Pertes et profit du Paxlovid

Article paru dans Alternative Santé nº 131 février 2024

Pour faire face au Covid, certains médicaments ont été mis au point en un temps record : ainsi du Paxlovid, développé en douze mois par Pfizer sans la validation habituelle par des essais cliniques contrôlés. Lancé sur le marché fin 2021, il a permis à la firme de générer des bénéfices conséquents au prix d’un gaspillage organisé, dont nous avons cherché à connaître les causes… et le coût !

L’histoire de la découverte du Paxlovid démarre le 13 mars 2020 (¹). Les laboratoires Pfizer dans le Massachusetts ferment pour cause de pandémie, et ils renvoient leurs salariés chez eux. Parmi eux, le directeur du département de chimie médicale, Dafydd Owen, est invité à réfléchir aux ressources dont il aurait besoin pour diriger un programme de développement d’un médicament oral pour lutter contre la pandémie émergente.

En 2003, des collègues ont mis au point un antiviral – le PF-00835231 –, capable de bloquer la réplication d’un autre coronavirus, le Sars-CoV1, alors responsable d’une épidémie de Sars. Le développement du médicament avait été stoppé net, n’ayant pu être testé sur les patients car l’épidémie avait brusquement cessé. L’épidémie de Covid-19 due au Sars-CoV2 était une bonne occasion de ressortir la molécule du placard et de l’améliorer. Car le PF-00835231 ne peut être administré que par voie intraveineuse.

Un développement record…

22 juillet 2020. Les chimistes de Pfizer synthétisent pour la première fois le nirmatrelvir (ou PF-07321332). Après avoir montré sa bonne activité antivirale contre le Sars-CoV-2 in vitro, ils le testent chez le rat. Le 1er septembre 2020, les résultats de l’étude pharmacocinétique montrent qu’ils sont sur la bonne voie. Pour fabriquer leur candidat antiviral, l’équipe combine alors le nirmatrelvir avec le ritonavir, un antiviral utilisé pour traiter le VIH et l’hépatite C. Le Paxlovid, combinaison de nirmatrelvir et de ritonavir est né. En à peine un an, le développement du médicament est achevé, essais cliniques sur l’homme compris : un temps record.

Dès novembre 2021, Pfizer annonce que le Paxlovid réduit le risque d’hospitalisation et de décès de 88 % chez les adultes à risque.

Il reçoit aux États-Unis une autorisation d’utilisation d’urgence, le gouvernement américain en commandera 20 millions de doses en 2021-2022. L’Europe suit peu après : la France s’en fait livrer 500 000 doses pour un coût de près de 250 millions d’euros (soit 500 euros le traitement !). En Italie, Espagne et Allemagne, ce sont respectivement 600 000, 344 000 et 1 000 000 de doses qui seront commandées.

… un lancement en demi-teinte

Le médicament est une manne pour Pfizer : sa vente lui permet d’engranger 19 milliards de dollars en 2022, 10,5 milliards en 2023… Mais pour les pays qui ont constitué des stocks d’État, c’est la désillusion : la prescription est terriblement compliquée, devant se faire dans les cinq jours qui suivent les premiers symptômes, ce qui impose un système de tests efficace et opérationnel.

La liste des interactions médicamenteuses est considérable. Par exemple, le Paxlovid ne doit pas être pris avec les statines, traitement de l’hypercholestérolémie. Les effets secondaires nombreux et parfois sévères peuvent imposer un arrêt prématuré du traitement.

Enfin, son efficacité a l’air pour le moins subtile à apprécier : Joe Biden, contractant le Covid au début de l’été 2022, lui fait d’ailleurs une très mauvaise publicité. Traité par le Paxlovid, voilà qu’il est testé quelques jours plus tard à nouveau positif au Covid ! Cet « effet rebond  » est fréquent – même si le médicament semble bloquer la transmission – et la «  pilule miracle  » donne très durablement un goût épouvantable à la nourriture…

Et puis, fin août 2022, une étude israélienne menée sur 109 000 patients (2) montre que le traitement réduit certes les hospitalisations chez les plus de 65 ans, mais une réduction de 75 % (et pas de 88 % comme l’annonçait le laboratoire…). Enfin, chez les personnes âgées de 40 à 65 ans, son administration ne semble être que d’un bénéfice modeste.

Écouler les stocks à tout prix ?

Malgré tout, les autorités sanitaires françaises décident d’encourager sa prescription. Pas seulement chez les patients Covid à risque de plus de 65 ans, mais aussi chez les plus jeunes avec des facteurs de risque. Alors qu’aucune base scientifique ne montre d’intérêt pour cette dernière indication, serait-ce donc pour «  ne pas gâcher  » ? C’est ce qu’on pourrait comprendre en lisant le rapport du groupement scientifique EPI-Phare qui paraît fin novembre 2022 et qui déplore que seules 54 181 doses de Paxlovid aient été administrées au 27 octobre (3) ! Ou encore en écoutant la Pre Brigitte Autran, immunologiste à la tête du Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars), intervenir publiquement (entre autres sur France 2) afin d’encourager les médecins de ville à le prescrire. Elle annonce que les modalités de délivrance vont être facilitées, et que les pharmacies d’officine sont désormais autorisées à «  disposer d’un stock d’avance d’une ou deux boîtes de Paxlovid issues du stock État  » (4).

Mais, à la décharge des autorités sanitaires, le Paxlovid est alors le seul médicament présumé capable de lutter contre le virus, et donc de limiter l’impact sur les structures hospitalières. Il est d’ailleurs inscrit fin 2022 au tableau d’honneur de la revue Prescrire, gage de sérieux s’il en est !

Cette toute nouvelle facilité de délivrance attire les convoitises… notamment de la Chine où démarre tout juste une nouvelle épidémie de Covid – et où viennent d’échouer les négociations avec Pfizer en vue d’obtenir le droit de fabriquer une version générique à moindre coût…

Commence alors un «  trafic inédit  », selon les mots mêmes de l’Union des syndicats des pharmaciens d’officine (USPO) : des pharmaciens français donnent l’alerte sur des ordonnances étrangères rédigées en mandarin, ainsi que sur de fausses prescriptions (avec de faux PCR positifs…) de médecins généralistes, notamment d’Île-de-France, du Grand Est ou de Paca… D’autres pharmaciens semblent participer au trafic, «  écoulant  » des centaines de boîtes de Paxlovid toutes les semaines ! Au point que Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO annonce au Parisien (5), que «  la Direction générale de la santé (DGS) va se saisir de cette affaire de trafic, et les pharmacies vont faire l’objet de contrôles  ».

En Chine, le Paxlovid se monnaye très cher, jusqu’à près de 7 000 dollars (50 000 yuans) la boîte alors qu’en France il est toujours vendu en officine à moins de 4 euros, remboursés à 65 % par la Sécurité sociale… Selon l’enquête aussitôt diligentée par la DGS, près de 3 000 boîtes pourraient avoir ainsi fait l’objet d’un trafic illicite et avoir été frauduleusement envoyées en Asie (6). Nous n’avons malheureusement pas pu obtenir d’éléments supplémentaires de la part des autorités sur cette enquête…

Un médicament très (trop ?) récompensé

En plus de figurer au tableau d’honneur de la revue Prescrire, le Paxlovid a été récompensé fin 2023 par le groupe de presse français Profession Santé – éditeur du Quotidien du Pharmacien et du Quotidien du Médecin – d’un Prix Galien (11), catégorie «  Médicaments utilisés en thérapeutique ambulatoire  », lui offrant par la même occasion une campagne de promotion gratuite auprès de tous les prescripteurs possibles du médicament. Une aubaine pour Pfizer qui, en dépit de ses excellentes ventes de Paxlovid en 2022, déplorait une perte de revenus conséquente sur ses ventes pour l’année 2023, du fait du remboursement des boîtes périmées états-uniennes et d’une épidémie de Covid moins sévère qu’escomptée ! Malgré un piètre lancement et ces problèmes de péremption, le Paxlovid n’est pas tombé aux oubliettes et est même aujourd’hui considéré comme l’un des seuls médicaments efficace contre la Covid-19, reconnu comme évitant hospitalisations et décès, et même prévenir le Covid long. Pfizer a ainsi pu se réjouir en annonçant fin octobre 2024 des ventes de Paxlovid s’élevant à 2,7 milliards de dollars dans le monde (12).

Un gaspillage organisé ?

Le Canard Enchaîné, dans un article paru mi-novembre dernier, avance que « 135 000 boîtes de Paxlovid issues du stock d’État seraient prêtes à partir à la benne…  » [pour cause de péremption des lots] (7). Sans vouloir vexer notre palmipède national, il n’y a plus de stock d’État depuis le 25 février 2024, date à laquelle les dernières boîtes en question ont été détruites. De plus, les chiffres qu’il avance sont manifestement sous-évalués de moitié. Selon ceux de l’Assurance maladie (8), 85 269 boîtes de Paxlovid ont été remboursées en 2022, 126 729 en 2023 et 12 191 en janvier et février 2024. Soit un total de 224 189 boîtes utilisées, sur un stock d’état initial de 500 000. Il y aurait donc eu selon nos calculs plus de 270 000 boîtes jetées à la poubelle ! Correspondant à la modique somme de 135 millions d’euros…

Ce problème de péremption des stocks est loin de n’avoir concerné que la France. Le bureau d’études britannique Airfinity estime que seules 839 999 doses (une dose = un traitement de cinq jours = une boîte) sur les près de 5 millions commandées début 2022 par le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la France avaient été utilisées au 30 novembre 2023. Mais aussi que 1,53 million de boîtes étaient alors déjà périmées. Au total, Airfinity évaluait à 3,1 millions le nombre de boîtes qui seraient périmées à la fin février 2024. Perte sèche pour les États : 2,2 milliards de dollars (9) ! Un coût auquel s’ajoutent les frais de destruction des boîtes. Sur ce point, nous avons demandé des précisions à Cyclamed, l’association chargée par l’État français de cette destruction. Si cette dernière a bien accusé réception de notre demande, elle ne semble pas pressée de nous répondre. À moins que ces données ne soient, comme tant de données intéressant les citoyens, considérées comme «  secret défense  » ?

Certes, on ne savait pas début 2022, date à laquelle les médicaments ont été commandés, comment allait évoluer l’épidémie de Covid. Mais leur date de péremption courte, même étendue de six mois supplémentaires par le laboratoire (10), laissait présager que beaucoup de boîtes seraient perdues.

N’aurait-on pas pu, à l’instar des États-Unis, être assez avisés pour négocier, fin 2023, le retour contre remboursement des boîtes périmées inutilisées ? Au lieu d’être obligés de payer pour les détruire, et permettre au laboratoire de les revendre à la demande… deux fois plus cher ! Car comme partout dans le monde désormais, le traitement se commande directement chez Pfizer. En France, il coûte ainsi autour de 1 000 euros, remboursés à 100 % par l’Assurance maladie : de mars à juin 2024, près de 9 000 boîtes ont été délivrées…(8)

France-Pfizer : le sens des affaires

Dans le cadre de Choose France, programme gouvernemental visant à attirer les investissements industriels en France, Pfizer annonce début 2022 vouloir investir 520 millions d’euros dans des projets faisant progresser les partenariats de Recherche & Développement, les essais cliniques et la production pharmaceutique en France – avec, en particulier, la production de l’un des deux principes actifs du Paxlovid – sur le site industriel d’Axplora de Mourenx (Pyrénées-Atlantiques). Même chose en 2023 et en 2024, avec 500 millions d’euros à chaque fois ! Pfizer devrait donc au total investir plus de 1,5 milliard d’euros en France d’ici à 2028. En mai 2024, plus de 730 millions d’euros avaient déjà été engagés…

Références bibliographiques

7. Ruz-Guindos F et Canard J «  Les recettes des labos pour gonfler le prix des médocs » Le Canard Enchaîné (13/11/2024)

8. Medic’AM : médicaments remboursés par l’Assurance maladie, par type de prescripteur (données interrégimes). Données disponibles sur data.gouv.fr

10. Lettre aux professionnels de santé du 1er mars 2023, uspo.fr

11. Prix Galien France, Communiqué de presse (décembre 2023)

12. « Pfizer CEO defends turnaround strategy as activist pressures management » Reuters, 29/10/2024

 

« The Substance », ou la dualité de la moi-elle

14 décembre 2024 – Un body-horror français? C’est ce qui m’a poussé à aller voir ce film de Coralie Fargeat. À la fois fiction sur le « dur désir de durer » et romance féministe autour de la vengeance d’une femme, « The substance » (en anglais dans le texte) , propose une allégorie de l’elixir de jeunesse et de la fontaine de jouvence, version Doppelgänger . L’histoire, en 3 mots : Elisabeth Sparkle dure depuis trop longtemps , on l’a virée de son émission de télé ; après avoir eu un méga accident de voiture en rentrant chez elle – elle n’arrive même plus à conduire sa vie! – , à l’hosto, un infirmier tâte son dos , mais ce n’est même pas pour la draguer. Il la juge « compatible », il lui dit mystérieusement que « ça a changé sa vie ». L’ex-star rentre chez elle, trouve dans sa poche une clé USB titrée the Substance qui lui parle « d’une meilleure version d’elle-même » qu’elle peut générer grâce à elle. Après quelques hésitations, elle se procure le kit, dans un vieil entrepôt désaffecté , et se l’injecte. Un clone d’elle (en plus jeune donc plus belle) lui sort de l’échine dans une scène digne d’Alien, comme une sorte d’enfant dans le dos? La règle, c’est l’alternance : 7 jours pour la version jeune, 7 jours pour la version vieille. Et il s’agit d’une seule et même personne. Sauf que la version jeune et belle finit par se prendre pour un individu, elle utilise la version veille comme substrat pour se régénérer, et la « pompe » au sens littéral, dans la moelle (la substantifique moelle?) . Quant à la version vieille, celle qui a décidé de l’expérience, elle se trouve à chaque fois qu’elle retrouve son état, comme dépossédée d’elle-même, se sentant remplacée, niée, c’est-à-dire…reléguée au rang où on l’a placée depuis le début ! Son état mental, loin d’évoluer, devient de plus en plus psychopathique. Elle cherche à marquer son territoire, en bouffant n’importe quoi, en faisant n’importe quoi dans son appartement. Au point de devenir de plus en plus haïssable à sa version jeune. Cette dernière devient une rivale qui la met en danger. et la fait vieillir de plus en plus vite. Pourtant, rappelle le mystérieux interlocuteur qui gère le service après-vente de the substance, les « deux sont une », elles sont une seule et même personne. Comme la dualité que nous pouvons porter en chacun de nous, ces deux parties sont cependant rivales et ennemies, jusqu’à s’anéantir l’une et l’autre. La belle ne pouvant pas exister sans la bête. Tandis que la bête , pour pouvoir continuer à vivre, doit accepter de tuer la belle …

Qui est derrrière l’expérience? Une scène nous montre Elisabeth Sparkle prendre un café dans un restau situé non loin du hangar où elle s’approvisionne en kits pour poursuivre l’expérience. Et…son voisin semble être la version vieille de l’infirmier qu’elle avait vu à l’hôpital, son portefeuille tombe, il a une carte d’approvisionnement portant le code 207. Elisabeth a le code 503… on suppose ainsi qu’ils sont plusieurs centaines à prendre la substance …et se sont fait avoir . Car tous se retrouvent confrontés au même problème, se vivant relégués à l’arrière plan par la meilleure version d’eux-mêmes. Mais comment espérer rester intègralement bien avec soi-même quand on ne rêve que d’ être quelqu’un d’autre? The substance questionne aussi l’amour de soi …

2024

Ivry-sur-Sein (p.11) 01/10/2024 Ivry ma ville

Le radon, un polluant invisible souvent sous-estimé 17/10/2024 Alternative Santé

Jouets lumineux, jouets dangereux? 11/10/2024 60 millions de consommateurs (web) et aussi dans le numéro de décembre du magazine, p.31

Du rififi dans les AMM 26/06/2024 Alternative Santé

Covid long : quel bilan quatre ans après ? (p.9) 01/06/2024 Alternative Santé (dossier)

Covid long : un engrenage de causes… et d’effets (p.10-11) 01/06/2024 Alternative Santé (dossier)

Covid long : les remèdes naturels pour soulager (p.12-14) 01/06/2024 Alternative Santé (dossier)

Covid long : une difficile prise en charge (p.15) 01/06/2024 Alternative Santé (dossier)

Une petite partie? (p.30) 01/06/2024  Ivry ma ville

Oser apprendre (p.31) 01/05/2024 Ivry ma ville

Végétaux issus des NGT, enjeux, risques et perspectives (video 180mn) 02/04/2024 Webinaire AJE (Association des Journalistes de l’environnement)

Chaleur Humaine (p.30) 01/04/2024 Ivry ma ville

Yoga au Dojo (p.18) 01/03/2024 Ivry ma ville

La renommée de l’angélique de Niort (p.66-67) 01/02/2024 Plantes et Santé

L’odyssée d’un jeu (p.19) 01/02/2024 Ivry ma ville

 

 

 

 

 

 

 

2023

Pas de pitié pour les pigistes malades!

Inflation Rester bio malgré la crise (p.95)

le 1er novembre 2023 pour 60 millions de consommateurs Hors série PREMIERS PRIX

NB. Les rédactions sont sans pitié pour les pigistes malades…écrit au mois d’août, quand j’avais le covid et que j’étais en burn out, cet article, pourtant réécrit trois fois,  a été pudiquement signé « la rédaction ». Et payé à bas prix. Sympa. Je pourrais aussi mentionner  » Petits prix versus marques nationales le match des produits bruts » (p.42-47)que j’avais commencé à documenter (en particulier la recherche des produits) mais que je n’ai pas pu écrire, pour cause de Covid et de Burn Out (mais non écrit = non travaillé! et donc carrément non payé…)

 

Taï Chi : efficace contre la maladie de Parkinson

Le Taï Chi peut freiner les symptômes et les complications de la maladie de Parkinson pendant plusieurs années, révèle une étude publiée en ligne dans le Journal of Neurology Neurosurgery & Psychiatry, revue affiliée au BMJ (British Medical Journal).

Selon les résultats de l’étude, cette pratique est associée à une progression plus lente de la maladie et à une diminution des doses de médicaments nécessaires au fil du temps.
Deux groupes de patients atteints de la maladie de Parkinson ont été suivis pendant plus de 5 ans, de janvier 2016 à juin 2021 : le premier, de 147 patients, pratiquait le tai-chi deux fois par semaine pendant une heure, en suivant des cours pour améliorer leur technique. L’autre, de 187 patients, continuait de recevoir les soins habituels, mais ne pratiquait pas le tai-chi. Dans le groupe qui pratiquait le Tai chi, la progression de la maladie a été plus lente , la fonction cognitive s’est moins vite détériorée, le sommeil et la qualité de vie se sont continuellement améliorés, il y avait aussi moins de complications (dyskinésie, dystonie,hallucinations, troubles cognitifs légers,syndrome des jambes sans repos) , mais aussi de chutes,   vertiges et   douleurs dorsales.
Il ne s’agit certes que d’une étude d’observation (elle ne permet pas de déduire de liens de cause à effet) mais elle suggère que le Täi chi pourrait être associé à une progression plus lente de la maladie, et même conduire à l’administration de doses plus faibles de médicament…

Source :

Li G, Huang P, Cui S, et al Effect of long-term Tai Chi training on Parkinson’s disease: a 3.5-year follow-up cohort study

Apprendre à gérer l’anxiété, c’est possible !

Rencontre avec Frédéric Fanget

Frédéric Fanget est médecin psychiatre et psychothérapeute. Dans ses ouvrages, il popularise les résultats d’une psychologie scientifique et clinique reconnue valide par les meilleurs experts mondiaux. Le dernier en date, coécrit avec Catherine Meyer et illustré par Pauline Aubry, raconte, en bande dessinée, comment on peut apprendre à gérer son anxiété, sans médicament, grâce aux thérapies comportementales et cognitives (TCC)… Un livre salutaire en ces temps de crise sanitaire et environnementale, où les troubles anxieux explosent !

Frédéric Fanget, Catherine Meyer, Pauline Aubry, Le Club des anxieux qui se soignent, éditions Les Arènes, mars 2023

Le « club des anxieux qui se soignent », titre de votre ouvrage, existe-t-il ?

C’est évidemment une invention pour la BD ! Mais je précise que ce type de club existe, c’est d’ailleurs un lieu idéal pour permettre aux anxieux de se retrouver et d’échanger sur le sujet ! Agoraphobes, paniqueurs, grands ou petit anxieux s’y retrouvent. Ils constatent qu’ils ne sont pas tout seuls et se soignent. L’association Mediagora, présente dans plusieurs grandes villes de la métropole, a été fondée par des personnes souffrant ou ayant souffert d’anxiété. Elle s’adresse à tous les patients francophones via un réseau de correspondants. [Note1]

Que sait-on aujourd’hui des mécanismes en jeu dans l’anxiété ?

Dans l’anxiété, il se passe des choses d’un point de vue biologique au niveau du cerveau. On le sait depuis 30 ans, quand les gens sont dans des états anxieux sévères, la transmission de leur sérotonine est perturbée. La sérotonine, c’est l’hormone de l’émotion. C’est le neuromédiateur qui régule la peur, donc l’anxiété, mais aussi l’humeur dépressive, l’impulsivité, les phénomènes de compulsion… C’est un neuromédiateur central : sans lui, le cerveau ne marche pas bien ! En temps normal, comme tout neuromédiateur, la sérotonine migre le long des neurones, se transmettant de l’un à l’autre en franchissant les synapses, qui sont les espaces entre les terminaisons des neurones… Dans le cerveau d’un anxieux, la sérotonine est capturée, avant d’avoir pu franchir les synapses, par les récepteurs à la sérotonine situés au niveau des terminaisons des neurones présynaptiques : elle ne peut pas se diffuser comme elle le devrait. Cependant, on ne sait toujours pas si c’est une cause ou une conséquence de l’anxiété… Et par ailleurs, il n’y a pas que le biologique, il y a aussi le psychologique ! Je l’ai assez longuement détaillé dans la BD, l’anxiété est une maladie de l’anticipation et de la rumination. L’anxieux pathologique anticipe tout, il envisage tout à l’avance parce qu’il a peur de ne pas contrôler ce qui va lui arriver. Donc il rumine, dans sa tête, ça tourne en boucle parce qu’il a peur de ne pas savoir résoudre les problèmes — probablement au cours de sa vie, cela lui est déjà arrivé et il a perdu confiance en lui et dans ses capacités. Et il développe un deuxième facteur psychologique, qui est la surestimation des dangers. Si vous ne savez pas résoudre les problèmes et que vous avez peur de ne pas faire face aux choses, les choses vont vous faire de plus en plus peur…

Mais comme vous l’expliquez dans votre livre, l’anxiété est aussi une émotion normale, que tout un chacun éprouve face aux stresseurs … Quand est-elle considérée comme pathologique  ?

L’anxiété fait partie de la vie, et c’est aussi un moteur. À condition de pouvoir l’apprivoiser et de pouvoir supporter une petite dose d’angoisse. Lorsque l’anxiété dure au-delà de 50 minutes par jour et qu’elle est intense, il y a un envahissement cognitif, avec des pensées négatives qui vont agir sur notre corps. C’est psychique et somatique. Elle s’accompagne d’une gêne fonctionnelle majeure (vous ne pouvez plus travailler, vous êtes incapable de vous déplacer normalement) … Il y a aussi un retentissement social. Les grands anxieux sont handicapés dans leur quotidien. On considère qu’une anxiété qui s’accompagne d’évitements de situations importantes pour vous (déplacements, rencontres, …) et qui a des répercussions majeures sur votre vie sociale, intime et professionnelle, est pathologique. Si elle n’est pas prise en charge, non seulement elle ne va pas diminuer, mais elle risque de s’accompagner de complications comme des addictions, des dépressions et une association avec un autre trouble anxieux…

Comment traite-t-on ces anxiétés dites sévères ?

La mise au point de molécules ressemblant à la sérotonine et capables de se fixer sur les récepteurs à la sérotonine ou « inhibiteurs de la recapture de la sérotonine » (IRS) a permis de développer un traitement de fond médicamenteux. Les IRS permettent à la sérotonine naturelle d’être transmise de neurone à neurone sans être « court-circuitée » par les récepteurs On ajoute une thérapie comportementale et cognitive afin de donner au patient les moyens de gérer ses angoisses. Le patient va apprendre des méthodes corporelles, comme la relaxation musculaire ou la cohérence cardiaque par exemple, et des méthodes de gestion de la pensée grâce à la thérapie cognitive. Et, à la fin de sa thérapie, quand il sera devenu autonome par rapport à la gestion de ses angoisses, il n’aura pas toujours besoin d’un médicament extérieur, même pas d’une plante d’ailleurs, car il saura adopter des comportements anti-anxieux ! À ce moment il sera temps d’arrêter progressivement le médicament pour les patients pour qui ce sera possible.

Bien sûr tous les cas sont différents, on travaille sur des schémas cognitifs, mais l’idée est d’apprendre à modifier ses comportements, ses pensées négatives et à gérer ses émotions.  Pour beaucoup de patients, cela va être suffisant. Chez certains, des problèmes plus graves, comme des traumatismes infantiles par exemple, nécessiteront une prise en charge plus longue en psychothérapie. Mais dans l’ensemble, les thérapies comportementales et cognitives, qui sont validées par de nombreuses études dans le traitement de l’anxiété, restent des thérapies brèves qui visent à rendre le patient autonome — et non, comme dans la psychanalyse, à le rendre dépendant de la thérapie !

Que penser des « anxiolytiques » ou encore des plantes réputées « apaisantes » ?

Les anxiolytiques n’ont pas de place dans le traitement à long terme de l’anxiété. Ces benzodiazépines n’agissent pas sur la sérotonine, mais sur le GABA, un système freinateur ! Leur effet calmant s’accompagne d’effets indésirables et d’un risque d’accoutumance. Et puis si vous prenez un anxiolytique dès que vous êtes confronté à un événement angoissant, vous alimentez le fonctionnement en « tout ou rien » (« Je n’agis que si je n’ai aucune peur ») dont la thérapie essaie de vous sortir ! Endormir la peur est contre-productif.

Quant aux plantes, c’est très insuffisant pour soulager les anxiétés sévères que je traite !   Et puis ce qui m’ennuie aussi, c’est que c’est un peu comme avec les anxiolytiques, cela donne l’impression que la solution vient de l’extérieur.  Or ce que nous essayons de faire, c’est d’apprendre aux patients à gérer eux-mêmes leur anxiété, grâce à des solutions comportementales, émotionnelles et cognitives. Au final,dans un certain nombre de cas les gens n’ont plus besoin de rien, ils n’ont plus besoin ni de médicaments, ni de plantes ni d’anxiolytiques ni de boire ni de consommer des drogues ! Il est ici très important de souligner que le corps et l’esprit sont liés !   Plusieurs études montrent d’ailleurs que les thérapies comportementales et cognitives données à des patients qui ont des phobies ou encore des troubles obsessionnels compulsifs modifient leurs flux sanguins cérébraux. On l’observe sur les PET scans, le psychisme modifie le cerveau ! C’est un organe plastique ouvert sur le monde…

Mais au fait, qu’en est-il de l’écoanxiété dont on parle de plus en plus avec l’urgence écologique… et dont vous ne parlez pas du tout dans votre livre ?

Je pense qu’on devrait plutôt parler d’écostress que d’écoanxiété ! Mais c’est un thème un peu délicat, vite sujet à polémique … Les problèmes écologiques, mais aussi la guerre en Ukraine, une maladie grave qui vient de vous être diagnostiquée, ou encore le décès d’un de vos proches, génèrent de l’angoisse chez monsieur et madame tout le monde. Pour autant je refuse de dire que l’écologie peut être à l’origine d’une « écoanxiété » : ce que je vois simplement, c’est qu’il y a des anxieux qui polarisent tout sur l’écologie. L’écologie devient pour eux une obsession et ils ne voient plus les autres facteurs d’anxiété ! Mais l’éco-anxieux risque plutôt de se faire écraser par une voiture parce qu’il n’aura pas fait attention en traversant la rue ou qu’il sera en train de lire ses tweets ou téléphoner à ses amis pour aller à la prochaine manif’! Dès que vous zoomez sur un thème, vous ne voyez plus ce qu’il y a tout autour ! Je pense que, probablement, ceux qu’on qualifie d’« écoanxieux » ont un terrain anxieux préalable. Et que se dire « écoanxieux » est socialement bien plus acceptable que de reconnaître qu’en fait on présente un trouble anxieux …

Certains de mes collègues disent « l’écoanxiété n’est pas une maladie, c’est un phénomène normal, c’est un problème politique. » Mais moi, je suis psy, je ne suis pas politicien, je ne peux pas changer le monde … Je peux en revanche vous aider à changer votre rapport aux problèmes écologiques.  C’est la seule chose que je peux faire en thérapie, aider les gens à s’adapter au monde dans lequel ils vivent mais c’est déjà beaucoup…

 

[Note 1] Plus de précisions sur ce site, qui propose une carte interactive : https://mediagoras.fr]

Sur le terrain…

J’ai eu l’occasion de faire plusieurs reportages à l’étranger, pour Libération, Science Actualités (Cité des Sciences) ou Novethic…

En Bolivie,   les pollutions minières, la culture du quinoa, l’origine de la maladie de Chagas, le développement de la culture de la stevia, l’adaptation des cultures viticoles à l’altitude et au changement climatique, ainsi que la Cumbre, ce contre-sommet pour le climat organisé par Evo Moralès à la suite du Flop de Copenhague, m’ont bien occupé en 2009 et 2010.

En Inde, en 2011, je me suis intéressé  au greenwashing gouvernemental,   notamment à l’exploitation d’une mine de diamant en pleine réserve naturelle…, ainsi qu’à  la pollution du Gange à Vanarasi (Bénarès), ville où tout indien rêve de se faire incinérer …

En Islande, en 2012, j’ai enquêté sur l’exploitation des ressources géothermiques  par les fonderies d’aluminium (et les pollutions environnementales qui en ont découlé) et j’ai cherché des traces de « la crise de 2008 » où les islandais avaient soi-disant mis leurs banquiers en prison, incarnant un modèle de justice sociale allant jusqu’à la réécriture démocratique de leur constitution …

Au Japon, en 2014, il s’agissait évidemment des conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima…

Inde

Islande

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