Comment je ressens les négociations du côté des O.N.G.?

mardi 15 décembre 2009

Il semble qu’elles aient compris que Copenhague sera un échec et sont super pessimistes . Pour beaucoup d’entre elles, la seule solution semble être d’amener les citoyens à se mobiliser et à dire qu’ils ne sont pas contents et à faire pression sur leurs dirigeants . Une déléguée des Philippines de la Via Campesina simplifiait en rappelant que certains gouvernements du Sud n’avaient pour intérêt et ambition que de préserver leurs privilèges économiques et se montreraient extrêmement conciliants avec le pays du Nord pour ne pas être très contraignants dans le monde contentant les propositions qu’il savait faire part pour l’accord. C’est-à-dire qu’ils sont prêts à souscrire n’importe quoi et ne partageaient pas l’opinion des populations qui restent vraiment les seuls garants du maintien de leur biodiversité et du maintien de leurs forêts pour la réduction des émissions pour la disparition des industries et des OGM etc. et que leur gouvernement ne les représente absolument pas .

C’est un appel à une solidarité mondiale , que le Nord donne la main au sud. Naomi Klein aux Angry Mermaid Awards dénonçait ce matin le fait qu’ ici il n’y a aucun atelier sur la contribution des industries pétrolières ou de biotechnologies au réchauffement climatique, aucun atelier, comme si on voulait ne fâcher personne, qu’on s’appliquait à rester très politiquement correct… et en terme de négociations surtout ne pas citer des noms surtout pas parler de tout ça oui. Ces industries qui arrivent à tirer parti des désastres écologiques pour se faire leur beurre.

Les Angry Mermaid Awards (les Awards de la petite sirène en colère) récompensaient les industries les plus opposées au processus de Copenhague , Monsanto a été désigné à 37% des 10 000 votants de l’opération, organisée par Attac Danemark, Friends of Earth et autres ONG. D’ailleurs, il ne semble pas qu’une ONG ait plus de poids qu’une autre, bon d’accord, Greenpeace a deux bateaux dans les ports de Copenhague .

En plus, les accréditations sont de plus en plus difficiles à obtenir, ce que certaines O.N.G. dénoncent comme étant une façon de limiter les discussions et surtout la les interruptions éventuelles de la bonne marche des négociations car où il y a des O.N.G. un peu un peu actives elles sont susceptibles d’intervenir et de dénoncer les incohérences, les fausses solutions aussi qui sont proposées et sur que ça perturbe la marche des négociations

le jour de l’humanité?

mardi 15 décembre 2009

Ce matin, je me lève à 6h, faut dire qu’on est 6 dans la chambre maintenant , dont deux ronfleuses symbiotiques, et avec cette soirée agitée, dès que je fermais les yeux je voyais des policiers déguisés en blackblockers partout. Pour arriver avant 9h au Bella Center.

Grande effervescence au Bella Center

Avant d’arriver au bus , je vois une voiture…cassée bizarrement, et une seule. Je prends le métro à Christiania, et bien tout est tranquille, les bicyclettes roulent… La station Bella Center, compte-tenu de la foule…est fermée!! On doit attendre une bonne heure avant d’entrer. C’est là que je rencontre, dans la queue pour rentrer, un membre de la délégation française, chargé de négocier pour la Nouvelle Calédonie, qui je ne savais n’était pas incluse dans le protocole de Kyoto. J’en profite pour lui demander le nombre de délégués français, de 50 à 100 me dit-il. Pour le COP15, tiens au fait, comment cela se passe pour les territoires d’outremer ? Et bien la nouvelle calédonie, de par sa grande biodiversité a été incluse au COP15, mais en fait chaque pays faisait un peu comme il voulait…de ce que j’ai compris. Puis, je pars à la recherche de la session pléinière pour retrouver la délégation bolivienne. Je me trompe de session (…) , quand j’arrive, la session des G77+Chine où siège la Bolivie est déjà terminée. Ils sont venus à 15, les Boliviens ! Et ils s’assoient dans la salle, comme des citoyens normaux. Ils n’ont pas de bureau dans les délégations, comme le Vénézuéla d’ailleurs. Tout ça pour dire que je les cherche…Et comme je ne les trouve pas, je me coltine plein de conférences de presse, Climate Justice Action et Climate Justice Now annoncent une manifestation de Désobéissance civile non violente. La via campesina parle des manifs de demain. Les scientifiques du Copenhague Diagnosis donnent un état alarmant du réchauffement climatique. Le GIEC est déjà vieux! Les dernières données établissent qu’on statue pour un réchauffement climatique de …3,5°C!!! (quand on parle de 2°C, avec les seuils actuellement envisagé, ce ne sera pas atteint) . J’interviewe Corinne Le Quéré pour la radio du coup. Et au final, dans le hall…je tombe sur une partie de la délégation bolivienne…qui a son interprète qui parle anglais et qu’ils ont la gentillesse de chercher pour qu’on fasse un interview. Décidément, je n’arrête pas.

Par pitié, accordez-vous, le monde vous regarde!
Le soir j’assiste à une conférence officielle d’un appel aux consciences Alors qu’on sent bien que les citoyens n’y croient plus vraiment, les dirigeants du monde vont arriver, et il va falloir qu’on arrive à un accord. La conférence qu’ils ont donné, Rasmussen en tête, le premier ministre du pays, montre que les organisateurs aimeraient que tout le monde signe l’accord. On se demande sur quoi ils négocient si l’accord n’a plus qu’à être signé. Rasmussen se veut persuasif, il y va à coup de citations fortes comme « Le courage, c’est de se lever et de parler. Mais c’est aussi de s’asseoir et d’écouter » WC Churchill. Et conclue d’un « Nous devons changer… C’est le message des scientifiques, Nous pouvons changer, c’est le message de la technologie. Nous voulons changer…c’est le message des citoyens »(Comme diraient les tibétains de Climate Justice Now : « Bla bla bla » « Yak Yak Yak »!!!!)

Bank ki moon, le secrétaire général des nations unies, veut « écrire un futur différent… » (mais le futur s’écrit il à l’avance?) Il rappelle que 10 milliards de dollars par an résoudraient tous les problèmes. Lui demande un accord contraignant légalement en 2010. Car « la nature ne négociera pas avec nous » comme certains cherchent à négocier avec le climat.

Connie Hedegaard, la présidente de la COP15 et de la CMP5, nous fait un show digne des charity show à l’américaine, jouant sur la corde sensible de l’humanitaire, avec ces pauvres africains qui meurent de faim…et ses pauvres sur les routes, attendant que leurs leaders se mettent d’accord… »Le mot clé pour les prochains jours : compromis ! car l’échec reste possible. Elle est émue, fatiguée, un brin ébouriffée, est-elle le porte parole de l’humanité toute entière ? Elle semble en avoir marre des mauvaises têtes de cette réunion des parties .

Yvo de Boer, secrétaire exécutif de l’unfcc (a peut-être la gripe a , semble fiévreux et tousse..) , nous la joue un peu sur le même mode, dessins d’enfants à l’appui…

Le prince de galles a rappelé que « le monde entier nous regarde »…

Wangari Matthai Prix Nobel de la paix 2004 a brossé le poil des organisateurs, salué les efforts du gouvernement danois. Elle semble savoir où elle doit se montrer : invitée aux forums des alters, on ne l’a guère vue! Elle doit avoir ses raisons…

Je passe beaucoup de temps à écrire, hein ? J’ai l’impression de ne plus faire que ça… Cet après midi par exemple…Bon, d’accord, j’avais du temps à rattraper… bon, allez c’est tout pour aujourd’hui, je viens d’apprendre que Tadzio Mueller, un des leaders De CJA-CJN a été arrêté. La police a envie d’énerver on dirait.

Jour 5

Lundi 15 décembre 2009

Lundi matin , départ pour la Suède rencontrer Lari Pitkä-Kangas, le député maire vert de Mallmø avec Fatima Allaoui, la représentante des verts du Maroc. Mallmø est à peine à 45mn de Copenhague. L’occasion de prendre ce pont de plus de 8km si impressionnant qui relie le Danmark à la Suède. Dans cette ville il y fait encore plus froid, des flocons de neige sont en suspension dans l’air… et nous arrivons , sans rendez vous précis de fixé et un peu à l’improviste semble-t-il, je ne suis pas annoncée… Nous nous promenons dans les rues …froides et étranges. Où les supermarchés ressemblent à des monuments… étonnant, non? Ensuite, nous sommes reçues, et nous discutons un peu, je fais la photo de Fatima avec Lari Pitkä-Kangas.
Fatima a l’art de se faire des entrées partout et adore se faire prendre en photo à côté de « célébrités » avec lesquelles elle semble très copine …je l’aide à compléter sa collection en la photographiant avec José Bové, Elizabeth May, etc…
Je parle du nucléaire en Suède, de l’initiative de Mallmø de fermer la centrale nucléaire de Barsebaäck et la laisser refroidir d’abord parce qu’ en fait quand on ferme une centrale il faut attendre 15 ans que le coeur du réacteur refroidisse pour la démonter et encore il paraît que ça n’a encore jamais été fait. En Allemagne un projet de démontage similaire est en cours mais ils sont pas encore désinstallés la centrale. Et puis …que va-t-on construire dessus ?
Le midi, il nous invite à manger… je voudrais faire le direct comme prévu avec la radio et Fatima. Je presse un peu les choses – et il semble que Fatima m’en veut… Bref, pas commode… Du coup, il nous emmène manger des sandwiches ! Il y a son assistante aussi, dont le mari connaît bien le nucléaire et qui va prendre contact pour me donner toutes les infos que je veux. Je sais déjà que 64% de l’électricité suédoise est produite par des centrales nucléaires ! Ecolos les suédois , hein ! Surtout quand ils veulent utiliser la forêt boréale (qu’ils ont allégrement déforestés pour pouvoir s’installer) comme moyen de réduire leurs émissions de CO2 (bah oui, les arbres, ça piège bien le CO2, non ? alors pourquoi on n’en tient pas compte ?). Business as usual !

La police danoise et la prison du Klima

Bref, on repart, et décidément j’ai de la chance aujourdh’ui, je suis assise …à côté d’un fonctionnaire de police qui parle très bien français et duquel je peux avoir des précisions cinglantes : non, il n’y a pas eu d’émeutes, oui, les policiers ont eu des consignes. Il y a même eu d’installé, sur l’ancienne foire à bestiaux de Valby, la « Klimafängstet », la « prison du Klima » . Du Klimaforum évidemment! … Ici on y enferme les aktivists ! ça désigne à la fois des militants, des casseurs… un peu tout quoi… Une nouvelle loi vient de passer fin novembre, qui autorise les policiers à arrêter n’importe qui et de le mettre dans ce qui , nous dit-il, n’est ni plus ni moins que des cages à bestiaux, pendant 12heures sans autre formalité. De quoi calmer l’engagement… ou émuler la révolution !

La marche des femmes 2010

Lundi après midi , dans la journée toujours au Klima forum , j’ai assisté à une réunion pour la marche des femmes en juin 2010 avec des femmes du monde entier prêtes à se rassembler. La déclaration d’une femme de pêcheur philippin , était si poignante que je ne manque pas au plaisir de la retranscrire depuis mes notes , traduites en français, de ses mots, dits en anglais :

« Je me sens en tant que philippine particulièrement concernée par le réchauffement climatique, nous avons de plus en plus de typhons, et les femmes dont les récoltes ont été détruites par un typhon n’ont pas de quoi racheter des graines l’année suivante. Elles sont dans le cercle vicieux de la pauvreté. Elles expérimentent la faim, l’incapacité d’envoyer leurs enfants à l’école (bien que le gouvernement se targue d’avoir une éducation primaire gratuite) C’est pour cela que nous sommes ici, nous voulons dire aux grandes corporations que le problème du changement climatique n’est posé qu’en terme de « comment en tirer profit ! Les solutions doivent être des 2 côtés. Nous ne pouvons pas continuer à faire confiance à nos gouvernements, ils n’écoutent pas. Ils sont plus préoccupés à maintenir l’agrobuisness, particulièrement responsable. Le changement doit porter sur comment nous consommons, comment nous produisons. Ils pensent que nos ressources sont inépuisables. Je ne sais pas si les femmes peuvent survivre de façon durable quand se posent les problèmes de l’eau, de l’air.

Notre temps est compté- 70 ans environ- Notre environnement devrait avoir une durée de vie plus longue que l’espérance de vie humaine. Nous devons constuire de nouvelles solidarités. Je vois des volontaires, des gens qui ouvrent leurs maisons, nous pouvons amplifier cela et sauver la situation. Si nos voix deviennent plus fortes, ils nous entendront ! Il y a beaucoup de femmes créatives partout dans le monde ! Pour qu’on ait une planète vivante et plus durable ! »

Amparo Miciano (Philippines)

Une soirée un peu chaude à Christiania

Le soir j’ai rencontré Martine et Roch qui sont venus avec la caravane climatique depuis Genève et que j’ai rencontrés au Klimaforum, à la fabrik, au dessus du cinéma. Et ils m’ont invité à Christiania une ville qui a été installé dans les années 70 par des communautés hippies et qui est complètement libre , en autogestion totale . Un lieu un peu de brics et de brocs avec des planches de bois pour faire des maisons et une façon de vivre – réputé pour la drogue en vente libre, juste des drogues douces, l’herbe y est présentée en jolies éprouvettes de chimie ! j’étais invitée à cette fête, donc je m’y rends et, dans la rue, je croise la délégation bolivienne du off !!! Qui me dit qu’ils seront là demain et que je pourrais les interviewer au Bella Center. Vers 22h00 donc, j’arrive et je vois un camion rouge juste à l’entrée de Christiana qui était en feu mais fait un peu bizarre ça venait de l’intérieur du camion comme si on avait allumé le feu depuis l’intérieur dont je me suis dit c’étais que c’était un accident de traveller ou quelque chose comme ça en me disant « mais qui allumerait un feu dans un camion, ça paraît un peu bizarre, non ? » Enfin bon, le service de sécurité me laisse passer, je rentre et cherche la fabrik et le cinéma , à côté du Moonfisher- pour ceux qui connaissent. À peine arrivée, un jeune homme, Andy, arrive, essouflé les yeux rouges disant que les policiers sont entrés et qu’ils ont lancé des gaz lacrymo dans les allées et viennent chercher des blackblocs. Bon, d’accord, ce soir , il y a bien quelques activistes qui préparent quelques événements de protestation d’aujourd’hui mais qui organisaient les choses tout à fait pacifiquement .  Des anarchistes (en blackbloc) auraient lancé des cocktails Molotov sur Christiania. En fait il y a surtout une fête sous le chapiteau qui a rapidement fini parce que ça fait du bruit la police… Certains ont été obligés de se plaquer au sol , voire bien serré par la police pas tendre du tout , on était un peu réfugié dans le cinéma , on pouvait voir depuis le premier étage de nombreux cordons de policiers , je peux pas dire combien y en avaient , qui couraient partout. Il y avait aussi un hélicoptère pas bon pour le bilan CO2, hein. pour éclairer toutes les allées parce que dans Christiania, y a pas de réverbères municipaux…  Vite ça devient une ambiance assez inconfortable qui dure quand même jusqu’à 2h00 du matin . Enfin ça c’est à l’extérieur, parce que dans le dortoir du premier, on discute et on observe ce qui se passe, je rencontre Maxime, de Radio Panic à Bruxelles, qui font un truc vachement bien, à la « là bas si j’y suis » mais podcastable, les témoins de Copenhague sont invités à laisser un message sur le répondeur de la radio, et les messages sont téléchargeables sur leur site (www.deambule.be/cop2009). C’est très sympa, et bien sûr je peux utiliser les mp3 pour les passer sur Radio ici et maintenant. Enfin, à un moment il faut partir pour laisser dormir tout le monde, même si l’ hélicoptère continue de tourner encore après, mais disons que les policiers avaient décidé de se mettre aux points d’ entrées de Christiania et d’empêcher les gens de rentrer. Par contre pouvait sortir qui voulait à condition de faire pâte blanche et par une porte dérobée parce qu’à l’entrée principale ça bastonnait un peu parce qu’ il y avait des jeunes qui étaient là et les policiers aiment pas trop les jeunes , ils ont des jogging , des vestes avec les capuches qu’ils mettent sur la tête parce qu’il fait froid et on peut les comprendre, même moi j’ai un bonnet. Je les ai retrouvé après dans la rue. Et demandé leur témoignage. Je n’étais pas seule : je rencontre un reporter du ..Times, il travaille avec un joli petit carnet de notes et retranscrit fidèlement les propos des gens. Et surtout s’ils avaient vu des violences, personne n’en a vu non plus ! Les blacksblocks ? Euh, la nuit …tous les chats sont gris… Je tombe sur un policier sympathique qui a l’air convaincu « Oui, on est là parce qu’il y a des blacksblocks qui veulent détruire Christiania »…Ah oui ? Mais les blackblocks ne s’attaquent qu’aux symboles du capitalisme, Christiania, village un peu d’utopie anarchiste, serait quand même le dernier endroit qu’ils attaqueraient non ? Il poursuit, le policier (le badge presse, ça aide à faire causer les gens…) : « Ce soir, on a arrêté 150 anarchistes..ouh, ils sont terribles… » Je lui demande : « Mais qu’ont-ils fait ? » Il me dit : »Ils ont lancé des cocktails Molotov et brûlé un camion » . Ah oui…celui que j’ai vu à l’entrée… Les cocktails Molotov ? On les aurait vu et entendu non ? Christiania a beau faire 32 ha, dans le noir, ça flasherait, bizarre, personne n’a rien vu..Dans la rue, pareil, à part ces jeunes qui étaient à la fête, à 2h30 du matin, tout Copenhague dort sur ses deux oreilles… Je prends le métro, qui durant le COP 15 fonctionne 24h/24 ! Ce que je pense mais la ce n’est que mon avis c’est que Christiana et la vie libre autogérée ça arrange pas trop les affaires de la ville… c’est une zone de non-droit comme le rappelait le fonctionnaire de police et puis surtout ce sont 32 ha , on pourrait y faire un joli parc ou un ensemble immobilier. Mais n’imaginons pas qu’une municipalité pourrait profiter d’un tel événement pour fermer définitivement un quartier sujet à caution depuis des années en prétextant que ce sont les émeutes de méchants blacksblocks qui l’ont détruit, non, ce serait vraiment faire du mauvais esprit…En tout cas, je n’ai pas vu de bagarres , aucune bagarre, j’ai vu des policiers très énervés et qui couraient partout – des gazs lacrymogènes .

Jour 4

Dimanche 13 décembre 2009

Après la journée d’hier, on repart aujourd’hui. Une autre de mes voisines de chambrée , Caroline, est étudiante en droit à l’Université de Hambourg, elle travaille sur le droit du climat et a été au Bella Center hier et un peu à la manif.
Ce matin, on fait …touristes. Et avec Ruth.
Et on a de la chance parce qu’il y a un soleil froid mais bien bleu.
On commence par les jolis canaux. pour après prendre un joli bateau jusqu’à la petite sirène quasiment…
Et là , forcément y a foule, c’est une attraction touristique. Bon, je n’irai pas jusqu’à raconter mon histoire personnelle avec la petite sirène, enfin, si allez, je peux : mon arrière-grand père était sculpteur, il s’appelait Bernhard Heising et avait réalisé une sculpture de mon arrière-grand mère, nue (mais sans queue de sirène), et elle est pratiquement dans la même pose que la petite sirène..non mais vraiment. Et comme il est mort de tubercolose en 1903, c’est pas lui qui a copié (la petite sirène date de 1911) Il Il faudra que je la mette en photo sur ce blog.. plus tard…
En attendant, voici celle qui a été sculptée, plus tard donc…
Sur le chemin, bien sûr, on entend quelques hélicoptères dans le ciel . C’est drôle de voir tourner leurs pales, on finit par voir aussi des éoliennes partout !
La police aussi, en ce dimanche, semble goûter aux joies de pouvoir circuler dans les rues de Copenhague en mettant les sirènes à fond et en roulant librement en petits cars bondés. On visite ensuite le musée du design. Hop, on se fait des petites photos comme ça :
et puis on va à Christiana, la fameuse ville libre (mais franchement pas propre). Au point qu’on peut pas faire de photos dedans! (non c’est une blague..) on les comprend quand même, ils vont pas se laisser voir comme des animaux dans un zoo quand même, donnant leurs maisons et leurs bricolages en pature à n’importe quel objectif…Bon, et pis c’est vrai qu’on y vend du shit et de l’herbe dans toutes les allées, bref que c’est un haut lieu de perdition (mais fort sympa au demeurant). Ils hébergent leur propre forum sur le climat d’ailleurs. En ce moment le lieu est hautement touristique, pareil, aucune trace de violence ou de casse, tout semble tranquille et pacifique. En rentrant, je fais halte au FairAir center monté par tktktktk pour les bloggers (après tout, j’en suis aussi une) avec connexions wifis et toute la technologie nécessaire. (zont eu des fonds, tktktkt)… Et je vois la télé danoise, avec des images de policiers à Copenhague en train d’intervenir sur des « aktivists ». En fait des manifestants de « climate justice now » qui ont continué le dimanche à manifester, sans autorisation. D’où la répression. Ils ont été arrêtés (puis pour finir relâchés, a-t-on appris par la suite à l’AG de Climate Justice Now à laquelle j’ai assisté l’après midi au Klimaforum, il y a avait des paysans, des artistes, des ONG qui intervenaient pays après pays, de quoi voyager loin! Le mouvement des sans terre par exemple (50 organisations de pays d’Amazonie) a lu la déclaration de Belem qui dénonce notamment la politique de REDD qui ne distingue pas les monocultivateurs (intensifs, donc) des agriculteurs traditionnels. Comment tous ces peuples pourraient accepter que 25% de la population mondiale détienne 80% des richesses…et produise 75% de la pollution sur la planète!!! Mais bel exemple : en Thaïlande, la forêt est encore là car les villageois veillent!

Après, il y avait l’assemblée des verts internationaux sur l’après Copenhague… avec encore José Bové. Fatima Allaoui intervient pour grosso modo souligner le problème des fonds pour l’Afrique dont on a apparemment du mal à voir la couleur ! (verte pourtant?) Je recroise Eva Quistorp, (autre fondatrice des verts allemands) qui oeuvre maintenant aux mouvements pour les femmes victimes du climat. Nous sympathisons à force, je fais quelques photos avec José Bové! Avec Eva, avec Fatima.

Puis, Fatima m’emmène manger chez des Vegans, qui ont monté une grande tente entre deux squats, on y fait cantine collective, et on laisse ce qu’on veut. Dehors, une association pour la préservation des graines anciennes (et illégales) miquakizai ou quelque chose comme ça , fait des soupes avec rien que des légumes anciens , des graines et des céréales. C’est délicieusement épicé et même principe, on laisse ce qu’on veut. On fait sa vaisselle en partant.

Jour de manif

Dimanche 13 décembre 2009

Aujourd’hui, jour de manif. Je suis au Klimaforum dès 9h, histoire de voire l’ambiance. J’écoute les confs du matin, Vandana Shiva par exemple , qui rassemble toujours des foules autour d’elle. Et puis je pars à la manif, tranquille.
Facile de trouver son chemin, il n’y a qu’à suivre la foule. Effectivement, ça grouille . Je me fais coller un autocollant 350 façon poisson d’avril (350 , c’est pour les 350ppm auquel il faudrait qu’on arrive à limiter la concentration du dioxyde de carbone dans l’atmosphère). Je dis rien, je suis plutôt d’accord, et puis on va pas m’attaquer pour ça, c’est pas trop provoc, non ? Là encore, ça sert d’avoir une accréditation, sur la place du parlement, pile devant le podium, une plateforme de presse m’ouvre tout grand son plateau . J’entre. Je fais des photos plateformiennes (à défaut d’aériennes). Les pancartes portent de jolis slogans à lire. Tout est très bon enfant. tktktktk rappelle les fondements de l’ultimatum climatique. C’est très coloré, il y a de petits hommes bleus et de petits hommes verts. Et des pancartes jaunes et noires plus qu’il n’en faut. Mais faut vraiment être engagé pour porter des pancartes, non ? C’est pas léger et en plus c’est un brin encombrant.
Certains ont fait leurs propres banderoles avec des slogans ,
en français comme : « décolonisons l’imaginaire » , « la planète, tu la respectes ou tu la quittes »
en anglais, comme « don’t nuke the climate » ou « fuck me ! not the planet! ».
Les discours de tous à la tribune appellent à un changement profond du système, une nouvelle façon de penser le monde…ah si tous les gars du monde pouvaient s’donner la main comme il écrivait l’autre… On entend entre autre Rahul Bose, encore Vandana Shiva, Mr Green…
Franchement, ça va changer quoi ? Pessimiste, moi ? allons donc ! L’endroit est sympathique, on y autorise l’expression spontanée dans le cadre bien délimité des banderoles, les velléités de déplacement sont vertement réprimandées par des policiers qui tout de suite vous poussent sans aucune douceur.
Des brutes quoi. Faut dire qu’il y a de quoi s’affoler dans l’instant. 100 000 personnes voire plus , selon tktktktk… Et parmi eux, je vois débouler au départ de la manif une bonne centaine de « djeun’s », tout de noir vêtus, cagoulés avec un foulard devant la bouche. À les écouter parler, ils semblent plutôt germanophones. Ils ont l’air de défiler sous une énigmatique banderole affichant l’inscription  » GOP =  » suivie d’un dessin de « tête de mort » …ils s’énervent déjà après une petite japonaise très chiquement habillée qui tente de les prendre en photo avec son téléphone portable (mais faut dire qu’elle le leur colle presque sous le pif!). Bon, moi je les ai pris, mais j’étais plus loin et plus discrète.
Ce qu’il y a d’étonnant ,c’est que quand je demande aux organisateurs qui c’est, ils me répondent qu’ils n’en savent rien ! Je continue : « mais ce n’est pas interdit de défiler masqué ? j’ai lu les consignes de la police !» Ils reconnaissent que oui, sourient presque en coin sans rien dire. Ces petits hommes noirs ne sont pas du tout bon enfant, ils ont l’air plutôt méchants .
Le cortège met un temps fou avant de démarrer, ce qui me laisse tout loisir de ballade. Je suis de loin ces types cagoulés qu’on laisse défiler sans rien dire. Très vite, à un croisement, alors que je les voie en train de passer devant les forces de l’ordre, ils semblent jeter dessus des sortes de gros pétard qui font détaler les flics dans les allées. Je vois un peu de fumée même. À la deuxième sérénade de ce genre, on est en train de passer le pont, près du quartier de Christiana . C’est alors que je vois trois types en noir débouler de la foule des hommes noirs, passer sur le quai, et vêtir des doudounes, qu’ils avaient planquées au pied d’un réverbère, puis deux d’entre eux encadrent le troisième , avec des matraques qu’ils ont attrapées au passage, comme s’ils venaient de l’arrêter. La scène me laisse un étrange goût de comédie. Bien sûr qu’il peut s’agir de policiers en civil, qui interpellent un épiphénomène (j’ai de ces mots qui me viennent à cette heure…) , mais ça avait l’air d’être tellement joué que moi j’émets quelques doutes. D’autant que les hommes noirs, de toute la manif …je ne les ai jamais revus. C’était peut-être un exemple à l’adresse des manifestants pour leur montrer que la police contrôlait même ceux qui avaient l’air le plus méchant ! En chemin, les politi (policiers) sont d’ailleurs omniprésents, parfois ils déboulent en cordon au pas de charge en bordure de la manifestation, d’autres fois ,c’est juste les camions de police bleus (avec les gyrophares allumés pour faire impression). Une organisation du tonnerre, quand même. Y compris aux abords du Bella Center, sécurisé sur un périmètre d’au moins 500 m par des « deltabloks » des gros blocs en plastique surmontés de grillages inescaladables. Avant le Bella Center, la ligne de metro en trompe plus d’un, et il y a un essaimage naturel qui s’opère, une dispersion qui quand même si je peux me risquer une analyse de mon ressenti et de mon ressenti tout seul évidemment, et bien c’est un peu comme si chacun avait défilé dans son coin, on pourrait presque dire chacun dans son monde . Pas de cohésion réelle… trop cosmopolite… Il y a eu une initiative jolie d’un indianiste allemand, organiser une sweat-lodge à l’abord de trois sculptures géantes qui semblent regarder le Bella Center sans grand espoir qu’il s’y passe quelque chose… J’y pause quelques instants chanter avec eux, mais malgré les tambours, ça fait vraiment trop chant de Noël – et j’aime pas ça- , et puis il fait si froid ! et puis, il reste encore de la route jusqu’au centre même si tout le monde est en train de se barrer…
En arrivant, des cordons de flics derrière la scène, et même de l’autre côté de la petite rivière qui résolument protège encore un peu plus l’accès à cet endroit. Sur l’autre rive, les politi brillent comme des lucioles dans la nuit avec leur gilet jaune réflecteur. Je trouve ça plutôt drôle…
Mais eux ils rigolent pas du tout : je voulais suivre les représentants des peuples autochtones comme le Creel Tom Goldtooth qui avaient entrepris d’aller porter à Yvo de Boer himself, les grandes banderoles sur lesquelles les manifestants avaient laissé un message d’espoir sur l’issue du sommet… Rien à faire, au début les flics me laissent passer, avec mon accréditation pour le Bella Center, mais finalement écoutent une des chefs de tktktkt qui, elle, ne veut pas parce qu’ elle ne m’y a pas autorisée. Quelle conne !Plus flicarde que les flics! Faut le faire! Je fais tout le tour à pied. Et quand j’arrive au bella center, j’ai les pieds froids et les lèvres bleues….Je croise Tom Goldtooth au vestiaire, il est en train de discuter, je n’ose pas demander comment leur manif a été reçu…

Je reste au Bella Center, je pense que je suis increvable…ou que j’ai trop froid et que je ne repartirai qu’une fois un peu réchauffée. Il se passe des choses très drôle du côté des stands, comme la remise des Fossiles of the day… Après cette intense cérémonie, je me dirige vers une session plénière, enfin je vais voir ce qui s’y déroule. On négocie? Pff! Rien du tout! D’abord ça commence avec 3/4 d’heures de retard… Et puis ensuite, c’est juste la lecture des points du texte. En gros « qui ne dit mot consent »… Et les présidents des différents groupes de travail brossent tout le monde dans le sens du poil.

Après je rentre, et c’est très très cool, pas d’émeutes, un calme incroyable. Vraiment je crois que ces journalistes, là , ils racontent n’importe quoi. Je loge en plein centre, je suis passée dans la rue la plus commerçante de la ville (c’est à côté) et franchement, je n’ai pas vu une vitrine cassée, je n’ai rien entendu cette nuit , à croire que les journalistes racontent…vraiment n’importe quoi!!!

Tiens au fait, Tktktkk. C’est loin d’être une association de bricoleurs, ils ont des fonds considérables, à Copenhague un lieu entier leur est dédié, avec beaucoup de matériel technologique, des écrans plats, etc.. D’ailleurs, c’est de là que je blogue… Enfin, moi , ça pose une question qui fait un peu tâche tant dans le sommet des Nations-Unies que pour tktktkt : au fait, combien ça coûte tout ça ? Tout ça pour dire aussi que la nuit d’avant ils ont fait une nouba (on dort juste à côté) avec du bon vieux rock un peu trop fort quand même pour mes oreilles qui les ont entendus entre deux réveils…jusqu’à 4h du mat tout de même !

deuxième Jour

vendredi 11 décembre 2009 –

Il se passe tellement de choses ici, même avant d’arriver dans le centre… des happenings de diverses ONG, beaucoup, beaucoup d’activités…

Une « gouroute » vietmanienne prône le végétarisme, distribue de splendides sacs et un gros livre sur les oiseaux…
Greenpeace offre le café en invitant à la manif de demain…
Une petite animation pour demander à l’Europe de payer sa dette…
Enfin, on va pas y passer la matinée quand même.
Après, franchir toutes les barrières de sécurité. La police limite même le nombre d’entrées, par flots…
On se croirait…dans un aéroport. Décollage imminent (sans trop de CO2 donc, tout a été conçu de façon « durable » (enfin « soutenable »)…
Après les portillons de sécurité, même ambiance, du bruit, plutôt genre hall de gare. Des stands d’ONG, d’associations, de délégations gouvernementales… Des animations…
On traverse ces salles pleines de stand qui nous interpellent sur le climat, forcément. Les coréens me donnent des crayons de couleur éco-conçus. Et partout, de la paperasse, des brochures, des documents…. Après, on peut voir des manifs artistiques, ou bien des conférences de presse (et en profiter pour grignoter un peu, c’est bien pratique quand même) … ou bien assister à des « side events », des conférences d’ONG. On peut aussi assister aux sessions plénières (mais aujourd’hui y en a pas) .

Ici, il y a en gros, et ça doit refléter l’activité du sommet, 1/4 pour les journalistes 1/3 pour les pleinières, 1/4 pour les délégations et le reste pour les événements parallèles et les expositions (ONG, etc…). Normalement, chez les journalistes on est au courant de tout! Alors c’est là que je vais…
Mais il y en a pour des journées à lire tout ce qui est sur les présentoirs…
Et les communiqués de presse, oh y en a bien une dizaine par jours.Je suis allée écouter le président de la COP15 faire son laïus du jour…Yvo de Boer, c’est un drôle. Je veux pas faire ma mauvaise langue mais c’est comme si tout est joué d’avance sur la base du texte qui a été proposé par les danois et qu’on va chercher à faire adopter aux pays émergents. Et puis sur leur financement, trop facile : on puise dans l’aide au développement qui était déjà prévue! Bonne idée, non? Mais bon , je suis loin d’avoir toute la subtilité des négociations mondiales…
En chemin, je rencontre des Népalais qui alertent sur l’Himalaya…Un happening sympathique qui me donne l’occasion de parler avec l’une des instigatrices, du British Council, Amita Tapamagar..
Du coup, c’est un peu dur d’arriver …où? d’ailleurs? Il n’y a pas vraiment d’endroit où aller, c’est un bouillon d’activités..
Vandana Shiva au Klimaforum a dit qu’un accord diplomatique serait un échec à Copenhague. Climat justice now dit qu’il faut maintenant sortir des négociations, que c’est là que serait la victoire…Demain, de 30 à 60 000 personnes sont attendues à côté du Parlement pour rallier, au cours d’une marche festive qui va passer par Christiana, la fameuse île « libre », jusqu’au Bella Center.
Bon quelque part, j’ai de la chance. Sitôt repartie du centre, je tombe sur une de mes voisines de chambre (je rappelle que je loge en auberge de jeunesse dans une chambre de 6), on se présente : c’est Ruth Paulig ! L’une des fondatrices du parti des verts en Allemagne à la fin des années 70. 30 ans de politique, 18 ans de Parlement, autant dire que c’est une figure des verts. Et, vous allez pas me croire, elle me propose de l’accompagner à une réception de la Heinrich Böll fundation dont elle est représentante. Il devrait y avoir José Bové. Non seulement on y mange très bien, mais en plus je rencontre les verts allemands, comme Claudia Roth, qui fait partie de la délégation allemande , Eva et bien sûr José Bové, comme c’était attendu .
J’en profite pour l’interviewer entre deux verres, parfois c’est le meilleur endroit non ?
De fil en aiguille, je rencontre Fatima Allaoui, que j’interviewe aussi . Elle s’occupe d’une université africaine, et il y a aussi un représentant du Rwanda dont elle s’occupe.
On file tous au Klimaforum, où il y a un concert d’Ojos de Brujos. On arrive un peu tard, les pompiers ne veulent laisser entrer personne, et y en a du monde…
Finalement, j’use de mon badge de presse (ben oui, desfois on peut en profiter, non ?) pour rentrer avec les pompiers, et après me faufiler dans la salle…
Et alors bonne surprise, je fais quelques belles photos floues avec de la lumière qui bouge comme j’aime!

premier Jour

Jeudi 10 décembre 2009 – Ca y est, arrivée… voyage en car un peu long mais j’ai bien dormi, faut dire que j’ai la chance de pouvoir écraser dès que je suis posée dans un truc à moteur.
Traversée du ferry au matin. Pas d’incidents, sauf les flics à la frontière qui ont fouillé tout le monde en règle (dans le car il n’y avait que des gens pour la manif de samedi, notamment un de ces troupeaux de Dublinois), bagages y compris.
Autres incidents qui débordent un peu du sujet : le surbooking, heureusement que je suis montée à Paris, trois personnes au moins se sont fait jeter à Bruxelles, alors qu’elles avaient leurs billets.
Premières impressions du Danemark :
des plaines vertes avec des mouettes aux ailes blanches,
des éoliennes avec des pales blanches,
et des moulins avec des pales ailées blanches…
……….Joli contraste sur fond de pluie.
Première approche, le Klimaforum 09, on pourrait dire le « off » du sommet de l’ONU,que de l’altermondialiste…
Mais sitôt arrivée, sitôt repartie pour chopper l’accréditation au Bella Center, même pas de monde, j’ai mon pass, ma carte de transport, et suis en salle de presse, qui ressemble à un hall de gare (mais tout le monde est étonnemment sage. Chacun a son ordi, son ethernet, ils écrivent ou ils montent).
Les coulisses du sommet, c’est pas du tout l’effervescence. Peut-être plus du côté des « bunkers » de la BBC et de l’AFP…
c’est peut-être parce que c’est la fin de la journée..ou parce qu’il ne se passe rien pour l’instant ici..Ce qu’il y a de sympa, c’est qu’étant connectée, je reçois des news de tout le monde!
J’apprends même que Nicolas joue les petits hommes verts et « s’engage à mort  » pour le climat. dixit Serge Orru, patron du WWF.
Euh…Pour le climat, c’est marche ou crève? vraiment? Bon, je me renseigne…

Algues vertes : peut-on prévoir les risques ?

Paru sur le blob, l’extra-média de la Cité des sciences et de l’industrie et du Palais de la découverte le 16/10/2009

Suite à la mort d’un cheval en juillet 2009, le ministère de l’Écologie a demandé à l’Ineris de mesurer sur le terrain les émanations de gaz provenant des dépôts d’algues vertes en décomposition. Ce risque sanitaire nouvellement démontré peut-il être anticipé ?

Retour sur les incidents de l’été 2009

En Bretagne, les algues se ramassent à la tractopelle
C’est grâce à la présence d’une entreprise de ramassage d’algues que le cavalier pris d’un malaise dans les algues a pu être sauvé. © Ifremer

À St-Michel-en-Grève (Côtes-d’Armor), le 28 juillet 2009, le vétérinaire Vincent Petit mène Sir Garett, son cheval, à la bride. À l’embouchure du Roscoat, dans une zone vaseuse, soudain, le cheval s’enlise et meurt en moins d’une minute. Son cavalier, saisi d’un malaise en voulant le tirer d’affaire, est sauvé in extremis par la fourche de levage d’un employé de l’entreprise de ramassage d’algues qui œuvrait sur la plage ce jour-là. Les gendarmes, photos à l’appui, concluent rapidement à une noyade. Mais l’autopsie pratiquée sur le cheval est formelle : le décès est consécutif à un œdème pulmonaire dû à l’inhalation d’hydrogène sulfuré (H2S), un gaz hautement toxique qui bloque la respiration cellulaire et qui est émis par les dépôts d’algues vertes en décomposition.

Dès lors, impossible de nier le danger, comme l’avait toujours fait la préfecture des Côtes-d’Armor, alors que déjà, au même endroit, en 1989, un jogger s’était écroulé, mort. Même sort pour deux chiens, en baie de Saint-Brieuc en 2008. Mais aucune autopsie n’avait pu alors établir la cause des décès. Ces dépôts d’algues sont soupçonnés pourtant depuis longtemps d’être nocifs : l’odeur d’œuf pourri qui s’en dégage signe en effet la présence d’hydrogène sulfuré (H2S). Et les capteurs à H2S s’affolent à leur contact, témoignant de dégagements dépassant les seuils limites admis en milieu professionnel. Pour autant, l’arbitrage de la métrologie restait nécessaire pour déterminer précisément les concentrations d’hydrogène sulfuré que sont susceptibles d’émettre ces dépôts d’algues en décomposition.

Les marées vertes

En Bretagne, les marées vertes sévissent depuis les années 70. Dès les années 1980, l’Institut français pour la recherche et l’exploitation de la mer (Ifremer), puis le Centre d’études et de valorisation des algues (Ceva) leur ont consacré de nombreux travaux de recherche qui ont permis de comprendre et modéliser le phénomène.

Comment a-t-on modélisé les marées vertes ? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer

« Ces éléments ont également permis d’en déterminer la cause : les nitrates excessifs des rivières bretonnes, liés aux engrais azotés et à l’élevage intensif » (1), précise Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer.

Comment a-t-on déterminé que les nitrates étaient la cause des marées vertes ? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer

Les marées vertes n’ont donc plus de secrets depuis longtemps. Tout comme les mécanismes de putréfaction des algues : lorsqu’elles restent trop longtemps sur la plage, les algues sèchent et se couvrent en surface d’une croûte blanche solide sous laquelle la décomposition en milieu anaérobie (sans oxygène) entraîne l’émission de nombreux gaz dont le sulfure d’hydrogène (H2S), un gaz à l’odeur caractéristique d’œuf pourri. Pour l’instant, on ne connaît pas les variations de teneurs en H2S selon que les algues sont en décomposition depuis 6 heures, 24 heures ou 2 jours.

Évaluer les risques : un casse-tête ?

La plage d’Hillion couverte d’algues vertes ©Ifremer
Pourquoi ces dépôts d’algues sont-ils dangereux? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer.

À la suite de la mort du cheval fin juillet, le ministère de l’Écologie a commandé un rapport à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) pour quantifier les émissions de gaz par les algues en décomposition (2). Pourquoi avoir attendu tant de temps alors que depuis toujours riverains et plagistes se plaignent des nuisances olfactives ? « La pestilence signe bien la présence de sulfure d’hydrogène, mais elle n’en prouve pas la toxicité, précise Martine Ramel, de la Direction des risques chroniques à l’Ineris. La sentir serait même paradoxalement plutôt bon signe ! En effet, en présence de teneurs élevées, l’inhalation d’hydrogène sulfuré se traduit par une paralysie des centres nerveux olfactifs et une anesthésie de l’odorat. »

En toxicologie, tout est question de niveau d’exposition. C’est ce qui permet d’évaluer les risques sanitaires de l’exposition à une substance. « Pour le sulfure d’hydrogène, l’H2S, en milieu industriel, chez les employés des raffineries, des stations d’épuration, des entreprises de ramassage d’algues ou de vidange de fosses à lisiers, ces risques sont bien connus, et depuis longtemps », rappelle Martine Ramel.

Mais en milieu ouvert, sur une plage par exemple, la métrologie de l’H2S est un vrai casse-tête. D’abord, l’H2S étant plus dense que l’air, on le trouve très concentré au sol. Il diffuse également dans l’air ambiant, mais à quelles doses ? Et que respire un chien à 10 cm du sol ? Un cheval ? Un enfant ? Un adulte ? De nombreuses variables sont en cause, telles que la santé de la personne (par exemple, l’H2S peut déclencher une crise chez un asthmatique), son activité physique du moment (on inhale plus d’air quand on court), le vent qui souffle sur la plage, le temps d’exposition, la quantité d’algues et depuis quand elles sont en décomposition. Sans compter que la distribution des algues elles-mêmes peut changer d’une marée à l’autre ou au gré des ramassages par les tractopelles.

Rapport tardif

Le terrain de l’accident
C’est dans la zone où un cheval a trouvé la mort le 28 juillet 2009 que l’Ineris a procédé aux mesures d’émission de sulfure d’hydrogène. Plusieurs points de mesure ont été échantillonnés, afin de tenir compte des émissions variables de gaz : dans les sédiments, dans les algues vertes fraîches et près de l’embouchure du cours d’eau, à l’endroit exact de l’accident. © INERIS

« Les mesures ont été faites en posant plusieurs “cloches” [NDLR : des dispositifs métalliques permettant de récupérer un échantillon d’air] à la source, précise Martine Ramel. Il s’agissait non pas de modéliser une exposition en milieu ouvert, mais d’établir que dans la zone où le cheval était mort, il y avait bien possible émission d’un gaz toxique à haute dose. » Bien sûr, les mesures ne modélisent pas les émissions d’H2S de l’ensemble de la zone. Outre la question du nombre de points de prélèvements, se posait la question de la sécurité des intervenants : les zones rocheuses inaccessibles au ramassage des algues ont été exclues des analyses.

Par ailleurs, les conditions n’étaient pas exactement les mêmes le 13 août, jour du prélèvement, que le 28 juillet, pour la simple raison que les tractopelles étaient passées par là peu avant pour enlever les algues. Et puis, pour les algues qui avaient échappé au ramassage, il s’était écoulé quinze jours, elles n’étaient donc plus au même stade de décomposition. Verdict : les concentrations d’hydrogène sulfuré variaient de quelques ppmv (ppmv : partie par million de volume) à… 1 000 ppmv, une concentration rarissime, même sur les sites industriels (hors milieu confiné)… et mortelle à coup sûr en quelques minutes ! En conclusion, l’Ineris recommande d’interdire l’accès à la zone étudiée, ainsi qu’aux zones similaires, dans lesquelles les algues vertes sont sujettes à des phénomènes de fermentation avancée. Zones qu’il reste à identifier.

De nouveaux défis pour les scientifiques ?

Cartographie 2008 des sites concernés par les algues vertes
Cette carte représente les surfaces couvertes par les ulves (algues vertes) cumulées lors des 3 inventaires de surveillance de la saison 2008. L¹ensemble du linéaire côtier est survolé lors des grandes marées à la mi-mai, mi-juillet et mi-septembre. Pour tous les sites présentant des échouages d¹ulves sur sable, les surfaces de dépôt sont mesurées sur les photos aériennes. Les surfaces de dépôts sur les vasières ne sont pas représentées. Certains sites, en particulier sur le littoral sud, comportent une part importante d¹ulves située plus au large et non comptabilisée ici. © CEVA / Ifremer

La cartographie pourrait être un précieux allié pour repérer les zones potentiellement dangereuses. Elle est déjà largement développée dans l’étude des marées vertes depuis plus de vingt ans. Du fait de leur couleur, les scientifiques du Centre d’étude de valorisation des algues (Ceva) observent aisément la croissance des algues en mer, ainsi que leurs échouages, au cours de leurs missions aériennes d’observation à 1000 mètres d’altitude. Leurs photographies, traitées grâce aux derniers logiciels du Système d’information géographique (SIG), sont complétées par des données de terrain (tonnage des algues ramassées, prélèvement d’algues, d’eau de mer, d’eau de rivière) qui permettent d’actualiser des cartes de répartition des sites les plus exposés en Bretagne.

Pourquoi les algues se déposent-elles sur certaines plages plutôt que sur d’autres ? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer

Par ailleurs, le Ceva rend compte depuis longtemps des nuisances fortes engendrées par les dépôts pourrissants, ayant même contribué à la mise en place dès 2005 par la Ddass des Côtes-d’Armor de mesures régulières pour évaluer les nuisances olfactives. La cartographie aérienne a permis de dégrossir les zones les plus exposées aux échouages d’algues, donc les plus à risques de dépôts pourrissants. Mais ne pourrait-elle pas directement localiser les émissions problématiques de sulfure d’hydrogène ? « De nouvelles potentialités pourraient être apportées par des capteurs de type « télédétection » capables de détecter à distance les émanations de H2S ou les lieux de putréfaction intense que l’on sait, par exemple, être généralement associés à des élévations de température. Ces pistes, encore dans le domaine de la recherche, pourraient venir en complément des cartographies déjà en place permettant de localiser les plus gros dépôts », espère Sylvain Ballu, responsable du laboratoire Cartographie et Évaluation des ressources au Ceva. Cette cartographie aérienne pourrait être indicative des zones les plus à risque. Mais elle ne saurait être exhaustive, à moins de multiplier les vols, ce qui coûterait une fortune. Pour l’heure, le Ceva ne compte en effet que sept missions d’observation aérienne en moyenne par an. Comment dès lors garantir ne pas être passé à côté d’un dépôt d’algues fraîchement échoué, que l’on sait se décomposer au bout de deux à trois jours ?

Une mission interministérielle sur les algues vertes

À la suite du rapport de l’Ineris, une mission interministérielle a été lancée le 16 septembre. Elle a pour but de répertorier les lacunes dans les connaissances scientifiques, notamment en matière de risque sanitaire, et d’aboutir, d’ici la fin de l’année, à des mesures pour limiter les marées vertes à l’origine de ces dépôts. Pour les éviter, il faudrait changer radicalement les pratiques agricole. Et attendre, une fois les nouvelles pratiques mises en place, que l’eau des nappes phréatiques se renouvelle.

Les sites les plus fréquemment touchés de 1997 à 2008
Cette carte indique les sites les plus touchés par les échouages d¹ulves (algues vertes) durant la période estivale entre 1997 et 1998. L¹ensemble du linéaire côtier est survolé lors des grandes marées. Les sites sont classés comme touchés à partir du moment où les dépôts sont décelables d’avion et que les contrôles de terrain mettent en évidence des proportions anormales d¹ulves. Certains sites sont de très petite taille et ne correspondent pas à la description classique de « marée verte ». Certains secteurs n¹étaient pas survolés les premières années et sont donc sous comptabilisés. Enfin, certaines vasières ne sont pas représentées ici, alors qu’elles sont systématiquement touchées les dernières années du suivi. © CEVA/IFREMER
Peut-on stopper la prolifération des algues ? Réponse d’Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer

Pour l’heure, sur le terrain, outre le ramassage des algues, une surveillance complémentaire semble d’ores et déjà incontournable. Comme le rappelle l’Ineris, l’urgence est à la protection des personnes : outre l’interdiction immédiate des zones dangereuses au public, les personnels chargés du ramassage des algues vertes sur les plages devraient être équipés d’un système de détection portable et, bien sûr, de masque. Autre recommandation de l’Ineris : l’évaluation des risques sur l’ensemble de la filière, du ramassage au traitement des algues vertes.

Actuellement, après ramassage, la majorité des algues sont soit portées directement dans les champs des agriculteurs où elles leur servent d’engrais gratuit, soit retraitées dans des centres de compostage. Ces centres à haut risque d’H2S soulèvent d’ailleurs de nombreuses inquiétudes : en juillet 2009, à la déchetterie de Lantic, la mort au travail d’un employé d’une entreprise de transport d’algues qui n’avait ni masque, ni gants, ni détecteur d’H2S, est soupçonnée d’être liée aux algues, de l’H2S ayant été retrouvé dans son sang (sans que cela ne suffise cependant à prouver quoi que ce soit : une enquête judiciaire est en cours). Les risques sanitaires commencent à être sérieusement pris en considération par les élus locaux. Ainsi la mairesse d’Hillion (Côtes-d’Armor), Yvette Doré, a-t-elle décidé, le 14 octobre 2009, de fermer la déchetterie Bleu-vert, non conforme aux normes et très polluante. Se pose ici la question cruciale de la responsabilité : en la matière, c’est aux élus et non aux scientifiques d’assurer la sécurité des personnes contre des risques naturels connus, susceptibles de survenir sur le territoire de leur commune. Début septembre 2009, trois cents plaintes ont été déposées au tribunal de Guingamp avant d’être centralisées au parquet de Paris contre le préfet des Côtes-d’Armor, notamment pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. À charge peut-être bientôt pour les élus de se former auprès des scientifiques à l’usage des capteurs d’H2S et au port des masques à gaz pour pouvoir identifier croûtes blanches et vasières bouillonnantes…

(1) Menesguen, A – « Les Marées vertes en Bretagne, la responsabilité du nitrate », Éditions Ifremer, juin 2003, 11 pages.

(2) INERIS, « Résultats de mesures ponctuelles des émissions d’hydrogène sulfuré et autres composés gazeux potentiellement toxiques issues de la fermentation d’algues vertes (ulves) » Mesures réalisées le 13 août 2009 à Saint-Michel en Grève, RAPPORT D’ÉTUDE N° DRC-09-1 08407-1 0226A· (19/08/2009)

Liens externes

Le centre hospitalo-universitaire Robert-Debré : L’innovation au service des enfants, des adolescents et des parents

Le centre hospitalo-universitaire Robert-Debré : L'innovation au service des enfants, des adolescents et des parents

Clara Delpas, sous la direction de Christine Girier-Diebolt

Voilà vingt ans naissait le centre hospitalo-universitaire Robert-Debré. Une aventure aussi rare que la naissance d’un hôpital et ses années de jeunesse méritait d’être retracée: c’est l’histoire d’un projet médical ambitieux pour adapter la prise en charge des enfants aux exigences les plus récentes de la pédiatrie moderne, et celle, aussi, d’un haut lieu d’excellence en matière d’enseignement et de recherche. C’est également un projet architectural d’envergure, reconnu comme tel. C’est surtout, de sa création mouvementée à nos jours, une véritable communauté hospitalière, celle d’hommes et de femmes d’exception, qui ont su, quotidiennement, par leur créativité, leur disponibilité et leur amour des enfants, animer cet espace au service des familles, jusqu’à en faire oublier la maladie. C’est enfin, en ce début de xxème siècle, un bel avenir, qui s’annonce riche en projets passionnants pour les enfants, les adolescents et les parents.

Table des matières

LA PREHISTOIRE D’UN HOPITAL
UNE ARCHITECTURE NOVATRICE
UN HOPITAL A LA POINTE DE LA TECHNOLOGIE
UN HOPITAL DE LA MERE ET DE L’ENFANT
LE POLE DE PEDIATRIE AIGUE ET DE MEDECINE INTERNE
LE POLE DE PEDIATRIE SPECIALISEE
LE POLE DE CHIRURGIE
DU DIAGNOSTIQUE AU TRAITEMENT
LE POLE SOCIO-EDUCATIF
LA TRANSVERSALITE

  • Relié: 262 pages
  • Editeur : Le Cherche Midi (1 octobre 2009)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2749114772
  • ISBN-13: 978-2749114774
  • 30€

 

Le commander?

Une rentrée des classes non toxique ?


Vêtements et fournitures scolaires peuvent contenir des substances chimiques. Faute de législation homogène, la vigilance s’impose ! Petit tour d’horizon …

Dans la liste de rentrée des petits écoliers, on comptera de nouvelles  chaussures, cartables, trousses et autres fournitures et de nouveaux vêtements.  Mais des études récentes souligné d’éventuels risques pour la santé dans les vêtements d’enfants. Ce n’est pas vraiment étonnant ni nouveau : la fabrication des vêtements est particulièrement longue et complexe et passe par de nombreuses étapes. Culture des fibres,  filage, coloration, tissage, couture, apprêt (transferts PVC, paillettes)  et finitions (boutons-pressions, fermeture-éclair)  sollicitent pesticides, formaldéhyde (formol), colorants et métaux lourds,  phtalates et nickel. Autant de substances chimiques dont les résidus exposent ceux qui les portent à une exposition plus que rapprochée, car avec la transpiration, ces substances sont même susceptibles d’entrer en contact direct avec la peau.  La preuve ?  En 2007, plusieurs plaintes de parents concernant des vêtements pour enfants, soupçonnés avoir déclenché  eczémas et œdèmes ont été déposées auprès de la Commission de la Sécurité des Consommateurs (CSC) qui a mené son enquête.  Si les tests réalisés n’avaient alors pas permis d’établir de toxicité réelle des  vêtements, une enquête, ils avaient au moins soulevé la question ! Depuis, une enquête de  l’Institut National de la Consommation (INC) (1), a montré que près d’un quart (9 sur 40) des vêtements pour enfants contenaient des phtalates, des substances chimiques hautement préoccupantes.

Des héros dangereux

Les phtalates sont présents dans les encres d’impression à base de PVC qui servent à réaliser les transferts qui décorent les vêtements. Le problème n’est pas neuf : déjà en 2004, un rapport de Greenpeace épinglait les vêtements d’enfants de la marque Disney. Les célèbres héros  ou  logos de la marque – qui font d’ailleurs souvent le seul  attrait de ces vêtements -, comme les autres transferts,  dégagent  au fur et à mesure des lavages et des repassages des taux importants de phtalates. Or ces substances ont des effets qui  commencent à être bien répertoriés chez l’animal (infertilité, réduction du taux de testostérone, malformations de l’appareil reproducteur) et sur les cellules humaines (reprotoxicité).  Au point que certains ont  déjà  été interdits dans les jouets et objets de puériculture par une loi européenne en 2005. Néanmoins, ils ne sont toujours  pas interdits dans les transferts pour vêtements. Même chez Disney !, ont confirmé les experts  de l’INC. Bien sûr, contrairement aux jouets et objets de puériculture susceptibles d’être portés à la bouche, les enfants ne mangent pas leurs héros… mais ne les admirent-ils pas du bout des doigts … qu’ils porteront ensuite  à la bouche ? Il n’y a pour se convaincre de ce risque qu’à voir la trace humide que laisse sur les doigts  le contact avec un  transfert gras et  huileux ! Transfert que l’on ne retrouve pas que sur les vêtements, puisque ces insignes ornent aussi  trousses, cartables, chaussures.…

ENCADRE  Gommes : à ne pas mâchouiller !

 Une étude de l’Agence danoise pour la protection de l’environnement en 2008 a révélé la présence de phtalates dans les fournitures scolaires – notamment les gommes – , et alerté sur le fait que ces gommes peuvent présenter des risques pour la santé, dans le cas où les enfants les sucent et les mâchonnent régulièrement. Les phtalates migrent dans la salive et passent ensuite dans l’organisme, se retrouvant selon l’Agence à des taux dépassant jusqu’à 4 fois les doses journalières admissibles. Si les résultats de cette étude ont été jugés comme exagérés par le Comité scientifique des risques sanitaires et environnementaux (CSRSE) de la Commission européenne, le CSRE contestant notamment l’idée qu’un enfant puisse mâchouiller une gomme une heure par jour…, ils parlent d’eux-mêmes : les fournitures scolaires contiennent bel et bien des substances toxiques !

 

Comment choisir ?

D’autres substances dangereuses peuvent aussi émaner des vêtements et autres accessoires. Comme le PFC, un composé perfluoré, utilisé  pour imperméabiliser de nombreuses surfaces et limiter l’imprégnation des tâches,  le formaldéhyde, classé cancérigène depuis 2006, utilisé pour traiter les fibres textiles, ou  le nickel parfois présent à fortes concentrations dans le métal des boutons-pression et des fermetures-éclair et responsable d’allergies pouvant être sévères. Et bien entendu, les colorants , car les pigments, même « naturels », sont susceptibles de contenir des métaux lourds !  Seule solution pour les éviter : choisir du clair ! Et du labellisé « OekoTex », qui garantit  le respect des normes en matière de résidus de produits chimiques.  Car les risques   sont difficilement  identifiables à la seule lecture de l’étiquette qui  ne détaille souvent pas les traitements chimiques réalisés ou non (même si, depuis la mise en place de la réglementation européenne Reach, le consommateur peut demander au fabriquant si tel ou telle substance est contenue dans le produit…).  La CSC, relayée après par l’INC, préconise d’ailleurs un lavage préalable avant tout première utilisation, seul moyen d’éliminer les résidus chimiques qui se trouvent dans le vêtement !

 

 ENCADRE – Des  vêtements « bio » ?

Aussi bizarre que cela puisse paraître, il n’existe officiellement pas de « vêtement biologique ». Tout au plus est-il certifié « écologique », s’il porte l’écolabel européen (très peu utilisé dans la filière textile).  Les mentions « biologique » « naturel » ou « écologique » sont de la seule responsabilité des fabriquants. À nous de leur faire confiance, sachant qu’un coton  a pu être cultivé de façon biologique (voire même être labellisé « AB » mais que rien ne garantit que son traitement ultérieur soit irréprochable ; ou que des « fibres naturelles » peuvent tout à fait avoir été cultivées  de façon intensive avec des pesticides. Quelques labels, plus rares, comme EKO, Naturtextil, Ecocert, IMO control ou BioRe®  garantissent a priori en plus du caractère biologique et naturel, l’éthique du vêtement.

 

Autre problématique, la provenance. Car certaines substances chimiques peuvent passer impunément les frontières européennes  : on se souvient qu’en 2008, des alertes avaient lancées à propos de fauteuils et de bottes fabriqués en Chine dont les textiles pleins de diméthylfumarate (DMF), pourtant interdit en Europe, avaient déclenché des allergies gravissimes chez plusieurs dizaines de personnes…  En attendant la nécessaire harmonisation des législations, la CSC a , dès sa saisie en 2007, interpellé les pouvoirs publics français pour demander qu’un texte européen interdise certaines substances chimiques dans les vêtements pour enfants. Depuis fin 2008 ce texte supposé garantir plus de sécurité pour les vêtements d’enfants est toujours en attente…mais enfin espéré. Certains fabricants mettent d’ailleurs déjà sur le marché des vêtements décorés garantis sans PVC. On pourrait souhaiter qu’il en soit un jour de même pour les fournitures scolaires !

 

ENCADRE- Une trousse d’écolier non toxique

Crayons et stylos : le bois naturel non teinté et non verni  est préférable à la résine de synthèse. Ne pas mâchouiller le bout des stylos en plastique !

Feutres et marqueurs : les feutres « odorants» contiennent des solvants toxiques ( trichloroéthane, toluène ou xylène). Les choisir …inodores.  Les feutres à base d’eau contiennent des agents de conservation allergènes : à vite reboucher après usage !

Surligneurs : à éviter (contiennent des composés toxiques comme la pyranine,   coumarine ,  xanthène ). Alternative  écologique : de gros crayons gras de couleur.

Effaceurs d’encre : à  éviter   de mettre en bouche pour les humecter même s’ils se dessèchent !

Correcteurs liquides :   à  éviter (contiennent des solvants toxiques, signifiés par la croix orange). Préférer les rubans … ou apprendre à  barrer proprement sa copie !

Gommes :   éviter les gommes souples aromatisées , que  les enfants peuvent être d’autant plus tentés de sucer et d’avaler. Il existe des gommes en caoutchouc naturel (beige).  (voir encadré)

Colles : l’inhalation des résines et solvants (toluène, formaldéhyde, acétone) qu’elles contiennent est dangereuse pour la santé. Préférer les colles en bâtons.

 

 

(1)    Marie RICHEZ , Marc OLIVIER « Des phtalates dans les vêtements d’enfant » – 60 millions de consommateurs, n°435 (février 2009), p. 34-37