L’or gris des Andes

Paru sur le site de Science Actualités en janvier 2011

A l’heure où le pétrole se raréfie, le lithium, matière première des batteries des voitures électriques, apparaît comme une ressource prometteuse. Reportage en Bolivie où se trouve la majeure partie des réserves…

En plein Altiplano bolivien, bordés par la cordillère des Andes, le Salar de Uyuni, et son prolongement, le Salar de Coipasa ressemblent à de vastes étendues neigeuses. Visible depuis les satellites, leur blancheur envoûtante n’est pourtant pas liée à la présence de neige, bien que l’on soit ici à plus de 3500m d’altitude : comme leur nom le suggère, ces déserts blancs sont des déserts de « sels »… Et, plus qu’une curiosité géologique ou une attraction touristique, ils sont une richesse potentielle pour la Bolivie. En effet, ces salars sont riches en divers minéraux tels que le chlorure de sodium (sel de table) ou le borax qui y sont exploités depuis longtemps, simplement par ramassage de surface. Dans les années 1970, des sondages réalisés par ce qui s’appelait l’ORSTOM (aujourd’hui l’IRD), ont révélé qu’à quelques mètres de profondeur à peine, le salar recelait des saumures particulièrement riches en lithium.

 

Les enjeux du lithium
Le lithium, ce métal mou présent ici sous forme de sels, offre une capacité d’accumulation des charges électriques telle qu’il entre aujourd’hui dans la composition des batteries de la plupart des appareils modernes. Saviez-vous par exemple que la batterie de votre ordinateur portable en contient probablement l’équivalent d’une huitaine de grammes ? Téléphones portables, lecteurs de MP3 ou appareils photographiques numériques ne seraient pas non plus qu’ils sont aujourd’hui sans l’autonomie énergétique que leur confère les batteries au lithium… Rien d’étonnant à ce que le lithium ait conquis depuis le début les développeurs des véhicules électriques : il suffit de 2,7kg de lithium pour fabriquer une batterie de 24kWH permettant de faire rouler une voiture pendant 5 ans, à raison de 160km entre deux recharges …En ces temps de pénurie de pétrole, le lithium andin a de quoi attirer toutes les convoitises. Car il « suffit » de forer quelques mètres sous le salar et de faire sécher les saumures pour obtenir des sels riches en carbonate de lithium.

Les ressources boliviennes
Le lithium bolivien représenterait plus de 70% des réserves mondiales. Représenterait ? Le conditionnel reste de mise car on ne sait déjà pas combien il y a de lithium en Bolivie… Comment savoir combien il y en a à l’échelle de la planète ? Faute d’une évaluation précise des ressources géologiques et minières de la planète en général, et en Bolivie en particulier, les réserves de lithium fluctuent du simple au décuple selon les différents géologues : le Service géologique américain, l’USGS (United States Geological Service)  les a estimées à 9 millions de tonnes en 2006. Les experts du gouvernement bolivien  à plus de 100 millions de tonnes, selon les derniers forages réalisés à 300 mètres de profondeur fin 2009. Mais comment évaluer précisément une ressource …avant qu’elle ne soit exploitée… et surtout, sans consensus scientifique en la matière ! La question reste entière !


Des réserves difficiles à quantifier
Selon Jacques Varet, conseiller du président du Bureau de Recherche Géologique et Minier (BRGM) et ancien directeur de la prospective et d’évaluation, il est pour l’instant impossible d’évaluer précisément les réserves de la planète. Il faudrait pour ce faire mettre en place « un GIER, Groupe Indépendant d’Experts sur les Ressources, sur le même modèle que le GIEC pour le climat ». Le lithium n’est pas une ressource fossile, ni un métal rare : il est associé à l’activité volcanique, et l’on peut l’extraire par exemple depuis les puits géothermiques. Il existe d’autres salars dans la cordillère des Andes ( notamment au Chili et en Argentine) , le long de la faille de San Andrea ( en Californie), dans la zone de collision de l’Asie centrale ( au Tibet et en Afghanistan) et dans certaines zones désertiques ( en Afrique de l’Est et en Australie) . D’autres gisements riches en sels de lithium que les salars existent, mais ils sont plus difficiles d’accès : le lithium est présent par exemple dans les gisements de mica, que l’on peut trouver un peu partout sur la planète, y compris en France ou bien encore…dans l’eau de mer dont la teneur en lithium, estimée à 0,17g/m3, en fait une réserve de 240 000 milliards de tonnes ! Comme pour le pétrole, les expertises des géologues confortent les stratégies politiques de gestion des ressources, en influant sur les cours des minéraux. En juin 2010, l’annonce par l’USGS (financé par le gouvernement américain) de gisements importants de lithium en Afghanistan n’avait rien d’un scoop scientifique, puisque connu par le BRGM depuis la présence russe! Il s’agissait plutôt d’attirer de nouveaux marchés économiques avec des industriels étrangers, en montrant qu’il y avait là d’autres marchés que la drogue, et peut-être de faire pression indirectement sur le gouvernement bolivien pour qu’il négocie à la baisse l’exploitation de son lithium par les entreprises étrangères.

Y a-t-il du lithium en France ?

« Le BRGM n’a pas été sollicité pour évaluer les ressources de lithium en France. Néanmoins, on sait qu’on a des ressources de lithium. Dans les formations plutoniques (granit) par exemple, comme le granit des Chassières, et plusieurs sites de granit dans le massif central où l’on sait que l’on peut produire du lithium, à partir de tous ces micas riches en lithium. Plus intéressant à regarder, le lithium que l’on peut produire à partir de fluides géothermaux contenus dans des roches dans des réservoirs profonds, en particulier le Trias, la couche sédimentaire la plus profonde, en Alsace, a des teneurs en lithium relativement élevées. Sans être aussi élevées que celles que l’on trouve dans les salars, ces teneurs peuvent permettre d’envisager des exploitations combinées de géothermie et de lithium. Une perspective considérée dans différents pays du monde, notamment aux Etats-Unis, à Salton Sea, en Californie, où une exploitation de géothermie permet de produire du lithium de cette manière là. »

Jacques Varet, conseiller du président du Bureau de Recherche Géologique et Minier (BRGM) et ancien directeur de la prospective et d’évaluation)
Y-a-t-il du lithium en France? La réponse de Jacques Varet

Une exploitation en solo ?
Le 27 octobre 2010, la Bolivie a annoncé vouloir procéder seule à l’industrialisation de son lithium, pour « ne pas répéter la mise à sac des richesses » historiques de la Bolivie comme cela avait été le cas pour ses ressources en argent et en étain et a le même jour annoncé un investissement de 902 millions de dollars d’ici 2014 pour le faire.
Si l’annonce a, dans un premier temps, jeté un froid chez les industriels, tout le monde se doute bien que l’Etat bolivien ne possède pas cet argent … à commencer par le gouvernement lui-même, qui n’en est pas à un paradoxe près ! L’annonce, sans être une mise à pied définitive des étrangers, visait donc plus probablement à conformer les intentions du gouvernement à la nouvelle constitution adoptée par référendum début 2009, qui lui donne la pleine propriété de ses ressources minérales…
Un colloque international s’est d’ailleurs tenu peu après dans la capitale bolivienne. À La Paz, le 10 décembre dernier, les industriels du monde entier, dont ceux du groupe Bolloré, ont été invités par le gouvernement bolivien à engager rapidement des partenariats technologiques. Ils ont pu visiter l’usine pilote, initiée en 2007, pour un coût de près de 7 millions de dollars, qui vient tout juste d’entrer en service, révélant à quel point la production de batteries électriques boliviennes est encore une perspective lointaine…Gageons donc que les perspectives des industriels sur le lithium bolivien sont loin d’être bouchées !

Les LEDs : un danger pour les yeux ?

Un rapport d’expertise de l’Anses paru fin octobre pointe les risques sanitaires des diodes émettrices de lumière, les LEDs, que l’on trouve aujourd’hui partout ! Y aura-t-il des guirlandes à Noël ?

Ce n’est un mystère pour personne : il vaut mieux ne pas regarder le soleil en face ! Les campagnes de sensibilisation au moment de l’éclipse solaire de 1999 ont bien asséné le message. La lumière du soleil peut conduire à des lésions irréparables de la rétine lorsqu’elle parvient directement à l’œil. Mais au moins peut-on se protéger de la lumière solaire par un filtre. Il semble que nous soyons en revanche beaucoup plus vulnérables devant une autre source de lumière, moins naturelle, fruit des progrès technologiques : les diodes émettrices de lumière (LEDs).

L’écologie et la volonté à tout prix  de faire des économies d’énergie peuvent avoir leur revers : après l’alarme lancée récemment à propos des champs électromagnétiques importants générés par les ampoules fluocompactes, au tour des diodes émettrices de lumière d’être mises sur la sellette. La raison ? La lumière bleue qu’elles émettent.

 

L’agression de la lumière bleue

Petit rappel physiologique : lorsque la lumière visible parvient à la rétine, elle se transforme en stimulation électrique au niveau de la macula, une zone centrale de quelques millimètres de diamètre. Or, lorsque la lumière émet un rayonnement à dominante bleu, ce qui est précisément le cas des LEDs, elle agresse la macula. Ce sont d’ailleurs des agressions répétées de la macula qui sont responsables de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), une affection qui conduit à des  malvoyances sévères.

Comme le rappelle Jean-Pierre Césarini, anatomopathologiste et co-signataire du rapport de l’Anses, « Un enfant, avant l’âge de 7 ans, est doté d’un cristallin absolument transparent qui le rend totalement vulnérable à la lumière bleue ! ». D’autres personnes sont particulièrement exposées au danger de ce rayonnement: celles qui n’ont pas de cristallin, celles qui sont dotées d’un cristallin artificiel, celles qui présentent une dégénérescence maculaire liée à l’âge, et enfin celles qui prennent des médicaments photo-sensibilisants.

L’expertise de l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses),  pointe  plus particulièrement l’effet toxique de la lumière bleue et le risque d’éblouissement. En ajoutant aussi un certain inconfort visuel, lié à un éclairage très directif et à une piètre qualité de la lumière émise.

Si les ampoules à LED n’éclairent pas nécessairement en rapport avec l’intensité de la lumière qu’elles émettent, c’est leur intensité, très élevée,     (jusqu’à 1000 fois plus que les éclairages classiques !) qui est particulièrement dangereuse. Elle peut abîmer la rétine, et de façon irréversible. En clair, rendre aveugle…

 

Des normes à appliquer

La « tolérance » de l’œil humain à la lumière est pourtant connue. Il existe même une norme européenne de sécurité photobiologique (NF EN 62471) permettant de définir précisément le danger éventuel des dispositifs d’éclairage. Le problème est que la norme n’est pas obligatoire pour la mise sur le marché. Certains produits se targuent certes d’un étiquetage CE…mais il faut rappeler que ce dernier n’inclut que le bon respect des normes de sécurité électrique et pas cette norme de sécurité photobiologique !  (et que, par ailleurs, ce logo CE est  autoproclamé…)

Au final, l’Anses recommande de limiter l’usage des LEDs dans les lieux fréquentés par les enfants (maternités, crèches, écoles, lieux de loisirs, etc.), de développer des  lunettes de protection optique spécifiques aux LED (ce qui n’existe pas encore) et surtout d’informer les consommateurs sur les produits qu’ils achètent. Une information qui est du ressort du fabricant. Bien sûr, à la parution du rapport, regroupés sous l’égide du Syndicat de l’éclairage, les fabricants ont réagi aussitôt en précisant que dans des conditions normales d’utilisation (c’est à dire sous réserve de ne pas regarder la source lumineuse  en face, et de ne l’utiliser que dans un diffuseur,  un réflecteur intégré ou un luminaire limitant la luminance perçue par l’utilisateur…), les LED ne présentaient pas de risque sanitaire particulier. Osram, l’un des grands fabricants mondiaux de LED a même précisé dans un communiqué que tous ses produits  entraient dans les groupes de risques d’effets photochimiques les plus faibles, groupes 0 et 1, à l’exception de ses lampes de poche, qui elles rentrent dans le groupe de risque 2. Mais quid des autres dispositifs incorporant des LEDs ? Les enfants peuvent-ils éviter de regarder directement les LEDs de leurs jouets , afficheurs lumineux, consoles et manettes de jeu ? Peuvent-ils éviter  les flashs  (à LEDs !) des  téléphones portables  avec lesquels on les photographie , souvent dès la maternité? Évitent-ils, depuis leur poussette qui place leurs yeux à hauteur des pare-chocs, le rayonnement éblouissant des nouveaux phares des voitures?  Et oui, il est hélas probable qu’il y ait encore   des guirlandes clignotantes à Noël et qu’il soit toujours aussi difficile de s’empêcher de les regarder !

Clara Delpas

 

Encadré 1 : Où trouve-t-on les LED’s ?

 

Signalisation routière :

  • feux de circulation

  • balisage urbain

  • sécurité routière

  • feux de véhicules

 

Éclairage domestique ou professionnel :

  • lampes torches et frontales

  • luminaires

  • spots

  • guirlandes de Noël

  • blocs opératoires

  • fauteuils dentaires

 

Dispositifs de soin

-lampes de luminothérapie

  • lampes de soin anti-acné ou d’esthétique…

 

Encadré 2 : Quels risques ?

La norme européenne de sécurité photobiologique (NF EN 62471)  s’applique aux lampes et aux appareils utilisant des lampes et propose des limites d’exposition au rayonnement de ces sources de lumière.  S’intéressant à l’ensemble des dangers photobiologiques pour l’oeil (dangers thermiques et photochimiques), elle définit 4 groupes de risques :

le groupe de risque 0 (exempt de risque),

le groupe de risque 1 (risque faible),

le groupe de risque 2 (risque modéré)

le groupe de risque 3 (risque élevé).

Certains produits à base de LEDs relèvent de groupes de risques supérieurs à ceux des éclairages traditionnels, jusqu’alors accessibles par le grand public.

Petite astuce pour repérer le danger : plus la  lumière est «  froide » plus on peut supposer qu’elle est riche en couleur bleue.

 

 

Le lithium se fait attendre

Paru dans Novethic en décembre 2010

La Bolivie a annoncé pouvoir approvisionner le monde en lithium pendant au moins 5000 ans. Et vouloir exploiter son précieux minerai seule. Le pays, qui accuse 10 ans de retard, aura du mal à se passer des industriels étrangers.

Les industriels japonais Mitsubishi et Sumitomo, coréens Kores, Hyundai et LG, finlandais European Batteries et français Bolloré et Eramet convoitaient depuis une bonne décennie le lithium bolivien. Et ils ont à première vue de quoi être déçus : fin octobre 2010, ils ont été renvoyés par l’État plurinational de Bolivie à l’horizon 2014-2015 pour d’éventuels partenariats ! D’ici là, la Bolivie a déclaré vouloir gérer seule l’exploitation de son précieux minerai. L’enjeu va plus loin que le seul marché de la fabrication des batteries au lithium, celles-là même que l’on trouve déjà partout, dans les téléphones portables, les ipods, les ordinateurs… mais qui devraient être amenées à se développer avec les voitures électriques. Pour la Bolivie, rester maître de ses ressources, c’est un défi à relever : sortir le pays de la « malédiction des matières premières » qu’il connaît depuis les Espagnols. Car malgré ses richesses minières considérables (argent, or, étain), la Bolivie reste l’un des pays les plus pauvres du monde.

10 ans de retard

Le lithium fera-t-il sa richesse ? Rien n’est moins sûr, car sur ce marché mondial qui a le vent en poupe, la Bolivie est loin d’être opérationnelle. Tout d’abord, parce que ce n’est qu’en 2008 qu’elle a commencé à vouloir exploiter ce métal léger et mou qui abonde juste sous la surface des lacs salés des Andes (les « Salar »). 10 ans après que le Chili voisin a commencé à le faire. Ce dernier en est d’ailleurs aujourd’hui le premier producteur mondial. Pour l’instant, la Bolivie ne dispose que d’une usine pilote, dont la mise en service était annoncée à la fin 2010, mais qui, en mai dernier, était encore en travaux ! Si Evo Moralès pronostique « une révolution de la matrice énergétique mondiale » avec le développement du lithium bolivien, il a aussi annoncé dans le même temps que la phase industrielle du projet n’était pas prévue pas avant 2014-2015. À terme, la Bolivie veut rattraper le Chili en produisant autant de carbonate de lithium, soit 40 000 tonnes. Près de dix fois plus que la capacité de l’usine pilote actuelle. L’État devra investir 900 millions de dollars pour développer une industrie compétitive en la matière. Or le financement de l’usine pilote, a déjà peiné à rassembler les quelques 7 millions de dollars nécessaires à sa mise en service… et il reste huit autres usines à construire pour l’extraction du carbonate de lithium et des autres composés minéraux susceptibles d’intéresser l’industrie chimique ou phytosanitaire (fertilisants) (acide borique, chlorure et sulfate de potassium).

À quel prix social et environnemental ?

Les ressources boliviennes en lithium ont beau être considérables (elles sont aujourd’hui estimées de 24 millions de tonnes par les géologues américains, à 100 millions de tonnes par les experts boliviens, soit 3 à 33 fois plus que les réserves chiliennes), l’exploitation du lithium n’est pas sans inquiéter les populations locales qui n’en retirent pour l’instant aucun bénéfice (1). L’activité minière de l’usine pilote ne génère pas en effet les emplois attendus, la petite centaine de mineurs employés étant des salariés délocalisés de la corporation minière de Bolivie (COMIBOL). Elle n’améliore pas non plus les infrastructures. L’électricité, acheminée à grands frais pour l’usine, se fait toujours désirer dans les villages alentour. Quant à son impact environnemental, habitants et ONG s’inquiètent des menaces qui pèsent sur la ressource en eau de la région, le Salar de Uyuni.
Dans cette zone déjà très désertique [le Salar est le plus grand désert de sel de la planète], on vit principalement de la culture du quinoa et du tourisme. De plus, l’usine pilote de lithium se situe non loin du fleuve Rio Grande, une proximité qui fait craindre une atteinte à la qualité de l’eau. En effet, pour l’instant, la seule solution envisagée par la COMIBOL pour le traitement des déchets miniers de l’extraction du lithium est de les déposer dans le lit du fleuve asséché lors de la saison sèche, en espérant qu’à la saison des pluies ils seront réabsorbés par les sols et réalimenteront le salar !

Comme le rappelle le vice-président de Chemetall, Tim McKenna, la compagnie américaine qui se partage, avec la compagnie nationalisée chilienne SQM, 70 % du lithium du salar de l’Atacama : « Au Chili, on a mis 15 ans pour atteindre des niveaux conséquents de production ! Et sans avoir les obstacles géographiques et logistiques que connaît la Bolivie ! » Car le pays n’a pas d’infrastructures adaptées ni d’accès à la mer. Vue sous cet angle, l’échéance 2014 paraît bien irréaliste. À moins que le pays ne décide de s’allier, finalement, l’aide conséquente d’industriels étrangers. Ils sont d’ailleurs déjà invités à La Paz le 10 décembre prochain, où un colloque sur l’industrialisation du lithium est organisé !

(1) Rebecca Hollender Jim Shultz « Bolivia and its Lithium » – Can the “Gold of the 21st Century” Help Lift a Nation out of Poverty? À Democracy Center Special Report [mai 2010]

(2) http://www.litiobolivia.org/en.html

10 ans de retard!

Paru dans Novethic en décembre 2010

La Bolivie a annoncé pouvoir approvisionner le monde en lithium pendant au moins 5000 ans. Et vouloir exploiter son précieux minerai seule. Le pays, qui accuse 10 ans de retard, aura du mal à se passer des industriels étrangers.

Les industriels japonais Mitsubishi et Sumitomo, coréens Kores, Hyundai et LG, finlandais European Batteries et français Bolloré et Eramet convoitaient depuis une bonne décennie le lithium bolivien. Et ils ont à première vue de quoi être déçus : fin octobre 2010, ils ont été renvoyés par l’État plurinational de Bolivie à l’horizon 2014-2015 pour d’éventuels partenariats ! D’ici là, la Bolivie a déclaré vouloir gérer seule l’exploitation de son précieux minerai. L’enjeu va plus loin que le seul marché de la fabrication des batteries au lithium, celles-là même que l’on trouve déjà partout, dans les téléphones portables, les ipods, les ordinateurs… mais qui devraient être amenées à se développer avec les voitures électriques. Pour la Bolivie, rester maître de ses ressources, c’est un défi à relever : sortir le pays de la « malédiction des matières premières » qu’il connaît depuis les Espagnols. Car malgré ses richesses minières considérables (argent, or, étain), la Bolivie reste l’un des pays les plus pauvres du monde.

10 ans de retard

Le lithium fera-t-il sa richesse ? Rien n’est moins sûr, car sur ce marché mondial qui a le vent en poupe, la Bolivie est loin d’être opérationnelle. Tout d’abord, parce que ce n’est qu’en 2008 qu’elle a commencé à vouloir exploiter ce métal léger et mou qui abonde juste sous la surface des lacs salés des Andes (les « Salar »). 10 ans après que le Chili voisin a commencé à le faire. Ce dernier en est d’ailleurs aujourd’hui le premier producteur mondial. Pour l’instant, la Bolivie ne dispose que d’une usine pilote, dont la mise en service était annoncée à la fin 2010, mais qui, en mai dernier, était encore en travaux ! Si Evo Moralès pronostique « une révolution de la matrice énergétique mondiale » avec le développement du lithium bolivien, il a aussi annoncé dans le même temps que la phase industrielle du projet n’était pas prévue pas avant 2014-2015. À terme, la Bolivie veut rattraper le Chili en produisant autant de carbonate de lithium, soit 40 000 tonnes. Près de dix fois plus que la capacité de l’usine pilote actuelle. L’État devra investir 900 millions de dollars pour développer une industrie compétitive en la matière. Or le financement de l’usine pilote, a déjà peiné à rassembler les quelques 7 millions de dollars nécessaires à sa mise en service… et il reste huit autres usines à construire pour l’extraction du carbonate de lithium et des autres composés minéraux susceptibles d’intéresser l’industrie chimique ou phytosanitaire (fertilisants) (acide borique, chlorure et sulfate de potassium).

À quel prix social et environnemental ?

Les ressources boliviennes en lithium ont beau être considérables (elles sont aujourd’hui estimées de 24 millions de tonnes par les géologues américains, à 100 millions de tonnes par les experts boliviens, soit 3 à 33 fois plus que les réserves chiliennes), l’exploitation du lithium n’est pas sans inquiéter les populations locales qui n’en retirent pour l’instant aucun bénéfice (1). L’activité minière de l’usine pilote ne génère pas en effet les emplois attendus, la petite centaine de mineurs employés étant des salariés délocalisés de la corporation minière de Bolivie (COMIBOL). Elle n’améliore pas non plus les infrastructures. L’électricité, acheminée à grands frais pour l’usine, se fait toujours désirer dans les villages alentour. Quant à son impact environnemental, habitants et ONG s’inquiètent des menaces qui pèsent sur la ressource en eau de la région, le Salar de Uyuni.
Dans cette zone déjà très désertique [le Salar est le plus grand désert de sel de la planète], on vit principalement de la culture du quinoa et du tourisme. De plus, l’usine pilote de lithium se situe non loin du fleuve Rio Grande, une proximité qui fait craindre une atteinte à la qualité de l’eau. En effet, pour l’instant, la seule solution envisagée par la COMIBOL pour le traitement des déchets miniers de l’extraction du lithium est de les déposer dans le lit du fleuve asséché lors de la saison sèche, en espérant qu’à la saison des pluies ils seront réabsorbés par les sols et réalimenteront le salar !

Comme le rappelle le vice-président de Chemetall, Tim McKenna, la compagnie américaine qui se partage, avec la compagnie nationalisée chilienne SQM, 70 % du lithium du salar de l’Atacama : « Au Chili, on a mis 15 ans pour atteindre des niveaux conséquents de production ! Et sans avoir les obstacles géographiques et logistiques que connaît la Bolivie ! » Car le pays n’a pas d’infrastructures adaptées ni d’accès à la mer. Vue sous cet angle, l’échéance 2014 paraît bien irréaliste. À moins que le pays ne décide de s’allier, finalement, l’aide conséquente d’industriels étrangers. Ils sont d’ailleurs déjà invités à La Paz le 10 décembre prochain, où un colloque sur l’industrialisation du lithium est organisé !

(1) Rebecca Hollender Jim Shultz « Bolivia and its Lithium » – Can the “Gold of the 21st Century” Help Lift a Nation out of Poverty? À Democracy Center Special Report [mai 2010]

(2) http://www.litiobolivia.org/en.html

Bois : gare aux poussières !

Le bois, élément naturel, fort prisé de la vague écolo, n’est pas sans danger pour ceux  qui le travaillent. Professionnels ou bricoleurs occasionnels, les utilisateurs de scies, ponceuses, dégauchisseuses, raboteuses ou toupies s’exposent à un danger invisible mais bien réel : les poussières de bois !

La France, au palmarès des pays scieurs de bois, arrive 5ème, avec 10 millions de m3 de bois sciés.  Inutile de dire que cela en fait, de la poussière ! Or, avec un diamètre compris entre 1 et 3 centièmes de millimètres (voire pour les poussières de ponçage, de moins de 0,7 centièmes de millimètres), les poussières de bois sont assez fines pour pénétrer dans l’organisme. De quoi sonner l’alerte !

 

Les risques des poussières de  bois pour la santé

Dans un premier temps, les poussières de bois  entraînent inflammation de la muqueuse nasale et affections allergiques (asthme). Au contact de la peau, elles peuvent générer un eczéma de contact (au niveau des mains et des avant-bras). Et si elles entrent dans les yeux, elles  sont sources de conjonctivite. L’exposition au long terme peut déclencher un cancer de l’ethmoïde, l’os qui sépare les fosses nasales des orbites oculaires. Cet os, creusé de petites cavités appelées sinus, peut, avec une exposition répétée aux poussières de bois,  accumuler ces dernières dans les sinus et provoquer une inflammation qui peut dégénérer en cancer après un certain temps (environ une vingtaine d’années).

Toutes les poussières se valent-elles ? Il semblerait que non, puisque des  études   ont montré que si les bois durs n’étaient pas plus dangereux en terme de poussières que les bois tendres, les poussières de bois résineux (pin, sapin, épicéa) entraînaient un risque plus faible que celles de bois feuillus (chêne, hêtre, châtaignier, peuplier). Les bois exotiques (iroko, ébène, acajou, teck) sont particulièrement irritants,  notamment en raison de la silice cristalline qu’ils contiennent. Quant aux matériaux transformés tels que contreplaqué, medium, stratifié et mélaminé, ils contiennent en plus de la colle et des solvants chimiques qui exposent à un risque supplémentaire.

 

Maladies professionnelles : une reconnaissance difficile

« Durant toute ma carrière de menuisier-ébéniste, j’ai été exposé aux poussières, aux colles, etc…Entre 1999 et 2005, j’ai consulté de nombreux médecins dans ma région. Mon nez me piquait et je souffrais de terribles maux de tête. A force de consulter différents médecins qui ne trouvaient pas d’où venaient ces symptômes, j’ai exigé une biopsie. On m’a diagnostiqué un cancer de l’ethmoïde (sinus) …». Le témoignage d’Antoine D., 63 ans, pointe la difficile reconnaissance des cancers  d’origine professionnelle. Un fait que dénonce la   FNATH  qui dans un récent livre blanc paru au début de l’année en appelle notamment à une amélioration   de l’indemnisation de ces victimes du travail…Car les poussières de bois constituent la deuxième cause de cancer professionnel depuis l’amiante. « Le scandale de l’amiante a conduit à attribuer aux victimes la réparation intégrale de leurs préjudices. Rien ne permet de justifier que les autres victimes du travail, par exemple les victimes d’un cancer lié aux poussières de bois, ne méritent elles aussi d’être indemnisées de la même manière » revendique Arnaud de Broca, secrétaire général FNATH . Le danger est pourtant   reconnu des pouvoirs publics puisque le lutte contre les cancers liés aux poussières de bois (comme contre tous les cancers professionnels) a été l’une des orientations nationales du Plan Santé Travail et un objectif du Plan National de Santé Publique… Dès 1991, des valeurs limites spécifiques de concentrations en poussières dans l’air des locaux de travail ont été fixées. À 5mg/m3 tout d’abord, puis, depuis 2005, à 1mg/m3. Ces VLEP (Valeurs Limites d’Exposition Professionnelle), premiers moyens d’action pour limiter les risques, sont elles respectées ? Pas vraiment puisque selon les contrôles   sur les 3,6 millions de travailleurs exposés en Europe, plus de 2 millions (soit 42%) sont exposés à des concentrations supérieures à 1mg/m3 et près de 600 000 à des concentrations supérieures à 5mg/m3 !  Ramenés à la France, c’est un peu plus de 300 000 travailleurs exposés, dont 200 000 exposés à des concentrations supérieures à 1mg/m3. Quid donc des entreprises qui les emploient ? De mars à juin 2008, une enquête a  été menée par les services d’inspection du travail des ministères du travail et de l’agriculture, et les services de prévention des caisses régionales d’assurance maladie (CRAM) auprès de 3.150 établissements. Résultat : la réglementation relative à la prévention du risque cancérigène «poussières de bois» est appliquée de façon insuffisante. Le contrôle de la VLEP  n’est par exemple réalisé que dans 14,5% des cas et seulement une fois sur deux par un organisme agréé.   «Dans le secteur du bois, la priorité donnée au risque d’accidents mécaniques a longtemps éclipsé les autres risques dont celui lié aux poussières de bois» indique Jean-Denis Combrexelle, directeur général du travail pour expliquer que la lutte contre les poussières de bois ne fasse pas l’objet de plus d’engagements de la part des industriels… Les entreprises hors-la-loi ne sont cependant pas trop sanctionnées, les pouvoirs publics préférant miser sur la nécessité que les entreprises s’approprient les questions de santé et de sécurité au travail.  A charge pour elles d’informer et de former le salarié, de séparer les activités générant le plus de poussières, d’équiper les locaux de machines aspirantes, et de fournir des équipements individuels de protection.

Pour autant, le système d’indemnisation des victimes du travail repose toujours sur une loi adoptée du temps du Germinal de Zola, en…1898. Pour la FNATH, y introduire l’équité est une priorité. Celle-ci aurait un coût, certes, évalué entre 1,5 et 2,5 milliards d’euros. Mais selon la FNATH, la question du financement n’est pas la vraie question, les financements existent, il s’agit surtout de choix politiques !

Clara DELPAS

 Comment se protéger ?

Bricoler du bois impose de se protéger

–       les mains au moyen de gants

–       -les yeux avec des lunettes protectrices

–        les voies respiratoires avec un masque, le FFP3, le seul efficace.

Si possible, on travaillera avec des  outils équipés de dispositifs aspirants, à défaut on s’équipera   de machines portatives d’aspiration, et surtout, on évitera sur un chantier de passer le balai. En effet, le balai ne fait que dilapider toutes les poussières dans l’air ambiant , augmentant de fait le risque.

Reseauvigilance.org

Ce site qui permet de trouver des informations sur les cancers professionnels, les moyens de les prévenir et les droits de travailleurs exposés à des substances cancérigènes a été lancé par la FNATH , association des accidentés de la vie. On y trouve aussi des témoignages, et des alertes, le site permettant par exemple de signaler un comportement dangereux.

En savoir plus

FNATH, association des accidentés de la vie – 38, bd St Jacques, 75014 PARIS – Tél : 01 45 35 00 77

 

Un monde sans huile de palme est-il possible?

Représentant 25% des huiles utilisées par l’industrie agro-alimentaire, l’huile de palme est l’huile la plus consommée au monde, devant l’huile de soja (24%), de tournesol (7%) et de colza (12%). A l’instar du soja pour lequel on a abattu des hectares et des hectares de forêt amazonienne, le palmier à huile est devenu l’ennemi numéro 1 des forêts indonésiennes et africaines…et de leurs habitants. D’abord, pour planter ce palmier, il faut déforester et donc pour que cela aille très vite déboiser par brûlis, par feux de forêts : Malaisie et Indonésie sont devenues à cette occasion l’un des plus gros pays producteur de CO2 de la planète. Ensuite, pour le cultiver, il faut employer des paysans : ce qui conduit à un appauvrissement général des populations indigènes, devenues employées des multinationales qui détiennent ces palmiers à huile. S’ensuivent des conflits sociaux dramatiques, renforcés par des injustices de traitement : aujourd’hui, si un paysan indonésien s’avise à couper un seul arbre, il risque la prison. Alors que les multinationales ont pour leur part le droit d’abattre l’équivalent d’un terrain de foot toutes les 10 secondes pour installer leurs palmeraies ! Pour clore le tableau, les terres sur lesquelles ces plantations se développent sont condamnées ; on ne pourra plus y cultiver rien d’autre, comme la plupart des terres dédiées à la monoculture intensive. Tandis que les espèces qui vivent sur ces territoires, comme les orangs-outans ou les tigres par exemple, disparaissent peu à peu, menaçant gravement l’équilibre écologique de ces régions. Au point que la Banque Mondiale a annoncé fin 2009 un moratoire sur ses financements à l’huile de palme, peu après la publication du rapport d’évaluation des plantations financées …

De l’huile de palme durable ?
Pour tenter de rendre le commerce de l’huile de palme plus soutenable, le WWF a initié dès 2002 une table ronde pour la production durable d’huile de palme (Roundtable for Sustainable Palm Oil – RSPO)
réunissant les différents acteurs de la filière, et notamment les exploitants de palmeraie. Les associations paysannes comme l’association des paysans indonésiens, membre de la Via Campesina, dénoncent cependant l’hypocrisie de la certification qui en découle, l’huile de palme « durable », CSPO. En cause, les industriels qui poussent les paysans à déboiser contre des propositions d’emploi non tenues… Mais aussi les directives internationales REDD (Reducing Emissions Through Deforestation and Degradation) qui prétendent définir les critères d’une déforestation « durable », mais toujours au profit des multinationales et au détriment des petits exploitants habitués à gérer depuis toujours leurs terres ancestrales. Quant à l’impact de la démarche, il pose question : depuis 2008, le WWF évalue la politique d’achat des utilisateurs européens d’huile de palme. Et selon ce Palm Oil Buyers’ Scorecard, 81% de l’huile de palme CSPO est produite…en pure perte puisqu’elle n’est pas achetée ! Pas vraiment étonnant lorsqu’au final, 49 des 59 entreprises qui s’étaient engagées à recourir à l’huile de palme durable (CSPO) se sont défilés.

Une omniprésence dans les produits industriels
Bien sûr, le scandale de l’huile de palme est connu depuis longtemps. D’autant que l’huile de palme continue d’entrer dans la composition de nombreux produits, de façon plus ou moins explicite. Sur l’étiquette peut figurer en effet « huile de palme » ou « huile de palmite » (dans ce cas elle est extraite des graines) mais aussi de façon plus laconique « huile ou matière grasse végétale »… Comme elle résiste bien à la chaleur, cette huile est fréquemment incorporée aux plats tout préparés en conserve ou surgelés. Sa mauvaise réputation écologique, étayée par les campagnes de sensibilisation choc menées par les ONG de protection de l’environnement, comme Greenpeace ou le WWF, se double d’effets néfastes pour la santé. Car l’huile de palme, extraite par pression à chaud de la pulpe des fruits du palmier à huile, est une graisse naturellement hydrogénée, ce qui témoigne de la présence d’un fort pourcentage d’acides gras saturés (50 % environ), réputés être la cause de maladies cardio-vasculaires. Même si Alain Rival, spécialiste du palmier à huile au Cirad (Centre d’Information et de Recherche Agronomique pour le Développement), modère cette dangerosité en précisant que « de récentes études scientifiques ont établi que les acides gras saturés contenus dans l’huile de palme ne sont pas métabolisés au cours de la digestion » Et la relativise en rappelant que « Le beurre de cacao contient 60 % d’acides gras saturés, il est également naturellement hydrogéné. Mais personne ne dit qu’il est mauvais pour la santé d’en consommer ! »



Impact des palmiers à huile sur les forêts indonésiennes
source WWF_France.  

Des produits sans huile de palme ?
Sous la pression des ONG et de l’opinion publique, les industriels ont commencé à bouger. Fin mars 2010, la marque Casino a officiellement annoncé qu’elle cessait d’inclure l’huile de palme dans ses produits alimentaires, en raison de ses risques pour la santé et de son impact sur l’environnement. De même pour Cadbury. D’autres firmes ont montré leurs préoccupations : Nestlé (que Greenpeace avait peu avant épinglé au travers d’une fausse pub montrant un jeune cadre croquant dans un kitkat et se retrouvant…la bouche pleine du sang d’orang-outans morts pour quelques lopins de palmeraies …) et Unilever se sont ainsi engagées à n’utiliser que de l’huile de palme certifiée durable d’ici 2012 à 2015. D’autres en revanche font la sourde oreille. Comme l’italien Ferrero, qui n’a pris aucune mesure pour modifier la composition de son Nutella mais pourrait se voir dans l’obligation d’apposer sur ses pots l’étiquette « Nuit gravement à la santé », dans le cadre du prochain règlement européen de lutte contre l’obésité !…L’Union Européenne elle-même a dénoncé au début de cet été la composition nutritionnelle de cette pâte à tartiner faite à 60% d’huile de palme et de sucres (sans que l’on puisse d’ailleurs déterminer la part respective de l’un et de l’autre, secret industriel oblige !). Mais on ne touche pas impunément à de tels symboles produits à 235 000 Tonnes chaque année ! Un député du parti de la Ligue du Nord de l’Italie s’est même empressé de fonder un comité « Touche pas à mon Nutella »… Enfin, selon le classement 2008 du Palm Oil Buyers’ Scorecard du WWF, de nombreuses entreprises françaises n’ont toujours pris aucun engagement pour revoir leur politique d’achat : Auchan, Brioche Pasquier, Les Mousquetaires (Intermarché) et Magasin U.


Have a break ?

Bio ? vous avez dit bio ?
Que penser dans ce contexte de l’huile de palme biologique ? Oui vous avez bien lu. Début 2010, l’organisme de certification Ecocert a en effet pu labelliser une huile de palme biologique ! Car, d’après le nouveau règlement européen, la déforestation n’est pas un critère permettant de refuser la certification AB ! Il est vrai qu’ Ecocert, financé par les pouvoirs publics, a dans le même temps saisi la Commission Européenne pour lui demander de se positionner sur la production d’huile de palme biologique : l’article 5 du Règlement CE 834/2007 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques (CE) stipule en effet qu’il faut « tenir compte de l’équilibre écologique local ou régional dans le cadre des décisions en matière de production » … Mais même si Ecocert devance déjà toutes les critiques en se dotant d’un référentiel ESR (Equitable Solidaire et Responsable), intègrant des exigences strictes de respect de la biodiversité et de la dignité humaine, laissant espérer une amélioration des conditions de production de cette huile, la certification d’un tel produit peut-elle seulement prétendre suffire à laver notre conscience de consommateur ?

Paru dans Alternative Santé octobre 2010

Stevia : des extraits frelatés ?

paru dans Alternative Santé en octobre 2010

Si la stevia reste une plante interdite sur le territoire français, les extraits de stevia, sous forme de rébaudioside A, sont depuis janvier 2010 autorisés comme édulcorants de table. D’où viennent-ils ? Leur qualité est-elle contrôlée ? Petite enquête…

En août 2010, une association de consommateurs de Santa Cruz (Bolivie) a demandé à 3 laboratoires universitaires boliviens d’analyser les extraits de stevia commercialisés dans les pharmacies et magasins de diététique du pays. Résultats : 4 marques distributrices d’extraits de glycosides de stevia les coupent à 20 % avec de la saccharine et du cyclamate de sodium voire même de l’aspartame ! Ces produits ? E.N.D. Stevia, Dulce-C   Stevia, La Bolivianita et Majota Stevie.  La Chambre Bolivienne de la Stevia nouvellement créée, et la Posta, l’Association des Producteurs biologiques de Stevia, ont alerté aussitôt les consommateurs sur la nocivité de ces édulcorants indésirables. Et la presse bolivienne s’est emparée de l’affaire, parlant depuis l’automne du scandale de la stevia frelatée.

L’affaire semble plus qu’une simple histoire locale, car les extraits de stevia destinés à être exportés dans d’autres pays d’Europe, selon les laboratoires d’analyse, sont également coupés. Les fabricants, contactés par téléphone ou mail, ne répondent pas…

« Cette histoire bolivienne est incompréhensible ! » commente le Dr Joël Perret, fondateur de Stevia Natura, une société française spécialisée dans la commercialisation d’extraits de Stevia. « C’est à croire qu’ils veulent tuer la Stevia ! » 

Nom de code : Rébaudioside A

La stevia est une plante édulcorante utilisée depuis des siècles par les Indiens guaranis au Paraguay qui en font simplement sécher les feuilles (voir l’ article que nous lui avions consacré en 2009). Ses molécules édulcorantes ont été identifiées dès les années 1930, et semblent intéresser depuis longtemps l’industrie agroalimentaire. Mais ce n’est que depuis 2008 aux États unis et 2009 en France  que l’une d’entre elles, le rébaudioside A, est autorisé comme additif alimentaire. Soit 40 ans après les Japonais ! Ce qui explique aussi que le scandale de la stevia frelatée ne devrait pas nous inquiéter outre mesure, car a priori, nous avons peu de chance de trouver des extraits boliviens sur le marché français. En effet, l’intérêt des Japonais pour la Stevia dès les années 1950, leur a fait rapporter des plants d’Amérique du Sud qu’ils ont entrepris de cultiver sur les vastes terres de leurs voisins chinois : à présent, les cultures chinoises de Stevia s’étendent sur plus de 20 000 hectares ! Et approvisionnent en extraits 80 % du marché mondial.

Quelles garanties de pureté et de fabrication ?

Est-ce pour autant que les garanties de qualité sont là ? Questionnée, la DGCCRF (Direction générale de la Consommation et de la Répression des Fraudes) se veut rassurante : « Les édulcorants comme tous les additifs autorisés ne peuvent être commercialisés que s’ils respectent les critères de pureté définis par la réglementation. Ces critères sont fixés par l’arrêté du 26 août 2009 pour le rebaudioside A. Ainsi, seuls les extraits de rebaudioside A purifiés à plus de 97 % sont autorisés. » Mais la même DGCCRF se montre bien plus évasive sur les procédures de contrôle visant à vérifier la qualité de ces extraits… ou la façon dont ils ont été obtenus ! Se contentant de rappeler qu’il existe un processus d’extraction que les laboratoires synthétisant les extraits sont supposés respectés. Ce procédé, fixé par le JECFA [1], le comité mixte FAO/OMS, co-administré par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), chargé de l’évaluation des risques en matière d’additifs alimentaires pour le Codex alimentarius, semble simple sur le papier : « Les feuilles sont placées dans l’eau chaude qui en extrait les molécules sucrantes, la solution est passée au travers d’une résine d’absorption pour piéger et concentrer les glycosides de steviol. La résine est ensuite lavée avec un solvant (alcool) pour libérer les glycosides. Puis le produit est cristallisé avec du méthanol ou une solution d’éthanol et d’eau et enfin, séché. »

Mais en pratique, comment garantir que certains laboratoires, notamment en Indonésie ou en Malaisie, n’utilisent pas des solvants à base d’hydrocarbures, comme le kérosène, meilleur marché que l’éthanol ?   Par ailleurs, les extraits étant autorisés avec un degré de pureté de 97 %, cela signifie que 3 % d’impuretés sont tolérées. En théorie, de simples résidus végétaux… mais quid de résidus éventuels de produits phytosanitaires liés aux pratiques bien connues de l’agriculture intensive chinoise ou de métaux lourds réputés contaminer les sols ? Et que dire des extraits boliviens qui, affichant une pureté de 97 %, s’avèrent n’être purs qu’à 80 %, les 20 % restant étant constitué de saccharine, ou d’autres édulcorants ?

Solution locale

Tant de questions sans réponse relancent l’intérêt de développer des filières locales. Même si pour l’instant, la stevia, reste en tant que plante, interdite de culture en France. Joël Perret, depuis 2004, croit très fort dans son potentiel  sur le marché des édulcorants.  Sa société s’approvisionne en feuilles en Inde et en Amérique du Sud. Et ses extraits, dont il contrôle lui-même la qualité, sont réalisés exclusivement par extraction à l’eau. Ils sont utilisés par exemple par la brasserie  Lancelot qui fabrique  depuis cette année un Breizh Cola à la Stévia. Joël Perret espère beaucoup de la filière française de culture qu’il est en train de mettre en place, avec l’accord de la DGCCRF. Une garantie de qualité et de sécurité pour les consommateurs qui s’inscrit aussi dans la logique du développement durable : « À terme, c’est le seul moyen pour éviter de lourds déplacements en avion d’un bout à l’autre de la planète ! » explique-t-il. Une façon peut-être aussi de lutter contre un autre risque plus insidieux, dénoncé de l’autre côté des Pyrénées, par Josep Pamiès, le « José Bové » espagnol  : « non contents de faire figurer “stevia” sur leurs étiquettes, et donc de profiter de l’image verte de cette plante, les industriels de Coca Cola ou de Pepsi Cola vont pouvoir à loisir procéder à des modifications génétiques des graines de stevia, de sorte de leur faire produire de grandes quantités de rebaudiosideA ».

Pour l’instant, depuis mai  2010, Joël Perret coordonne un essai de culture de la stévia, selon les modalités de l’agriculture biologique, sur quelques dizaines d’ares, qu’il a initié en collaboration avec le Conseil général de l’Hérault et le Centre expérimental horticole de Marsillargues (CEHM), sur deux sites d’expérimentation, à Béziers et à Marsillargues. « Les premiers résultats sont très prometteurs », affirme Charly Fabre, ingénieur agronome de la Chambre d’agriculture de l’Hérault qui veille sur l’expérimentation menée à Marsillargues, « mais doivent encore être confirmés ». S’ils le sont, prochainement, la Stevia sera enfin cultivée en France !

Clara DELPAS

Réglementation 

* En France, seul l’extrait de rébaudioside A est autorisé temporairement, comme additif alimentaire (6 septembre 2009) et comme édulcorant de table (arrêté interministériel du 8 janvier 2010), jusqu’en septembre 2011.

* Un avis favorable de l’Agence Européenne de Sécurité des Aliments sur les autres molécules édulcorantes de la stevia devrait entraîner d’autres autorisations.

* La plante elle-même reste interdite tant à la culture qu’à la consommation, relevant de la réglementation européenne Novel Food qui exige un dossier toxicologique complet. Les choses pourraient changer en 2011.

En pratique

Guayapi Tropical   commercialise déjà des feuilles séchées de Stevia comme complément alimentaire. Et la maison du stevia ,  des plants sur internet.

Guayapi Tropical 55, rue Traversière 75012 PARIS http://www.guayapi.com

Stevia Natura http://www.stevia-natura.fr

La Maison du Stevia http://www.lamaisondustevia.com


 

Bolivie : la fabrication des vins d’altitude

Paru le 01/10/10 dans Science Actualités

En Bolivie, on cultive la vigne depuis le XVIe siècle. Héritage des colons espagnols et des missionnaires catholiques, le vin bolivien avait jusqu’à peu encore, une réputation de piquette et de vin de messe qui le cantonnait à une production très locale. Désormais, il dispose de bons crus, à l’instar des vins chiliens, argentins ou brésiliens.

 

Les vins les plus hauts du monde

 

 

Comme tous ces vins sud-américains, le vin bolivien est issu de vignobles d’altitude… et non des moindres. Les raisins des vallées de Tarija et de Cintri sont en effet perchés entre 1700 et 3000 mètres d’altitude. Conséquence immédiate : une plus forte exposition aux rayons ultraviolets, à l’origine d’une très forte concentration en arômes et en couleurs.

 

Portrait de François Thorez

Quels sont les effets de l’altitude sur le vin ? (audio malheureusement disparu du site de la csi)

 

Durant le cycle de maturation du raisin, l’action des rayons ultraviolets sur les grappes est plus intense, ce qui pourrait, selon les scientifiques qui tentent de comprendre le phénomène, modifier la photosynthèse habituelle de la plante en favorisant notamment la synthèse d’un grand nombre de molécules odorantes et de précurseurs d’arômes à l’état libre : polyphénols, flavonoïdes, resvératrol et anthocyanines. Car les dosages réalisés sur les raisins révèlent de plus fortes concentrations de ces substances.

Pour que le vin bolivien soit commercialisé, il fallait une volonté politique capable de fédérer la production viticole en une appellation contrôlée nationale, « vinos de Bolivia » (vins de Bolivie) reconnue sur le marché international, ainsi que des moyens financiers pour moderniser la production. Grâce à la FAUTAPO, une fondation soutenue par les Pays-Bas depuis 2006, près de 45 millions de dollars (34 millions d’euros) ont pu être investis dans le développement de la vinification. De quoi équiper les « Bodegas », nom espagnol des domaines viticoles, en matériel dernier-cri (cuves, tonneaux…) et mener quelques études scientifiques.

(DIAPORAMA  … malheureusement disparu du site de la csi)

La cartographie au secours de la viticulture

 

Le fait est empiriquement connu depuis longtemps, ne serait-ce que par les quelque 2 000 familles qui vivent de la culture du raisin dans la région : dans la vallée de Tarija, qui s’étend sur une superficie de 332 521 ha, pour la culture de la vigne, toutes les terres ne se valent pas. Certaines produisent plus de raisin tandis que d’autres sont plus sensibles à certaines maladies de la vigne. Comment les distinguer ?

Dans le cadre du programme étatsunien d’observation planétaire des terres agricoles maintenu par la Nasa depuis 1972, des satellites sont envoyés régulièrement dans l’espace pour quadriller les terres cultivables de la planète. Le dernier en date, LANDSAT 7, a permis le quadrillage de la vallée de Tarija en 84 zones caractérisées ensuite selon leurs données microclimatiques (humidité, température), géomorphologiques (composition et dureté des sols), physicochimiques (pH, teneur des sols en carbonates et oligoéléments) et topologiques (altitude, pente).

 

carte de la vallée de Traija

Carte de la vallée de Tarija

 

« Pour déterminer tous ces critères, près de 700 analyses de sol ont été nécessaires, ainsi que les relevés de température, de pluviométrie et de récoltes (maladies, rendement….) réalisés au cours de ces quarante dernières années », explique Luis Antelo, responsable du développement du marché à la FAUTAPO. La détermination de tous ces critères a permis d’identifier les terres les plus propices à la culture de la vigne.

Ainsi, sur les 332 521 ha étudiés, seulement 11 705 ha présentent une aptitude correcte ou moyenne à la culture de la vigne, 79 770 une aptitude limitée et 241 046 ha une aptitude très limitée voire aucune aptitude. Au-delà de l’intérêt scientifique, les enjeux économiques sont importants : en déterminant avec précision quelles terres sont supposées donner les rendements annuels les plus élevés en raisin, on peut fixer une valeur aux terrains agricoles et au raisin qui y pousse… ou acquérir sans risque de se tromper les meilleures parcelles.

Les mystères des vins d’altitude

Le changement climatique a-t-il aussi un impact sur la culture du vin ? (audio malheureusement disparu du site de la csi)

 

Les vins d’altitude sont dotés de propriétés physicochimiques uniques : ils sont beaucoup plus chargés en alcool que les vins habituels, et surtout, ils vieillissent plus vite. Au point qu’une œnologue espagnole, Isabel Mijales, les qualifie de « jeunes avec des têtes de vieux ». François Thorez, œnologue français qui fait du vin depuis dix-sept ans en Bolivie, précise que ces vins acquièrent en 2-3 ans des familles aromatiques complexes, qui ne se retrouvent habituellement que dans des vins de très haute gamme en Europe que l’on aurait pris soin de laisser vieillir longtemps. « Tout cela est empirique, mais soutenu par quelques 17 ans d’expérience, modère-t-il. En effet, je dirai qu’en 2 ans, nous atteignons l’équivalent d’un « Grand cru » de 8-12 ans ou d’un « Barolo » (italien) de 10-15 ans… ! »

Les mécanismes selon lesquels ces vins d’altitude acquièrent leurs particularités sont loin d’être encore élucidés. Leur teneur élevée en polyphénols est sans doute un élément clé. Mais pour le moment, aucune étude scientifique n’a été réalisée. Les polyphénols font bien l’objet de l’attention des scientifiques du CENAVIT (Centro Nacional vitivinicula), le centre bolivien d’études viticoles, mais c’est surtout parce que ces composés sont réputés bénéfiques pour la santé, ce qui constitue un argument supplémentaire de qualité à mettre sur l’étiquette. Un programme d’analyse comparée entre vins boliviens et vins argentins, chiliens et européens vient d’ailleurs de démarrer avec un premier envoi d’échantillons de vins boliviens à l’Institut national de viticulture (Argentine).

 

La science du vin

 

En attendant, le succès des vins boliviens ne s’est pas fait attendre. Les Trivarietal 2003 et 2004 de la Bodega Campos de Solana ont reçu plusieurs médailles internationales : le Trivariétal 2006 de la Bodega Casa Grande a été primé aux Vinalies Internationales 2009 de Paris ; et le nouveau cru du Château del Inca a obtenu la médaille d’or aux Vinalies 2010 !

Point commun entre ces trois Bodegas : le même œnologue, François Thorez. Et l’art de l’assemblage : en effet, un vin se fabrique en réalisant des assemblages de plusieurs cépages. Le Trivarietal, comme son nom l’indique, est un assemblage de 3 cépages différents (Cabaret-Sauvignon, Malbec et Merlot). Tout comme les crus du Château del Inca, initiés depuis 2004… et les vins français, même si ce n’est pas spécifié sur l’étiquette. À l’instar du Châteauneuf-du-Pape qui est par exemple un assemblage de 13 cépages différents !

Cette opération cruciale qu’est l’assemblage des vins tient-elle plus de l’expérience olfactive et organoleptique de l’œnologue capable de mélanger les bonnes concentrations d’arômes… que de l’analyse chimique ? En y regardant de plus près, un bon cru est un mélange réussi de quelques cépages et de plus de 3 000 molécules aromatiques différentes. Pour le réussir, le nez et le palais semblent encore et toujours être des alliés plus sûrs que les formules chimiques !

 

Des sondes contaminées !

L’échographie est un examen non invasif utilisant les ultrasons générés par une sonde placée sur ou dans le corps selon les organes explorés. Pour les actes d’échographie endocavitaire, qui nécessitent l’introduction d’une sonde dans le vagin ou le rectum, la désinfection semble devoir être un acte particulièrement important. Or qu’il s’agisse des échographies rectales, auxquelles on recourt par exemple pour faire des biopsies de la prostate… ou des échographies vaginales, préconisées dans le suivi de grossesse ou le dépistage de tumeurs de l’ovaire, on peut se demander si les recommandations actuelles sont suffisantes … surtout depuis qu’elles ont été revues à la baisse! Jusqu’alors, les sondes devaient subir une décontamination dite de niveau intermédiaire : elles étaient d’un patient à l’autre soigneusement désinfectées, plongées dans une solution décontaminante, chargée d’éliminer bactéries, virus et champignons… Mais depuis, fin 2008, le Haut Conseil pour la Santé Publique (HSCP) a abaissé ce niveau de décontamination des sondes au niveau le plus bas. Principalement pour des raisons financières. Certains produits utilisés abîment les sondes et en imposent le renouvellement plus fréquent. Quant aux autres systèmes de décontamination (appareils à UV), ils imposent un budget d’équipement supplémentaire aux radiologues. Mais est-ce une raison suffisante pour prendre le risque de transiger sur la sécurité des patients ?

Un risque de contamination élevé

Aujourd’hui, les échographies endocavitaires pourraient bien être une nouvelle façon d’attraper papilloma virus, VIH, chlamydias, hépatite B et C, staphylocoques, etc… C’est pour éviter un nouveau scandale de santé publique, du type de celui du sang contaminé, que le LIEN (association d’information et d’aide aux victimes d’infections nosocomiales, et d’accidents médicaux), avec le CISS (Collectif Interassociatif sur la Santé) et l’association COLISEE (Collectif de Lutte contre les Infections par les Sondes d’Echographie Endocavitaire) tirent depuis quelque temps la sonnette d’alarme auprès des autorités sanitaires françaises… Bien sûr, les recommandations officielles se basent sur le fait que dans le cas des échographies vaginales ou rectales, les sondes sont recouvertes d’une gaine à usage unique et que, partant du principe que l’on change la gaine d’un patient à l’autre, le risque de transmission est a priori limité. A priori seulement. Car comment une telle gaine peut-elle enlever tout risque de contamination ? « D’abord, elle peut se déchirer (dans le cas des sondes vaginales, elle s’avère n’être souvent qu’un préservatif mal adapté), et puis, lorsque le praticien l’enlève pour la remplacer par une neuve, il risque de toutes façons par ces manipulations de disséminer les germes éventuels » explicite Claude Rambaud, présidente du LIEN. L’avis des spécialistes de l’association COLISEE est encore plus tranché : pour le professeur Guy Frija, ancien Secrétaire général de la Société Française de Radiologie « La gaine donne bonne conscience mais elle ne protège pas ». Quant au docteur Guillaume Kac, professeur d’hygiène à l’hôpital Georges Pompidou, il précise  : « les micro-perforations laissent passer les micro-organismes, et en particulier les virus ! » Une étude menée au CHU de Rennes sur le contôle microbiologique de la désinfection de sondes endovaginales a d’ailleurs confirmé en juin 2009 la contamination de nombreux prélèvements réalisés sur de telles sondes, après la prétendue désinfection ! Un résultat qui ne va pas du tout avec l’esprit des recommandations du HCSP  qui n’hésite pas à préconiser très sérieusement… l’examen visuel de la sonde par le praticien ! «  Expliquez-moi comment à l’examen visuel on voit si il y a une bactérie ou pas ! » s’insurge Claude Rambaud. Autre argument avancé par les autorités : le vagin n’étant de toutes façons pas stérile, à quoi cela sert-il de bien désinfecter les sondes ?   Une affirmation qui a le don d’énerver Claude Rambaud : « Qu’est ce que ça veut dire des choses comme ça ? À la limite, c’est sexiste. Ça veut dire que l’ on peut mettre n’importe quoi dans le vagin , que ça n’a pas d’importance ! » Enfin, dernier point mis en avant pour justifier l’absence de procédures plus rigoureuses : la prétendue absence de victimes. Pourtant, outre-Atlantique, des cas existent. Deux experts du CDC (Center of Disease Control, le Centre de Contrôle des Maladies, un organisme international de recensement des maladies, basé à Atlanta, dépendant de l’OMS) ont écrit à Roselyne Bachelot au printemps 2009 : « Il a été démontré que la perforation de la gaine conduisait à la contamination de la sonde. L’utilisation d’une sonde mal désinfectée a  déjà provoqué une transmission infectieuse. Les études soulignent la nécessité d’avoir une désinfection efficace entre chaque examen ». Ils n’ont reçu aucune réponse !

 

En première ligne, les femmes

 

Pourtant, le problème est de taille et les femmes sont en première ligne : pas moins de 4 millions d’échographies endocavitaires sont pratiquées chaque année en France. Si les échographies rectales lors d’une biopsie s’accompagnent souvent d’une couverture antibiotique pour parer tout risque de contamination, les échographies vaginales (2millions par an), ne sont pas soumises aux normes d’hygiène les plus élémentaires. Elles exposent, dans 30% des cas, à un risque infectieux. Un risque réel mais non reconnu. « Comment différencier une contamination par voie sexuelle d’une contamination par sonde d’échographie ? Ce sont les mêmes bactéries ! » explique Claude Rambaud, qui cite le cas d’une transmission infectieuse chez une veuve… Bien sûr, on ne peut rien prouver et c’est la parole des patients contre celle des autorités, qui faute de victimes « recensables », nient jusqu’à l’éventualité d’une contamination par sonde…

Silence radio du ministère

Depuis le printemps 2009, le Ministère a été saisi par les associations, et deux députés ont déposé deux amendements sur le sujet. Rejetés. La Ministre s’était alors engagée à réaliser une étude sur la pertinence des recommandations publiées par le Haut Conseil de la Santé Publique. L’étude est néanmoins indisponible, alors qu’elle est apparemment terminée puisqu’ annoncée sur le site de l’Académie de Médecine…! Relancer, une fois de plus ? « La ministre ne reçoit pas les associations. Si c’est pour voir un troisième rang qui ne saura pas me répondre… ou qui va encore me faire une réponse de langue de bois, ce n’est pas la peine », explique Claude Rambaud, un brin dépitée ! L’association COLISEE a mis en place une pétition en ligne sur son site internet. Mais une révision officielle des normes à la hausse semblant pour l’instant peu probable, comment se prémunir d’une contamination ? Demander à son gynécologue s’il désinfecte correctement ses sondes est loin d’être diplomatiquement évident ! Reste, pour l’instant, à prendre le premier rendez-vous de la journée, celui où le patient a la garantie que la sonde est parfaitement désinfectée, un rendez-vous, surnommé « rendez-vous du radiologue » par les initiés… Ou à mettre en place une charte à laquelle les praticiens pourraient souscrire pour garantir leurs bonnes pratiques. Reste juste à trouver comment mettre en place un tel système !

 

Des speculum à risque

Parce qu’ils sont aussi introduits dans le vagin, les speculum sont des instruments à risque de transmission infectieuse. «  Je connais des gynéco qui prétendaient qu’il suffisait de les mettre dans un bac dans leur baignoire avec un peu de produit vaisselle et que c’était suffisant, raconte Claude Rambaud.  Inutile de dire que ce traitement est inefficace! D’autant plus …quand on sait que nombre de médecins de ville n’ont pas même pas de lavabos dans leur cabinet !

 

 

Contacts

 

Le LIEN

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91943 COURTABOEUF CEDEX
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Association COLISEES

41 rue de Batignolles

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Site internet : http://colisees.ning.com

Adresse mail : asso.colisee@free.fr

 

 

 

 

 

La mort en ligne

(Paru dans Alternative-Santé L’impatient en août 2010)

 

La scène se déroule dans une cuisine. Un homme vient de recevoir son courrier. Parmi les enveloppes, une pochette kraft, à l’intérieur de laquelle se trouve une boîte de comprimés. L’homme en sort un et l’avale avec une gorgée d’eau. À peine quelques secondes plus tard, le voilà qui semble comme pris de spasmes. Il attrape une sorte de ver qu’il tire de sa bouche, et qui pour finir s’avère être un rat tout entier, que notre homme jette, dégoûté sur le carrelage, mort, en étant lui-même pris de spasmes. Commentaire : « De la mort au rat, c’est tout ce que vous risquez de trouver comme poison dans les médicaments que vous achetez sur internet ». Ce spot, diffusé sur la télévision britannique, a été réalisé en 2009 par des laboratoires pharmaceutiques et des instances officielles afin d’alerter sur un danger réel pour les consommateurs : hors circuits autorisés, les médicaments peuvent être extrêmement dangereux. Notamment parce qu’il est impossible de contrôler leur composition comme dans les circuits de contrôle officiel.

Ou tout simplement parce qu’ils ne contiennent parfois même pas de principes actifs !

En France, l’AFSSAPS(Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) a publié une mise en garde en janvier 2006 contre la vente en ligne de médicaments et les dangers qu’elle représente pour les consommateurs :mauvais usage des médicaments, charlatanisme mais aussi contrefaçon…

Un recensement alarmant

Pour autant, les consommateurs internautes ont du mal à résister à l’attraction des prix qui peuvent être10 fois moins chersqu’en pharmacie… Qui n’a jamais reçu dans sa boîte électronique un spam poussant à acheter du Viagra,ou une pilule amincissante à des prix défiants toute concurrence et cela, en seulement un clic… etsans d’ordonnance ?Exemple : le «Venom Hyperdrive 3.0 »,un produit amaigrissant vendu sur Internet. Fabriqué aux USA, ce produit ne fait l’objet d’aucun contrôle par les autorités sanitaires. Sa commercialisation est même illégale car il contient une substance active, la sibutramine qui n’est même pas mentionnée sur l’étiquette ! Or ce principe actif est soumis à prescription médicale et nécessite un suivi régulier des patients traités, en raison du risque de survenue d’effets indésirables cardiovasculaires, notamment une augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque. Ce qui circule sur internet étant pour le moins hasardeux,INTERPOL et un Groupe spécial international anti-contrefaçon de produits médicaux (IMPACT) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont lancé du 16 au 20 novembre 2009 dans le monde entier l’Opération Pangea II, une semaine internationale d’action contre la vente de médicaments illicites et de contrefaçon sur Internet.Résultat : une série d’arrestations et la saisie de milliers de produits médicaux potentiellement dangereux . Au final, 751 sites internet vendant des médicaments habituellement délivrés sur ordonnance, 16 000 colis interceptés aux douanes, dont 995 colis avec près de 167000 comprimés de contrefaçon et de médicaments placés sous contrôle ou devant être délivrés uniquement sur ordonnance !

Des faux médicaments

D’après le Forum des droits sur Internet (FDI), un médicament sur cinq (20%) serait contrefait. Cette proportion atteint, selon le dernier rapport de l’EAASM (Alliance européenne pour un accès à des médicaments sûrs), 60 % des médicaments vendus en ligne !On remarquera que les fondateurs de l’EAASM sont (s’en étonnera-t-on !) de grands laboratoirespharmaceutiques, mais il n’en reste pas moins que l’achat de médicaments sur internet est un pari à haut risque.Généralement, les médicaments préférés des contrefacteurs sont bien évidemment ceux soumis à prescription médicale comme les anxiolytiques, antidépresseurs, anti impuissance… Les médicaments les plus contrefaits au monde sont sans doute le Viagra et le Prozac. Sur le web, pas moins de 7 millions de pages d’annonces proposant des faux comprimés de Viagra à la vente ont été recensées sur Internet et 5 millions de pages pour le Prozac ! Le faux médicament ne contient pas de composé actif, peut être sous dosé, contenir des produits périmés ou inadaptés. En France, en ce qui concerne l’achat sur internet, le Code de la santé publique est flou. La vente à distance de « produits de santé » n’est pas interdite mais n’est pas pour autant autorisée. Celle de médicaments est en tous cas uniquement réservée aux pharmaciens. Mais du côté des pharmaciens français, la perspective d’une pharmacie en ligne est illusoire ! Cette année, elle a d’ailleurs fait l’objet du « poisson d’avril » de supergelule.fr, le site internet des jeunes pharmaciens français. Dans l’Union européenne, l’achat de médicaments en ligne est autorisé sur le marché et ne requiert pas forcément de prescription médicale. De même que pour tout dispositif médical marqué CE. Des cyberpharmacies et cliniques en ligne se sont donc développées.Là encore, méfiance ! Le Forum des Droits Internet recommande de vérifier l’identité, la nationalité et la qualité de professionnel de santé du pays d’origine. Vérifiez par exemple que le cybermarchand donne bien son adresse postale et son numéro de téléphone.

DHEA et plantes médicinales

La DHEA,  « hormone de jouvence » , qui n’est pas vraiment un médicament, est l’une des stars de la vente sur internet : il n’y a pour s’en convaincre que de taper DHEA dans un moteur de recherches, on obtient en deuxième position un site qui propose l’hormone à la vente sans parler d’une dizaine de liens publicitaires… Or certains escrocs profitent de ce créneau juteux pour vendre tout simplement de la farine à la place de l’hormone miraculeuse : c’est ce qu’a confirmé le professeur Beaulieu lui-même (le « père de la DHEA »), après avoir analysé le contenu de boîtes de DHEA en provenance des Etats-Unisvendus sur le net.

De même, les plantes médicinales « exotiques » telles que le maca contre l’impuissance ou le hoodia godonil contre l’obésité font l’objet d’un actif commerce en ligne, avec des conditionnements non standardisés et une traçabilité qui ne peut être qui n’est pas toujours garantie. D’autant que ces plantes, n’ayant pas reçu d’autorisation de mise sur le marché (AMM), voire même des avis défavorables de l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments), sont interdites à la vente en France. Ce qui explique d’ailleurs que la plupart des sites internet mettant à disposition ces produits soient situés à l’étranger !

Autre exemple, les herbes ayurvédiques,utilisées dans le cadre de l’Ayurveda, la médecine traditionnelle indienne. Là encore, méfiance, car elles ont fait l’objet d’une étude scientifique publiée dans une revue spécialisée américaine de médecine : le Dr Robert Saper de Boston a acheté 230 échantillons de plantes médicinales sur Internet, aussi bien sur des sites indiens qu’américains. Après analyse, il en ressort que plus d’un sur cinq présente « des concentrations supérieures jusqu’à 10 000 fois aux doses limites admises par les autorités », des trois métaux : arsenic, plomb, mercure. Comment faire confiance aux éditeurs des sites en questions ? Peut-on seulement se fier aux « bonnes pratiques de fabrication »mises en avant, quand on sait…que 75% des sites internet les revendiquent ? Résolument, sur Internet, médicament comme plantes médicinales sont synonymes de danger.

 

Ce que dit la loi : quels sont les produits autorisés à la vente en ligne ?


Selon l’avis du 5 février 2005, du Conseil national de la concurrence, certains produits, « sous réserve de garanties en matière de santé » peuvent être enlevés des monopoles pharmaceutiques, et donc commercialisés légalement dans tous les circuits de distribution, internet y compris donc ! 

-les produits désinfectants, 

-les bains de bouches, 

-les autotests de grossesses, 

-les pansements,

-les vitamines,

-les produits anti-poux, 

-le sérum physiologique

-les produits d’entretien des lentilles de contact.