the Jour J, le D-Day

Premier post, je teste ce blog. C’est tard… c’est vrai ….mais je ne suis même pas sûre de décoller, demain. Et tout ça pour quoi? Pour un volcan d’Islande entré en éruption. ça va nous faire un de ces paquets de nanoparticules tout ça dans l’air! Et oui, les volcans font de la nanotechnologie. Et, décidément tous les sommets de la Terre sont en activité. Je suis sûre qu’il se dit déjà que c’est la Pachamama qui gronde.. En attendant, j’écris…n’importe quoi. P’têtre j’devrais pas?


Mp3 : menaces sur nos oreilles …

Jadis associés au phénomène inéluctable du vieillissement, les problèmes  d’audition concernent aujourd’hui plus de 6 millions de personnes  en France, dont de plus en plus de jeunes, mal informés des risques liés à l’exposition à de forts niveaux de bruits…ou à l’écoute abusive des baladeurs numériques !

Le mp3, standard du son numérique, compressé, aisément stockable et transmissible, a révolutionné l’accès à la musique et fait exploser les ventes des baladeurs numériques. Il est dit que dans l’Union Européenne, en 2010,  quelque 50 à 100 millions paires d’oreilles  assouvissent quotidiennement leur envie de musique au moyen de ces appareils qui permettent de stocker en peu de mémoire une vraie bibliothèque sonore. Voire même plus, avec le développement des téléphones mobiles de dernière génération qui permettent non seulement d’écouter de la musique ou des programmes radio, mais également le son des vidéos qu’ils permettent de regarder …Pour autant, alors que les ventes explosent, de nouveaux risques ne sont-ils pas en train d’émerger ? Des risques qui, comme souvent,  parce qu’ils n’ont pas de conséquences immédiates  ne sont pas toujours perçus comme il se doit.  Mais concernent suffisamment durablement l’intégrité de notre audition pour que des experts en santé  publique s’en inquiètent !

 

Les baladeurs numériques sont-ils dangereux ?

C’est précisément autour de cette question que s’est déroulée la dernière journée nationale de l’audition (JNA), 13 ème du nom,  le 11 mars dernier. À cette occasion, une vaste enquête a été menée auprès de 1000 jeunes âgés de 12 à 25 ans afin de mieux connaître  leur usage des baladeurs numériques. Les résultats témoignent de pratiques quelque peu alarmantes, à savoir que la durée quotidienne moyenne d’écoute au baladeur  chez ces jeunes est supérieure à 1h par jour ( 20% s’en servent 2 à 3h par jour, et 10% plus de 3h…),  selon différentes modalités d’écoute ( dans les transports, au lit avant de dormir, ou bien en cour de récréation… ). Par ailleurs, 4 jeunes sur 10 ont déjà ressenti des bourdonnements dans la tête ou des sifflements dans les oreilles… Bien sûr, on est loin du traumatisme sonore aigu (TSA) qui peut survenir à la suite d’un concert ou d’une explosion. Mais il est clair que les mp3 menacent les cellules ciliées des oreilles, et que la surdité risque de s’installer   insidieusement… et bien plus précocement. Ces jeunes risquent de devenir sourds vers 50-55 ans, alors que la surdité liée à l’âge (presbyacousie) ne survient habituellement pas avant l’âge de… 65 ans !

 

Les oreilles, des organes fragiles !

À moins de s’isoler dans un caisson d’isolation sensorielle, les oreilles sont exposées en permanence au bruit du monde. Ce  « bruit » est fait de multiples  sons provenant de différentes sources, pouvant interférer entre eux. Le son étant une forme  d’énergie  se propageant différemment selon les matériaux rencontrés  (air, murs, arbres, montagnes…), l’exposition sonore dépend habituellement de nombreux facteurs comme les dimensions de l’endroit où l’on se trouve, les éléments du décor mais également   l’anatomie de l’oreille ou encore… la coupe de cheveux de la personne !  Tout ceci explique que le silence soit exceptionnel…et   nos oreilles  des organes particulièrement fragiles ! « Car, rappelle le professeur Christian Gélis,  membre du Comité scientifique des JNA,  à l’inverse des yeux qui peuvent d’un battement de paupière se prémunir d’une intensité lumineuse trop forte, il est difficile pour nos oreilles de se protéger toutes seules et sans bouchons , du bruit ! » . À ceux qui s’imaginent que le bruit n’est pas nocif pour l’audition, il suffit de rappeler que toutes les expériences menées chez les animaux ont montré que l’exposition à des bruits particulièrement forts modifiait les cellules auditives. Précisions : les oreilles, dès qu’elles sont exposées à un son,  perçoivent de minuscules changements de pression. Ce niveau de pression   peut être mesuré et on l’exprime couramment en décibels (dB).

Une question de décibels ?

Un des points positifs de l’enquête a été de souligner que les 2/3 des jeunes sont conscients du seuil de risque pour l’audition :  80dB  . Et ce, même si les ¾ d’entre eux ne savent pas …ce qu’est un décibel ! Il faut dire que la notion est difficile : pour mémoire, l’être humain perçoit les sons à partir de 0 décibel.  Chaque fois que le son augmente de 20 dB, la pression acoustique est multipliée par 10. La pression acoustique d’un avion qui décolle à proximité (120 dB) est 1000 fois supérieure à celle d’une conversation normale (60 dB) … À moins de maîtriser parfaitement la notion d’ échelle logarithmique, on a de ce fait habituellement souvent du mal à se représenter toute la valeur d’ un décibel ! Car à ce compte-là, comme le rappelle le professeur Paul Zylberberg, membre du Comité scientifique des JNA,  « 83 dB, c’est le double d’un son de 80 dB !». Bien sûr, la quantité d’énergie sonore qui atteint le tympan de l’utilisateur du baladeur numérique dépend du type de musique, de la manière dont le son a été enregistré, du format sous lequel il a été sauvegardé, ainsi que des caractéristiques spécifiques du baladeur et des écouteurs utilisés. Et notamment, du volume de sortie du baladeur. Ce dernier est obligatoirement limité en France  par le constructeur à 100 décibels maximum, avec le casque fourni, depuis mai 2007 (arrêté ministériel, renforçant une directive du Code de la santé publique de 2001). Cependant, cette dernière donnée est variable, car, avec un autre modèle de casque par exemple, le niveau peut être réellement plus fort, jusqu’à atteindre environ 120 dB, soit le bruit d’un avion au décollage !

 

Pratiques à risque

L’occasion de souligner que le baladeur numérique, outre le fait qu’il peut être écouté à pleine puissance sans gêner le voisinage  et qu’il diffuse un son compressé, (le « mp3 ») qui élimine certains sons non perçus par l’oreille humaine, ne fait l’objet d’aucune mesure de protection particulière ! Alors que pour un travailleur, une protection auditive est requise dès que l’exposition sonore atteint 80 dB pendant une journée de 8 heures (soit le niveau sonore  d’une personne qui crie ou de la circulation d’une route nationale toute proche…) ! Jusqu’à présent, le monde du travail est le seul à  imposer une  limitation à l’exposition excessive au bruit. Or, saviez-vous qu’une exposition au travail à 80 décibels 8 heures par jour durant équivalait  à écouter un baladeur numérique à 95 décibels  15 minutes par jour ? Sachant qu’une perte auditive à une fréquence donnée n’est pas guérissable,  le mieux reste encore de prévenir ! Aussi, puisqu’en-dessous de  80 dB,  le risque pour l’audition est considéré comme négligeable,   baisser le volume est une mesure tout à fait protectrice (voir encadré) ! Voire même, dans ce contexte, bloquer tout simplement les baladeurs à 80dB ! Par voie réglementaire ! Une utopie ? Peut-être pas.  Le résultat d’un rapport du Comité Scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (CSRSEN), commandé par l’Union Européenne, et paru en septembre 2009,  a évoqué entre 2,5 et 10 millions de jeunes risquant une perte partielle ou totale de l’ouïe, à partir d’une écoute  à plein volume plus d’une demi-heure par jour pendant cinq années. Un chiffre suffisamment alarmant pour qu’à la suite de ce rapport,    la Commission européenne envisage de limiter à 85 décibels le volume sonore des baladeurs numériques … Des campagnes d’information et de sensibilisation devraient aussi se multiplier, telle que celle de l’INPES  (Institut National de Prévention et d’Éducation pour la Santé). Même si l’on peut toujours souligner que  85 dB est plus du double de 80 dB,   c’est déjà un moindre mal ! Reste à voir si la Commission parviendra  à cet objectif …avant que des millions de jeunes n’y laissent une partie de leurs oreilles !


 

 


Quelques conseils pour protéger l’audition

– Choisir un bon casque : les petits écouteurs classiques ne protègent pas l’oreille du bruit ambiant (dans les transports par exemple) : il faut augmenter le niveau sonore sans cesse pour entendre correctement la musique. Un casque   cachant entièrement les oreilles isole mieux du bruit ambiant, tout comme les écouteurs intraauriculaires et limite le besoin de pousser le volume à outrance.

 
– Écouter la musique pas trop fort ni trop longtemps :  la dose sans danger, c’est  60 % du volume maximum du baladeur pour une écoute de 30 minutes par jour ! Soit un réglage sur 12 pour une graduation allant jusqu’à 20…

-Éviter les effets de type « loudness » : ceux-ci augmentent les basses fréquences et peuvent être dangereux si le son est trop fort.

– Garder le même niveau sonore au fil du temps.

– Savoir détecter les signes de fatigue : impression d’avoir les oreilles bouchées ?   Bourdonnement ou sifflement ? Stop ! Le phénomène, appelé acouphène,   ne doit pas durer plus de quelques heures, et au pire toute la nuit.

– Savoir faire des pauses : l’accumulation de forts niveaux sonores sur une courte durée est peu recommandable car l’oreille doit se reposer.

– Faire contrôler régulièrement son audition : le numéro Azur 0810200219 est en service toute l’année, à la disposition du public, du lundi au vendredi de 8h à 19h30 pour connaître le lieu le plus proche de son domicile pour bénéficier gratuitement d’un contrôle de son audition. Un plan gouvernemental, lancé début février, prévoit un dépistage systématique pour les jeunes de 16 à 25 ans.

Paru dans Alternative Santé avril 2010

La salud. trucos y consejos para cada dia

La salud. trucos y consejos para cada dia

 

En espagnol

 

  • Broché: 102 pages
  • Editeur : Editorial Hispano Europea, S.A.; Édition : 1 (11 mars 2010)
  • Collection : Guías de la vida ecológica
  • Langue : Espagnol
  • ISBN-10: 8425519241
  • ISBN-13: 978-8425519246
  • 9€

 

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Réchauffement climatique : quels risques pour la santé ?

Le changement climatique entraîne de nombreux risques pour la santé humaine. Une santé d’autant plus menacée que le récent sommet de Copenhague s’est soldé par un échec …cuisant !  

Paru dans Alternative Santé Février 2010

 

Le récent sommet de Copenhague, qui s’est tenu du 8 au 19 décembre dernier,   sous l’égide des Nations-Unies,  était supposé rassembler  par une sorte de «  contrat de confiance » 192 pays autour de la cause climatique. L’enjeu ? Un accord permettant de garantir à la planète un réchauffement inférieur à 2°C d’ici 2050.  Dans les faits, l’accord soumis aux discussions avait été rédigé par une poignée de pays et n’a pu être imposé au reste du monde. Car le sommet de Copenhague n’était pas un G20  et les pays en développement ont clamé haut et fort leur refus d’un   accord reflétant « un processus totalitaire et un manque de respect de la part des pays industrialisés » ! S’il y a un côté rassurant dans cette capacité de refus (non, décidément, tout n’est pas joué d’avance!), l’avenir de la planète reste menacé : car en l’état actuel des choses, l’élévation de la température  devrait avoisiner les 3¨C d’ici 2050.

Des changements climatiques  planétaires

L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), appuyée par les scientifiques du  GIEC  et de la communauté internationale, a plusieurs fois pointé le changement climatique rapide déjà à l’œuvre sur la planète, donnant l’alerté, depuis les années 2000, sur les risques sanitaires associés au changement climatique.  Un changement qui met dors et déjà en péril la santé humaine, en particulier dans les populations les plus pauvres.  Conséquences des modifications de la  production agricole et du cycle de l’eau, la malnutrition  (3,7 millions de morts), les diarrhées ( 2 millions de cas) et  le paludisme (1 million de cas) leur sont habituellement associées. Mais le risque sanitaire associé au réchauffement de la planète ne se cantonne pas aux pays en voie de développement ou à l’hémisphère sud : les conséquences du réchauffement climatique vont concerner tous les pays du monde ! Le changement climatique est déjà à l’œuvre :  rien qu’en France, au cours du siècle dernier, la température s’est réchauffée d’environ 1°C. Ce réchauffement conduit à plus de pluie en hiver, plus de sécheresse en été. C’est déjà le cas aujourd’hui, dans la plupart des régions. En 2050, la température devrait avoir augmenté sur notre territoire d’environ 2°C. Le réchauffement  conduit  à une élévation de température ainsi qu’à des modifications importantes du climat telles que la multiplication   des catastrophes météorologiques  ( pluies torrentielles,   inondations ou ouragans) ou l’augmentation du niveau des mers…

Canicules…

Du côté des conséquences sanitaires, bien sûr quand on pense réchauffement, on pense avant tout canicule. Celle de 2003 s’est soldée en Europe de l’Ouest par   70 000 décès de plus que les précédents étés. Pourquoi tant de morts ? La chaleur, seule, tue-t-elle ? Rappelons que les températures enregistrées n’atteignaient même pas  les températures enregistrées dans le nord de l’ Inde à la même période (47°C) ! La forte proportion de personnes âgées, isolées en période  de vacances… et le manque d’expérience face à une situation climatique inédite en Europe expliquent une bonne partie des choses.    Robert et Maya Kandel (1) complètent « En Europe, les fortes émissions d’oxydes d’azote et de composés organiques volatils – pollutions dues surtout au trafic automobile- ont été transformées en ozone par l’ensoleillement abondant, conséquence du blocage anticyclonique qui a permis la persistance de fortes températures ; et ce gaz toxique a certainement aggravé les risques pour la santé » .  Un cas d’école qui illustre le fait que les effets du réchauffement climatique  dépendent de multiples facteurs de risque, interagissant le plus souvent entre eux dans des enchaînements de cause à effet, ce qui rend  d’autant plus complexes leur analyse et leur prévision.  « Sous l’effet de la chaleur, les maladies infectieuses vont décupler et les pics de pollutions seront plus nombreux augmentant ainsi la mortalité des personnes cardiaques ou ayant des problèmes respiratoires. Enfin, la croissance de la quantité de pollen dans l’air favorisera une recrudescence des allergies. Ces événements engendreront des traumatismes profonds aussi bien sur la santé physique que mentale des individus. » résume l’Association Santé Environnement (ASEF) .  La chaleur par exemple , comme toutes les températures extrêmes , grands froids y compris, est certes associée à un plus grand nombre de décès par maladies cardiaques et respiratoires.  Mais elle rend aussi plus sensible aux  pollens et autres  allergènes aériens, ce qui pourrait aggraver l’asthme qui concerne près de 300 millions de personnes dans le monde… Les maladies liées à la pollution atmosphérique vont donc augmenter : le taux d’allergie en Europe passerait de   20 %  à 50% en 2050 (voire même dès 2015..). , dont  30 à 50% d’ asthmatiques.

…et autres maux…

Associée aux autres événements climatiques attendus (ouragans, inondations, tempêtes), l’élévation de la température pourrait bien conduire nos cours d’eau à abriter des hôtes indésirables, tels que le moustique vecteur du paludisme ou du virus du Chikungunya,  ou encore de virus du Nil occidental. Certaines espèces d’algues et micro-algues pourraient aussi proliférer,  avec des conséquences sanitaires  par l’intermédiaire de cyanotoxines qu’elles peuvent libérer dans le milieu aquatique. Et les bactéries pourraient se faire de plus en plus virulentes. On pense immédiatement à celles qui sont responsables des maladies diarrhéiques,  (choléra,      infections par E. coli et autres gastroentérites,     typhoïde,   maladies virales comme l’hépatite A ou septicémies) …Mais il y a aussi les bactéries du genre Legionella dans les réseaux intérieurs d’eaux froides des  immeubles, qui peuvent se développer au-delà de 25°C. Citons aussi les  infections liées à la bactérie Salmonella , déjà plus fréquentes en été, et d’autant plus susceptibles de se multiplier que les risques de défaillance de la chaîne du froid sont généralement accrus en période de fortes chaleurs ! De même, on redoute le développement de nombreux champignons microscopiques. Sur les matériaux de construction des habitats, où ils entraînent des pathologies irritatives et immunologiques, pouvant être mortelles chez les personnes immunodéprimées ou à risque.  Ou dans les aliments, où ils présentent bien évidemment des risques importants pour la santé humaine. Autre effet collatéral : la modification des écosystèmes suite au réchauffement. Prenons l’exemple de la diminution des zones d’enneigement : elle risque de donner l’espace au développement d’animaux porteurs de virus, comme cela a déjà été constaté en Suède avec des  rongeurs réservoirs de l’hantavirus Puumala… A cet inventaire, il faut bien sûr ajouter   la multiplication des cancers de la peau, lié en partie au fameux  « trou dans la couche d’ozone »   (appauvrissement de l’ozone stratosphérique) qui entraîne une surexposition aux rayons ultraviolets, risquant d’entraîner une augmentation des carcinomes cutanés et mélanomes malins, ( + 5% de    cancers de la peau en Europe !).

L’argument « santé » n’a pas pesé bien lourd dans la balance des négociations sur le climat à Copenhague, même s’il est fait mention d’une détermination à mieux apprécier la dimension humaine du changement climatique, à l’instigation de l’OMS…  Pourtant, qui peut ignorer que la lutte contre le réchauffement climatique est capitale  pour limiter des risques sanitaires inévitable ? En France, la loi 2009-967 du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle Environnement, prévoit un Plan national d’adaptation au changement climatique  en 2011. Lutte contre les inondations, adaptation des zones littorales, évolution des forêts, question de l’eau, adaptation de l’économie au changement climatique font partie des points inscrits au sommaire, à la suite du rapport remis fin novembre par l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC). L’élaboration de ce plan va faire l’objet d’une vaste concertation qui réunira tous les acteurs du Grenelle Environnement.  Officiellement lancée par Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, le mardi 8 décembre 2009, précisément à l’ouverture du Sommet de Copenhague, cette initiative témoigne au moins que le problème est à l’ordre du jour des préoccupations politiques du moment. Reste à voir comment elles aboutiront …et quelle place sera faite aux problèmes de santé. La réponse, en février 2011.

 

(1)  Robert  et Maya Kandel – La catastrophe climatique – Ed.Hachette littératures 238 pages octobre 2009

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS
L’ASEF, fédération nationale d'associations de santé environnement régionales, rassemble depuis 2008 près de 2 500 professionnels de santé en France et a pour mission d’informer le grand public, notamment sur les conséquences du changement climatique.
Association Santé Environnement-  France Europôle de l’Arbois- Avenue Louis Philibert- 13857 Aix-en-Provence Cedex 3 - http://www.asef-asso.fr

 

 

L’open space, un danger pour la santé ?

Le modèle d’aménagement de bureaux en open space est reconnu comme étant l’un des facteurs de risque psychosociaux dans l’entreprise. Quels troubles ? Quelles solutions ?

Aviez-vous remarqué que dans « bureau paysager », il y avait le mot paysage ? Un rappel qu’à l’origine, le concept de l’open space, inventé en 1957 par les frères Schnelle, d’un cabinet de consultants allemands spécialisé en organisation, se fondait sur la présence de plantes vertes ! « Les frères Schnelle avaient imaginé un espace ouvert, généreux, avec un mobilier léger et discret dans une profusion de plantes vertes », rappelle Elisabeth Pélegrin-Genel, architecte   et  psychologue du travail, spécialisée dans les espaces de travail. L’idée, après avoir migré aux Etats–Unis, où elle s’est largement développé, est revenue en Europe, quelque peu déformée… «  Les bureaux paysagers  se sont resserrés (..) et  le paysage s’est réduit à de minables plantes vertes posées sur le coin des tables. » précise Elisabeth Pélegrin-Genel  (1).

Le concept s’est implanté dans de grandes sociétés comme France Telecom, Alcatel ou IBM , sociétés qui ont récemment fait parler d’elles en raison des suicides qui s’y sont déroulés. « Plus de la moitié des aménagements se font en open space, et la tendance s’amplifie », rappelle-t-on chez Actineo, l’Observatoire de la qualité de vie au bureau, une association regroupant les entreprises de l’aménagement de bureau.  Il faut dire que pour un employeur, cet aménagement de bureau a  un intérêt économique évident, tant sur les coûts d’aménagement que sur les coûts de fonctionnement des  postes de travail. Selon Actineo, l’open space permettrait d’économiser de 10 à 40 % de mètres carrés. Mais pour ceux qui y travaillent, c’est une autre affaire, c’est même parfois un enfer !  Bruit,  stress, dépression et  perte de l’intimité  sont le lot commun de ceux qui y travaillent. Certains défenseurs mettent pourtant en avant un esprit collectif et bon enfant…Les médecins du travail constatent d’ailleurs que les jeunes   vivent en général beaucoup mieux cette organisation du travail que les seniors. Mais chez tous, les études montrent une fatigue bien plus grande, liée au stress permanent du bruit mais aussi des va-et-vient  qui empêchent la concentration.


Ambiance « hall de gare »…

« « Dring, c’est la sonnerie insupportable de Gary. « Fais chier ! Il nous a encore laissé son portable allumé. Le mec ringard qui se la joue décalé. » Dix minutes après. Même sonnerie, même musique nasillarde : c’est la messagerie qui rappelle. Jérôme se lève.

– J’en peux plus. Je le coupe, sinon, je vais péter une durite.

– Ouais ! T’as raison, mets-le en veilleuse. Moi, si je le chope, son bidule, je l’éclate contre le mur, ajoute Bruno.

– On va se prendre un thé citron pour sortir de ce brouhaha ? » (2)

C’est sur  un mode quelque peu humoristique que cette description traite d’un vrai problème de l’open space : le bruit.  Vous imaginez passer la journée dans un hall de gare ? C’est pourtant ce que subissent les salariés de certaines centrales téléphoniques par exemple.  Car il ne suffit pas d’installer de petites cloisons pour isoler physiquement chacun dans un box !  À côté des conversations téléphoniques, les sources de bruit sont nombreuses :   des tiroirs qui   grincent ,  des portes de placard   qui claquent  en étant refermées, le cliquetis des imprimantes, le ronronnement des ordinateurs, etc…Faute d’un isolement acoustique adéquat, avec notamment un traitement absorbant des matériaux  du plafond, des planchers et des parois,  boules quiès et   casques audio sont les seules « armes » dont on dispose pour se défendre de  ce premier stress…avec tous les problèmes de communications qui en découlent ! Car l’open space, supposé abolir les murs et faciliter la communication, entraîne une réaction paradoxale : la plupart du temps,  en réaction au bruit,  les salariés ont tendance à « minimiser les échanges », comme    le rappelle à Technologia, le cabinet d’études  en ergonomie du travail qui dans son   rapport sur les suicides survenus chez Renault incrimine l’open space.  « Chacun parle moins fort, réduit ses discussions et est sans cesse en contrôle de lui-même. »…  Le bruit est générateur d’un stress qui demande un effort d’adaptation inconscient et continu dans les open spaces mal isolés sur le plan phonique. Le  cerveau   en finit par être sur-stimulé alors que le corps, lui, bouge de moins en moins puisqu’il n’y a même plus besoin de se déplacer pour aller dans le bureau voisin !  Selon la médecine du travail,  obésité et   dépression sont  d’ailleurs d’autant plus présents chez les salariés travaillant en open space. Des troubles qui compromettent lourdement le seul  avantage  pour la santé qui leur a été reconnu, à savoir…une dynamique positive sur la gestion du stress des plus fragiles ! Une étude de la Harvard Medical School a en effet prouvé que le seul contact visuel avec quelqu’un qui se trouve dans une « dynamique positive » permet de diminuer significativement le niveau d’anxiété d’un collaborateur.

 

 

Près de la fenêtre ou du radiateur..

Tout le monde n’a pas le privilège de pouvoir installer son bureau près des baies vitrées de l’open space : à plus de 6 mètres de là,  l’éclairage naturel qu’elles procurent est considéré comme nul ! L’INRS, Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles, recommande alors un éclairage combinant un éclairage global et des points de lumière individuels, pour éviter les troubles visuels. Autre problème : les sources de chaleurs. Sur un grand plateau, on peut avoir vite très froid pour peu qu’on soit loin  du radiateur… ou dans une zone de forts courants d’air !  Bien sûr, des normes de « confort » existent : l’AFNOR (Agence Française de Normalisation) et l’INRS recommandent,  par exemple, une surface minimale  de 10m2 par occupant (norme NF X 35-102).  Alors que bien souvent les surfaces se cantonnent à la surface occupée par le bureau et l’armoire ! De même, l’INRS préconise  d’éviter des bureaux  de 10 personnes…alors que certains « plateaux » de centrale téléphonique en accueillent des centaines ! Enfin, l’INRS souligne la nécessité pour les salariés de pouvoir s’approprier l’espace ne serait-ce qu’en pouvant décorer soi-même les parois de séparation ou les bureaux. Mais avec la multiplication des temps partiels, et des contrats intérimaires, il est très fréquent que des salariés partagent les mêmes bureaux. Et la logique de certaines entreprises étant que ces salariés fassent « place nette » lorsqu’ils ont fini leur mission, personnaliser son espace de travail devient dans ce contexte particulièrement difficile ! Une illustration que les recommandations de l’INRS   ne sont pas des obligations et qu’il n’y a pas de  législation relative à l’Open Space : tout au plus une reconnaissance qu’il peut être générateur de troubles pour la santé. Ce qui est déjà un début !

(1)  Elisabeth Pélegrin-Genel L’angoisse de la plante verte sur le coin de bureau,  1994, ESF

(2)   Alexandre des Isnards et Thomas Zuber L’open space m’a tuer , 2008, Hachette Littératures   

 

 

Quelques conseils pour mieux vivre l’open space

  • Collez des pastilles pour empêcher les portes de placard ou les tiroirs de claquer

  • Placez les machines type imprimante hors de l’openspace et si ce n’est pas possible, calfeutrez les.

  • Apportez photos ou éléments de personnalisation pour décorer votre espace.

  • Demandez une lampe de bureau en lumière du jour.

  • Demandez la mise à disposition d’ une salle de travail, silencieuse, où   se retirer pour consulter un dossier par exemple.

  • Demandez à votre comité d’entreprise l’installation à la fois  d’endroits ludiques où pouvoir bouger (salle de gym…) et  d’endroits de détente où pouvoir déconnecter. Ecouter de la musique est par exemple un moyen très efficace de se relaxer profondément en peu de temps , et encore plus si on peut le faire…dans une chaise longue !

  • Demandez aussi à votre comité d’entreprise une consultation  de Feng-shui pour optimiser la circulation des lieux, voire l’organisation de séances de massage (de plus en plus de prestataires extérieurs  proposent de tels services)

  • Pour tout projet d’aménagement, saisissez votre CHSCT, voire la médecine du travail!

 


Bon à savoir

Le  CHSCT (Comité  d’Hygiène et de Sécurité des Conditions de Travail) de l’entreprise (instance obligatoire de représentants du personnel) a la   possibilité de solliciter une expertise pour motiver son avis préalable à tout projet de réorganisations de postes dans l’entreprise. (article L 4614-12 du code du travail). L’expertise se déroule sur 30 à 45 jours et permet notamment d’évaluer l’impact de la nouvelle organisation sur la sécurité, l’hygiène et les conditions de travail et de préconiser un certain nombre d’améliorations. En matière d’aménagement, tout est passé au crible, de l’ ambiance de travail (bruit, lumière, ventilation…) au plan d’évacuation des personnes, en passant par la surface des bureaux etc.

 

 

 

 

 

Paru dans Alternative Santé janvier 2010

Algues vertes : peut-on prévoir les risques ?

Paru sur le blob, l’extra-média de la Cité des sciences et de l’industrie et du Palais de la découverte le 16/10/2009

Suite à la mort d’un cheval en juillet 2009, le ministère de l’Écologie a demandé à l’Ineris de mesurer sur le terrain les émanations de gaz provenant des dépôts d’algues vertes en décomposition. Ce risque sanitaire nouvellement démontré peut-il être anticipé ?

Retour sur les incidents de l’été 2009

En Bretagne, les algues se ramassent à la tractopelle
C’est grâce à la présence d’une entreprise de ramassage d’algues que le cavalier pris d’un malaise dans les algues a pu être sauvé. © Ifremer

À St-Michel-en-Grève (Côtes-d’Armor), le 28 juillet 2009, le vétérinaire Vincent Petit mène Sir Garett, son cheval, à la bride. À l’embouchure du Roscoat, dans une zone vaseuse, soudain, le cheval s’enlise et meurt en moins d’une minute. Son cavalier, saisi d’un malaise en voulant le tirer d’affaire, est sauvé in extremis par la fourche de levage d’un employé de l’entreprise de ramassage d’algues qui œuvrait sur la plage ce jour-là. Les gendarmes, photos à l’appui, concluent rapidement à une noyade. Mais l’autopsie pratiquée sur le cheval est formelle : le décès est consécutif à un œdème pulmonaire dû à l’inhalation d’hydrogène sulfuré (H2S), un gaz hautement toxique qui bloque la respiration cellulaire et qui est émis par les dépôts d’algues vertes en décomposition.

Dès lors, impossible de nier le danger, comme l’avait toujours fait la préfecture des Côtes-d’Armor, alors que déjà, au même endroit, en 1989, un jogger s’était écroulé, mort. Même sort pour deux chiens, en baie de Saint-Brieuc en 2008. Mais aucune autopsie n’avait pu alors établir la cause des décès. Ces dépôts d’algues sont soupçonnés pourtant depuis longtemps d’être nocifs : l’odeur d’œuf pourri qui s’en dégage signe en effet la présence d’hydrogène sulfuré (H2S). Et les capteurs à H2S s’affolent à leur contact, témoignant de dégagements dépassant les seuils limites admis en milieu professionnel. Pour autant, l’arbitrage de la métrologie restait nécessaire pour déterminer précisément les concentrations d’hydrogène sulfuré que sont susceptibles d’émettre ces dépôts d’algues en décomposition.

Les marées vertes

En Bretagne, les marées vertes sévissent depuis les années 70. Dès les années 1980, l’Institut français pour la recherche et l’exploitation de la mer (Ifremer), puis le Centre d’études et de valorisation des algues (Ceva) leur ont consacré de nombreux travaux de recherche qui ont permis de comprendre et modéliser le phénomène.

Comment a-t-on modélisé les marées vertes ? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer

« Ces éléments ont également permis d’en déterminer la cause : les nitrates excessifs des rivières bretonnes, liés aux engrais azotés et à l’élevage intensif » (1), précise Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer.

Comment a-t-on déterminé que les nitrates étaient la cause des marées vertes ? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer

Les marées vertes n’ont donc plus de secrets depuis longtemps. Tout comme les mécanismes de putréfaction des algues : lorsqu’elles restent trop longtemps sur la plage, les algues sèchent et se couvrent en surface d’une croûte blanche solide sous laquelle la décomposition en milieu anaérobie (sans oxygène) entraîne l’émission de nombreux gaz dont le sulfure d’hydrogène (H2S), un gaz à l’odeur caractéristique d’œuf pourri. Pour l’instant, on ne connaît pas les variations de teneurs en H2S selon que les algues sont en décomposition depuis 6 heures, 24 heures ou 2 jours.

Évaluer les risques : un casse-tête ?

La plage d’Hillion couverte d’algues vertes ©Ifremer
Pourquoi ces dépôts d’algues sont-ils dangereux? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer.

À la suite de la mort du cheval fin juillet, le ministère de l’Écologie a commandé un rapport à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) pour quantifier les émissions de gaz par les algues en décomposition (2). Pourquoi avoir attendu tant de temps alors que depuis toujours riverains et plagistes se plaignent des nuisances olfactives ? « La pestilence signe bien la présence de sulfure d’hydrogène, mais elle n’en prouve pas la toxicité, précise Martine Ramel, de la Direction des risques chroniques à l’Ineris. La sentir serait même paradoxalement plutôt bon signe ! En effet, en présence de teneurs élevées, l’inhalation d’hydrogène sulfuré se traduit par une paralysie des centres nerveux olfactifs et une anesthésie de l’odorat. »

En toxicologie, tout est question de niveau d’exposition. C’est ce qui permet d’évaluer les risques sanitaires de l’exposition à une substance. « Pour le sulfure d’hydrogène, l’H2S, en milieu industriel, chez les employés des raffineries, des stations d’épuration, des entreprises de ramassage d’algues ou de vidange de fosses à lisiers, ces risques sont bien connus, et depuis longtemps », rappelle Martine Ramel.

Mais en milieu ouvert, sur une plage par exemple, la métrologie de l’H2S est un vrai casse-tête. D’abord, l’H2S étant plus dense que l’air, on le trouve très concentré au sol. Il diffuse également dans l’air ambiant, mais à quelles doses ? Et que respire un chien à 10 cm du sol ? Un cheval ? Un enfant ? Un adulte ? De nombreuses variables sont en cause, telles que la santé de la personne (par exemple, l’H2S peut déclencher une crise chez un asthmatique), son activité physique du moment (on inhale plus d’air quand on court), le vent qui souffle sur la plage, le temps d’exposition, la quantité d’algues et depuis quand elles sont en décomposition. Sans compter que la distribution des algues elles-mêmes peut changer d’une marée à l’autre ou au gré des ramassages par les tractopelles.

Rapport tardif

Le terrain de l’accident
C’est dans la zone où un cheval a trouvé la mort le 28 juillet 2009 que l’Ineris a procédé aux mesures d’émission de sulfure d’hydrogène. Plusieurs points de mesure ont été échantillonnés, afin de tenir compte des émissions variables de gaz : dans les sédiments, dans les algues vertes fraîches et près de l’embouchure du cours d’eau, à l’endroit exact de l’accident. © INERIS

« Les mesures ont été faites en posant plusieurs “cloches” [NDLR : des dispositifs métalliques permettant de récupérer un échantillon d’air] à la source, précise Martine Ramel. Il s’agissait non pas de modéliser une exposition en milieu ouvert, mais d’établir que dans la zone où le cheval était mort, il y avait bien possible émission d’un gaz toxique à haute dose. » Bien sûr, les mesures ne modélisent pas les émissions d’H2S de l’ensemble de la zone. Outre la question du nombre de points de prélèvements, se posait la question de la sécurité des intervenants : les zones rocheuses inaccessibles au ramassage des algues ont été exclues des analyses.

Par ailleurs, les conditions n’étaient pas exactement les mêmes le 13 août, jour du prélèvement, que le 28 juillet, pour la simple raison que les tractopelles étaient passées par là peu avant pour enlever les algues. Et puis, pour les algues qui avaient échappé au ramassage, il s’était écoulé quinze jours, elles n’étaient donc plus au même stade de décomposition. Verdict : les concentrations d’hydrogène sulfuré variaient de quelques ppmv (ppmv : partie par million de volume) à… 1 000 ppmv, une concentration rarissime, même sur les sites industriels (hors milieu confiné)… et mortelle à coup sûr en quelques minutes ! En conclusion, l’Ineris recommande d’interdire l’accès à la zone étudiée, ainsi qu’aux zones similaires, dans lesquelles les algues vertes sont sujettes à des phénomènes de fermentation avancée. Zones qu’il reste à identifier.

De nouveaux défis pour les scientifiques ?

Cartographie 2008 des sites concernés par les algues vertes
Cette carte représente les surfaces couvertes par les ulves (algues vertes) cumulées lors des 3 inventaires de surveillance de la saison 2008. L¹ensemble du linéaire côtier est survolé lors des grandes marées à la mi-mai, mi-juillet et mi-septembre. Pour tous les sites présentant des échouages d¹ulves sur sable, les surfaces de dépôt sont mesurées sur les photos aériennes. Les surfaces de dépôts sur les vasières ne sont pas représentées. Certains sites, en particulier sur le littoral sud, comportent une part importante d¹ulves située plus au large et non comptabilisée ici. © CEVA / Ifremer

La cartographie pourrait être un précieux allié pour repérer les zones potentiellement dangereuses. Elle est déjà largement développée dans l’étude des marées vertes depuis plus de vingt ans. Du fait de leur couleur, les scientifiques du Centre d’étude de valorisation des algues (Ceva) observent aisément la croissance des algues en mer, ainsi que leurs échouages, au cours de leurs missions aériennes d’observation à 1000 mètres d’altitude. Leurs photographies, traitées grâce aux derniers logiciels du Système d’information géographique (SIG), sont complétées par des données de terrain (tonnage des algues ramassées, prélèvement d’algues, d’eau de mer, d’eau de rivière) qui permettent d’actualiser des cartes de répartition des sites les plus exposés en Bretagne.

Pourquoi les algues se déposent-elles sur certaines plages plutôt que sur d’autres ? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer

Par ailleurs, le Ceva rend compte depuis longtemps des nuisances fortes engendrées par les dépôts pourrissants, ayant même contribué à la mise en place dès 2005 par la Ddass des Côtes-d’Armor de mesures régulières pour évaluer les nuisances olfactives. La cartographie aérienne a permis de dégrossir les zones les plus exposées aux échouages d’algues, donc les plus à risques de dépôts pourrissants. Mais ne pourrait-elle pas directement localiser les émissions problématiques de sulfure d’hydrogène ? « De nouvelles potentialités pourraient être apportées par des capteurs de type « télédétection » capables de détecter à distance les émanations de H2S ou les lieux de putréfaction intense que l’on sait, par exemple, être généralement associés à des élévations de température. Ces pistes, encore dans le domaine de la recherche, pourraient venir en complément des cartographies déjà en place permettant de localiser les plus gros dépôts », espère Sylvain Ballu, responsable du laboratoire Cartographie et Évaluation des ressources au Ceva. Cette cartographie aérienne pourrait être indicative des zones les plus à risque. Mais elle ne saurait être exhaustive, à moins de multiplier les vols, ce qui coûterait une fortune. Pour l’heure, le Ceva ne compte en effet que sept missions d’observation aérienne en moyenne par an. Comment dès lors garantir ne pas être passé à côté d’un dépôt d’algues fraîchement échoué, que l’on sait se décomposer au bout de deux à trois jours ?

Une mission interministérielle sur les algues vertes

À la suite du rapport de l’Ineris, une mission interministérielle a été lancée le 16 septembre. Elle a pour but de répertorier les lacunes dans les connaissances scientifiques, notamment en matière de risque sanitaire, et d’aboutir, d’ici la fin de l’année, à des mesures pour limiter les marées vertes à l’origine de ces dépôts. Pour les éviter, il faudrait changer radicalement les pratiques agricole. Et attendre, une fois les nouvelles pratiques mises en place, que l’eau des nappes phréatiques se renouvelle.

Les sites les plus fréquemment touchés de 1997 à 2008
Cette carte indique les sites les plus touchés par les échouages d¹ulves (algues vertes) durant la période estivale entre 1997 et 1998. L¹ensemble du linéaire côtier est survolé lors des grandes marées. Les sites sont classés comme touchés à partir du moment où les dépôts sont décelables d’avion et que les contrôles de terrain mettent en évidence des proportions anormales d¹ulves. Certains sites sont de très petite taille et ne correspondent pas à la description classique de « marée verte ». Certains secteurs n¹étaient pas survolés les premières années et sont donc sous comptabilisés. Enfin, certaines vasières ne sont pas représentées ici, alors qu’elles sont systématiquement touchées les dernières années du suivi. © CEVA/IFREMER
Peut-on stopper la prolifération des algues ? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer

Pour l’heure, sur le terrain, outre le ramassage des algues, une surveillance complémentaire semble d’ores et déjà incontournable. Comme le rappelle l’Ineris, l’urgence est à la protection des personnes : outre l’interdiction immédiate des zones dangereuses au public, les personnels chargés du ramassage des algues vertes sur les plages devraient être équipés d’un système de détection portable et, bien sûr, de masque. Autre recommandation de l’Ineris : l’évaluation des risques sur l’ensemble de la filière, du ramassage au traitement des algues vertes.

Actuellement, après ramassage, la majorité des algues sont soit portées directement dans les champs des agriculteurs où elles leur servent d’engrais gratuit, soit retraitées dans des centres de compostage. Ces centres à haut risque d’H2S soulèvent d’ailleurs de nombreuses inquiétudes : en juillet 2009, à la déchetterie de Lantic, la mort au travail d’un employé d’une entreprise de transport d’algues qui n’avait ni masque, ni gants, ni détecteur d’H2S, est soupçonnée d’être liée aux algues, de l’H2S ayant été retrouvé dans son sang (sans que cela ne suffise cependant à prouver quoi que ce soit : une enquête judiciaire est en cours). Les risques sanitaires commencent à être sérieusement pris en considération par les élus locaux. Ainsi la mairesse d’Hillion (Côtes-d’Armor), Yvette Doré, a-t-elle décidé, le 14 octobre 2009, de fermer la déchetterie Bleu-vert, non conforme aux normes et très polluante. Se pose ici la question cruciale de la responsabilité : en la matière, c’est aux élus et non aux scientifiques d’assurer la sécurité des personnes contre des risques naturels connus, susceptibles de survenir sur le territoire de leur commune. Début septembre 2009, trois cents plaintes ont été déposées au tribunal de Guingamp avant d’être centralisées au parquet de Paris contre le préfet des Côtes-d’Armor, notamment pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. À charge peut-être bientôt pour les élus de se former auprès des scientifiques à l’usage des capteurs d’H2S et au port des masques à gaz pour pouvoir identifier croûtes blanches et vasières bouillonnantes…

(1) Menesguen, A – « Les Marées vertes en Bretagne, la responsabilité du nitrate », Éditions Ifremer, juin 2003, 11 pages.

(2) INERIS, « Résultats de mesures ponctuelles des émissions d’hydrogène sulfuré et autres composés gazeux potentiellement toxiques issues de la fermentation d’algues vertes (ulves) » Mesures réalisées le 13 août 2009 à Saint-Michel en Grève, RAPPORT D’ÉTUDE N° DRC-09-1 08407-1 0226A· (19/08/2009)

Liens externes

Le centre hospitalo-universitaire Robert-Debré : L’innovation au service des enfants, des adolescents et des parents

Le centre hospitalo-universitaire Robert-Debré : L'innovation au service des enfants, des adolescents et des parents

Clara Delpas, sous la direction de Christine Girier-Diebolt

Voilà vingt ans naissait le centre hospitalo-universitaire Robert-Debré. Une aventure aussi rare que la naissance d’un hôpital et ses années de jeunesse méritait d’être retracée: c’est l’histoire d’un projet médical ambitieux pour adapter la prise en charge des enfants aux exigences les plus récentes de la pédiatrie moderne, et celle, aussi, d’un haut lieu d’excellence en matière d’enseignement et de recherche. C’est également un projet architectural d’envergure, reconnu comme tel. C’est surtout, de sa création mouvementée à nos jours, une véritable communauté hospitalière, celle d’hommes et de femmes d’exception, qui ont su, quotidiennement, par leur créativité, leur disponibilité et leur amour des enfants, animer cet espace au service des familles, jusqu’à en faire oublier la maladie. C’est enfin, en ce début de xxème siècle, un bel avenir, qui s’annonce riche en projets passionnants pour les enfants, les adolescents et les parents.

Table des matières

LA PREHISTOIRE D’UN HOPITAL
UNE ARCHITECTURE NOVATRICE
UN HOPITAL A LA POINTE DE LA TECHNOLOGIE
UN HOPITAL DE LA MERE ET DE L’ENFANT
LE POLE DE PEDIATRIE AIGUE ET DE MEDECINE INTERNE
LE POLE DE PEDIATRIE SPECIALISEE
LE POLE DE CHIRURGIE
DU DIAGNOSTIQUE AU TRAITEMENT
LE POLE SOCIO-EDUCATIF
LA TRANSVERSALITE

  • Relié: 262 pages
  • Editeur : Le Cherche Midi (1 octobre 2009)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2749114772
  • ISBN-13: 978-2749114774
  • 30€

 

Le commander?

Une rentrée des classes non toxique ?


Vêtements et fournitures scolaires peuvent contenir des substances chimiques. Faute de législation homogène, la vigilance s’impose ! Petit tour d’horizon …

Dans la liste de rentrée des petits écoliers, on comptera de nouvelles  chaussures, cartables, trousses et autres fournitures et de nouveaux vêtements.  Mais des études récentes souligné d’éventuels risques pour la santé dans les vêtements d’enfants. Ce n’est pas vraiment étonnant ni nouveau : la fabrication des vêtements est particulièrement longue et complexe et passe par de nombreuses étapes. Culture des fibres,  filage, coloration, tissage, couture, apprêt (transferts PVC, paillettes)  et finitions (boutons-pressions, fermeture-éclair)  sollicitent pesticides, formaldéhyde (formol), colorants et métaux lourds,  phtalates et nickel. Autant de substances chimiques dont les résidus exposent ceux qui les portent à une exposition plus que rapprochée, car avec la transpiration, ces substances sont même susceptibles d’entrer en contact direct avec la peau.  La preuve ?  En 2007, plusieurs plaintes de parents concernant des vêtements pour enfants, soupçonnés avoir déclenché  eczémas et œdèmes ont été déposées auprès de la Commission de la Sécurité des Consommateurs (CSC) qui a mené son enquête.  Si les tests réalisés n’avaient alors pas permis d’établir de toxicité réelle des  vêtements, une enquête, ils avaient au moins soulevé la question ! Depuis, une enquête de  l’Institut National de la Consommation (INC) (1), a montré que près d’un quart (9 sur 40) des vêtements pour enfants contenaient des phtalates, des substances chimiques hautement préoccupantes.

Des héros dangereux

Les phtalates sont présents dans les encres d’impression à base de PVC qui servent à réaliser les transferts qui décorent les vêtements. Le problème n’est pas neuf : déjà en 2004, un rapport de Greenpeace épinglait les vêtements d’enfants de la marque Disney. Les célèbres héros  ou  logos de la marque – qui font d’ailleurs souvent le seul  attrait de ces vêtements -, comme les autres transferts,  dégagent  au fur et à mesure des lavages et des repassages des taux importants de phtalates. Or ces substances ont des effets qui  commencent à être bien répertoriés chez l’animal (infertilité, réduction du taux de testostérone, malformations de l’appareil reproducteur) et sur les cellules humaines (reprotoxicité).  Au point que certains ont  déjà  été interdits dans les jouets et objets de puériculture par une loi européenne en 2005. Néanmoins, ils ne sont toujours  pas interdits dans les transferts pour vêtements. Même chez Disney !, ont confirmé les experts  de l’INC. Bien sûr, contrairement aux jouets et objets de puériculture susceptibles d’être portés à la bouche, les enfants ne mangent pas leurs héros… mais ne les admirent-ils pas du bout des doigts … qu’ils porteront ensuite  à la bouche ? Il n’y a pour se convaincre de ce risque qu’à voir la trace humide que laisse sur les doigts  le contact avec un  transfert gras et  huileux ! Transfert que l’on ne retrouve pas que sur les vêtements, puisque ces insignes ornent aussi  trousses, cartables, chaussures.…

ENCADRE  Gommes : à ne pas mâchouiller !

 Une étude de l’Agence danoise pour la protection de l’environnement en 2008 a révélé la présence de phtalates dans les fournitures scolaires – notamment les gommes – , et alerté sur le fait que ces gommes peuvent présenter des risques pour la santé, dans le cas où les enfants les sucent et les mâchonnent régulièrement. Les phtalates migrent dans la salive et passent ensuite dans l’organisme, se retrouvant selon l’Agence à des taux dépassant jusqu’à 4 fois les doses journalières admissibles. Si les résultats de cette étude ont été jugés comme exagérés par le Comité scientifique des risques sanitaires et environnementaux (CSRSE) de la Commission européenne, le CSRE contestant notamment l’idée qu’un enfant puisse mâchouiller une gomme une heure par jour…, ils parlent d’eux-mêmes : les fournitures scolaires contiennent bel et bien des substances toxiques !

 

Comment choisir ?

D’autres substances dangereuses peuvent aussi émaner des vêtements et autres accessoires. Comme le PFC, un composé perfluoré, utilisé  pour imperméabiliser de nombreuses surfaces et limiter l’imprégnation des tâches,  le formaldéhyde, classé cancérigène depuis 2006, utilisé pour traiter les fibres textiles, ou  le nickel parfois présent à fortes concentrations dans le métal des boutons-pression et des fermetures-éclair et responsable d’allergies pouvant être sévères. Et bien entendu, les colorants , car les pigments, même « naturels », sont susceptibles de contenir des métaux lourds !  Seule solution pour les éviter : choisir du clair ! Et du labellisé « OekoTex », qui garantit  le respect des normes en matière de résidus de produits chimiques.  Car les risques   sont difficilement  identifiables à la seule lecture de l’étiquette qui  ne détaille souvent pas les traitements chimiques réalisés ou non (même si, depuis la mise en place de la réglementation européenne Reach, le consommateur peut demander au fabriquant si tel ou telle substance est contenue dans le produit…).  La CSC, relayée après par l’INC, préconise d’ailleurs un lavage préalable avant tout première utilisation, seul moyen d’éliminer les résidus chimiques qui se trouvent dans le vêtement !

 

 ENCADRE – Des  vêtements « bio » ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, il n’existe officiellement pas de « vêtement biologique ». Tout au plus est-il certifié « écologique », s’il porte l’écolabel européen (très peu utilisé dans la filière textile).  Les mentions « biologique » « naturel » ou « écologique » sont de la seule responsabilité des fabriquants. À nous de leur faire confiance, sachant qu’un coton  a pu être cultivé de façon biologique (voire même être labellisé « AB » mais que rien ne garantit que son traitement ultérieur soit irréprochable ; ou que des « fibres naturelles » peuvent tout à fait avoir été cultivées  de façon intensive avec des pesticides. Quelques labels, plus rares, comme EKO, Naturtextil, Ecocert, IMO control ou BioRe®  garantissent a priori en plus du caractère biologique et naturel, l’éthique du vêtement.

 

Autre problématique, la provenance. Car certaines substances chimiques peuvent passer impunément les frontières européennes  : on se souvient qu’en 2008, des alertes avaient lancées à propos de fauteuils et de bottes fabriqués en Chine dont les textiles pleins de diméthylfumarate (DMF), pourtant interdit en Europe, avaient déclenché des allergies gravissimes chez plusieurs dizaines de personnes…  En attendant la nécessaire harmonisation des législations, la CSC a , dès sa saisie en 2007, interpellé les pouvoirs publics français pour demander qu’un texte européen interdise certaines substances chimiques dans les vêtements pour enfants. Depuis fin 2008 ce texte supposé garantir plus de sécurité pour les vêtements d’enfants est toujours en attente…mais enfin espéré. Certains fabricants mettent d’ailleurs déjà sur le marché des vêtements décorés garantis sans PVC. On pourrait souhaiter qu’il en soit un jour de même pour les fournitures scolaires !

 

ENCADRE- Une trousse d’écolier non toxique

Crayons et stylos : le bois naturel non teinté et non verni  est préférable à la résine de synthèse. Ne pas mâchouiller le bout des stylos en plastique !

Feutres et marqueurs : les feutres « odorants» contiennent des solvants toxiques ( trichloroéthane, toluène ou xylène). Les choisir …inodores.  Les feutres à base d’eau contiennent des agents de conservation allergènes : à vite reboucher après usage !

Surligneurs : à éviter (contiennent des composés toxiques comme la pyranine,   coumarine ,  xanthène ). Alternative  écologique : de gros crayons gras de couleur.

Effaceurs d’encre : à  éviter   de mettre en bouche pour les humecter même s’ils se dessèchent !

Correcteurs liquides :   à  éviter (contiennent des solvants toxiques, signifiés par la croix orange). Préférer les rubans … ou apprendre à  barrer proprement sa copie !

Gommes :   éviter les gommes souples aromatisées , que  les enfants peuvent être d’autant plus tentés de sucer et d’avaler. Il existe des gommes en caoutchouc naturel (beige).  (voir encadré)

Colles : l’inhalation des résines et solvants (toluène, formaldéhyde, acétone) qu’elles contiennent est dangereuse pour la santé. Préférer les colles en bâtons.

 

 

(1)    Marie RICHEZ , Marc OLIVIER « Des phtalates dans les vêtements d’enfant » – 60 millions de consommateurs, n°435 (février 2009), p. 34-37

 

 

 

Algues vertes : une valorisation industrielle difficile

 

La problématique des pollutions algales a été relancée cet été. Les algues vertes , conséquences du trop grand apport de nitrates d’origine agricole (engrais et lisiers des élevages intensifs), font concurrence aux vacanciers sur les plages après les « marées vertes ». Si elles polluent visuellement et olfactivement les paysages, elles relèvent aussi de la santé publique. Il vient en effet d’être officiellement établi [1] que leur décomposition sur les plages génère des produits toxiques (notamment du sulfure d’hydrogène). Seule solution pour l’instant : les ramasser…et s’en débarrasser !

Retour à l’envoyeur ?

Actuellement, les communes concernées délèguent le ramassage à des entreprises spécialisées qui les apportent ensuite la plupart du temps directement dans les champs des agriculteurs. Cet épandage qui concerne environ 80% des algues ramassées semble satisfaire tout le monde : les agriculteurs qui disposent ainsi d’éléments nutritifs gratuits pour leurs cultures ainsi que les communes et les entreprises pour lesquelles ne se posent pas de problèmes de stockage. Même si l’épandage impose la rotation des parcelles en raison de la salinité des algues et est limité par une directive nitrate (bien difficile à respecter). Les 20% d’algues ramassées restant sont compostés dans des centres spécialisés. Des protocoles particuliers de traitement y ont été mis au point pour tenir compte des problèmes de toxicité[2].Le compost réalisé est ensuite vendu aux agriculteurs légumiers, voire même bradé pour le grand public.Le CEVA (Centre d’Etudes et de Valorisation des Algues) œuvre depuis 1982 pour faire émerger des projets industriels autour de cette matière première gratuite que constituent les algues vertes. Le projet plus abouti, co-breveté par le CEVA et l’Université de Rennes, est un godet biodégradable horticole de tourbe mélangée avec 70% d’algues. Une entreprise pilote assure le ramassage et le transport vers le site de fabrication des godets, qui n’est pas en Bretagne. Mais si on considère que la seule solution réelle au problème des algues est l’élimination pure et simple des nitrates à leur source, comment ne pas voir l’épandage, le compostage ou la mise en godets horticoles autrement que comme un serpent qui se mord la queue ? Toutes ces applications augmentent en effet les apports en matières organiques, qui atteignent déjà des taux records en Bretagne.

Trouver de nouveaux débouchés

D’autres utilisations sont envisageables. Certaines sont connues des décennies, comme la co-méthanisation, qui consiste à mettre les algues en ensilage, avec d’autres apports, afin que du méthane soit émis lors de leur décomposition. En Bavière, des méthaniseurs de déjectionspeuvent déjà être acquis par les agriculteurs, avec des aides de la commission européenne. En France, certains industriels comme Ledjo énergie en ont également mis au point. Néanmoins, « Tout le monde n’a pas forcément envie d’avoir une usine à gaz dans son jardin ! » rappelle Jean-François Sassi, Directeur de Recherche au CEVA. D’autres utilisations semblent assez simples à mettre en œuvre, comme la fabrication de pâte à papier, à l’exemple de Venise en Italie qui a ainsi trouvé le moyen d’éliminer les algues qui envahissaient sa lagune avec là encore le soutien des fonds de la commission européenne. Mais le CEVA explique qu’en France ce développement reste très limité par…manque d’algues (la papèterie requiert des volumes astronomiques) , justifiant ainsi que les papetiers bretons ne s’y soient pas du tout intéressé …Autre piste, celle des extraits d’algues, qui pourraient être utilisés comme nouveaux ingrédients dans les cosmétiques (agent de texture) ou servir de compléments alimentaires riches en protéines. Dans l’alimentation animale, elles servent déjà à fournir des protéines d’origine marine pour la pisciculture.Pour les autres filières, le CEVA explique que les développements en cosmétique et alimentation humaine restent pour l’instant bloquéspar les nouvelles réglementations en vigueur : Reach qui impose l’homologation des substances chimiques et Novel Food qui si elles ne s’appliquent bien évidemment pas aux algues vertes elles-mêmes,concerneraient les extraits qui pourraient en être tirés. Des coûts d’homologation qui ne pourront bien entendu être supportés par les industriels que s’ils arrivent à se convaincre qu’ils sont sur un marché porteur…

Paru dans Environnement Magazine Hebdo, août 2009


[1]INERIS « Résultats de mesures ponctuelles des émissions d’hydrogène sulfuré et autres composés gazeux potentiellement toxiques issues de la fermentation d’algues vertes (ulves) » août 2009 , téléchargeable sur le site de l’ineris www.ineris.fr

[2]CEVA, Air Breizh, Cemagref, SMITOM Launay-Lantic, Terreau d’Iroise « Etude de gaz émis lors du compostage d’algues vertes ». 2009, téléchargeable sur le site : http://www.airbreizh.asso.fr

 

Pollution minière : le paradoxe bolivien

Paru sur Sciences Actualités  le 05/08/2009

Il est établi que la proximité d’un site minier expose l’environnement et les populations à une contamination par des métaux lourds. Mais en quantifier les effets est un exercice scientifique complexe. Reportage sur les sites miniers boliviens où l’IRD mène actuellement (en 2009 donc) des recherches.

 

 

Perché à plus de 3700 m d’altitude en pleine cordillère des Andes, l’Altiplano (« haut plateau » en espagnol) semble être un modèle idéal pour étudier l’impact sur l’environnement d’une des activités humaines les plus polluantes de la planète : l’exploitation des mines qui y a cours depuis plus de cinq siècles. Les Incas, puis les Espagnols ont puisé dans ces gisements polymétalliques l’or et l’argent qui ont fait la richesse de leur royaume (ici, c’était encore le Pérou, la Bolivie n’existant que depuis le début du XIXe siècle). Aujourd’hui, on y cherche l’étain, le métal de notre modernité, celui des balles des fusils, des boîtes de conserve et de toutes les soudures de la planète…

 

Une pollution vieille de cinq siècles

De ces mines, autour desquelles on a construit d’imposantes cités comme celles de Potosí ou d’Oruro, on a extrait tant d’argent, dit la légende, qu’on aurait pu en faire un pont reliant l’Amérique à l’Europe… voire un deuxième pont, avec tous les os des Indiens et des esclaves africains morts à la tâche. Cette exploitation intensive des hommes et des ressources minières n’est pas sans laisser de traces. Il suffit d’observer les paysages pour constater l’étendue des dégâts. L’objectif du projet pluridisciplinaire ToxBol, mis en place par l’Institut pour la Recherche et le Développement (IRD) en 2007, est de quantifier les effets de la pollution minière sur l’environnement et la santé des populations.

 

À la recherche d’un modèle

Les métaux lourds autour du lac Popoò

 

Les eaux de la région d’Oruro collectent dans leurs sillons tous les déchets miniers avant de se déverser dans le lac Uru-Uru, qui lui-même communique avec le lac Poopó, situé légèrement plus bas. « Le lac Poopó devrait plutôt s’appeler lac Poubelle », ironise Carla Ibáñez, chercheuse bolivienne associée au projet ToxBol. Depuis longtemps, on sait qu’il est contaminé par tous les métaux lourds colportés par les Ríos qui s’y jettent. À commencer par les pêcheurs qui voient parfois des dizaines de pejerreyes, ce poisson fort apprécié des gastronomes, remonter ventre à l’air à la surface du lac ! Le lien avec l’activité minière semble évident, mais il est difficile à quantifier précisément, du fait de la richesse métallifère naturelle de la région. Le lac fournit en tout cas un bon modèle d’étude d’exposition aux métaux lourds.

 

Chaîne alimentaire : la surprise !

Comment un métal lourd devient-il toxique pour les organismes vivants ? (L’exemple du mercure) (audio à retrouver, perdu par universciences)

 

En étudiant les poissons pejerrey (Basilichthys bonariensis) et carache (Orestias agassizii), les scientifiques ont fait une constatation surprenante. Une équipe de l’Université Mayor de San-Andrès, partenaire du projet Toxbol, a trouvé des concentrations de métaux lourds bien plus élevées dans les micro-crustacés des lacs que dans les poissons. Cette découverte est quelque peu inattendue puisque, habituellement, la contamination augmente au fur et à mesure que l’on progresse dans la chaîne alimentaire. Les poissons qui se nourrissent notamment de ces micro-crustacés (Artemia cf. franciscana et Boeckella meteoris) devraient donc être bien plus contaminés qu’ils ne le sont.

Surtout d’ailleurs les poissons du lac Poopò, dont l’eau est salée. En effet, dans un lac d’eau salée, les poissons sont plus petits que leurs congénères d’eau douce, ayant par défaut moins de ressources alimentaires et se nourrissant presque exclusivement de micro-crustacés. Les scientifiques s’attendaient donc à une contamination encore plus forte. Or ce n’est pas le cas, les poissons s’avèrent être, là encore, moins contaminés que prévus. Pendant la saison humide, le taux de métaux lourds que l’on peut doser dans leur tête, dans leur chair ou dans leurs viscères ne semble même pas dépasser les normes limites de consommation.

 

Pourquoi le lac Poopó est-il salé et pas le lac Uru-Uru ?

Vue, dans Google Earth, du relief autour des lacs Uru et Popoò (vidéo à retrouver, perdue par universciences)

Le lac Poopó est situé en contrebas d’Uru-Uru, il est le réceptacle final de toutes les eaux d’Oruro. Les bords du lac Popoò reflètent sa salinité. La configuration géologique particulière de la région – un bassin fermé de type endoréique – y entraîne, par évaporation, la concentration de tous les minéraux. Par assèchement progressif, il est voué à devenir un salar (désert de sel), à l’instar du salar de Uyuni, un peu plus au sud… ou du désert d’Atacama (Chili).

Question de méthode… ou paradoxe scientifique ?

Qu’est-ce qu’un indice d’intégrité biologique ? (audio à retrouver, perdu par universciences)

Les études environnementales menées sur les milieux vivants doivent bien sûr tenir compte des particularités ambiantes, comme le fait qu’il s’agit de poissons spécifiques aux lacs de cette région. Par ailleurs, elles concernent, au-delà de l’étude particulière des poissons, l’effet de la contamination métallique sur l’ensemble du lac. Bien d’autres données sont donc en train d’être recueillies. Les chercheurs de l’IRD travaillent aussi à établir un indice d’intégrité biologique pour, à terme, pouvoir élargir l’étude en comparant les données recueillies ici avec celles d’autres études menées ailleurs.

Toutefois, même s’ils sont en cours d’analyse et doivent donc être interprétés avec beaucoup de prudence, les premiers résultats sont quelque peu surprenants. Et invitent à la recherche d’explications. Pourquoi cette faible contamination des poissons ? Est-ce plutôt lié à un rôle inconnu de la salinité, à la dilution des métaux durant la saison humide (le niveau d’eau du lac étant alors plus élevé) ou au métabolisme physiologique des poissons ? Autre hypothèse envisageable : un effet positif du zinc. « Le zinc est l’un des premiers contaminants que l’on retrouve chez les poissons. Il pourrait modérer l’absorption des autres métaux… », explique François-Marie Gibon, biologiste écologue à l’IRD.

 

Santé humaine : des corrélations délicates à établir

 

Une équipe de géochimistes a dosé les métaux lourds (plomb, arsenic, antimoine, zinc…) dans l’environnement, en particulier sur les lieux d’habitation et dans les écoles, par analyse de l’eau potable et des poussières en suspension dans l’air. Des géographes ont ainsi pu établir des « cartes de vulnérabilité et de risque d’exposition » dans l’ensemble de la ville d’Oruro.

Parallèlement, et toujours dans le cadre du projet ToxBol, une étude de suivi mère-enfant baptisée Mi niño a démarré en 2007 dans deux hôpitaux de la ville d’Oruro, l’Hospital de Segundo Nivel Barrios Mineros et la Policlínica 10 de febrero – Caja Nacional de Salud. 455 femmes ont été suivies durant toute leur grossesse et avec leurs enfants, mois après mois, tout au long de la première année. Des examens biologiques visaient à doser précisément ces métaux lourds dans l’organisme et à en corréler les concentrations retrouvées dans le sang, les urines ou les cheveux avec d’éventuels troubles de santé. Ces liens ne sont pas simples à établir : par exemple, les chercheurs ont constaté que 84 femmes (soient 18,46%) avant d’entrer dans l’étude, avaient eu des avortements spontanés. « Immédiatement, on pense à une forte exposition au plomb. Mais ce n’est apparemment pas le cas ici, puisque les dosages menés sur les lieux d’habitation n’ont pas révélé d’exposition particulièrement alarmante ! », précise Flavia Barbieri, médecin du projet. La cause précise de ces avortements reste donc à trouver.

 

 

La tâche est à Oruro probablement plus délicate qu’au village de Cantumarca, situé juste au pied des  millions de tonnes de déchets des mines de la ville de Potosí. Un village qui modélise à l’inverse une exposition polymétallique massive à l’arsenic, au plomb, au cadmium et à l’antimoine… En mars 2009, un groupe de chercheurs boliviens du SOPE (Société d’écologie de Potosí) a publié ses résultats : les villageois présentent des troubles de santé (principalement conjonctivites, problèmes respiratoires et verrues) dont la fréquence a pu être effectivement corrélée à l’importance de l’exposition, mesurée par des relevés d’échantillons de poussières dans l’environnement. « L’incidence des verrues palmaires chez les enfants, qui jouent dans les terrils comme dans des bacs à sable, est particulièrement élevée, constate Rosario Tapia Montesinos, biologiste responsable du projet. L’origine en est la forte concentration en arsenic de ces terrils, que l’on sait produire une hyperkératose, à l’origine de tels troubles. »

 

Des facteurs complexes et multiples

Quels sont les examens menés dans le cadre du projet ToxBol? (audio à retrouver, perdu par universciences)

Autre effet possible d’une exposition aux métaux lourds : les troubles de développement de l’enfant. On sait, par exemple, que le plomb est à l’origine du saturnisme. Mais là encore, l’interprétation des données n’est pas évidente. Si l’analyse des courbes de croissance et les tests psychomoteurs fournissent un cadre de référence, comment être sûr que les perturbations observées ne sont pas liées à la malnutrition, très fréquente dans cette région du monde ? Ou aux spécificités biologiques des organismes vivant à de telles altitudes (on sait par exemple que les enfants ont des courbes de croissance dans les limites les plus basses…) ? Enfin, d’autres examens (cultures cellulaires, dosage de cytokines, échographie du thymus à l’âge d’un an, étude cytologique des prélèvements de cellules de la muqueuse buccale chez la mère et l’enfant) visent à évaluer les effets de la pollution minière sur le système immunitaire et sur les risques de cancer. Les données sont encore en train d’être récoltées et ce, jusqu’à la fin 2009, date à laquelle s’achève le projet ToxBol. Pour l’heure, difficile de conclure. Mais l’analyse doit se poursuivre une fois les études sur le terrain achevées. Affaire à suivre, donc.

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