Tibet et en Afghanistan) et dans certaines zones désertiques ( en Afrique de l’Est et en Australie) . D’autres gisements riches en sels de lithium que les salars existent, mais ils sont plus difficiles d’accès : le lithium est présent par exemple dans les gisements de mica, que l’on peut trouver un peu partout sur la planète, y compris en France ou bien encore…dans l’eau de mer dont la teneur en lithium, estimée à 0,17g/m3, en fait une réserve de 240 000 milliards de tonnes ! Comme pour le pétrole, les expertises des géologues confortent les stratégies politiques de gestion des ressources, en influant sur les cours des minéraux. En juin 2010, l’annonce par l’USGS (financé par le gouvernement américain) de gisements importants de lithium en Afghanistan n’avait rien d’un scoop scientifique, puisque connu par le BRGM depuis la présence russe! Il s’agissait plutôt d’attirer de nouveaux marchés économiques avec des industriels étrangers, en montrant qu’il y avait là d’autres marchés que la drogue, et peut-être de faire pression indirectement sur le gouvernement bolivien pour qu’il négocie à la baisse l’exploitation de son lithium par les entreprises étrangères.

Y a-t-il du lithium en France ?

« Le BRGM n’a pas été sollicité pour évaluer les ressources de lithium en France. Néanmoins, on sait qu’on a des ressources de lithium. Dans les formations plutoniques (granit) par exemple, comme le granit des Chassières, et plusieurs sites de granit dans le massif central où l’on sait que l’on peut produire du lithium, à partir de tous ces micas riches en lithium. Plus intéressant à regarder, le lithium que l’on peut produire à partir de fluides géothermaux contenus dans des roches dans des réservoirs profonds, en particulier le Trias, la couche sédimentaire la plus profonde, en Alsace, a des teneurs en lithium relativement élevées. Sans être aussi élevées que celles que l’on trouve dans les salars, ces teneurs peuvent permettre d’envisager des exploitations combinées de géothermie et de lithium. Une perspective considérée dans différents pays du monde, notamment aux Etats-Unis, à Salton Sea, en Californie, où une exploitation de géothermie permet de produire du lithium de cette manière là. »

Jacques Varet, conseiller du président du Bureau de Recherche Géologique et Minier (BRGM) et ancien directeur de la prospective et d’évaluation)
Y-a-t-il du lithium en France? La réponse de Jacques Varet

Une exploitation en solo ?
Le 27 octobre 2010, la Bolivie a annoncé vouloir procéder seule à l’industrialisation de son lithium, pour « ne pas répéter la mise à sac des richesses » historiques de la Bolivie comme cela avait été le cas pour ses ressources en argent et en étain et a le même jour annoncé un investissement de 902 millions de dollars d’ici 2014 pour le faire.
Si l’annonce a, dans un premier temps, jeté un froid chez les industriels, tout le monde se doute bien que l’Etat bolivien ne possède pas cet argent … à commencer par le gouvernement lui-même, qui n’en est pas à un paradoxe près ! L’annonce, sans être une mise à pied définitive des étrangers, visait donc plus probablement à conformer les intentions du gouvernement à la nouvelle constitution adoptée par référendum début 2009, qui lui donne la pleine propriété de ses ressources minérales…
Un colloque international s’est d’ailleurs tenu peu après dans la capitale bolivienne. À La Paz, le 10 décembre dernier, les industriels du monde entier, dont ceux du groupe Bolloré, ont été invités par le gouvernement bolivien à engager rapidement des partenariats technologiques. Ils ont pu visiter l’usine pilote, initiée en 2007, pour un coût de près de 7 millions de dollars, qui vient tout juste d’entrer en service, révélant à quel point la production de batteries électriques boliviennes est encore une perspective lointaine…Gageons donc que les perspectives des industriels sur le lithium bolivien sont loin d’être bouchées !

Les LEDs : un danger pour les yeux ?

Un rapport d’expertise de l’Anses paru fin octobre pointe les risques sanitaires des diodes émettrices de lumière, les LEDs, que l’on trouve aujourd’hui partout ! Y aura-t-il des guirlandes à Noël ?

Ce n’est un mystère pour personne : il vaut mieux ne pas regarder le soleil en face ! Les campagnes de sensibilisation au moment de l’éclipse solaire de 1999 ont bien asséné le message. La lumière du soleil peut conduire à des lésions irréparables de la rétine lorsqu’elle parvient directement à l’œil. Mais au moins peut-on se protéger de la lumière solaire par un filtre. Il semble que nous soyons en revanche beaucoup plus vulnérables devant une autre source de lumière, moins naturelle, fruit des progrès technologiques : les diodes émettrices de lumière (LEDs).

L’écologie et la volonté à tout prix  de faire des économies d’énergie peuvent avoir leur revers : après l’alarme lancée récemment à propos des champs électromagnétiques importants générés par les ampoules fluocompactes, au tour des diodes émettrices de lumière d’être mises sur la sellette. La raison ? La lumière bleue qu’elles émettent.

 

L’agression de la lumière bleue

Petit rappel physiologique : lorsque la lumière visible parvient à la rétine, elle se transforme en stimulation électrique au niveau de la macula, une zone centrale de quelques millimètres de diamètre. Or, lorsque la lumière émet un rayonnement à dominante bleu, ce qui est précisément le cas des LEDs, elle agresse la macula. Ce sont d’ailleurs des agressions répétées de la macula qui sont responsables de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), une affection qui conduit à des  malvoyances sévères.

Comme le rappelle Jean-Pierre Césarini, anatomopathologiste et co-signataire du rapport de l’Anses, « Un enfant, avant l’âge de 7 ans, est doté d’un cristallin absolument transparent qui le rend totalement vulnérable à la lumière bleue ! ». D’autres personnes sont particulièrement exposées au danger de ce rayonnement: celles qui n’ont pas de cristallin, celles qui sont dotées d’un cristallin artificiel, celles qui présentent une dégénérescence maculaire liée à l’âge, et enfin celles qui prennent des médicaments photo-sensibilisants.

L’expertise de l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses),  pointe  plus particulièrement l’effet toxique de la lumière bleue et le risque d’éblouissement. En ajoutant aussi un certain inconfort visuel, lié à un éclairage très directif et à une piètre qualité de la lumière émise.

Si les ampoules à LED n’éclairent pas nécessairement en rapport avec l’intensité de la lumière qu’elles émettent, c’est leur intensité, très élevée,     (jusqu’à 1000 fois plus que les éclairages classiques !) qui est particulièrement dangereuse. Elle peut abîmer la rétine, et de façon irréversible. En clair, rendre aveugle…

 

Des normes à appliquer

La « tolérance » de l’œil humain à la lumière est pourtant connue. Il existe même une norme européenne de sécurité photobiologique (NF EN 62471) permettant de définir précisément le danger éventuel des dispositifs d’éclairage. Le problème est que la norme n’est pas obligatoire pour la mise sur le marché. Certains produits se targuent certes d’un étiquetage CE…mais il faut rappeler que ce dernier n’inclut que le bon respect des normes de sécurité électrique et pas cette norme de sécurité photobiologique !  (et que, par ailleurs, ce logo CE est  autoproclamé…)

Au final, l’Anses recommande de limiter l’usage des LEDs dans les lieux fréquentés par les enfants (maternités, crèches, écoles, lieux de loisirs, etc.), de développer des  lunettes de protection optique spécifiques aux LED (ce qui n’existe pas encore) et surtout d’informer les consommateurs sur les produits qu’ils achètent. Une information qui est du ressort du fabricant. Bien sûr, à la parution du rapport, regroupés sous l’égide du Syndicat de l’éclairage, les fabricants ont réagi aussitôt en précisant que dans des conditions normales d’utilisation (c’est à dire sous réserve de ne pas regarder la source lumineuse  en face, et de ne l’utiliser que dans un diffuseur,  un réflecteur intégré ou un luminaire limitant la luminance perçue par l’utilisateur…), les LED ne présentaient pas de risque sanitaire particulier. Osram, l’un des grands fabricants mondiaux de LED a même précisé dans un communiqué que tous ses produits  entraient dans les groupes de risques d’effets photochimiques les plus faibles, groupes 0 et 1, à l’exception de ses lampes de poche, qui elles rentrent dans le groupe de risque 2. Mais quid des autres dispositifs incorporant des LEDs ? Les enfants peuvent-ils éviter de regarder directement les LEDs de leurs jouets , afficheurs lumineux, consoles et manettes de jeu ? Peuvent-ils éviter  les flashs  (à LEDs !) des  téléphones portables  avec lesquels on les photographie , souvent dès la maternité? Évitent-ils, depuis leur poussette qui place leurs yeux à hauteur des pare-chocs, le rayonnement éblouissant des nouveaux phares des voitures?  Et oui, il est hélas probable qu’il y ait encore   des guirlandes clignotantes à Noël et qu’il soit toujours aussi difficile de s’empêcher de les regarder !

Clara Delpas

 

Encadré 1 : Où trouve-t-on les LED’s ?

 

Signalisation routière :

  • feux de circulation

  • balisage urbain

  • sécurité routière

  • feux de véhicules

 

Éclairage domestique ou professionnel :

  • lampes torches et frontales

  • luminaires

  • spots

  • guirlandes de Noël

  • blocs opératoires

  • fauteuils dentaires

 

Dispositifs de soin

-lampes de luminothérapie

  • lampes de soin anti-acné ou d’esthétique…

 

Encadré 2 : Quels risques ?

La norme européenne de sécurité photobiologique (NF EN 62471)  s’applique aux lampes et aux appareils utilisant des lampes et propose des limites d’exposition au rayonnement de ces sources de lumière.  S’intéressant à l’ensemble des dangers photobiologiques pour l’oeil (dangers thermiques et photochimiques), elle définit 4 groupes de risques :

le groupe de risque 0 (exempt de risque),

le groupe de risque 1 (risque faible),

le groupe de risque 2 (risque modéré)

le groupe de risque 3 (risque élevé).

Certains produits à base de LEDs relèvent de groupes de risques supérieurs à ceux des éclairages traditionnels, jusqu’alors accessibles par le grand public.

Petite astuce pour repérer le danger : plus la  lumière est «  froide » plus on peut supposer qu’elle est riche en couleur bleue.

 

 

Le lithium se fait attendre

Paru dans Novethic en décembre 2010

La Bolivie a annoncé pouvoir approvisionner le monde en lithium pendant au moins 5000 ans. Et vouloir exploiter son précieux minerai seule. Le pays, qui accuse 10 ans de retard, aura du mal à se passer des industriels étrangers.

Les industriels japonais Mitsubishi et Sumitomo, coréens Kores, Hyundai et LG, finlandais European Batteries et français Bolloré et Eramet convoitaient depuis une bonne décennie le lithium bolivien. Et ils ont à première vue de quoi être déçus : fin octobre 2010, ils ont été renvoyés par l’État plurinational de Bolivie à l’horizon 2014-2015 pour d’éventuels partenariats ! D’ici là, la Bolivie a déclaré vouloir gérer seule l’exploitation de son précieux minerai. L’enjeu va plus loin que le seul marché de la fabrication des batteries au lithium, celles-là même que l’on trouve déjà partout, dans les téléphones portables, les ipods, les ordinateurs… mais qui devraient être amenées à se développer avec les voitures électriques. Pour la Bolivie, rester maître de ses ressources, c’est un défi à relever : sortir le pays de la « malédiction des matières premières » qu’il connaît depuis les Espagnols. Car malgré ses richesses minières considérables (argent, or, étain), la Bolivie reste l’un des pays les plus pauvres du monde.

10 ans de retard

Le lithium fera-t-il sa richesse ? Rien n’est moins sûr, car sur ce marché mondial qui a le vent en poupe, la Bolivie est loin d’être opérationnelle. Tout d’abord, parce que ce n’est qu’en 2008 qu’elle a commencé à vouloir exploiter ce métal léger et mou qui abonde juste sous la surface des lacs salés des Andes (les « Salar »). 10 ans après que le Chili voisin a commencé à le faire. Ce dernier en est d’ailleurs aujourd’hui le premier producteur mondial. Pour l’instant, la Bolivie ne dispose que d’une usine pilote, dont la mise en service était annoncée à la fin 2010, mais qui, en mai dernier, était encore en travaux ! Si Evo Moralès pronostique « une révolution de la matrice énergétique mondiale » avec le développement du lithium bolivien, il a aussi annoncé dans le même temps que la phase industrielle du projet n’était pas prévue pas avant 2014-2015. À terme, la Bolivie veut rattraper le Chili en produisant autant de carbonate de lithium, soit 40 000 tonnes. Près de dix fois plus que la capacité de l’usine pilote actuelle. L’État devra investir 900 millions de dollars pour développer une industrie compétitive en la matière. Or le financement de l’usine pilote, a déjà peiné à rassembler les quelques 7 millions de dollars nécessaires à sa mise en service… et il reste huit autres usines à construire pour l’extraction du carbonate de lithium et des autres composés minéraux susceptibles d’intéresser l’industrie chimique ou phytosanitaire (fertilisants) (acide borique, chlorure et sulfate de potassium).

À quel prix social et environnemental ?

Les ressources boliviennes en lithium ont beau être considérables (elles sont aujourd’hui estimées de 24 millions de tonnes par les géologues américains, à 100 millions de tonnes par les experts boliviens, soit 3 à 33 fois plus que les réserves chiliennes), l’exploitation du lithium n’est pas sans inquiéter les populations locales qui n’en retirent pour l’instant aucun bénéfice (1). L’activité minière de l’usine pilote ne génère pas en effet les emplois attendus, la petite centaine de mineurs employés étant des salariés délocalisés de la corporation minière de Bolivie (COMIBOL). Elle n’améliore pas non plus les infrastructures. L’électricité, acheminée à grands frais pour l’usine, se fait toujours désirer dans les villages alentour. Quant à son impact environnemental, habitants et ONG s’inquiètent des menaces qui pèsent sur la ressource en eau de la région, le Salar de Uyuni.
Dans cette zone déjà très désertique [le Salar est le plus grand désert de sel de la planète], on vit principalement de la culture du quinoa et du tourisme. De plus, l’usine pilote de lithium se situe non loin du fleuve Rio Grande, une proximité qui fait craindre une atteinte à la qualité de l’eau. En effet, pour l’instant, la seule solution envisagée par la COMIBOL pour le traitement des déchets miniers de l’extraction du lithium est de les déposer dans le lit du fleuve asséché lors de la saison sèche, en espérant qu’à la saison des pluies ils seront réabsorbés par les sols et réalimenteront le salar !

Comme le rappelle le vice-président de Chemetall, Tim McKenna, la compagnie américaine qui se partage, avec la compagnie nationalisée chilienne SQM, 70 % du lithium du salar de l’Atacama : « Au Chili, on a mis 15 ans pour atteindre des niveaux conséquents de production ! Et sans avoir les obstacles géographiques et logistiques que connaît la Bolivie ! » Car le pays n’a pas d’infrastructures adaptées ni d’accès à la mer. Vue sous cet angle, l’échéance 2014 paraît bien irréaliste. À moins que le pays ne décide de s’allier, finalement, l’aide conséquente d’industriels étrangers. Ils sont d’ailleurs déjà invités à La Paz le 10 décembre prochain, où un colloque sur l’industrialisation du lithium est organisé !

(1) Rebecca Hollender Jim Shultz « Bolivia and its Lithium » – Can the “Gold of the 21st Century” Help Lift a Nation out of Poverty? À Democracy Center Special Report [mai 2010]

(2) http://www.litiobolivia.org/en.html

10 ans de retard!

Paru dans Novethic en décembre 2010

La Bolivie a annoncé pouvoir approvisionner le monde en lithium pendant au moins 5000 ans. Et vouloir exploiter son précieux minerai seule. Le pays, qui accuse 10 ans de retard, aura du mal à se passer des industriels étrangers.

Les industriels japonais Mitsubishi et Sumitomo, coréens Kores, Hyundai et LG, finlandais European Batteries et français Bolloré et Eramet convoitaient depuis une bonne décennie le lithium bolivien. Et ils ont à première vue de quoi être déçus : fin octobre 2010, ils ont été renvoyés par l’État plurinational de Bolivie à l’horizon 2014-2015 pour d’éventuels partenariats ! D’ici là, la Bolivie a déclaré vouloir gérer seule l’exploitation de son précieux minerai. L’enjeu va plus loin que le seul marché de la fabrication des batteries au lithium, celles-là même que l’on trouve déjà partout, dans les téléphones portables, les ipods, les ordinateurs… mais qui devraient être amenées à se développer avec les voitures électriques. Pour la Bolivie, rester maître de ses ressources, c’est un défi à relever : sortir le pays de la « malédiction des matières premières » qu’il connaît depuis les Espagnols. Car malgré ses richesses minières considérables (argent, or, étain), la Bolivie reste l’un des pays les plus pauvres du monde.

10 ans de retard

Le lithium fera-t-il sa richesse ? Rien n’est moins sûr, car sur ce marché mondial qui a le vent en poupe, la Bolivie est loin d’être opérationnelle. Tout d’abord, parce que ce n’est qu’en 2008 qu’elle a commencé à vouloir exploiter ce métal léger et mou qui abonde juste sous la surface des lacs salés des Andes (les « Salar »). 10 ans après que le Chili voisin a commencé à le faire. Ce dernier en est d’ailleurs aujourd’hui le premier producteur mondial. Pour l’instant, la Bolivie ne dispose que d’une usine pilote, dont la mise en service était annoncée à la fin 2010, mais qui, en mai dernier, était encore en travaux ! Si Evo Moralès pronostique « une révolution de la matrice énergétique mondiale » avec le développement du lithium bolivien, il a aussi annoncé dans le même temps que la phase industrielle du projet n’était pas prévue pas avant 2014-2015. À terme, la Bolivie veut rattraper le Chili en produisant autant de carbonate de lithium, soit 40 000 tonnes. Près de dix fois plus que la capacité de l’usine pilote actuelle. L’État devra investir 900 millions de dollars pour développer une industrie compétitive en la matière. Or le financement de l’usine pilote, a déjà peiné à rassembler les quelques 7 millions de dollars nécessaires à sa mise en service… et il reste huit autres usines à construire pour l’extraction du carbonate de lithium et des autres composés minéraux susceptibles d’intéresser l’industrie chimique ou phytosanitaire (fertilisants) (acide borique, chlorure et sulfate de potassium).

À quel prix social et environnemental ?

Les ressources boliviennes en lithium ont beau être considérables (elles sont aujourd’hui estimées de 24 millions de tonnes par les géologues américains, à 100 millions de tonnes par les experts boliviens, soit 3 à 33 fois plus que les réserves chiliennes), l’exploitation du lithium n’est pas sans inquiéter les populations locales qui n’en retirent pour l’instant aucun bénéfice (1). L’activité minière de l’usine pilote ne génère pas en effet les emplois attendus, la petite centaine de mineurs employés étant des salariés délocalisés de la corporation minière de Bolivie (COMIBOL). Elle n’améliore pas non plus les infrastructures. L’électricité, acheminée à grands frais pour l’usine, se fait toujours désirer dans les villages alentour. Quant à son impact environnemental, habitants et ONG s’inquiètent des menaces qui pèsent sur la ressource en eau de la région, le Salar de Uyuni.
Dans cette zone déjà très désertique [le Salar est le plus grand désert de sel de la planète], on vit principalement de la culture du quinoa et du tourisme. De plus, l’usine pilote de lithium se situe non loin du fleuve Rio Grande, une proximité qui fait craindre une atteinte à la qualité de l’eau. En effet, pour l’instant, la seule solution envisagée par la COMIBOL pour le traitement des déchets miniers de l’extraction du lithium est de les déposer dans le lit du fleuve asséché lors de la saison sèche, en espérant qu’à la saison des pluies ils seront réabsorbés par les sols et réalimenteront le salar !

Comme le rappelle le vice-président de Chemetall, Tim McKenna, la compagnie américaine qui se partage, avec la compagnie nationalisée chilienne SQM, 70 % du lithium du salar de l’Atacama : « Au Chili, on a mis 15 ans pour atteindre des niveaux conséquents de production ! Et sans avoir les obstacles géographiques et logistiques que connaît la Bolivie ! » Car le pays n’a pas d’infrastructures adaptées ni d’accès à la mer. Vue sous cet angle, l’échéance 2014 paraît bien irréaliste. À moins que le pays ne décide de s’allier, finalement, l’aide conséquente d’industriels étrangers. Ils sont d’ailleurs déjà invités à La Paz le 10 décembre prochain, où un colloque sur l’industrialisation du lithium est organisé !

(1) Rebecca Hollender Jim Shultz « Bolivia and its Lithium » – Can the “Gold of the 21st Century” Help Lift a Nation out of Poverty? À Democracy Center Special Report [mai 2010]

(2) http://www.litiobolivia.org/en.html