Mine de diamant, campagne et fin de parcours n°1

Shivaratri ne dure qu’un jour, après, le manège des racoleurs de shops recommence de plus belle. Au point qu’on les achève à annoner les quelques phrases qu’ils nous ressassent : come to my shop, just have a look, good price, my friend, very old, good quality.  L’un des commerçants en chef a même craqué : en voyant klara, il a même crié  » I don’t want to sell to you anything ». ça tombait bien.  Khajuraho, à part les temples dont le seul nom fait baver ici (ce billet est posté depuis Dehli, quelques jours après…), c’est une belle campagne, côté est peuplée d’enfants qui vous courent après en vous chantant une jolie comptine  » Hello, one photo ? one rupee? money? chocolate? shampoo? schoolpen? « …de l’autre, des enfants qui vous suivent un peu moins racketteur mais tout autant collants… A quelques dizaines de kilomètres de là, se trouve la ville de Panna, avec une réserve naturelle de tigres…en plein milieu de laquelle se trouvent les mines de Meshgawan, des mines…de diamant. Klara a  eu l’autorisation d’aller les visiter, et en a profité pour y emmener Gaelle et Aurélie, que ça intéressait bien sûr. De telles mines ne courent pas le monde et en plus il est rare qu’on puisse les visiter. Seul hic pour le blog, interdiction de prendre des photos. Klara en a quand même volé quelques unes, de l’entrée et du filon de Kimberlite en train de sécher au soleil. Comme elle va en faire un article, elle va pas tout vous raconter ici. Juste pour préciser , les diamants de Meshgawan sont de dimensions tout à fait honorables, en 2010, on en a trouvé un de 34 carats tout de même. On ne les trouve pas affleurant le sol, mais piégés dans la kimberlite, une roche grise concassée dans une usine directement achetée à une mine sud africaine, mais reconvertie en iso 14001, agrément environnemental… Et les géologues de la mine ont gentiment donné à Klara de magnifiques photos de diamants et de la mine, alors après on ne va pas se plaindre; après on a essayé de pister le tigre, il y en a deux par ici, avec huit petits qui viennent de naître. Mais il faisait probablement trop chaud dans ce cagnard. Une mine en plein sanctuaire animal? et oui…

Après, cours de cuisine chez le king du paratha, lhassi et re lhassi, et on rencontre plein de french. On s’arrache un jour plus tôt, pour klara c’est plus sûr car les trains indiens ont des horaires aléatoires voire parfois s’annulent. Klara repart sur Dehli, en train de nuit, avec Aurélie, et Gaelle sur Orcha, en bus de jour. Klara est bien arrivée, pour l’heure dans un petit restau de Paharganj, pour une despedida au ginger lemon. Avec Aurélie. N’a plus trop la pêche pour écrire, ce soir est un peu tristoune, bien acclimatée à la vie locale ici…a changé ses premières impressions sur Dehli.

Gaelle aussi, est bien arrivée à Orcha. C’est la fin du parcours pour moi !

Namasté tout le monde.

 

Shivaratri… réussie!

Même pas une courbature et aujourd’hui est un grand jour : c’est Shivaratri, la grande fête hindoue qui commémore le mariage de Shiva et de Parvathi. Tous les hindous se rendent dans les hauts lieux de pèlerinage, dont fait partie Khajuraho. A Vanarasi, la population passe de 3 millions à 6 millions d’habitants. A Khajuraho, de 20 000 à peut être 40 000 ce qui reste supportable.  Ce qu’il y a de bien dans ces jours de fête, c’est que les temples sont gratuits et nous en profitons donc pour les visiter. Redécouverts au milieu du 19 ème siècle, ils ont choqué le puritanisme ambiant par la crudité des scènes érotiques que jouent les statues des façades extérieures. Et interrogé les explications… Une version légendaire rapporte que Hemavati, une jeune brahmane, alors qu’elle se baignait un soir nue dans la rivière, a été séduite par le Dieu lune. De cette union  est né un fils Chandravarman. La fille mère, bannie de la société , s’est réfugiée dans la forêt où elle a élevé son fils en mère et gourou. Le garçon   devenu   homme   a donné vie aux premiers Chandela, une dynastie royale d’’origine rajpoute mais de descendance lunaire (habituellement les rajpoutes descendent du soleil), et qui a connu son apogée à la fin du 1er millénaire… Une nuit, Chandravarman a vu en songe sa mère l’implorer de bâtir des temples qui révèleraient les passions humaines et les frustrations  de la population !

Et donc nous voyons des temples, des temples et encore des temples, dans un grand parc bien entretenu , bien vert et fleuri.  Bien sûr tout le monde est là pour voir ces fameuses sculptures du Kama-Sutra, on voit bien où les gens s’arrêtent : toujours aux mêmes endroits. Comme certaines images risqueraient de heurter la sensibilité des plus jeunes, nous ne vous en mettrons pas de trop compromettantes.  Juste deux statues qui se roulent un palot. 😉

 

Depuis le parc aux temples, on a une vue de premier choix sur le temple de shiva où c’est  une activité intense, avec des groupes d’hommes et de femmes (séparés) s’agglutinant à l’entrée, puis se précipitant pour gravir les marches du temple , un godet d’eau à la main…

A l’occasion de shivaratri, c’est jour de foire et de marché, on en profite pour faire pour faire quelques boutiques. Et puis le soir, on a la chance d’accompagner la processon de shiva allant à son mariage, avec la fanfare des dieux et des déesses, Kali, Brahma, Lakshmi, etc…. et pour finir d’assister au spectacle offert par l’hôtel Lalit, un hôtel de luxe pour millardaires puisque la chambre est à 2000 euros, ça vous laisse imaginer le standing…. Et on en a vu, des riches, dans la procession avec des saris brodés de diamant et des chaussures incrustées de pierres précieuses.

Quel contraste avec la plèbe, les rickshaws étaient gentiment invités à se ranger sur le côté pour ne pas être dans le champ des caméras. Une bonne partie des télévisions de l’Inde étaient là, prenant des photos d’une star de Bollywood et pour finir, on a eu des places assises pour le spectacle rejouant donc le mariage de shiva et de parvathi. Et tout ça grâce à Ibrahim, qui tient dans ses mains un sacré pouvoir, c’est un VIP qui connait tout le monde, et c’est pour ça qu’on a été dans le carré des VIP . Alors le spectacle c’était de la danse , avec de jolis costumes, et un en arrière plan les temples de Khajuraho, et de belles lumières, et de la bonne musique. L’histoire est archi simple, Shiva arrive, Parvathi arrive, ils ne sont jamais vus, on les réunit pour le mariage , ils se découvrent et chacun danse de joie à son tour, puis les dieux et les déesses font la farandole en signe d’alégresse.

Après, un discours de la propriétaire de l’hotel  Lalit, qui offre ce spectacle tous les ans à la population, avec un repas gratuit à la sortie. On a évité le gratuit, c’était dangereux, on voyait les policiers avec des bâtons   réglementer la circulation autour du buffet et taper sur ceux qui  se marchaient les uns sur les autres pour arriver les premiers au buffet ;  Ensuite, on a été au temple à Shiva, pour faire quelques offrandes pour la famille et les amis (vous en avez de la chance, hein ?).

Au pied du temple, nous avons acheté nos offrandes, des sucreries, une noix de coco et de l’encens. Puis, on a fait un petit rituel autour de la statue de Ganesh , le fils de Shiva et de Parvathi , (planté l’encens et casser la noix de coco) et nous sommes monté au temple , où nous avons jeté nos offrandes sur le lingam géant qui se trouve en son centre (le plus grand qu’on ait jamais vu en inde !) .

Et puis pour une fois qu’on voit un peu de femmes :

Au pied du temple de shiva, les éclopés de la ville, mendiants paralytiques veillards aveugles enfants des rues, chantent et font la manche.  Pour achever  la noce, on a été boire des bières chez l’italien, faut vous  dire qu’en temps de shivaratri, la vente d’alcool est interdite, parce qu’un hindou qui boit devient généralement violent et que personne veut de bazar ici. On a bu à la santé de shiva, qui était rappelons le quand même un sacré noceur, en mangeant des pakoras de toutes sortes (fromage, œuf, légumes…) et des finger chips (le nom indien pour les frites).

 

Khajuraho, vélo et pas photo

Cette nuit nous avons voyagé dans un train avec un wagon special touriste, et dans ce wagon des russes aussi insupportables que les hindous, parlant fort, en rigolant grassement ; nous sommes arrivées avec deux heures de retard, nous avons posé nos sacs à la yogi lodge, qui apparemment n’est plus ce qu’elle était, le yogi qui la tenait étant mort l’année dernière et ayant passé l’affaire à ses fils qui n’ont pas les mêmes engagements spirituels. Enfin, c’est pas cher, et on a réservé pour la semaine. Au petit dej, on rencontre Aurélie,  une française de Toulon, et nous voilà parties pour un raid en vélo et en plein cagnard. Destination, les chutes de Rajah, à une vingtaine de kilomètres de là. Comme ici on n’est en hiver, tout est à sec et quand nous sommes arrivées aux dites chutes, qui se trouvent dans une réserve payante, on a eu l’impression de se faire arnaquer : il n’y avait pas d’eau sur les grandes gorges de roches découpées, magnifiques. On y a croisé des guides du parc vêtus de kaki et équipés de moto  qui nous proposaient une heure de balade avec eux dans la jungle pour voir les animaux (crocodile,antilope, léopard, …et tigre !)  moyennant 300 roupies chacune. « Trop cher pour peut-être voir de loin un  hindou dans la peau d’un crocodile ! » commente Aurélie.  Nous déclinons et …Devons refaire  la route dans l’autre sens. 28 km en fait, en comptant tous les kilomètres dans la réserve. Un peu épuisées par cette aventure, on finit chez le roi du paratha, selon Aurélie toujours, qui est là depuis plusieurs jours . Un peu gras quand même, nos paratha aux patates et au fromage.

 

Mais de quel bois se chauffe donc Shiva?

On a passé la matinée sur le toit de l’hôtel au soleil à rattraper le retard de billets de blog qu’on avait. Et puis, comme à notre habitude maintenant, nous sommes allées  boire un tchai chez nos amis, et Klara, ayant renoncé à faire des photos, s’est dit qu’au moins personne ne l’empêcherait de dessiner et donc s’est installée face au burning ghat pour croquer un peu. Et même suffisamment longtemps pour presque en oublier le rendez vous qu’relle avait avec le professeur Mishra.

Une demi-heure au pas de course pour aller à l’autre bout de la ville par les ghats, et… le professeur n’avait pas troqué ses habits de brahmane, il était en train de donner une satsang. Klara a donc écouté patiemment l’enseignement, dans lequel il expliquait grosso modo que rien n’était différent en soi, tout contenant du tout et que donc la saleté et la pollution étaient aussi le tout , donc sur un plan spirituel c’était pas si grave. Son paradoxe entre la science et la religion se resumant au fait que l etre supreme est au dela des limitations de nos cinq sens , so what can we do?

Apparemment, il travaille plus ou moins de mêche avec le gouvernement indien, et c’est donc quasiment impossible probablement de lui poser des questions qui fâcheraient comme : pourquoi le gouvernement a-t-il arrêté le programme de dépollution du Gange entamé en 1992 ? Ou pourquoi le gouvernement n’a toujours pas installé des usines de retraitement de déchets, qui continuent d’être déversés, en pleine ville , directement dans le Gange ? Ou pourquoi aucun programme d’éducation à l’environnement, mis à part le ramassage des sacs et des bouteilles plastiques, n’est fait dans les écoles ?  Sans parler des dioxines qu on doit trouver aux abords du Manakarnika ghat, compte tenu de la combustion du bois et des corps… Ajoutons la fatigue du grand age, et peut etre un gatisme naissant (pourquoi  avait il fixe rendez vous la veille? peut etre juste pour son enseignement? Hanuman, le dieu singe est un petit malin!).

Klara, un peu dépitée, est repartie le long des ghats faire quelques photos sur  le chemin du retour. Pendant ce temps là, Gaelle avait été  faire une heure d’internet, quelques courses, du savon , de l’eau de rose,  boire un Lassi, pis comme c’était dimanche, beaucoup de magasins étaient fermés. On s’est retrouvé en fin de journée à la petite boutique de tchai. Il y avait aussi le fameux « Owner » (enfin le Big boss du Manikarnika ghat), avec qui Klara avait négocié, accompagnée de Dipoo, l’un de nos petits gars du ghat, le droit de faire 11 mn de photos , moyennant 3000 roupies (une soixantaine d’euros…). Mais au final, Klara avait renoncé, refusant d’alimenter un business macabre sans respect du droit à l’image des familles car sans aucune retombée financière pour eux. Il y avait aussi un flic à la boutique. Klara sort l’appareil et commence à montrer ses portraits à Dipoo, et tout d’un coup le dit -Owner du lieu, un type adipeux au regard torve et à la moustache lubrique, lui fait dire par le tchaiman (le Owner ne parle qu’hindi) qu’il est ok pour l’accompagner gratuitement (« for free ») faire des photos sur le ghat, parce qu’il l’aime bien maintenant. Klara venait de lui expliquer qu’elle ne voulait pas payer parce que de toutes façons elle ne voulait prendre en photo que le feu de Shiva ou des foyers déjà consummés, pas de familles, pas de corps…Il l’accompagne et effectivement elle a  une paix royale pour faire les photos (dommage , elle avait pas son pied…). Il insiste pour qu’elle  prenne un bout d’os résiduel , un bout de thorax (donc probablement d’un homme, vu qu’il paraît que le thorax brûle pas trop bien chez les hommes, alors que chez les femmes, c’est plutôt les hanches qui ont du mal à se consummer, question de musculation due à la vie de chaque genre). Ce qu elle se refuse a faire, ne sachant ce que pense cet os.

Retour à la boutique. Et là le tchaiman commence à traduire ce que le Owner   propose à Klara désormais (et probablement à Gaelle aussi, avec le flic..) : aller boire des bières sur son bateau etc…vous imaginez la suite, pas la peine de faire un dessin.  Mais Gaelle a disparu, et Klara se demande dans quel traquenard elle est tombée, s’enquiert de son amie, mais où est-elle, etc… La chienne qui d’habitude vient toujours saluer Gaelle s’approche de Klara et lui accroche le bras avec sa patte, renforçant un peu plus son trouble. De courte durée heureusement, car Gaelle revient alors, elle était juste  partie voir la puja, ouf ! Donc Klara décline l’invitation, il insiste un peu, nous avons le même âge, il lui parle de ses femmes de ses enfants, et qu’il aimerait bien être son indian husband. Berk, bref, Klara redécline. Il lui dit cette fois qu’elle peut aller une demi –heure pleine faire des photos, elle lui dit que c’est pas pour autant qu’elle ira avec lui après, il n’en est pas question, il lui dit c’est pas grave, tant pis et la fait accompagner par un des jeunes gars qui travaillent sur le ghat…

Mais celui-ci n’est pas le owner, il a l’air mal à l’aise (ici un touriste s’est fait lyncher il y a trois jours pour avoir pris des photos, les flics sont intervenus, etc…) et s’empresse de nous amener avec Gaelle dans l’ abri au-dessus d’un tas de bois,  que squattent nos  petits gars. Klara fait deux-trois photos du haut, et Dipoo lui dit d’arrêter, que le owner est vraiment un sale type, un « dirty mind », qu’il pense qu’au cul et qu’il  risque de lui faire des problèmes.

Ça confirme ce qu’elle pensait, bien qu’elle ait cru un instant qu’il avait une vraie bouffée de générosité désintéressée, ou un brin de comprehension pour son travail…On passe un petit moment avec eux  avant de rentrer dormir. C’est notre dernière nuit à Vanarasi, demain départ pour Khajuraho, par le train de nuit. Une semaine à la campagne, dans un haut lieu de temples tantriques,  ça va nous faire du bien…Et Klara va retravailler les photos du feu, pas le temps ce matin…

Ce feu a ete allume par Shiva lui meme voici plus de 5000 ans, et ne s est jamais eteint. Un gourou rasta s est installe la en 2008. On le devine derriere les tridents. Un jour de mousson, il a trouve dans le temple un bebe elephant, faisant la une des journaux...

Varanasi : on chauffe toujours!

Ce matin, Klara allait interviewer le professeur Mishra. En chemin, elle est passée aux bureaux de la relation clientèle d’Airtel. Un vendeur analphabète du Chowk  nous a refourgué une recharge Airtel qui ne permet de passer que des appels en local (c’est-à-dire à Dehli, puisque nous avons acheté la puce à Dehli). Bref, on s’en fout vu qu’on ne reviendra pas à Dehli …100 roupies pour le rickshaw, qui a du pédaler dur dans la chaleur et loin pour aller à Lanka, un peu en dehors de Vanarasi. Et une bonne demi heure de palabres avec les employés pour qu’on recrédite notre compte en national. Tout ça pour une recharge de …100 roupies. Bon, ça vaut pas tripette d’accord mais c’est pour le principe. Klara a vu le professeur Mishra qui était ce matin dans ses habits de brahmane et lui  a dit avoir plein de choses à faire pour le temple , préférant donc lui consacrer du temps le lendemain après midi. Klara et Gaelle s’étaient donné rendez vous à mi-route, au  Dashashwamedh ghat, là où il y a des grands portraits de Satya Sai Baba.. On a flâné sur la Madanpura Road, où on a vu des embouteillages monstrueux, y compris piéton, impossible de faire un pas, vous n’imaginez même pas. (les photos ne rendent pas) . Klara avait oublié ses lunettes de soleil à l’hôtel et c’est la dernière fois qu’elle les oublie parce que la pollution et la poussière et le soleil attaquent grave les lentilles, elle y voyait plus rien, impression d’être dans le fog. Du coup, arrêt dans un espace vert pour avoir un peu d’oxygène, et Klara retrouve la vue.  Notre objectif de l’après midi : l’ashram de Mata Aanandmai au ghat du même nom. Moment paisible, accompagné d’ un vieil homme édenté (et oui, ça manque de dentiste à Varanasi) et tout tranquille , nous expliquant tout….mais en hindi.

Puis, à la sortie, au temple de Ma, devant les trois statues dorées qui la représentent aux 3 âges importants de sa vie de maître (jeune femme, femme et vieille femme), en plein recueillement méditatif,  séquence prise de tête avec un boatman qui nous demandait 300 Roupies pour nous ramener au Scyndhia Ghat, à  l’hôtel …Ah là là, le  silence est dur à obtenir…retour en partie à pied, en partie en bateau. Gaelle avisée a toujours sa bombe de repellent à moustiques dans son sac (parce que sur le bateau à la tombée du jour, c’est quelque chose !) . Comme tous les  soirs maintenant, on a dîné à l’hôtel et on est ressorti boire un tchai avec nos bad boys. Sur le trajet du retour, nous nous sommes arrêtées devant les crémations, mais à l’entrée du temple à Shiva cette fois. Nous avons rencontré trois touristes espagnols qui ont eu la bonne idée d’aller parler au prêtre du temple qui nous semblait bien blanc pour un hindou. Effectivement,c’est un british, avec les dreads et la barbe longue, plutôt jeune et très sympathique. Il explique que son gourou l’a installé ici voici 12 ans. Il est architecte ou presque, il est en train d’écrire son doctorat à l’université du Kansas. Il est sûrement d’un milieu très aisé car il nous parle d’une propriété familiale qu’il occupe une partie de l’année à Almeiria en Espagne. Nous sommes ensuite  invités avec les touristes espagnols à boire un tchai, chauffé au feu de Shiva, dans le temple, avec le gourou, le prêtre british , et les musiciens qui partent dans une rythmique impressionnante sur les chants votifs habituels à Shiva. Le gourou est un homme moderne, il a des lunettes et un téléphone portable mais son look est plutôt celui d’un homme préhistorique. Il est très maigre, ressemble plutôt à un rasta qu’à un hindou. Nous allons continuer à mener l’enquête. En sortant du temple, il nous a passé trois doigts de cendres de Shiva sur le front. Et nous sommes tous rentrés, un peu en retard mais comme on était groupés, le veilleur de nuit n’a trop rien dit… et avons tous dormi d’un sommeil extraordinaire (Klara sinon était réveillée tous les jours autour de 4h30, 5h du mat, à cause du bordel sonore ambiant).

Les ghats, de l’autre côté


Ce matin, on est remonté vers l’ouest, des ghats qu’on n’avait pas encore visité. On a été tout au bout, jusqu’au pont, le Malviya Bridge, tout en métal, un double pont, avec sur le niveau 1 les trains, et sur le niveau 2 , les voitures. Au Raj Ghat, on a vu les bâteaux chargeant le bois des crémations, et là, pas d’interdit pour faire des photos ….

Ces ghats là nous ont semblé moins fréquentés des touristes, plus sales avec des buffles d’eau de partout et les bouses qui vont avec, des troupeaux de chèvre,et surtout deux gros drains d’ordures de la ville se déversant directement dans le Gange. Nous avons    ensuite trouvé un parc, dans lequel Klara pensait trouver le service des eaux de Vanarasi, induite en erreur par une pancarte, et qui s’est avéré être un parc archéologique, avec une présentation des ruines du Raj Ghat dont certaines remontaient à – 800 avant J.C, et qui montrent l’évolution de l’aménagement urbain le long des ghats.  Gaelle est restée faire une sieste, Klara est partie visiter le temple de Vishnou, là encore un temple très ancien puisque Vishnou lui-même y aurait posé ses fameux pieds, juste à la confluence de la rivière Varuna et du Gange. Comme elle avait toujours dans l’idée de trouver ce fameux service des eaux, elle est rentrée dans ce qui avait l’air d’être une administration gardée des militaires et s’est retrouvée  à la Bhagant School de la Fondation Krishnamurti, dans les bureaux du directeur, qui l’a aidée à trouver la bonne personne pour parler de la pollution du Gange et de la politique d’assainissement de la ville : le brahmane du Sankat Mochan Temple, qui est aussi biologiste et a monté un laboratoire d’analyse des eaux au Tulsidas ghat. Klara est toute contente et part visiter le temple de Vishnou, en pleine puja, se fait réclamer des bakchichs par une vieille femme édentée à l’extérieur du temple, et…finit par se dépêcher de retrouver Gaelle, qui commençait à trouver le temps long . On est rentré, encore une fois par les ghats, en se prenant une averse. Un boatman boîteux en béquilles qui ne pouvait vraiment que ramer de ses petits bras, nous a proposé l’abri dans sa petite cahutte, quelques planches de bois assemblées en un cube pouvant se fermer et se verrouiller à l’avant, entre le truc de bouquiniste parisien (sans les livres évidemment) et la cabane de pêcheur, la fenêtre et la porte en moins …Nous étions un peu gênées de cette générosité spontanée, lui se retrouvant du coup presque sous la pluie. On a été à Assi Ghat, manger une pizza, parce que c’était juste à côté de Tulsi Ghat où Klara voulait voir le Brahmane, mais le labo était fermé. Gaelle est rentrée par les ghats, sous la pluie, au milieu des éclairs et des orages. Elle s’est abritée…sous l’auvent  où étaient stockés les corps en attente d’être brûlés (mais elle ne le savait pas avant d’y être et personne ne  l’a empêché d’y aller, d’ailleurs il y avait aussi d’autres étrangers…). Klara s’est abritée dans un cyber café, à documenter ces histoires de suivi de la pollution du  Gange.  Elle a notamment découvert que le gouvernement indien ne faisait vraiment pas grand-chose pour assainir l’endroit. Le professeur qu’elle doit interviewer dimanche , se bat depuis 1982 pour qu’un système de récupération des déchets et de retraitement des eaux usées soit installé. Sa fondation a notamment établi qu’aux points de déchargement des ordures , les concentrations en coliformes fécaux (des ‘crobes qu’on trouve dans le caca et qui donnent des diarrhées, pouvant aller jusqu’au choléra…) atteignent des chiffres astronomiques, de l’ordre de la cinquantaine de milliards d’unités au ml. Alors que la norme maximale tolérée fixée par l’OMS pour la baignade est de 500 U./ml , et pour la potabilité, de 0 U./ml…Mais ce n’est pas la préoccupation principale des politiques, même si, tous les ans au moment de la mousson, des  épidémies de choléra déciment les populations. Etonnant de voir comment les politiques netouchent pas aux aspects religieux de la culture indienne : le fleuve sacré est toujours réputé capable de résorber toute sa pollution par la seule intervention de Shiva… Comme la veille (on commence à avoir nos petites habitudes), on a dîné à l’hôtel et pis on est ressortie sur le manakarnika ghat. Klara avait eu moyennant bakchich autorisation de faire des photos , sous protection bien évidemment, mais, à la réflexion, ne voulant pas alimenter ce buiseness morbide à la Paris Match, et parce qu’il suffit d’aller sur Wikipedia (quelle bonne idée que cet espace d’échanges où tout est gratuit et libre de droit) pour trouver des photos trash des crémations, elle a décliné. Et du coup, comme tout le monde était prévenu dans le ghat, les gens ont commencé à nous parler pour nous proposer leurs propres buiseness, le vendeur d’eau minérale par exemple a une jolie collection de photos qu’il propose à la vente comme carte postale ou presque. Enfin , berk, ça ne nous viendrait pas à l’idée de vous envoyer ça. Non, par contre, Klara rêve toujours de poser son pied devant le feu de Shiva, le bois, le petit temple en haut, et tout ça de nuit, quand on ne voit plus rien d’autres que les mouvements des ombres et la lumière des flammes…

Sarnath

Après le Népal, le Tibet aujourd’hui, on a été à Sarnath, le lieu de pèlerinage bouddhiste , où le bouddha a proféré son premier sermon, le « Maha-Dharma-chakra Pravartan »   juste après avoir connu l’éveil. Sarnath est au bouddhisme ce que Vanarasi est à l’hindouisme, et comme ce n’est qu’à 10 km de distance on a fait d’une pierre deux coups. La route pour y aller : chaotique et fréquentée, avec des nuages de sable et de poussière qui rendent le foulard obligatoire pour respirer. Le temps : chaud, et plein soleil,  tendance orage. Visite éclair, écrasée par la chaleur. Nous avons démissionné des objectifs touristiques pour méditer dans le parc à l’ombre .

Avec nous, quelques moines en robe rouge, de nombreux pélerins tout vêtus de blanc, des tibétains en civil, des biches , des chiens, des petits oiseaux et de petits enfants   qui vendent des carottes coupées par leurs mères pour nourrir les biches,  au milieu des ruines de briques rouges, fondations et début de mur excavés où on imagine des dizaine de monastères , jadis, au temps du bouddha.

Nous avons été ensuite visiter le temple tibétain, avec de grandes photos du Dalaï-lama (qui est venu là il y a une quinzaine de jours à peine), et une statue en or énorme du bouddha.

Puis, visite du temple japonais, avec un bouddha en bois allongé cette fois, et beaucoup d’objets , des tentures, des peintures, des cloches, de l’écriture… Nous n’avons pas été jusqu’au temple chinois , sûrement Chan, ni au temple  thailandais, dont on a  juste pu en partant apercevoir la gigantesque statue du bouddha , debout cette fois, et selon la vue aiguisée de Gaelle, en rénovation probablement.  En chemin vers le temple tibétain au bord de la route, dans l’entrebaillement d’une petite maison ouverte, aux murs peints de bleu, Klara aperçoit un corps recouvert d’un linceul blanc allongé sur un lit ressemblant à un lit d’hôpital (d’ailleurs c’était à la sortie de l’hôpital) , avec au chevet un vieil homme se recueillant. À l’extérieur, une grande corbeille en osier avec de l’encens, les perches de bambou pour le brancard funèbre et ces tissus métallisés orange, rose, rouge, jaune, blanc, or, argent, prêts à recouvrir le corps , en partance pour la crémation. Le rickshaw ne nous a pas déposé là où on voulait, on a déambulé les rues, flânant jusqu’à notre hôtel où nous avons dîné pour ne pas nous laisser prendre par le temps. On est ressorti voir nos  amis de la petite boutique de tchai, continuant d’étudier la jeunesse du manikarnika ghat de Vanarasi.

Népalais …beau, quoi !

Aujourd’hui on est parti à Kathmandou, au Népal. Si si, on vous assure. Sur le ghat voisin du Manakarnika Ghat, le Lalita Ghat, se trouve un temple réplique d’un temple de Pashupatinath (également lieu de crémation au Népal, sur une rivière qui se jette dans le Gange) , construit par le roi du Népal au 19 ème  siècle, avec des bois sculptés de figures érotiques à faire rougir les vieilles rombières surmontant des sculptures très fines de yoginis ou de déesses.  Klara a vraiment trouvé cela drôle de revoir ce mélange de briques rouges  et de bois foncé.
L’intérieur du temple contenait un shivalingam surmonté d’un cobra et entouré de fleurs, mais aussi un calendrier et une horloge ( !).  Gaelle a commencé à se renseigner au centre d’informations touristiques népalais installé dans le centre sur les possibilités d’aller au Népal sur la fin de son séjour.

Puis, comme elle aime la couleur rose , et qu’il y avait un marchand ambulant de barbapapa sous plastique qui s’annonçait en disant « barbapapabarbapapa… » en hindi, et qu’il suffisait d’hêler pour le faire venir, elle a acheté de la barbapapa indienne (mais c’était pas bon alors elle l’a refourgué aux enfants népalais qui n’en voulaient pas non plus d’ailleurs…). Nous avons fait un tour en ville dans les rues car il faisait trop chaud sur le ghat. Nos bad boys nous proposaient une virée en bateau pour aller se baigner dans le Gange, mais bon on n’est pas encore prête.  Il paraît qu’il faut d’abord se débarasser de toutes les pensées négatives qu’on peut avoir sur le Gange (c’est sale, y a des cadavres qui flottent, les égouts de la ville s’y déversent, les gens s’y lavent , y lavent leurs linges, les bateaux à moteur polluent, les vaches et les chiens s’y baignent, y a des fleurs qui y pourissent de partout, etc..etc…).

Le soir, puja au Gange avec photos de nuit.

Puis, portraits à la boutique de tchai habituelle, , et là même dos au  Manakarnika Ghat, on entendait « no photos, no photos ». Et pas mal de monde est venu autour de nous voir ce qu’on foutait avec l’appareil photo.

 

 

 

 

On a traîné, ratant l’heure limite pour dîner à notre hôtel, qui nous a envoyé en ville, dans un restau recommandé par les guides du routard, etc..(le Fuji Restaurant) mais franchement mauvais : Gaelle a eu droit à une mixture décongelée de légumes au curry, c’était spécial, après avoir eu le Paleer panak (épinard au fromage) le plus mirtchi qu’on est jamais mangé ici. (Gaelle croit même d’ailleurs que les cuisiniers maintenant se vengent des touristes qui demandent de la nourriture pas épicée…)

Bad boys de Varanasi ?

Lever 5h30, on doit prendre le bateau pour assister à un coucher de lune (qui est pleine ici) et un lever de soleil sur le Gange, événements que nous avons partagés avec deux touristes chinois, et une thaïlandaise. Nous avons mis deux heures, notre rameur n’était pas bien réveillé, il baillait bruyamment et comme il mettait sa main devant sa bouche, cela lui faisait à chaque fois lâcher une rame. Et puis y en avait du trafic touristique à 7h sur le Gange… une heure très prisée pour l’activité qui se révèle le long de ce fleuve sacré.

On voit des brahmanes faire des pujas (des cérémonies rituelles pour célébrer une divinité, ici le Gange), des gens faire leurs ablutions quotidiennes, laver les vaches, d’autres laver le linge, d’autres encore, vendre des fleurs ou des bougies votives, même des CD et DVD, boissons, poupées russes à l’indienne (Gaelle a vu quelque chose dans un bateau et essaye d’expliquer : c’est des poupées indiennes qui s’emboîtent les unes dans les autres comme des poupées russes , enfin on suppose parce qu’on les a pas vues séparées, déboîtées quoi) )…On voit aussi des corps flotter tranquillement. Comment ils n’ont pas été brulé ? Et non, les saddhus( hommes saints), les femmes enceintes, les enfants ,les lépreux et les personnes ayant été mordues par un cobra ne sont pas brûlés : les saddhus parce qu’ils n’appartiennent à aucune caste, les lépreux parce que la fumée de leur crémation risque de contaminer les personnes qui respirent autour, les femmes enceintes parce qu’elles portent un enfant, les enfants parce qu’ils sont innocents, et ceux qui ont été mordus par un cobra , parce que le cobra est un animal sacré de Shiva et qu’ils sont donc déjà « libérés ». On voit aussi des bagarres entre familles , nous explique notre rameur , qui a à peu près compris l’histoire en matant la scène, une bagarre violente entre des frères de famille différentes. Le bateau est revenu à bon port et nous aussi. Ensuite nous avons passé un bon moment à la gare des trains, mais pas trop parce qu’on commence à savoir lire la grille des horaires et à demander le trajet que l’on veut exactement. Alors on veut 2 allers pour Vanarasi-Khajuraho , 1 retour pour Khajuraho-Dehli et 1 retour pour Khajuraho-Chennai. Et oui , nos routes vont se séparer bientôt, dans 15 jours , si Klara n’arrive pas à prolonger son séjour . Et vu les désagréments des transports bondés, on préfère s’y prendre à l’avance, quitte à annuler si les choses changent. Pour le retour sur le ghat, on s’est débrouillées comme des chefs. En négociant durement notre retour à 40 Roupies…On retrouve S., au Burning Ghat, il nous emmènera le soir encore sur les bûchers de crémation. On le découvre un peu plus tous les jours, maintenant on sait qu’il a un bateau qu’il laisse à quai, juste derrière la petite échoppe de tchai rose. Et qu’il y dort souvent. Son nom est de notoriété publique tout le long du burning ghat, alors c’est vrai que personne ne nous embête. Il fait partie des « locaux » (local people). S’il est un « bad boy », comme il dit, c’est juste qu’il n’est pas un rigoriste de la religion hindoue : il fait la fête, boit de l’alcool et fume des cigarettes. Et puis, comme tous les hindous, il fume de la « Grass », une plante qui pousse par ici mais qui n’est pas de la Marijuana, ni du Bang (qui ne peut pas se fumer, que se mélanger à la nourriture). Il a 23 ans, à peu près comme son copain R., que nous avons croisé la veille et qui nous a expliqué comment fonctionnait le ghat. Le ghat est une grosse entreprise, comptant entre 200 et 300 personnes (des plus basses castes), rien que pour décharger le bois des crémations, parfois plusieurs tonnes par jour, coupé dans la jungle et qui arrive par bateaux ou par camions. Aux abords du ghats, des tas de bois de plusieurs mètres habillent le moindre recoin. En chemin, Klara croise le laitier du quartier. Elle le questionne sur son activité. Il a 20 vaches (type buffalo) , qui ne lui donnent en ce moment que 50 litres par jour car elles sont toutes enceintes, mais les petits vont naître le mois prochain et le lait recommencera à couler à flots… En attendant, il vit probablement des saddhus qu’il héberge avec les vaches dans son étable, ainsi qu’il l’explique tout en proposant à Klara (qui refuse bien évidemment) un peu de leur production locale, qu’ils n’ont parait-il pas leur pareil pour faire de leurs petites mains spirituelles à l’intention des touristes. Pour les locaux, nous explique S., tout est légal et disponible dans de petites échoppes sous contrôle du gouvernement indien avec des prix dix fois moindres…Nous passons un moment devant les braises, puis, une fois éteintes, re- buvons du tchai.

La vie ici suit son court, avec la mort au milieu de tout cela, sur les braises dorment des vaches, des chiens, au milieu des bouses on pose les brancarts de bambou sur lesquels les corps sont simplement posés , entourés d’un linceul blanc pour les hommes, d’un sari de couleurs pour les femmes. L’ambiance est étonnamment sereine. Pas de places pour les pleurs, les femmes sont donc interdites ici , car leurs larmes empêchent l’âme des morts de partir.. nous assistons, depuis la petite boutique à tchai, à la préparation d’un corps entouré d’un sari coloré que nous avons vu déposé à la poupe d’une barque. Il est ficelé à une pierre qui fait la taille de son dos. Une femme enceinte, qui n’est jamais brûlée. Un brahmane en fait le tour avec un peu de feu, lui découvre la tête, l’arrose d’eau du Gange, puis la barque part, avec quelques hommes de la famille et le boatman et le brahmane. C’est la nuit, les habituelles petites bougies du Gange flottent en scintillant le long des ondes du courant. La barque pour arriver à peu près à mi-chemin de l’autre rive aura dû traversé un embouteillage de barques de touristes…Là le brahmane se saisit du corps et de la pierre et le jette dans le Gange en le faisant glisser. Sur le chemin de l’hôtel, sous un bateau, nous retrouvons le saddhu que nous avons vu flotter le matin même, ses fesses entourées d’un linceul blanc toujours offertes à la surface, la tête et les épaules se laissant deviner sous quelques dizaines de centimètres. Juste à côté de lui, l’assemblage d’une perche de bambou et d’une guirlande de fleurs disposée en demi-cercle autour d’un de ses sommets forme un trident inopiné et surprenant…

Golden Temple et crémations

On s’est lévé tôt mais bizarrement on a mis 3 heures à émerger. C’est bien de traîner aussi, la ville s’y prête bien, c’est comme si l’éternité de l’instant s’y  était arrêtée. «  A Varanasi , Bonjour Shanti … » résume Gaelle , l’âme poétique. Nous avions décidé de faire un jeune pendant trois jours ,parce qu’on est à Varanasi . C’est détoxifiant et plutôt bon pour la santé, et en plus c’est très sécure : dans les guides, on a lu tellement d’horreurs sur des trafics entre des restaurants qui servent de la cuisine empoisonnée pour ensuite pouvoir envoyer leurs clients dans des hôpitaux  dont les médecins sont de mêche avec eux. Gaëlle s’était pesée la veille à la gare des bus de Jaipur, sur un pèse- personne public et kitch, vraiment très indien, et qui lui a annoncé son poids idéal de déesse. Allez, encore moins 2kg !  On s’est dit qu’on allait commencer par une journée  plutôt tranquille, à déambuler dans les rues pour saisir l’esprit de la ville, et pour commencer, par  visiter le Golden Tempel, le Vishwanath Tempel , dédié à Shiva sous son incarnation de Vishwanath, seigneur de l’Univers.  En chemin, Eurekâ, une échope à lassi porteuse d’une pancarte WiFi free,enfin !  de la wifi gratuite, et un bon lassi à la banane pour Klara qui sans avoir vraiment mangé depuis la veille commençait à avoir mal à la tête (Gaëlle préfère aussitôt appeler sa maman, il est encore très tôt en France). Une heure  plus tard,(ben oui ça ne change pas ici, c’est toujours plus long de faire les choses) , Klara visite le temple la première, parce qu’on n’a pas le droit de rentrer avec les sacs , et que donc Gaelle fait   consigne dans la rue.  On flashe sur le nombre de policiers dans les ruelles aux abords de ce temple, policiers (ou militaires ? Leur uniforme est vert et ils ont des mitraillettes…) exclusivement  dévolus à la surveillance de ce joyau de l’hindouisme, haut lieu de pélerinage. Depuis l’affaire états-uniennes des deux tours en 2001, les indiens ont renforcé leur politique sécuritaire car le gouvernement craint aussi des attentats de la part des séparatistes cachemiriens par exemple. à l’intérieur de ce temple se trouve l’un des 12 joytris lingam du pays, c’est-à-dire un lingam particulièrement ancien (rappelons que le lingam est une sorte de symbole phallique associée à Shiva, et qu’il repose sur une yoni, symbole du sexe féminin.). Avant d’entrer dans le Golden Temple, on subit une fouille comme à l’entrée d’un aéroport, avec notamment un passage obligé dans un portique électronique. Puis en tant que touriste, on doit passer au bureau de police où deux policiers, l’un pour dicter l’autre pour écrire, notent scrupuleusement numéros de passeport , de visa etc… comme de règle, on laisse ses chaussures à l’entrée. Les offrandes sont facultatives, spontanément Klara achète pour 10 roupies une feuille bien fraîche et verte couverte de fleurs jaunes et rouges, repasse un check point,   fait la queue avec tous les hindous et entre sans problème dans le Golden Temple ! Aidée même par une garde armée du temple qui l’amène jusqu’au joyti lingam pour qu’elle puisse y déposer les fleurs et tremper ses mains dans la grande soupe qui entoure le lingam, soupe de lait, de cactus, de fleurs colorées…Et , en retour, se retrouve avec…une couronne de fleurs jaunes lancée par le brahmane autour du cou ! Le temps étant compté pour chacun dans le temple (les militaires y veillent en attrapant les fidèles pour les jeter dehors au bout de quelques dizaines de seconde !). Un jeune brahmane, 15 ans tout au plus, s’approche alors d’elle et l’emmène faire une série de cérémonies dans les temples entourant le Golden Temple. Cela commence par un autre temple à Shiva, puis un temple à Vischnou, où le brahmane lui passe une couronne de fleurs roses cette fois autour du cou. Klara repasse alors un autre point de sécurité, avec re-fouille corporelle. Traverse une vaste salle remplie de lingams, n’en avait jamais vu autant, de toutes les époques et de toutes les tailles. Le brahmane lui fait réciter des mantras , la fait tourner 5 fois autour d’un lingam rouge sur un autel bleu, puis entrer dans un temple à Hanuman où là le Brahmane officie pour la famille toute entière (z’en avez de la chance la famille), puis pour finir lui plaque la joue contre le marbre de l’autel. Tout cela a pris un certain temps, une bonne demi-heure,  et quand elle est sortie, Klara a vu Gaelle en pleine conversation avec le patron de la consigne des sacs : était-elle en train de  lui expliquer  notre stratagème pour s’épargner des frais de vestiaire ? Elle lui a dit : « vas-y, ça vaut le coup ! » Et a alors gardé le sac de Gaelle, qui a expédié la visite en 10mn, car il y avait trop de monde à l’entrée du temple trouvait-elle.  Elle a remarqué l’endroit où ils comptent l’argent, des montagnes de roupies , impressionnantes il est vrai. Même si l’hindouisme n’est pas une religion payante, les fidèles pensent aussi ici que plus ils mettent d’argent, plus leurs prières vont être exhaucées. Et les brahmanes les aident  à y croire, avec un brin de cupidité qui transparaît largement dans la façon qu’ils ont de vous regarder…et surtout lorsqu’ ils tendent la main à la fin des cérémonies… L’après midi se passe tranquillement, le soir, nous faisons une petite promenade le long des ghats, à la tombée de la nuit se déroule une série impressionnante de pujas pour le Gange, quasiment à tous les ghats. Au puja ghat, on se croirait dans un peplum sur l’antiquité, 5 danseurs dansent avec le feu, puis avec des plumes de paon, puis avec de l’eau puis avec des fleurs qu’ils lancent dans le fleuve. Klara profite du mouvement pour offrir aussi  sa couronne de fleurs roses au Gange. C’est ce qu’on lui a dit de faire. La première, une couronne d’œillets jaunes, avait fait le régal d’une grosse vache sacrée. Le soir, on retrouve les bad boys du Manakarnika ghat  (le burning ghat) et on boit…du  tchai (ben oui , qu’est-ce que vous croyez, on est en Inde ici…)